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Afrique -

Le Mali afghan et le Niger libyen

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Le 8 février 2013, l’armée française engagée au Mali depuis le 11 janvier 2013 s’empare de la ville de Tessalit. Cette oasis, à l’extrême nord, est à 70 kilomètres de la frontière algérienne, il y a été compté lors du recensement de 2009 près de 5700 habitants. La prise de possession de la capitale d’une zone montagneuse offrant par ses innombrables grottes un repli pour les combattants des Ansar Dine, Aqmi et Mujao a nécessité la participation de 1200 militaires français et de 800 Tchadiens. À l’arrivée des ‘libérateurs’, la ville était désertée et la cinquantaine de rebelles qui la tenaient avaient disparu. Ont été laissés sur place quelques pick-up et une fabrique d’explosifs artisanaux.

Le Mali afghan et le Niger libyen

Soldats US arrivant à la base militaire d’Amchach (source photo : malijet.com)
Le 22 juin 2013, des soldats étasuniens sont entrés dans la base d’Amchach, localité située à 7 kilomètres de Tessalit - avec l’aval de la France. Jusque-là, Paris et Washington étaient en concurrence pour y établir une base militaire, ce contre quoi s’opposèrent durablement l’Algérie et la Libye.

Quelques jours auparavant, le 19 juin, Blaise Compaoré, président du Burkina Fasso et assassin du nationaliste Thomas Sankara, obtient en tant que médiateur désigné par la France la signature d’un accord de paix entre le Mouvement National de libération de l’Azawad (MNLA) et le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad d’une part et le gouvernement transitoire malien d’autre part. Le cessez-le-feu entre en vigueur immédiatement et sans condition préalable. Le MNLA ne sera désarmé qu’après la tenue des élections présidentielles prévues le 28 juillet. En échange ses soldats et cadres seront intégrés dans l’armée nationale.

Les mois de juin et juillet correspondent à la saison des pluies au Mali, ce qui rend problématique la participation d’éventuels candidats du MNLA au processus électoral. Juillet correspondra au mois de Ramadan. De plus, le délai très court de 40 jours choisi par la France rend dérisoire la consultation ‘démocratique’ pour un pays à peine sorti de la guerre.

Maintenant, la situation malienne ressemble à un statu quo ante. Sauf qu’après la rotation de 360° effectuée en un an et demi grâce au gouvernement Hollande, elle s’est enrichie de la présence officielle de l’armée américaine au Mali et au Niger.

Le déploiement étasunien prend prétexte de la surveillance du Sahel et de sa protection contre le terrorisme islamique. La technologie des avions sans pilote commandés depuis des consoles informatiques qui ne requiert pas en principe de présence in situ serait indispensable.

Si sa forme folklorique djihadiste a disparu, le narcotrafic se poursuit sous l’œil bienveillant de membres résiduels de la fantomatique armée malienne.

Le MNLA avait ses entrées au Quai d’Orsay pendant toute l’année 2012, pendant ses tractations et son ralliement aux autres groupes armés qui demandaient la sécession et pour quelques-uns d’entre eux l’instauration d’un État islamiste. 2012 avait préparé la faillite de l’État malien sous la férule d’un Amadou Toumani Traore. La première démocratie musulmane africaine a longtemps été proposée comme modèle : corruption, népotisme, absence de projet politique et économique pour doter la jeunesse d’un avenir, contraintes des politiques de réajustements structurels imposées pour des prêts dérisoires contractés lors des sécheresses des années 70 et 80. L’asymétrie des ressources et d’infrastructures entre un Nord désertique qui en est dépourvu, abandonné à lui-même et un Sud qui tire partie de ses mines aurifères, aggravée par une relative décentralisation, n’aurait pas été résorbée par la sécession.

Le MNLA est toujours en lien avec ses actuels parrains français qui lui assurent la conservation de sa structure militaire. Il a obtempéré et a accepté une solution négociée après une intervention militaire étrangère alors que le plaidoyer algérien et de l’Union Africaine pour une résolution politique du conflit avant l’opération Serval n’a pas été entendu. Dit un peu abruptement, la France est venue restaurer l’intégrité territoriale malienne en ayant soutenu un mouvement séparatiste et en le ménageant encore. Elle a été de plus responsable de la diffusion des armes depuis les arsenaux libyens, elle a été en effet l’agent causal de la destruction de la Libye pour le compte de l’OTAN et l’agent exécutant.

La narration larmoyante à propos des femmes du Nord Mali subissant les affres de la Chariâa et de supposées mains coupées ne peut leurrer personne. La mouvance salafiste armée dans cette zone du Sahel, une poignée de trafiquants volontiers kidnappeurs à l’occasion, totalise un chiffre ridicule de moins de 2000 individus. Les exactions récentes des éléments de l’armée officielle malienne sur la population touarègue, d’inspiration ethnique, sont d’une ampleur et cruauté bien supérieures.

Il faut également compter les abus habituels qui ont commencé d’être commis par les forces du corps militaire de l’ONU prévu pour se substituer à la présence militaire française. Le ministre français de la Défense, au contraire de ses affirmations antérieures, promet que celle-ci perdurera jusqu’à un terme sans cesse reculé et concernera un effectif d’au moins 1000 soldats.

La Chine, en général réticente à participer aux agissements occidentaux sous couvert de l’ONU, a proposé d’envoyer un contingent de quelques centaines de militaires pour intégrer la MINUSMA. Elle a à assurer la protection de ses investissements au Niger. Quand Exxon refusait d’exploiter le pétrole nigérien aux conditions du Président Tandja renversé par un coup d’État militaire en 2011, extraire ET raffiner sur place, la compagnie nationale chinoise China National Petroleum Company a accepté de le faire malgré le faible rendement immédiat. Il s’agissait d’avoir un accès aux ressources pétrolières. La Chine a également concurrencé Areva pour l’exploitation de mines d’uranium de sorte que c’est à la China Nuclear International Uranium Corp qu’a été accordée la concession de la nouvelle mine de Tegguida. La construction de plusieurs dizaines de centrales nucléaires dans le monde et la prévision du doublement d’ici 2030 de la puissance électrique d’origine nucléaire dans le monde rend le minerai très convoité et son environnement très stratégique.

La diversification des sociétés minières au Niger a été l’œuvre de Mamadou Tandja qui avait réussi à accroître les revenus nationaux du pays et à les investir dans l’agriculture, la santé et l’éducation.

Les attentats-suicides de mai 2013 contre le camp militaire d’Agades et le site minier d’Arlit exploité par Areva sont peut-être venus rappeler à point nommé quelques principes au Président Mahamadou Issoufou élu en 2011 après un court intermède de pouvoir militaire. Il lui faut confier la sécurité du pays aux drones américains et à la puissance tutélaire française.

Même un Issoufou, Président d’un des cinq pays les plus pauvres de la planète en termes de revenu par tête d’habitant, ne se laisse pas facilement convaincre. Il a déploré à cette occasion que les "solutions après la défaite de Kadhafi sont pires que le mal. Le fait est là : la Libye continue d’être une source de déstabilisation pour les pays du Sahel". D’autant que l’ethnie Touareg est retrouvée au Niger ainsi qu’en Algérie.

L’Occident devra commencer à considérer que l’Afrique est "compliquée" comme l’est l’Orient Arabe pour des raisons analogues. Sa présence hégémonique n’y est pas garantie par son assistance à la pratique de coups d’État.

Le Mali confirme la Libye et la Côte d’Ivoire en plusieurs points. Les partenaires non occidentaux de l’Afrique ne peuvent être délogés par des opérations militaires coûteuses et épuisantes pour des économies déjà exsangues. Une fois la fièvre belliqueuse rafraîchie, la Chine est toujours là, recyclant du billet vert bientôt encombrant, moins disante et travaillant sur une autre échelle de temps que le profit immédiat.

La France pour une expédition contre quelques centaines de trafiquants qui sécurise son approvisionnement en uranium nigérien a besoin de son suzerain étasunien. Lequel monnaye son aide et la subvertit en devenant son principal bénéficiaire.

Le chef de l’exécutif français, vague copie gélatineuse d’une restauration louis-philipparde, a la consistance d’une entité nationale évanescente. Les commissaires bruxellois décident du budget de la région France. L’OTAN décide de ses orientations militaires. Il lui reste la gestion policière d’un peuple déchiré par des divisions socioprofessionnelles et ethniques élaborées froidement par les faiseurs de la politique et de l’opinion, les conseillers en communication.

Combien de temps encore avant que ce qui reste de l’armée française ne demande sa dissolution dans celle des US(a), comme viennent de le faire les Pays-Bas pour leur brigade aéromobile dans l’armée allemande ?

Le petit périmètre de la sécurité intérieure devient l’attribut majeur sinon exclusif de la cinquième République au point que la fonction de ministre de l’Intérieur devient un tremplin pour la magistrature suprême. L’actuel homme aux commandes de la place Beauvau, qui ne s’est illustré que par sa signature au bas d’un opuscule fait de morceaux copiés-collés de la théorie du Karcher, est pressenti pour devenir le futur Premier ministre de la gélatineuse direction du pays.

Les US(a) viennent d’obtenir de Hamad Ben Kalifa Al Thani, le roitelet de la principauté du Qatar, qu’il abdique en août en faveur de son fils. L’argument ne souffrait pas de répliques, le gel des avoirs aux Us(a) de celui qui avait perpétré un coup d’État contre son propre père, sans ironie aucune de l’histoire. L’autonomie toute relative des fonds souverains qatariotes gérés à la City qui investissent en France et manoeuvrent en partie la politique étrangère d’abord de Juppé puis celle de Fabius (tiens deux anciens repris de justice !) en Syrie est insupportable au gendarme du monde.

Dans le contexte de paralysie tétanisée de Hagel, nommé pour rester muet, et de Kerry promu pour ne décider de rien, l’agitation du gardien de la base de Doha gêne le tuteur étasunien. L’actuelle visite de Hollande à Doha risque même de l’exciter sérieusement.

Au fond, la tâche politique d’Obama et de tous ses prédécesseurs revient à armer des terroristes, recyclés en ennemis selon les saisons.

Cet été, les Talibans sont de nouveau des interlocuteurs voire des amis. Vite, que Bashar Assad reprenne visage humain pour que cesse la destruction de la Syrie.

Le Mali pansera ses blessures et recoudra les liens entre ses différentes composantes, élections ou pas.

Badia Benjelloun
23 juin 2013


Addendum ou post-face : Technologisme et surveillance.

La France de Sarközy a signé des accords de coopération avec Israël pour la construction de drones. Dassault a adapté le Heron d’Israël Aerospace Industries, le transformant en "Harfang" qui reste dépendant pour de nombreuses pièces de rechange d’Israël qui renâcle à les fournir. Morin se plaignait en 2010 devant la commission de défense de l’Assemblée Nationale du manque de coopération des Israéliens.

En 2013, la France de Hollande, au lieu de chercher à moderniser et adapter « son » Harfang, décide d’acheter du matériel étasunien, la livraison de "Reaper" de General Atomics est prévue pour fin 2013, afin de soutenir les opérations au Mali. (1)

Elle reporte sine die tout programme qui la rendrait autonome pour cette arme qui réalise le vieux rêve humain de la télékinésie.

La surveillance opérée par les États, telle que révélée au grand jour par Ed Snowden, pourrait donner le vertige si son inanité n’était pas avérée.

L’un des principaux ingénieurs qui avait conçu le B-2 du groupe Northrop, le bijou par excellence issu de la guerre froide, en particulier son système de défense anti-missiles et sa propulsion, avait livré des informations à de nombreux États dont la Chine, l’Allemagne, l’Inde et la Suisse. Arrêté en 2005, Noshir Gowadia a été condamné en 2011 à 32 ans de prison.



(1) http://www.france24.com/fr/20130519-paris-negocie-achat-drones-etats-unis-israel-armee-francaise

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