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Palestine - ISM France

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Palestine -

La réalité d'Un Etat

Par

> ben@benwhite.org.uk

Ben White est un journaliste indépendant spécialiste de Palestine/Israël. Son site web est www.benwhite.org.uk

Il n'est plus question de proposer une "solution à Un Etat", mais de reconnaître la "Réalité d'Un Etat". Et ceci parce que, depuis 1967, Israël a intégré Jérusalem Est et la Cisjordanie à l'intérieur de l'infrastructure et de la fabrique légale d'un Etat juif, à tel point qu'il y a une annexion de fait, sinon de droit.

La réalité d'Un Etat


Les colons israéliens, au nombre d'environ 450.000 en Cisjordanie et à Jérusalem Est, font qu'une "solution à Un Etat" ressemble plus à la "réalité d'Un Etat". (Anat Zakai/MaanImages)


Il y a quelques semaines, le syndicat de l'Université d'Oxford a organisé un débat sur la "solution à Un Etat" en Palestine/Israël. Cependant, avant même que les orateurs aient pris le micro, l'événement était au centre d'une controverse intense, sur les allégations que les organisateurs du syndicat avaient cédé aux pressions pour annuler la participation de Norman Finkelstein.

Ghada Karmi, Ilan Pappe et Avi Shlaim, tous prévus pour prendre le contrepied de son analyse, se sont retirés, en solidarité. (1)

Bien qu'intéressant, le tintamarre a failli éclipser ce qui était au cœur de la proposition présentée – une discussion plus que nécessaire sur la meilleure manière pour Palestine/Israël d'aller de l'avant.
Alors que des initiatives privées offrant des solutions "créatives" vont et viennent de tous les bords du spectre politique, leur "innovation" se cantonne à chercher, minutieusement, comment faire passer le vol israélien de la terre, ou comment déguiser au mieux le refus de mettre en application les droits fondamentaux des Palestiniens. (2)

Le vrai changement de paradigme ne peut pas être trouvé en parlant de la solution à "Deux Etats contre Un Etat" ou n'importe quoi d'autre au milieu, parce que le débat répond à côté. Il n'est plus question de proposer une "solution à Un Etat", mais de reconnaître la "Réalité d'Un Etat".

Et ceci parce que, depuis 1967, Israël a intégré Jérusalem Est et la Cisjordanie à l'intérieur de l'infrastructure et de la fabrique légale d'un Etat juif, à tel point qu'il y a une annexion de fait, sinon de droit.

Ceci est parfaitement observable sur le terrain, lorsque par exemple on va en voiture de Tel Aviv au bloc de colonies de Gush Etzion, sans changement discernable de souveraineté territoriale. Les réseaux routiers traversant la Cisjordanie ne sont qu'une partie de l'homogénéité territoriale, du Jourdain à la Méditerranée.

Les mêmes nappes phréatiques fournissent l'eau aux Palestiniens et aux Israéliens, bien que sur une base discriminatoire mise en vigueur par Israël. Des "zones tampon sécuritaires" frontalières jusqu'aux colonies, les territoires occupés ont été découpés et colonisés, absorbés physiquement et bureaucratiquement.

Encore plus révélateur, dans les zones de terre palestinienne confisquée en Cisjordanie – que l'architecte israélien Eyal Weizman a appelé "un archipel non contigu de milliers d' 'ilôts' séparés", c'est la loi israélienne qui est appliquée. Ces "terres d'état" sont créées de manière à ce que les colons vivant dans les colonies puissent jouir des droits normaux garantis aux citoyens israéliens (juifs).

Il est étrange de constater que, bien que la propagande israélienne la plus grossière ait toujours clamé qu'il n'y avait pas, en fait, d'occupation, mais simplement une "administration", le langage et le contexte de l'occupation ont d'une certaine façon aider à la colonisation israélienne des "territoires".

On s'est servi du mot occupation, qui implique un état des choses temporaire, pour donner un semblant de légitimité à certaines mesures de "sécurité" (même la construction des colonies) en dépit de leur permanence voulue intentionnelle.

Les deux critiques les plus répandues sur la solution à Un Etat sont qu'elle est le meilleur moyen pour qu'il y ait un bain de sang massif et qu'elle est impossible à mettre en œuvre.

L'une ou l'autre position, ou les deux, sont tenues non seulement en faisant mousser des apologues sionistes comme Alan Dershowitz, mais aussi par des observateurs bien intentionnés. Annonçant la "mort du syndicat d'Oxford", Dershowitz a clamé que "la solution appelée à Un Etat est simplement un moyen de réussir par la démographie ce que le monde arabe n'a pas réussi à faire par les attaques militaires". "Démographie" est le mot poli pour "peuple".

Avec une rhétorique dont tout adepte du suprématisme raciste qui se respecte serait fier, les Palestiniens sont individuellement et collectivement considérés comme une menace.


De plus, il est grossièrement malhonnête de prédire de façon apocalyptique une future solution à Un Etat comme garantie d'un bain de sang ou "un génocide anti-Juif". Il y a déjà "un Etat", et la question qui demeure, le débat réel est sur son caractère.

Des lois et droits différents continueront-ils à être garantis aux gens sur la base de leur ethnicité ?

Sera-t-il un Etat exclusiviste, d'apartheid – ou une démocratie où les Juifs n'auront pas plus de privilèges que les Palestiniens ?


Loin d'être un fantasme idéaliste, les aspects pratiques d'un seul Etat sont continuellement détaillés et débattus par les spécialistes, chacun dans son propre domaine.

Cette fin de semaine (17-18 novembre), SOAS (School of Oriental And African Studies, Université de Londres) accueillera une conférence organisée par le Groupe Un Etat, dont le titre est : "Défier les limites". Un panel de professeurs et de militants "tenteront de défaire" des concepts comme le binationalisme, le fédéralisme, le multicultarisme de manière à "contribuer au long processus d'organisation d'un paysage politique nouveau qui ne dépende pas d'un exclusivisme de n'importe quelle sorte et imposé."

Les personnes pressenties pour participer à la conférence sont des professeurs d'histoire, de géographie, de développement et de sciences politiques.

Beaucoup, comme Ilan Pappe, Joseph Massad, Nur Masalha, Tikva Honig-Parnass, Ali Abunimah et Ghada Karmi, ont déjà écrit sur l'impératif éthique et la faisabilité pratique du modèle à Un Etat.

Parmi les autres ouvrages largement disponibles, on trouve : Overcoming Zionism, de Joel Kovel, Where Now for Palestine? de Jamil Hilal et The One-State Solution de Virginia Tilley.

Dire que la "solution à Un Etat" est peu réaliste ou qu'elle équivaut à la "destruction" d'Israël est un code à peine masqué pour défendre l'indéfendable et la recette pour un conflit continuel sur une terre impossible à diviser.

C'est fait pour maintenir, à toutes forces, la fiction sioniste que la Palestine était une terre sans peuple pour un peuple sans terre. C'est fait pour entretenir le fantasme que les territoires si complètement colonisés par Israël peuvent devenir "un Etat palestinien" d'apartheid, sans le dire.


Notes de lecture :

[1] Voir l'article de Ghada Karmi sur Comment is Free
et le post suivant sur Jews Sans Frontieres
pour quelques-unes des allégations et contre-allégations qui ont été mises en avant.

[2] "Right Road to Peace" du député israélien Benny Elon et OneVoice Movement, de l'homme d'affaires américain né au Mexique Daniel Lubetzky en sont deux exemples.






Source : Electronic Intifada

Traduction : MR pour ISM

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