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Palestine - ISM France

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Cisjordanie -

La politique de la Verticalité : 3 - Collines et vallées de la Cisjordanie

Par

Eyal Weizman est un architecte basé à Tel-Aviv et à Londres. Pour sa propre clientèle à Tel-Aviv, Eyal est actuellement en train de reconstruire le Ashdod musée de l’Art d’Ashdod (avec Rafi Segak et Manuel Herz) et une scène pour la compagnie de théatre Itim (avec Rafi Segal). Il mène également des recherches pour l’organisation des droits humains B'tselem sur les aspects de la planification de l’occupation israélienne en Cisjordanie. Eyal enseigne à l’Ecole d’Architecture Bartlett de Londres et au Technion à Haifa. Il collabore avec Zvi Hecker à Berlin sur un quartier général dans l'Aéroport Schipol à Amsterdam. Il développe la Politique de la Verticalité en une thèse, un livre et un film. Il a écrit deux livres et a exposé à Vienne, New York, Berlin, London et Jérusalem.

Les montagnes jouent un rôle spécial dans le Sacré Sioniste. « Les colons » déferlent sur le terrain accidenté de la Cisjordanie et sur ses sommets combinant les impératifs de politique et la spiritualité

La politique de la Verticalité : 3 - Collines et vallées de la Cisjordanie


Ci-dessus : Carte du Plan Dayan-Weizman - 1978-1979

Le conflit Israélo-Palestinien est un conflit territorial, bien que mené en trois dimensions. Alors, plus que tout autre chose, il est défini par où et comment chacun construit. Le terrain dicte la nature, l’intensité et les foyers de confrontation.

D’un côté, le conflit se manifeste lui-même plus clairement dans l’adaptation, la construction et l’effacement du paysage et construit l’environnement.

Les décisions de construction sont souvent faites, non pas selon des critères de stratégie économique, d’écologie ou d’efficacité des services, mais pour servir des agendas stratégiques et nationaux.


La Cisjordanie est un paysage d’extrèmes variations topographiques, allant de 440 mètres en-dessous du niveau de la mer sur les rives de la Mer Morte, à plus de 1 000 mètres d’altitude sur les hauts sommets de la Samarie. Le conflit est joué à l’extérieur dans la région montagneuse et cela a influencé ses formes.


Des plaines aux collines(et vice-versa)

Le projet de colonisation de la Cisjordanie est l’apogée du voyage du Sionisme des plaines aux collines. Ce périple tentait de résoudre le paradoxe de la première spatialité Sioniste – qui, tout en cherchant le retour à "la Terre Promise", ont changé complètement la géographie des colonies des temps Bibliques.

L’observation de Braudel que “les montages sont en règle générale un monde à part des civilisations qui sont une réalisation urbaine et de plaine" convenait bien à l’ancienne géographie de l’Ancien Israël.

Les montagnes de Judée sont devenues le nichoir pour une forme isolée de monothéisme, tandis que les plaines, habitées par les Philistins phéniciens, "les envahisseurs venus des mers", ont donné naissance à une culture intégrée et progressiste, détachée de l’isolement de la montagne, proche du système de routes internationales et des ports.

En émigrant en Israël au 20ème siècle, le mouvement Sioniste, est devenu lui-même "un envahisseur venu des mers" et a dominé avec un socialisme moderne et pragmatique. Il a colonisé principalement les plaines cotières et les vallées fertiles du nord, ce qui convenait bien à son idéologie de culture agricole.

Cette composition a dominé le paysage jusqu'au renversement politique de 1977, lorsque le parti faucon du Likud a remplacé les Travaillistes au pouvoir pour la première fois.

“L’occupation civile” de la Cisjordanie est un processus qui a commencé dans la profonde vallée aride du Jourdain lors des 10 premières années où les gouvernements Travaillistes éraient au Pouvoir en Israël (1967 – 1977). 15 villages agricoles ont été construits sous le plan Allon dont le slogan était : "un maximum de sécurité et un maximum de territoire pour Israël avec un nombre minimum d’arabes".

Quand le climat politique a changé en Israël, la reconstruction de l’identité sioniste a commencé. Les colonies ont démarré une montée longue et stable vers les montagnes, où des communautés dortoir isolées ont été dispersées sur les sommets stériles, sans environnement agricole, ils n’ont cultivé rien d’autre que leur foi sur leur terre.

Les colonies de la bande montagneuse construites à la fin des années 1970 et au début des années 1980 ont changé la motivation du développement de la recherche agricole en un mysticisme et un transcendentalisme.

Ces colonies ont été lancées en grande partie par Gush Emunim (le Boc de la Foi), une organisation nationaliste religieuse qui prodiguait un messianisme "Biblique", une croyance dans la "Terre d’Israël", avec une vision politique qui n’autorisait aucune concession territoriale.


Dans la "lutte pour les collines", juste après les Accords d’Oslo, les colons et les Palestiniens tentèrent chacun de leur côté de prendre les principaux sommets des montagnes de la Cisjordanie .


La montée des plaines vers le collines a coincidé avec le développement d’un sentiment d’agir selon un plan divin. Il promettait la "regénération de l’âme" et l’achèvement d’un "renouveau personnel et national", imprégné du mysticisme des hauteurs. Ephi Eitam, un Général à la retraite qui est maintenant le leader populaire du Parti National Religieux, s’est récemment opposé à tout démantèlement des colonies des montagnes en ces termes : "Quiconque propose que nous retournions dans les plaines, dans notre région de base, dans les sables, au Laïc et que nous laissions les sommets sacrés entre des mains étrangères, propose une chose insensée."

Au-delà du noyau dur d'extrémistes peuplant l'arête montagneuse de la Cisjordanie , la majorité des colons ont construit leur maisons sur les pentes occidentales, près de la frontière de 1967. Ils sont venus à la recherche d’une meilleure qualité de vie, installant des banlieues vertes qui font partie des très grandes zones métropolitaines de Tel-Aviv et de Jérusalem.

Ce qui les a conduit ici, était la rhétorique de : "standards de vie", "qualité de vie", "air frais" et "belle vue".
"Tout ce dont vous rêvez" pour un prix très accessible – Tout ce boniment publicitaire a eu un attrait spécial pour les premiers acheteurs.

Les colons ont bénéficié d’importantes subventions du gouvernement : pour le prix d’un petit appartement à Tel-Aviv, ils pouvaient acheter leur propre maison au toit rouge et un jardin.



Construction verticale

Matityahu Drobless a été nommé Chef de la Division de la Colonisation des Terres de l’Agence Juive en 1978. Peu de temps après, il a lancé le Plan d'Urbanisme pour le Développement des colonies en Judée et Samarie. Dans ce plan de construction, il poussait le gouvernement à :

…. Mener une course contre le temps … Maintenant (alors que la paix avec l’Egypte semblait imminente) est le meilleur moment pour commencer un assaut large et global par des colonies, principalement sur la chaine montagneuse de Judée et Samarie….
Cela doit être fait tout d’abord en créant des faits sur le terrain, donc, la terre d'Etat et la terre non-cultivée doivent être prises pour coloniser les secteurs entre les concentrations de population (Palestinienne) et tout autour
…. Etant séparée par des colonies Juives, il sera très difficile pour la population minoritaire (sic) de créer une unification et une continuité territoriale
.


Le plan de construction de Drobless esquissait des emplacements possibles pour un grand nombre de nouvelles colonies. Cela avait pour but de réaliser les objectifs politiques par une réorganisation de l'espace.

S’appuyant fortement sur la topographie, Drobless a proposé des nouvelles artères de trafic de grande ampleur pour connecter le centre d’Israël à la Cisjordanie et au-delà. Ces routes s’étendraient le long des grandes vallées de l’Ouest ; Pour leur sécurité, des nouveaux blocs de colonies seraient placés sur le haut des collines le long de ces routes.

Il a également proposé des colonies sur les sommets entourant les grandes villes palestiniennes et autour des routes se connectant les unes aux autres.


Cet aménagement territorial stratégique a été mis récemment en application lors de l’invasion des villes et des villages palestiniens par l’armée israélienne. Certaines des colonies ont aidé l’IDF dans différentes tâches, principalement comme places pour l’organisation, le ravitaillement en combustible et le re-déployement de l'armée.


Les sommets se sont prêtés facilement à la saisie. En l’absence d’un bureau du cadastre sous l’Autorité Jordanienne, Israël était légalement capable de saisir toute la terre qui n’était pas cultivée.

Les Palestiniens qui cultivaient les terres se trouvaient principalement dans les vallées où le sol alluvial, approprié aux travaux agricoles, érode le bas des pentes calcaire de la région montagneuse de la Cisjordanie .
Les sommets stériles ont été laissés vides.


Le gouvernement israélien a lancé un projet topographique à grande échelle destiné à l'utilisation de la terre. Le terrain a été mis sur carte et mathématisé, l’inclinaison des pentes a été calculée, l’étendue des terres non-cultivées a été notée.

Le résultat, résumé en simples chiffres, donne environ 38% de la Cisjordanie sous contrôle israélien, isolé en îles irrégulières autour des sommets. Cette terre était alors disponible pour la colonisation.


PHOTO-ESSAI: PANORAMA A NILI

Ce panorama de 270 degrés montre une colonie israélienne sur une colline surveillant le village palestinien dans la vallée.


(La recherche sur les colonies présentée ici forme les bases de la collaboration entre Eyal et son partenaire architecte Rafi Segal pour la prochaine exposition de l’Union Internationale des Architectes (UIA) à Berlin, en juillet 2002).


Copyright © Eyal Weizman, 2002. Publié par openDemocracy.




Index de la Politique de la Verticalité


1 - Introduction

2 - Cartes

3 - Collines et vallées de la Cisjordanie

4 - Colonies de la Cisjordanie

5 - Urbanisme optique

6 - Le paradoxe de la double vision

7 - De l’eau à la merde

8 - Excavation du sacré

9 - Jérusalem

10 - Routes – dessus et dessous

11 - Contrôle du ciel

Source : www.opendemocracy.net/

Traduction : MG

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