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Palestine - ISM France

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Cisjordanie -

La reprise des négociations et la “carotte” des garanties

Par

Le docteur Ahmed Yousef Ahmed est vice-ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Hamas de Gaza, basé à Rafah, Gaza. Il a également été conseiller politique du Premier ministre Hamas Ismail Haniyeh. Source de cet article en arabe : Al-Ittihad Emirates Newspaper

L’administration états-unienne a décidé de débuter des négociations directes entre les Israéliens et les Palestiniens le 2 septembre. L’Autorité palestinienne a accepté l’invitation, au motif que ces négociations seraient entourées de garanties américaines. Une question, cependant, surgit sur le développement de la question des négociations directes depuis que le Comité de Suivi de l’Initiative de Paix arabe, lors de sa dernière réunion, a donné le feu vert à l’Autorité palestinienne pour entrer dans des négociations directes, et lui a laissé l’initiative du calendrier.

La reprise des négociations et la “carotte” des garanties


Nous avons vu ensuite des empoignades politiques dans les rangs de l’Autorité palestinienne, sans parler du refus du « Hamas » et d’autres factions, sur la reprise des négociations directes. Cette controverse s’est poursuivie jusqu’à la veille de la décision américaine qui, comme indiqué, a résolu la situation. Tout ceci a-t-il été une farce où les rôles ont été parfaitement distribués ? Je ne pense pas, car l’Autorité palestinienne cherchait une couverture arabe pour afficher une certaine « réserve » à accepter des négociations directes étant donné le résultat de ses expériences de longue date du comportement israélien, et en particulier dans la phase des négociations indirectes. Mais l’AP n’a pas trouvé cette couverture, au contraire elle a été soumise à une extrême pression mêlée à des « garanties » de la part de l’administration US, selon des rapports sur les négociations de septembre prochain.

Le point central des « garanties » US est la « carotte » ou l’illusion de celle-ci qui a persuadé l’Autorité d’entrer en négociations, ce qui requiert notre attention spéciale à partir de deux perspectives : d’abord, notre expérience de telles garanties, qui ont été offertes depuis au moins trois décennies, et ensuite, le contenu de ces garanties. Quant à l’expérience, les garanties US restent souvent lettre morte face à l’intransigeance israélien, sous des prétextes variés. Une fois on nous dit que le Président Obama se dirige vers un renouvellement de son mandat, et ne peut donc pas contrarier le lobby sioniste, et une autre fois, on parle des élections à mi-parcours du Congrès US que le parti du Président pourrait perdre s’il résistait à l’inflexibilité israélienne et, encore une autre fois, ils nous demandent de comprendre la situation intérieure « sensible » en Israël, sans parler d’autres arguments pour justifier leurs reculades.

C'est ainsi que ces « garanties » se sont évaporées après la signature d’un Cadre pour la Paix au Moyen-Orient à Camp David en 1978, et les garanties données avant la Conférence de Madrid en 1991 ont subi le même sort, suivies par les garanties de la Feuille de Route en 2003 et celles de la Conférence d’Annapolis en 2007. Ce qui est le plus intéressant cependant est que le seul accord détaillé atteint entre les Israéliens et les Palestiniens – indépendamment de ce que nous en pensons – fut l’Accord d’Oslo, qui a été signé en l’absence de l’administration US.

Pour revenir à l’examen du contenu de ces garanties, on oscille entre ravaler sa colère et patauger dans davantage de frustrations à cause de l’action de l’administration US actuelle au nom du soi-disant processus d’accord politique du conflit arabo-israélien, qui suit l’exemple de toutes les administrations précédentes depuis 1967. Cette administration entend achever les négociations en un an et qu’y seront discutées toutes les questions du statut final. La question de « un an » nous ramène à ce que j’ai affirmé auparavant, à savoir que tous les calendriers ont été violés par Israël et, malheureusement, ces calendriers n’étaient pas basés sur une compréhension correcte de la réalité du conflit, ou de son équilibre du pouvoir. L’accord de Camp David de 1978 était supposé être appliqué dans les cinq ans après la signature du Cadre pour la Paix au Moyen Orient de septembre de la même année, et l’« Accord d’Oslo » devait mettre fin au conflit en 1999, et la Feuille de Route envisageait l’établissement d’un Etat palestinien en 2005, puis il y eut Annapolis en 2007 pour reporter la création de cet Etat à 2008, et rien n’est arrivé dans aucun des cas. Alors pourquoi quelque chose se passerait-il cette fois ? En fait, les négociations de septembre pourraient être l’exception de tout ceci s’il y avait quelque chose de nouveau, mais dans notre cas, ce qui est nouveau, c’est la dérive vers davantage de positions inflexibles israéliennes, qui excluent la possibilité de parvenir à un règlement équilibré, sans parler d’un règlement juste.

Le président américain – en dépit des espoirs qu’il a suscités au début de son mandat – s’est montré capable, comme tous les autres présidents américains, d’un recul rapide sur tout ce qu’il dit. Quant aux Arabes, ils sont soit trompés par ces « négociations spectacles », soit ils y sont opposés, sans faire le moindre effort pour développer une alternative à ces négociations. Pendant ce temps, Israël reste gouverné par l’un des gouvernements les plus extrémistes de toute son histoire, et les Palestiniens sont divisés entre Gaza « Hamas » et la Cisjordanie « Fatah ». Et le Fatah n’est absolument pas uni sur la question d’entrer dans des négociations directes. Alors, d’où viendra quelque chose de nouveau ?

Ce qui reste, c’est que l’administration US souligne, comme une partie « importante » de ses garanties d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967, une « impulsion » vers un gel de la colonisation et un rôle américain efficace dans ces négociations, ainsi que sa vision des résultats finaux du processus de paix. George Mitchell, l’envoyé du Président US au Moyen Orient, confirme que Washington fera des propositions pour « réduire les écarts entre les points de vue », mais ne nous donne pourtant aucune raison d’être très largement satisfaits de cette « évolution spectaculaire » de la position américaine, qui déçoit depuis longtemps les Arabes, car il nous rappelle que les négociations ne sont en aucun cas « bilatérales ». En d’autres termes, ne vous attendez pas à ce que l’administration US soit capable de faire des progrès à moins que les deux parties en négociation soient capables et désireuses de le faire.

Il est intéressant de voir que quelques rapports ont parlé de ce contexte (c’est-à-dire mettre en avant des propositions pour rapprocher les points de vue) notant que l’administration US s’est échinée à développer une formule sur la question des colonies qui ne fasse aucune référence à leur gel, pour éviter d’ « embarrasser » Netanyahu ! On se demande ce que sera le véritable embarras lorsqu’il sera question de l’exigence palestinienne légitime de démanteler les colonies, ou autres exigences ! A ce sujet, l’administration US s’est disculpée et Mitchell continue de réitérer « son appel » à Israël de ne pas reprendre la construction dans les colonies.

Ce qui reste alors est que le côté palestinien a demandé, comme condition pour entrer en négociation, que la déclaration du Quartet en mars dernier fasse référence dans les négociations. Hélas, Israël a refusé ceci par sa conduite extrémiste. Ainsi, pour sauver la face, le Quartet a fait une déclaration de soutien aux négociations directes et a appelé « les deux parties » à faire preuve de retenue, sans faire référence à sa déclaration de mars 2010 qui soutenait l’établissement d’un Etat palestinien viable sur la terre géographiquement contiguë de 1967. Elle appelait aussi à un gel de l’activité de colonisation, y compris la croissance naturelle des colonies, et au démantèlement des avant-postes illégaux (comme si la moindre de ces colonies était légale). La déclaration de mars 2010 dit que Jérusalem Est fera l’objet de négociations, notant que « la communauté internationale ne reconnaît pas son annexion par Israël. » La comparaison entre la position de la déclaration récente du Quartet, qui « justifie » les négociations directes, et la déclaration de mars 2010 avec son contenu précédent démontre combien ce Quartet peut être instrumentalisé par les Etats-Unis, qui manipulent à leur gré.

Dernier point, mais non des moindres, le parti qui parraine les négociations, à savoir l’administration US, a tenu à souligner qu’il n’y avait aucun rôle pour le « Hamas » dans ces négociations, ce qui est évident, mais ce à quoi ces gens ne prennent garde est que c’est ça la cause majeure de l’échec prévisible des négociations, en plus d’autres raisons bien connues comme l’entêtement israélien et le déséquilibre du pouvoir.

Même à supposer que les négociations pourraient être fructueuses en un sens ou un autre, il est clair dans tous les cas que ce sont des discussions sur l’avenir de la Cisjordanie , et non pas sur l’avenir de la Palestine comme un tout. Pour ce qui nous concerne, nous n’avons pas d’autre option que de regarder ce film ennuyeux pour la ixième fois, en en connaissant à l’avance les détails et la fin.

Source : Middle East Monitor

Traduction : MR pour ISM

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