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Palestine -

La reconnaissance internationale d'un Etat palestinien a-t-elle vraiment un sens ?

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La semaine dernière, le Brésil a officiellement reconnu l'Etat palestinien dans les frontières d'avant la guerre de 1967 suite à une demande écrite du président de l'autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Au Brésil, la décision a été accueillie par une frénésie médiatique. Certains commentateurs ont dit que le Brésil "faisait ce qui devait être fait" et "contribuait au dialogue et au processus de paix", d'un point de vue objectif dans la ligne de la politique étrangère du président Lula de Silva ; le Brésil reconnaît également l'Etat juif d'Israël. D'autres ont vu cette reconnaissance comme "un feu d'artifice diplomatique", le Brésil agissant sans synchronisation avec ses pairs.

La reconnaissance internationale d'un Etat palestinien a-t-elle vraiment un sens ?

Lorsque, quelques jours après, l'Argentine, à son tour, a reconnu la Palestine comme "un Etat libre et indépendant dans les frontières définies en 1967", suivie par une promesse de reconnaissance de l'Uruguay en 2011 et une déclaration de l'Union Européenne qui a semblé dire à peu près la même chose, la communauté internationale a dressé l'oreille. Toutefois, étant donné la position des Etats-Unis, à la fois principal courtier des négociations de paix et détenteur du véto au Conseil de Sécurité des Nations Unies, sans le soutien américain, ces déclarations de reconnaissance signifient-elles réellement quelque chose ?

Contexte politique

Le fait que des pays d'Amérique du Sud reconnaissent un Etat palestinien reflète ostensiblement la consternation internationale grandissante devant l'impasse des pourparlers directs suite au refus d'Israël de prolonger son gel partiel des constructions de colonies illégales sur le territoire palestinien occupé, et ceci malgré les efforts de l'administration Obama. Combinée avec les attaques israéliennes brutales, telles la guerre contre Gaza il y a deux ans et l'attaque de la Flottille de la Liberté en mai, ainsi que la détérioration grave de la situation sur le terrain, de nombreux observateurs affirment que le soutien international à la création d'un Etat palestinien n'a jamais été aussi fort. Début décembre, vingt-six anciens dirigeants de l'Union Européenne ont signé une lettre exhortant à fixer la date limite de 2011 pour une avancée des pourparlers, après quoi la communauté internationale interviendrait et mettrait en avant "une proposition concrète et globale pour la résolution de ce conflit", incluant des sanctions pour les violations du droit international.

La lettre, qui a été signée entre autres par l'ancien commissaire de l'Union Européenne Chris Patten et l'ex-présidente d'Irlande Mary Robinson, est dans la ligne de l'initiative promue par l'ex-ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et son homologue espagnol Miguel Moratinos, selon laquelle l'Union Européenne reconnaîtrait un Etat palestinien dans les 18 prochains mois. L'initiative vise à soutenir les efforts d'édification d'un Etat et les projets pour son établissement de la part du premier ministre palestinien Salam Fayyad dans les deux ans à venir ; ce dernier considère que la reconnaissance de l'entité palestinienne en tant qu'Etat souverain par le bloc européen faciliterait son acceptation dans la famille internationale des nations.

Des représentants de l'OLP et de l'AP ont souvent affirmé leur droit à déclarer un Etat. De plus, ce n'est pas la première, ni même la deuxième tentative de rallier le soutien international pour une déclaration unilatérale d'un Etat palestinien. Un Etat a été déclaré à Gaza en 1947 et, en 1988, Yasser Arafat a fait la fameuse Déclaration d'Alger lors d'une réunion du Conseil National Palestinien, dans laquelle il a déclaré l'Etat fondé sur le Plan de Partage de l'ONU de 1947, ou Résolution 181. Un mois après, l'Assemblée Générale des Nations Unies adoptait une résolution citant la Déclaration d'Alger et affirmant que les Palestiniens avaient le droit de déclarer un Etat basé sur la résolution 181. Par un vote, 89 pays ont reconnu l'Etat palestinien. (1)

Symbolisme international

Dans sa lettre au Président Abbas, le Premier Ministre brésilien dit : "La reconnaissance des frontières [de la Palestine] fait partie de la conviction du Brésil qu'un processus négocié conduisant à deux Etats vivant en paix et en sécurité est le meilleur chemin vers la paix au Moyen-Orient." De même, le communiqué publié par l'Union Européenne à la suite d'une réunion à Bruxelles au début du mois ne rompt pas avec la tradition et ne met aucune pression sur Israël, affirmant son soutien à "une solution négociée" entre les deux bords "dans les 12 mois fixés par le Quartet" et la reconnaissance d'un Etat à une date "appropriée". Les Etats-Unis ont qualifié de "prématurées" les démarches de reconnaissance d'un Etat et ont insisté sur le fait qu'elles ne contribuaient pas aux objectifs de la solution de Deux Etats ; un responsable du Département d'Etat a également dit, "Les négociations sont, pour les parties, la voie de la réalisation de leurs aspirations : pour les Israéliens, la sécurité, pour les Palestiniens, un Etat indépendant, viable et souverain".

Ainsi, le message sous-jacent de la communauté internationale maintient "l'obligation de résoudre les questions en suspens par la négociation" et son engagement à continuer de soutenir un processus de négociation qui est de fait voué à l'échec étant donné le grave déséquilibre du pouvoir entre les deux côtés. Et ceci est en contradiction avec la reconnaissance d'un Etat palestinien déclaré unilatéralement et censé faire aboutir le processus de paix. Il semble que le choix soit maintenant entre des négociations, avec leurs inégalités inhérentes, ou une solution imposée, la fin de l'occupation et la reconnaissance d'un Etat. Les deux voies ne sont semble-t-il pas possibles.

De plus, l'Union Européenne rehausse continuellement ses liens avec Israël (l'Etat sioniste a été décrit comme un membre de l'UE sans en avoir le nom) tout en soutenant un gouvernement inconstitutionnel à Ramallah au nom de ses efforts d'édification d'un Etat ; gouvernement qui consolide la dépendance palestinienne vis-à-vis d'Israël au lieu de ce qui est attendu depuis longtemps : mettre fin à son occupation immorale. Un exemple en est la coordination sécuritaire de l'Autorité Palestinienne avec Israël, qui a transformé les forces de sécurité palestiniennes en une extension de l'appareil sécuritaire d'Israël, tout en exacerbant le schisme politique entre le Fatah et le Hamas.

On se demande comment un Etat indépendant, stable et souverain pourrait émerger sans réaliser avant tout la réconciliation palestinienne nationale et la formation d'un gouvernement d'unité.

La reconnaissance d'un Etat palestinien est donc dénuée de sens, puisqu'elle ne met pas fin à l'occupation ni ne crée un Etat d'une manière définitive et substantielle. Et elle détourne de questions bien plus urgentes de portée internationale qui devraient être au devant de la scène. Comme souligné par les Etats-Unis, ce dont les Palestiniens ont le plus besoin, c'est d'indépendance. Ce qui signifie une souveraineté sur un territoire viable et contigu, comprenant ses frontières, son espace aérien et sa sécurité. Pour arriver à ce stade, il faut une cessation totale de la construction des colonies et des activités de colonisation en Cisjordanie occupée et à Jérusalem. Sans la fin de l'occupation et la réalisation de l'unité nationale, les Palestiniens ne peuvent avoir ce dont ils ont besoin pour satisfaire les critères traditionnels d'un Etat. Il faut bien plus qu'une simple reconnaissance symbolique de la communauté internationale, en particulier de l'Union Européenne, dont le devoir est de veiller à ce qu'Israël se conforme au droit international.

Le chemin à parcourir

La reconnaissance brésilienne d'un Etat palestinien est une déclaration sans équivoque : pour qu'une solution à deux Etats soit viable, l'occupation doit prendre fin. De manière significative, l'offre du Brésil de jouer un rôle plus actif dans le processus de paix souligne aussi la conviction grandissante que les Etats-Unis sont devenus superflus en tant que courtier pour la paix étant donné leurs considérations intérieures et leurs liens avec Israël. L'ex-Président Jimmy Carter a dit à un journal brésilien cette semaine, "Nous ne pouvons pas compter sur les seuls Etats-Unis pour apporter la paix, puisqu'ils sont d'accord avec presque tout ce que fait Israël," dont le meilleur exemple est la récente incapacité humiliante à convaincre un Etat client de cesser son activité illégale pendant trois mois à peine, malgré l'offre d'un "pot-de-vin" de 3 milliards de dollars et une promesse de veto sur toutes les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui pourraient avoir une influence défavorable sur Israël.

Les actions d'Israël soulignent le fait que les USA ne peuvent pas faire pression sur lui d'un point de vue politique, et le refus de la communauté internationale d'adopter une position décisive perpétue le statu quo.

En tant que principal partenaire commercial d'Israël, l'Union Européenne est en position de faire pression de façon significative sur l'Etat sioniste pour faire avancer les négociations, en rabaissant progressivement la coopération économique et politique si des progrès ne sont pas réalisés. La lettre signée par les anciens dirigeants européens appelle à réitérer la position de l'Union Européenne en ce qui concerne le territoire de 1967, à refuser de rehausser les liens sans un gel de la colonisation, à mettre fin à l'importation de produits des colonies et à envoyer une délégation de haut niveau à Jérusalem Est pour attirer l'attention sur sa situation critique et l'aborder.

Conclusion

En 1988, la Déclaration d'Alger a bénéficié d'une énorme attention et pourtant, 22 ans après, elle n'a eu aucun impact sur la réalité politique des Palestiniens. Le résultat le plus important de la déclaration fut qu'elle a contribué à faire avancer les négociations avec les Etats-Unis. De même, le résultat le plus probable des efforts de lobbying de l'Autorité Palestinienne est qu'ils aideront à sortir de l'impasse en offrant des possibilités de nouvelles négociations et de compromis supplémentaires avec Israël.


(1) Sur le site "Mission de Palestine en France"

États ayant reconnu l’État de Palestine
- Pays reconnaissant l’État de Palestine

Les 94 pays suivants ont reconnu l’État de Palestine après sa proclamation par la réunion du Conseil national palestinien (CNP) d’Alger de novembre 1988 :

Afrique : Algérie, Angola, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap-Vert, République centrafricaine, Tchad, République du Congo, République démocratique du Congo, Djibouti, Égypte, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Libye, Madagascar, Maldives, Mali, Mauritanie, Maurice, Maroc, Mozambique, Namibie, Niger, Nigeria, Ouganda, Rwanda, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Somalie, Afrique du Sud, Soudan, Swaziland, Tanzanie, Togo, Tunisie, Union des Comores, Zambie, Zimbabwe.

Amériques : Cuba, Nicaragua, Costa Rica, Venezuela.
Asie : Afghanistan, Arabie saoudite, Bangladesh, Bahreïn, Bhoutan, Brunei, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Émirats arabes unis, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Jordanie, Koweït, Liban, Laos, Malaisie, Mongolie, Népal, Oman, Pakistan, Philippines, Qatar, Sri Lanka, Syrie, Turquie, Viêt Nam, Yémen.

Europe : Albanie, Autriche, Biélorussie, Bulgarie, Chypre, République tchèque, Hongrie, Malte, Pologne, Roumanie, Russie, Ukraine, Vatican, Yougoslavie (donc Serbie).

Océanie : Vanuatu.

- États reconnaissant un statut diplomatique particulier
Certains pays reconnaissent à la Palestine un statut particulier sans aller jusqu’à une reconnaissance réelle.
Existence d’une Mission de Palestine : France
Existence d’une Délégation générale de Palestine : Colombie
Existence d’une Délégation générale palestinienne : Autriche, Belgique, Allemagne, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Espagne, Royaume-Uni.
La représentation de l’OLP est protégée par l’immunité diplomatique d’autres ambassades arabes : Brésil, Suisse.

Source : Middle East Monitor

Traduction : MR pour ISM

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24 décembre 2010