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Palestine - ISM France

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Jérusalem -

La politique de la Verticalité : 9 - Jérusalem

Par

Eyal Weizman est un architecte basé à Tel-Aviv et à Londres. Pour sa propre clientèle à Tel-Aviv, Eyal est actuellement en train de reconstruire le Ashdod musée de l’Art d’Ashdod (avec Rafi Segak et Manuel Herz) et une scène pour la compagnie de théatre Itim (avec Rafi Segal). Il mène également des recherches pour l’organisation des droits humains B'tselem sur les aspects de la planification de l’occupation israélienne en Cisjordanie. Eyal enseigne à l’Ecole d’Architecture Bartlett de Londres et au Technion à Haifa. Il collabore avec Zvi Hecker à Berlin sur un quartier général dans l'Aéroport Schipol à Amsterdam. Il développe la Politique de la Verticalité en une thèse, un livre et un film. Il a écrit deux livres et a exposé à Vienne, New York, Berlin, London et Jerusalem.

Depuis les luttes pour le Haram al-Sharif (le Mont du Temple) jusqu’à la pierre historique qui habille maintenant la totalité du Grand Jérusalem, Jérusalem est un sujet d’étude brûlant pour la politique de la verticalité.

La politique de la Verticalité : 9 - Jérusalem


Carte PASSIA : Vieille Ville de Jérusalem (agrandir la carte)
Le 24 septembre 1996, le Premier Ministre Benjamin Netanyahou a ordonné l’ouverture d’un tunnel archéologique souterrain courant tout le long des fondations du mur occidental, dénommé enceinte Haram a-Sharif/Mont du Temple. Ainsi le Gouvernement démontrait qu’il contrôlait Jérusalem de toutes parts, en surface et en sous-sol.

La Jérusalem souterraine est au moins aussi complexe que son sol. Nulle part ce n’est aussi vrai qu’au Mont du Temple/Haram al-Sharif.

L’enceinte du Haram al-Sharif est bâtie sur un sommet plein et applati. Au-dessus sont construits des mosquées et des sites musulmans sacrés comprenant la mosquée Al-Aqsa (le troisième lieu Saint musulman au monde) et le Dôme du Rocher. Elle est soutenue par des murs de soutènement dont l’un est le mur occidental.
Le mur occidental fait partie du mur le plus éloigné qu’on appelle habituellement le mur des Lamentations.
La foi juive considère que le Haram al-Sharif s’élève précisément au-dessus des ruines de l’ancien Temple.

Depuis 1967 que Jérusalem est occupée, l’Autorité religieuse Musulmane (le Wakf) accuse Israël de vouloir saper les fondations de l’enceinte pour que la Mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher finissent par s’effondrer, et d’ouvrir la voie pour la construction du Troisième temple juif.

L’ouverture du «tunnel du mur occidental» fut, à tort, interprété comme une tentative de sabotage souterrain, nourri par les souvenirs d’un événement semblable : en décembre 1991 un autre tunnel récemment mis à jour au dessous du Haram s’effondra, ouvrant un énorme trou dans le sol de la mosquée d’Atman ben-Afan.

En 2000, l’ascension du mont du Temple par l’actuel Premier Ministre Ariel Sharon et le bain de sang pendant l’Intifada qui suivit cette visite ne sont pas des évènements particuliers. Le mont du Temple/Haram al-Sharif a souvent été le point focal de ce conflit.

Gilead Sher, négociateur en chef d’Israël a raconté comment durant l’échec du sommet de camp David le 17 juillet 2000, au balcon de Dogwood, en présence de toute la délégation israélienne, Barak avait déclaré :
"Nous resterons unis face au monde entier, s’il s’avère qu’aucun accord n'est atteint sur la question de notre souveraineté sur les premier et second Temples. C’est le point central de notre univers, le point d’ancrage de l’effort sioniste… nous sommes à un moment de vérité"

Les deux délégations soutenaient la même revendication sur le même coin de terre. Aucune des parties ne voulait abandonner sa revendication de souveraineté. Essayant de réconcilier l’irréconciliable, d’invraisemblables contorsions spatiales prirent place à Camp David.

La plupart des archéologues croient que le mur des Lamentations était un mur de soutènement consolidant la terre sur laquelle le second Temple était dressé à la même latitude que les mosquées d’aujourd’hui.

Mais la délégation israélienne soutint que le mur des Lamentations était construit à l’origine comme un mur à part entière derrière lequel s’élevait le second Temple, et dès lors, que les ruines du Temple restent à découvrir dans le sous-sol des mosquées.

La proposition la plus loufoque pour rapprocher les parties à camp David vint de l’ancien président des Etats-Unis, Bill Clinton. Suite à cette inévitable crise, Clinton fit une proposition aux négociateurs. C’était une manifestation audacieuse et radicale de la schizophrénie verticale de la région.

La frontière entre la Jérusalem arabe de l’Est et la Jérusalem juive occidentale passerait, à ce point le plus contesté du monde, de l’horizontale à la verticale – accordant aux Palestiniens la souveraineté sur le sommet du Mont tandis qu’on maintiendrait la souveraineté israélienne au-dessous, sur le mur des Lamentations et l’espace aérien au-dessus du Mont.

La frontière horizontale passerait sous le parvis du Haram al-Sharif. Quelques centimètres en dessous des croyants priant dans la mosquée d’al-Aqsa et le dôme du Rocher, le sous-sol israélien pourrait être fouillé à la recherche de l’ancien Temple, supposé «se trouver dans les entrailles du mont».

Barak accepta la proposition dans son principe. Pour permettre le libre accès à l’enceinte musulmane, maintenant isolée par Israël dans une enveloppe de souveraineté en trois dimensions, il suggéra "un pont ou un tunnel, par lequel pourraient passer tous ceux qui voudraient prier à al-Aqsa".
Mais les Palestiniens, depuis longtemps méfiants de la présence d’Israël sous leurs mosquées rejetèrent catégoriquement ce plan. Ils déclarèrent, quelque peu perplexes, que : "le Haram al-Sharif… doit être géré par les Palestiniens – en surface, en sous-sol et sur les côtés, géographiquement et topographiquement".


Charles Warren, capitaine dans les Royal Engineers, fut en 1876 l’un des premiers archéologues à mettre à jour les tunnels et les chambres souterraines sous le mont du Temple.
Il ne trouva rien de concluant quant aux ruines du Temple, mais il trouva une substance de nature complètement différente :

"Le passage a 1,20 m de large avec des côtés réguliers et la conduite des eaux usées avaient de 2 à 2,30 m de profondeur, si bien que si on était tombé dedans il n’y avait aucune chance de sauver nos vies. J’étais cependant déterminé à inspecter ce passage, et dans ce but j’ai pris quelques vieilles planches et fait un périlleux voyage dans la conduite d’eaux usées sur une distance d'environ 4m… Trouvant excessivement dangereuses ces planches, je me suis procuré trois vieilles portes… Il n’y avait pas d’eau dans la conduite et pas non plus de boue ; elle était seulement dans un tel état qu’une porte n’aurait pas flotté, mais cependant si on l’avait laissée une minute ou deux, elle ne se serait pas enfoncée très profondément… nous mîmes la première porte sur la conduite d’eaux usées, puis une autre en face, en prenant soin de rester chacun sur une porte puis prenant appui sur les trois nous nous sommes avancés et ainsi nous avons pu nous déplacer".


Si cette description à la Indiana Jones est correcte, ce que Clinton et les équipes de négociateurs n’ont pas compris, c’est que le Mont du Temple est situé au sommet d’un réseau d’anciennes conduites et citernes remplies de toutes les générations d’eaux usées de Jérusalem.



AL-HARAM AL-SHARIF - MONT DU TEMPLE

A l’est du mont du Temple il y a le mont des Oliviers, sur les pentes duquel repose l’un des plus vieux et des plus saints cimetières juifs. La croyance veut que c’est de là que le Messie viendra quand il arrivera aux portes de Jérusalem; et qu’alors, les morts enterrés là seront les premiers à ressusciter.

Puisque Israël n’a pas voulu concéder de souveraineté sur le mont des Oliviers (qui se trouve dans la partie occupée de Jérusalem) et puis il s’étend entre Al-Aqsa et le cœur des villages arabes, il fut proposé à Camp David de construire un viaduc piétonier par dessus, sous juridiction palestinienne. Cette idée a été catégoriquement rejetée par les Palestiniens (image)`


Le regard de Méduse de Storrs : La Jérusalem construite en pierre selon la Loi

Le premier gouverneur militaire anglais de Jérusalem, sir Ronald Storrs, émit un décret en 1918. Décret qui exigeait que la pierre carrée, couleur pierre naturelle (dénommée pierre de Jérusalem) soit utilisée pour les murs extérieurs des nouvelles constructions de la ville.

En donnant à Jérusalem un unique uniforme architectural Storrs a créé la condition de son expansion. Le revêtement en pierre fait plus que simplement réaliser un projet esthétique en maintenant une continuité d’apparence. Il définit visuellement les limites géographiques de Jérusalem et par association l’étendue de sa sainteté.

La tradition juive accorde au sol une qualité spéciale de sainteté. Son déplacement de pierre horizontale (la terre) en pierre verticale (les murs), de pierre des carrières, en façades des bâtiments, a déplacé cette sainteté encore plus loin.

Israël a ressuscité ce décret de l’ère britannique à son profit, exigeant qu’il s’applique à la totalité de la municipalité. Storrs voulait l’appliquer à tout le bassin entourant la vieille cité. Avec le revêtement de pierre de Jérusalem grimpant jusqu’aux façades, une nouvelle zone topographique de « sainteté» a été étendue.

Quand la ville elle-même est sainte, et que ses limites sont constamment redéfinies, la sainteté devient une question de planification. De nouveaux territoires annexés à la ville, - passés sous administration israélienne, à l’est et à l’ouest, traditionnellement et historiquement éloignés de la ville historique- ont été requis de se recouvrir de pierres. Ils sont devenus « Jérusalem » imprégnés physiquement de la position sacrée de la ville.

Cette peau de sainteté met bel et bien tous les bâtiments de banlieue à l’intérieur de «la capitale éternellement unifiée des Juifs» et dès lors, ils ne sont pas négociables dans une négociation finale.

Bizarrement, depuis que les réglementations environnementales limitent sévèrement l’utilisation des carrières à ciel ouvert, la «pierre de Jérusalem» qui produit cette identité sacrée est extraite en Cisjordanie , principalement dans les régions de Ramallah et d’Hébron.

Copyright © Eyal Weizman, 2002. Publié par openDemocracy.



Index de la Politique de la Verticalité

1 - Introduction

2 - Cartes

3 - Collines et vallées de la Cisjordanie

4 - Colonies de la Cisjordanie

5 - Urbanisme optique

6 - Le paradoxe de la double vision

7 - De l’eau à la merde

8 - Excavation du sacré

9 - Jérusalem

10 - Routes – dessus et dessous

11 - Contrôle du ciel

Source : www.opendemocracy.net/

Traduction : CS

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