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Palestine -

La solution à deux Etats et la ruine de Gaza

Par

Virginia Tilley est à la tête du Middle East Project et responsable de recherche spécialisée dans le Democracy and Governance Programme du Human Sciences Research Council d’Afrique du Sud, écrivant à titre privé. Elle est l’auteur de « The One-State Solution » (Michigan University Press et Manchester University Press, 2005) ainsi que de nombreux essais sur Israël-Palestine, de même que d’un autre ouvrage et d’articles académiques sur le nationalisme racial en Amérique Latine et ailleurs.

Durant plusieurs années, ceux d’entre nous qui avertissaient que nous étions déjà en présence d’une solution à un Etat en Israël-Palestine ont été régulièrement rembarés au titre d’intellectuels dans leur tour d’ivoire, disant toujours non, et d’utopistes fêlés.
On ne perçoit que mieux le moment où ces commentaires dédaigneux se mettent à vaciller, à chanceler

La solution à deux Etats et la ruine de Gaza


Il est vrai que, durant cette même période, nous avons pu entendre, en série, de ces conclusions inquiètes que si «quelque chose» n’est pas fait, la solution à deux Etats mourrait et que nous nous retrouverions en moins de trois mois, ou six mois, ou simplement «bientôt», avec la solution à un seul Etat sur les bras.
La plupart des mises en garde à «six mois» sont sorties il y a des années mais sans jamais paraître expirer. Le problème était que la plupart des gens n’étaient pas sûrs de savoir à quel signe précis et indubitable reconnaître que l’option à deux Etats était vraiment défunte.

Tout le théâtre diplomatique – les accords d’Oslo, la Feuille de Route, Annapolis et le Protocole de Paris – a donné aux gens une telle impression de sérieux qu’ils en sont venus à interpréter chaque nouvelle contradiction (le doublement de la population des colonies de Cisjordanie , par exemple) comme un simple «obstacle» ou «contretemps» au processus diplomatique supposé, plutôt que comme une preuve que tout cela n’était que du chiqué.

Portant le fardeau de ce dé-réality-show, le projet à deux Etats est devenu moins un programme réel qu’une profession de foi : si insaisissable qu’elle puisse sembler dans la réalité, la solution à deux Etats doit être défendue ou « sauvée », ressuscitée comme la «seule voie».
Une noble rhétorique qui parle de «sacrifice» des deux côtés a ajouté de la gravité à cette mascarade. Nul ne savait quoi faire au cas où la notion de deux Etats s’effondrait finalement, si bien que nul ne souhaitait dire que c’était ce qui était arrivé.

Le résultat en a été des tergiversations et des retards. Et des morts palestiniens. Toujours plus de morts. Mais là, il semble que la marée ait changé, car Gaza et les élections israéliennes ont défait ces dernières illusions. Car enfin à quoi un échec peut-il ressembler sinon aux décombres de Gaza ?
Il ne s’agit pas seulement du niveau de brutalité scandaleux qui dément toute idée d’un gouvernement israélien «modéré» ou quelque bonne foi que ce soit de la part d’Israël. Toute cette attaque est le résultat direct, une composante nécessaire et la preuve finale de la fraude des «deux Etats».

Comment Israël aurait-il pu attaquer Gaza aussi affreusement, aussi cruellement, si la sécurité des colonies juives en Cisjordanie n’était pas assurée via des accords avec l’Autorité Palestinienne de Monsieur Abbas ?

Mais comment l’Autorité Palestinienne pourrait-elle faire respecter cette sécurité – autrement dit, jouer la partie la plus tendue d’une « autorité de gouvernement intérim » – sans la feuille de vigne des deux Etats ?

Ce n’est qu’en s’assurant que l’Autorité Palestinienne était en position de réprimer tout soulèvement de masse de la part de Palestiniens scandalisés dans les villes de Cisjordanie actuellement étouffées par les colonies juives, qu’Israël a pu oser frapper Gaza de la manière dont il l’a fait. La solution/illusion à deux Etats devait donc être maintenue en vie afin de soutenir l’Autorité Palestinienne dans le but d’attaquer Gaza.

Mais bien sûr, l’équation de base tenait aussi : Gaza devait être écrasé afin de soutenir l’Autorité Palestinienne – car, encore une fois, la dernière campagne de construction de colonies qui créera les nouvelles frontières permanentes d’Israël requiert pour les colonies de Cisjordanie une sécurité que seule l’Autorité Palestinienne est en mesure de procurer et le Hamas a menacé ce pacte honteux en l’exhibant pour ce qu’il est. Maintenant que le Hamas a survécu et que le cercle d’Abbas fait encore plus figure d’idiots utiles, nous voyons se tenir au Caire des pourparlers sur «l’unité».

Mais nous pouvons être assurés que ces pourparlers sont autorisés par Israël à seule fin de soutenir encore un peu Abbas et ses gens, exactement comme l’argent est censé le faire (par exemple, sur les 900 millions des Etats-Unis, pas un dollar n’est destiné à la reconstruction de Gaza et le tout passe par l’Autorité Palestinienne ou le Fatah ou d’autres mains qui ne sont pas le Hamas).

Tout accord conclu au Caire s’écroulera sitôt que le Hamas sera à nouveau confronté aux trahisons qui suivront à coup sûr – et très rapidement, parce qu’Israël ne tolérera pas le moindre pas de travers du cercle d’Abbas qui n’a jamais eu pour Israël qu’une seule raison d’être : servir l’annexion par Israël des terres de Cisjordanie .

La solution à deux Etats n’a donc eu un air de vie que dans la rhétorique du gouvernement israélien et les gens ont vu dans cette rhétorique ce qu’ils avaient envie de croire. Comme me le disait l’an dernier un collègue encore crédule, confronté à l’absence de la moindre preuve, l’objectif des deux Etats était chose entendue. Après Gaza, les écailles sont tombées des yeux des gens.

Cependant, il est inquiétant d’entendre les gens prononcer le décès de la solution à deux Etats partiellement en raison de l’imminent ascendant de Netanyahou et de Lieberman dans la politique israélienne. Il nous faut être clairs à ce propos également : pour ce qui touche aux Palestiniens, il n’y a pas l’ombre d’une différence entre leur politique et celle de Livni ou de Barak. De toute façon, Netanyahou est un opportuniste qui dit ce qui se vend. Quand l’administration

Obama le mettra sous pression et que le climat diplomatique aura changé, il sera preneur de n’importe quelle version d’Annapolis qui aura été mijotée et il remplira nos médias de phrases empreintes de gravité sur l’éternelle innocence d’Israël et sa rude quête de la paix. Mais rien ne changera, qu’il vienne ou qu’il aille, parce que la politique d’Israël va au-delà de la politique électorale israélienne. Le seul changement auquel nous pouvons nous attendre porte sur le style.
Le « oui mais » chicanier du camp Peres/Livni/Barak se transformera en la rhétorique du «pas question» chère au camp Netanyahou/Lieberman, tous deux présentant leur réjectionnisme comme le tragique fardeau d’Israël, né des échecs et des trahisons des Palestiniens.

Quoi que fassent les Palestiniens, aucun de ces deux camps n’a la moindre intention de faire quoi que ce soit de différent en Cisjordanie , à part construire des colonies aussi vite que possible, prendre la terre, boucler les Palestiniens derrière le Mur et achever la consolidation d’Eretz Israël.


En réalité, l’idée que Livni et Barak aient jamais eu l’intention de faire quoi que ce soit de différent concernant la Cisjordanie revient à se laisser avoir par cette bonne vieille ruse gouvernementale – le mythe du déni plausible ([1]) d’Israël – selon laquelle ce sont en fait les colons religieux fanatiques qui poussent à la croissance de la colonisation.
Le gouvernement israélien a mené toute l’opération de colonisation – établi les cartes, planifié, financé, supervisé, subventionné et défendu le tout – depuis le commencement. Ne tentons dès lors pas de recréer une fois de plus à notre usage cette fiction pleine de clinquant : que si seulement nous avions des «modérés» dans le gouvernement israélien, nous pourrions «maintenir en vie le processus diplomatique».
Les «modérés» nous ont apporté le carnage de Gaza et leurs intentions demeurent parfaitement claires ; alors ne restons pas accrochés à leurs mensonges, leur tartuferie et leurs crimes de guerre.

Et arrêtons ces bêtises à propos de la sécurité d’Israël. Israël est extrêmement sûr. Israël est aussi sûr que l’armée US combattant les Apaches dans les plaines du far-west américain et hurlant à la traîtrise au premier colon blanc tué. Là où les Blancs/Juifs veulent la terre du peuple indigène, disposent d’une force militaire écrasante et de la capacité de prendre cette terre, et qu’ils ne voient nulle raison de cesser, ce qu’il faut pour amener le gouvernement à arrêter d’entasser les gens dans des bantoustans/réserves, ce n’est pas une «médiation» afin que les deux côtés gagnent de la « confiance » et se voient l’un l’autre comme des êtres humains, ni une collaboration indigène offrant aux Blancs de se sentir «en sécurité», ni une reconnaissance indigène que l’Etat dominant à un «droit à l’existence».

La seule solution à un tel déséquilibre des forces consiste à éradiquer l’autorité morale revendiquée par l’Etat à détruire, voler et brutaliser l’Autre, en changeant la relation même existant entre l’Etat et l’Autre. Les Américains indigènes l’ont fait trop tard, quand trop avait été détruit et volé. Les Palestiniens peuvent encore le faire à temps.

Mais cela exige d’être sérieux et cela signifie qu’il faut agir maintenant.

La solution à un Etat n’est pas un «rêve». C’est le seul espoir d’une vraie paix mais c’est aussi la dure réalité devant laquelle nous nous trouvons dès à présent. Le gouvernement israélien sait cela parfaitement bien et il sait aussi que la façade des deux Etats se fissure.

Les conséquences sanglantes de ce savoir-là, nous les voyons à GazaIsraël a délibérément semé la panique en partie pour faire dérailler le Hamas et distraire le monde de la transparence de plus en plus grande du mensonge des deux Etats. Il n’y a donc rien d’ « utopique » autour de cette réalité d’un seul Etat. En Afrique du Sud, la solution à un Etat a coûté des milliers de vies, en particulier, à l’approche de la fin, lorsque le régime d’apartheid s’est mis à désespérer.

Comme en Afrique du Sud, dans la solution à un seul Etat en Israël-Palestine, les conditions vont probablement empirer avant de s’améliorer mais encore, nous n’avons aucune garantie que l’issue de la lutte sera positive. Cela peut tourner au nettoyage ethnique et à la guerre. Cela ne tournera bien que si les gens remisent leurs mythes et se mettent sérieusement à la tâche.


Les mythes qui doivent disparaître

Les mythes sionistes sont scélérats, mais de plus en plus fatigués et ruinés : les Palestiniens n’étaient pas en Palestine lorsque les sionistes sont arrivés ; les pays arabes ont dit aux Palestiniens de fuir, en 1948 ; la guerre des Six Jours a été imposée à Israël et Israël n’a dès lors aucune obligation de se retirer des « territoires saisis » ; Israël est un Etat nation comme n’importe quel Etat nation ; l’occupation n’est pas une occupation.

Peut-être le mythe le plus dangereux parmi ceux qui sont encore chéris par les sionistes est-il qu’Israël peut agir selon ses propres mythes et que d’une manière ou d’une autre les choses s’arrangeront : que parce que les Palestiniens n’ont pas de justes griefs à opposer à Israël et ne peuvent donc être que des sauvages arriérés et fanatiques (ou des idiots crédules), Israël peut les bombarder afin de les amener à renoncer à leurs agendas anti-juifs irrationnels.

Les sionistes ne saisissent pas encore que cette tactique ne marchera jamais – le mythe est, de fait, renforcé par le refus palestinien de capituler – parce qu’ils doivent s’accrocher à tous les autres « mythes fondateurs » pour donner un sens moral à leur Etat ethniquement nettoyé. L’œuvre publique résolue visant à discréditer ces mythes afin de faire dérailler cet illusionnement, doit se poursuivre et se poursuivra.


Mais les sionistes ne sont pas les seuls à avoir des mythes. Déballons les nôtre maintenant, afin qu’ils puissent enfin être reconnus pour ce qu’ils sont et remisés comme des jeux dépassés.

Le premier mythe tient qu’Israël a accepté la solution à deux Etats. A examiner à la loupe les textes des Accords d’Oslo, la Feuille de Route, Annapolis et le Protocole de Paris, nous découvrons qu’Israël ne s’est jamais, pas une seule fois, dans aucun accord, traité, document d’aucune sorte, engagé à une solution à deux Etats. Le seul moment où il a paru le faire, en signant la Feuille de Route, Israël a posé à l’Autorité Palestinienne tant de conditions préalables manifestement impossibles, qu’Israël pouvait dormir tranquille : il ne serait jamais tenu à quoi que ce soit.
Israël ne contredit dès lors aucun engagement pris officiellement en faisant disparaître son fondement. (De même, Israël n’a jamais promis de se conformer aux résolutions 181, 194, 242 et 338 des Nations Unies, et la loupe révèle que son admission au sein des Nations Unies n’était pas non plus conditionnée par son acceptation du droit au retour des réfugiés palestiniens, mais ce sont là d’autres questions.)

Le second mythe, c’est que les Etats-Unis pourraient un jour contraindre Israël à se retirer de Cisjordanie . Ceci est partiellement dû à un manque de volonté politique et au lobby sioniste, mais imaginons un instant que l’administration Obama devienne assez sérieuse ou assez désespérée pour recourir à un vrai levier pour forcer un gel de la colonisation. Ce ne sera pas suffisant, et pas seulement parce que, à ce stade, un gel n’est pas suffisant.
Mais tout gouvernement israélien qui tenterait sérieusement de retirer de grosses colonies (notez qu’aucun gouvernement israélien n’a jamais accepté de seulement l’envisager) trahirait des pans entiers de l’électorat sioniste, mettrait en crise le fragile pacte sioniste sur la nature de l’Etat juif et scinderait par le milieu le corps national sioniste.

Aucune puissance extérieure ne peut faire qu’un Etat quelconque détruise de plein gré sa propre cohésion nationale, car ce serait un suicide politique et le suicide est précisément ce que la queue du dragon sioniste cherche à éviter en s’agitant comme elle le fait. De toute façon, il n’y a pas assez d’argent pour y arriver et Israël a désespérément besoin de l’eau de la Cisjordanie .

Le troisième mythe est que la société nationale juive qui a été créée en Israël va un jour disparaître. Elle ne va pas plus disparaître que ne l’a fait la société afrikaner en Afrique du Sud (qui, soit dit en passant, est plus florissante que jamais). Il est vital que le mouvement national palestinien et le mouvement de solidarité accepte ce fait, idéologiquement aussi bien que pragmatiquement, sans quoi la solution à un seul Etat serait un ethnocide dans ses prémisses et ne marcherait jamais.
Cela peut sembler évident mais cela résonne comme un avertissement pour le discours nationaliste palestinien : de la même manière que «l’Etat juif» ne peut perdurer, «l’Etat arabe» de la Charte et d’une rhétorique palestinienne ne pourra jamais prendre forme en Israël-Palestine. Ce qui prendra forme doit être autre chose et, comme en Afrique du Sud, il doit libérer tous les groupes de l’emprise malfaisante du racisme.

Le quatrième mythe est qu’une solution à un seul Etat peut marcher au triomphe de la laïcité sans que les grandes fois abrahamiques ne participent pleinement du projet. La religion ne sera pas ici repoussée dans la sphère privée. Elle doit aider à mener cet effort, non pas flotter à l’arrière-plan. Mais un mythe associé est que les adeptes de ces fois n’ont pas à s’occuper sérieusement du défi interne que représente le fait de débrouiller comment vivre une vie religieuse vertueuse dans une société multi-confessionnelle.

Le christianisme, le judaïsme et l’islam ne peuvent jamais «gagner» en Palestine ni même trouver leur plus grande vocation spirituelle sans chercher à atteindre leurs principes les plus nobles et les plus universels et les mettre en avant avec toute la certitude qu’offre la foi, sur cette terre qui a souffert si amèrement de leurs échecs passés à y parvenir.

Le cinquième mythe est que le monde appuie un jour suffisamment l’autodétermination palestinienne pour donner aux Palestiniens un Etat séparé et viable. Cela peut sembler aller à l’encontre de l’intuition, en particulier pour ceux qui se souviennent de la décolonisation des années 60 ou qui perçoivent l’extension de la campagne de boycott. Mais réfléchissez-y : aucun mouvement international majeur n’a jamais efficacement prêté main forte à la lutte pour l’autodétermination de quelqu'un d’autre. (A quel point avez-vous perdu le sommeil, ces derniers temps, à cause des Tamouls ?)

Si la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud s’était centrée sur «l’autodétermination zouloue» ou «l’autodétermination Xhosa», en lieu et place de l’égalité des droits et de l’anti-racisme, l’apartheid serait encore à l’œuvre ici, aujourd’hui.

L’apartheid a été défait en faisant appel à la conscience du monde et cela s’est fait en insistant sur des valeurs partagées par tous – l’égalité fondamentale des êtres humains en dignité et en droits, et la cruauté et l’illégitimité du pouvoir raciste. Nous voyons enfin émerger ce genre de vraie pression en Palestine, tandis que le monde voit avec horreur l’agonie de Gaza.

En invoquant finalement directement ces valeurs universelles, et exigeant des droits égaux dans leur patrie en tant que citoyens d’un Etat unique, unifié, non-ethnique, les Palestiniens se retrouveront à capter cette force mondiale à des degrés sans précédent dans leur histoire politique, ne gagnant pas seulement une sympathie mondiale mais une passion mondiale.

Ironiquement, la voix qui soutient ce point avec le plus de force est celle d’Ehoud Olmert qui a averti que si les Palestiniens adoptaient une stratégie anti-apartheid à un seul Etat, Israël serait perdu. En avril 2004, il avait averti que «de plus en plus de Palestiniens se désintéressent d’une solution négociée à deux Etats, parce qu’ils veulent modifier l’essence du conflit, le faisant passer d’un paradigme algérien à un paradigme sud-africain. D’une lutte contre "l’occupation", pour parler comme eux, à une lutte en faveur de un-homme-une-voix. C’est-à-dire, bien sûr, une lutte beaucoup plus nette, beaucoup plus populaire – et en fin de compte, beaucoup plus puissante. Pour nous, cela signifierait la fin de l’Etat juif».

En novembre 2007, il l’a redit : «Si la solution à deux Etats venait un jour à s’effondrer et que nous nous retrouvions face à une lutte pour l’égalité de droit de vote dans le style de l’Afrique du Sud (également pour les Palestiniens dans les territoires), alors, aussitôt que cela se produirait, l’Etat d’Israël serait fini».

Il n’est pas étonnant qu’Olmert et Livni et toute la machinerie de la solidarité de la Hasbara sioniste tapent si fort du poing sur la table à propos d’une solution à deux Etats : c’est leur seule défense contre l’effondrement d’un Etat ethnique et contre une vraie démocratie. Lorsque vos opposants vous indiquent le chemin d’une certaine défaite, cela vaut la peine d’y prêter attention.

Finalement, nous devrions rejeter tous les mythes portant sur la solution à un Etat elle-même : qu’elle est facile, utopique, inévitable, impossible, qu’elle évoluera naturellement si l’on se contente d’attendre, ou – le mythe le plus commun – que « les Juifs » ne l’accepteront jamais. La vérité, c’est que la solution à un Etat est difficile, dangereuse, qu’elle est la seule solution réalisable, la solution nécessaire, que cela exigera un travail énorme pour éviter qu’elle ne tourne mal, et que « les Juifs » l’accepteront.

Mais pour que cela se produise, la vision et la mission nationalistes palestiniennes devront adopter une nouvelle vision, celle d’une société partagée, et la communauté internationale doit cesser de se bercer de futilité quand la Palestine brûle. Soit Israël soit les Palestiniens saisiront et conduiront la solution à un Etat. Ce qui s’est passé à Gaza nous montre ce qu’Israël entend faire de ce pouvoir. Il faut le reprendre.

Cette nouvelle lutte communiquera une énorme force politique au mouvement de libération. En Palestine, nous voyons en effet une vraie chance de créer un de ces rares moments éclatants où l’humanité se transcende brièvement, comme quand Nelson Mandela, se tenant devant les Union Buildings, à Pretoria, a prêté serment comme Président d’une nouvelle Afrique du Sud.

Mais ne perdons pas davantage de temps et d’énergie à attendre passionnément la venue d’un «grand homme» pour tenir le rôle de Mandela en Palestine et mener chacun à la réconciliation. Nous portons tous un petit Mandela au fond de nous – c’est pour ça que nous avons pleuré en assistant à ce moment historique en Afrique du Sud, parce qu’il résonnait en nous avec quelque chose d’universel.

Trouvons en nous ces ressources plus profondes de courage moral pour contribuer à aider à mener Israël-Palestine à un second triomphe mondial contre l’apartheid et poser les fondations d’une vraie démocratie et d’une vraie justice au Proche-Orient. Dieu sait que le monde doit défaire ce vieil ogre du siècle dernier, le nationalisme racial, afin d’affronter collectivement les grands défis qui nous attendent au siècle suivant.




[1] «Par cette formule, l’on désigne la légère incertitude, le flou décisionnaire, le voile impalpable, qui fait que l’on ne peut prouver formellement l’implication directe et réfléchie du sommet de l’Etat.» (http://billy-tallec.typepad.fr/leblogpolitiquedebilly/renseignement/)

Source : www.globalresearch.ca/

Traduction : Michel Ghys

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