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Palestine - ISM France

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Cisjordanie -

La politique de la Verticalité : 5 - Urbanisme optique

Par

Eyal Weizman est un architecte basé à Tel-Aviv et à Londres. Pour sa propre clientèle à Tel-Aviv, Eyal est actuellement en train de reconstruire le Ashdod musée de l’Art d’Ashdod (avec Rafi Segak et Manuel Herz) et une scène pour la compagnie de théatre Itim (avec Rafi Segal). Il mène également des recherches pour l’organisation des droits humains B'tselem sur les aspects de la planification de l’occupation israélienne en Cisjordanie. Eyal enseigne à l’Ecole d’Architecture Bartlett de Londres et au Technion à Haifa. Il collabore avec Zvi Hecker à Berlin sur un quartier général dans l'Aéroport Schipol à Amsterdam. Il développe la Politique de la Verticalité en une thèse, un livre et un film. Il a écrit deux livres et a exposé à Vienne, New York, Berlin, London et Jérusalem.

Les hauteurs offrent trois atouts stratégiques : une force tactique plus grande, un moyen d'auto-protection, et un panorama plus vaste. Ce principe est aussi vieux que l'histoire militaire elle-même.

La politique de la Verticalité : 5 - Urbanisme optique


Photo : vue aérienne d'une colline de Cisjordanie : au sommet, une colonie israélienne et plus bas, un village palestinien

Les châteaux des Croisés, dont certains sont bâtis non loin des colonies d'aujourd'hui, fonctionnaient selon le principe de "consolidation de la force que la nature elle-même fournit". Ces séries de forteresses bâties sur les cîmes étaient des outils militaires pour dominer territorialement le royaume latin.

Les colonies juives de Cisjordanie ne sont pas différentes. Non seulement lieux de résidence, elles créent un vaste réseau de "fortifications civiles", parties intégrantes du plan régional de Défense de l'armée,autorisant la surveillance tactique du territoire. Un acte domestique tout simple, une seule maison familiale dissimulée derrière une façade cosmétique de tuiles rouges et de pelouses vertes, se conforme aux objectifs de contrôle territorial.

Mais, contrairement aux forteresses et aux camps militaires des périodes antérieures, les colonies sont parfois dépourvues de fortification. Il y a peu de temps encore, seules quelques colonies étaient d'accord pour se laisser entourer de murs ou de clôtures. Elles se voulaient être une continuité du paysage sacré ; autrement dit, ce sont les palestiniens qui doivent être bouclés à l'intérieur.

Au cours des récents évènements de l'Intifada, de nombreuses colonies ont été attaquées, et le débat s'est inversé concernant les conséquences des clôtures. Les colons extrémistes affirment que la protection devrait se faire par le seul pouvoir de la vision, rendant la protection matérielle d'un mur fortifié superflue, il serait même un obstacle.

De toute évidence, la forme de ces "colonies de montagne" est construite selon un système géométrique qui unit l'efficacité de la vision à l'ordre spatial, et produit des "forteresses panoptiques", générant des "regards" ayant des fins différentes :

• contrôle visuel sur les villages et villes arabes
• contrôle stratégique des principales voies de trafic routier
• contrôle de l'environnement immédiat et des routes d'accés, en auto défense.


Les colonies pourraient être vues comme une technique optique de surveillance et d'exercice du pouvoir.


PHOTO – ESSAI : 7 photos de colonies construites selon une « géométrie de vision », où chaque batiment donne sur le périmètre en-dessous par un vide entre les constructions. Ces photos sont prises d’entre les batiments à l’intérieur des colonies de Naale et Nili.

En 1984, le Ministère de la Construction a publié un guide sur les nouvelles constructions en région montagneuse, conseillant : "d'orienter les ouvertures dans le sens de la vue, ce qui, le plus souvent revient à les orienter dans le sens de la pente.... la vue optimale dépend du positionnement des bâtiments et des distances entre eux, de la densité, de l’inclinaison de la pente, et de la végétation".

Ce principe s'applique très facilement au cercle extérieur des maisons. Les cercles intérieurs s'installent face aux espaces existants entre les maisons du premier cercle. Ce système de maisons encerclant les sommets, tournées vers l'extérieur, impose aux habitants une visibilité axiale (et une invisibilité latérale), orientée vers deux directions : intérieure et extérieure.

Discutant de l'intérieur de chaque bâtiment, le guide recommande que l'orientation des chambres à coucher soit face aux espaces intérieurs communs, et les salons soit tournés vers l'extérieur.

Le regard tourné vers l'intérieur protège l'intimité des colonies, le regard tourné vers l'extérieur permet de surveiller les espaces en contre-bas. C'est la vision qui a dicté l'ordre et le mode architectural à tous les niveaux, y compris pour le positionnement précis des fenêtres : comme si, selon Paul Virilio, "la fonction des bras et la fonction de l'œil étaient en permanence identifiées comme étant une et identique".

Recherchant la sécurité par la vision,les colonies juives sont intensément illuminées. La nuit, elles sont visibles à distance, pareilles à de blanches traînées lumineuses.

A l'intérieur des maisons, la lumière artificielle brille si vivement, qu'on peut croire à des rythmes diurnes. Ceci contraste entièrement avec les villes palestiniennes : elles recherchent la sécurité dans l'invisibilité, le black-out y est utilisé comme une protection habituelle contre les attaques aériennes.

Dans sa décision, soutenant la "légalité" des colonies, le juge Vitkon de la Haute Cour de Justice israélienne , déclarait : "Pas besoin d'être un expert en affaires militaires et sécuritaires pour comprendre que les éléments terroristes opérent plus facilement dans une zone seulement peuplée d'une population anonyme ou qui soutient l'ennemi, par opposition à une zone dans laquelle il y a des personnes qui vont probablement les observer, et informer les autorités de tout mouvement suspect. Parmi elles, les terroristes ne trouveront aucun refuge, soutien ou équipement. Le problème est simple, les détails inutiles".

Les colons viennent sur les hauteurs pour "régénérer leurs âmes". Mais, en éparpillant les colons dans le paysage, le gouvernement israélien détache sa population civile, auprès des agences du pouvoir d'Etat, pour inspecter et contrôler les Palestiniens.

Que ce soit en connaissance de cause ou non, les yeux des colons, qui recherchent une vue complètement différente, sont "récupérés" dans un but stratégique et géopolitique.

Copyright © Eyal Weizman, 2002. Publié par openDemocracy





Index de la Politique de la Verticalité

1 - Introduction

2 - Cartes

3 - Collines et vallées de la Cisjordanie

4 - Colonies de la Cisjordanie

5 - Urbanisme optique

6 - Le paradoxe de la double vision

7 - De l’eau à la merde

8 - Excavation du sacré

9 - Jérusalem

10 - Routes – dessus et dessous

11 - Contrôle du ciel

Source : www.opendemocracy.net/

Traduction : CS

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