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Jérusalem -

Le Plan d'Aménagement israélien : Jérusalem 2000

Par

Amal Nashashibi est conseiller en relations publiques de la Coalition Pour Jérusalem, une ligue des dignitaires religieux, des factions politiques, des organisations de la société civile et d'individus basés à Jérusalem. C'est un groupe d'action directe non-violent créé en 2004 pour s'opposer aux mesures arbitraires du gouvernement israélien destinées à changer le statut de Jérusalem-Est en violation des conventions de légitimité internationale et des droits de l'homme, et pour réaffirmer que Jérusalem-Est est la capitale du futur Etat palestinien.

Alors que les blocs du Mur de Séparation du type Apartheid s'élèvent autour de Jérusalem-Est Occupé pour le séparer du reste de la Palestine au nom de la "sécurité", la municipalité israélienne de Jérusalem-Ouest a dévoilé le 14 septembre 2004 un Plan d'Aménagement pour "Jérusalem Unifiée" intitulé "Jérusalem 2000".

Le Plan d'Aménagement israélien : Jérusalem 2000


Carte des colonies autour et dans Jérusalem -ARIJ (agrandir la carte)

L'objectif de Jérusalem 2000, comme cela est expliqué dans le sommaire du Plan est "de garantir une majorité juive à l'intérieur de la ville en créant un cadre pour poursuivre le développement de la ville de Jérusalem en tant que capitale de l'Etat "Juif" et siège de son gouvernement, et, "pour accomplir un but à long terme qui reflète la future vision de la ville conçue par les pères de la cité."

Je reviendrai plus tard sur cette vision.


Mais d'abord, une note historique doit être introduite ici pour fournir au lecteur un contexte. Après la guerre de 1967, la Knesset israélienne a approuvé le 27 juin 1967 un amendement à l'Ordonnance de Loi et d'Administration disant : "La juridiction et l'administration de l'Etat se prolongeront à tout secteur sur la terre d'Israël déterminé par ordre gouvernemental"

Un deuxième amendement à la Loi sur les municipalités a autorisé le ministre à élargir, par proclamation, la surface de la municipalité par l'intégration d'un secteur désigné par ordre.

Simultanément, un comité ministériel israélien a été formé en 1967, et sa première décision fut de déclarer un ratio démographique de 76 Juifs pour 24 Palestiniens à l'intérieur de la ville.

En dépit de toutes les résolutions des Nations Unies concernant l'illégalité des actions de l'occupation israélienne à Jérusalem depuis 1967, le gouvernement israélien a redessiné les frontières municipales de Jérusalem pour inclure la partie "Jordanienne" de Jérusalem et la terre adjacente en Cisjordanie . C'est le secteur qui est maintenant connu en tant que Jérusalem Est.

Environ 70.000 dunams appartenant exclusivement à des Palestiniens, y compris les terres de 28 villages (à l'exclusion de ses habitants) ont été annexés de facto à Israël.

Depuis lors, le gouvernement israélien et la municipalité israélienne ont systématiquement exproprié la terre et emprisonné les Palestiniens dans des secteurs toujours plus petits à Jérusalem-Est de sorte qu'aujourd'hui seulement 7.000 dunams, soit 10% de la terre, sont utilisés par leurs propriétaires palestiniens.
• 35% de cette terre ont été immédiatement confisqués par Israël pour des besoins publics qui n'ont pas été révélés, et ont été transformés en colonies juives.
• 58% de la terre utilisée ont été gelés par la politique d'aménagement et de découpage en zones de la municipalité. (La politique de découpage en zones était l'alternative pour fournir un rapport annuel qui traduirait en carte et en règlementations d'aménagement la "Ville Unifiée".

Un tel rapport annuel aurait pu provoquer un embarras international pour Israël.)

En conséquence :
• 23% sont restés des secteurs non déterminés;
• 17% sont restés dans la procédure d'aménagement ;
• 25% ont été aménagés (dont seulement 7.3% ont été assignés à la construction résidentielle de Jérusalem-Est)
• et 14% de cette terre ont été utilisés pour construire des routes de colonies.

Tandis que les colonies israéliennes proliféraient, aucun nouveau quartier palestinien n'a été prévu depuis 1967.

Tous existaient avant la guerre, mais leur taille a été réduite par le découpage en zones. Par les programmes de découpage en zones, toutes les terres palestiniennes adjacentes aux zones construites ont été déclarées : espaces verts ou terrains libres où toute construction palestinienne est strictement interdite.

En réalité, presqu'aucune des terres désignées comme terrains libres dans les banlieues de Jérusalem n'est plantée ; sur le terrain, c'est plutôt beige que vert. Mais un espace vert "couvert de forêts" à Jérusalem-Est peut devenir "un secteur blanc" quand un projet de colonie Juive est mené à bien.

Par exemple : Jabal Abu Ghneim ou Har Homa à Im Tuba et Reshes Shoafat à Shu’fat. Les espaces verts et libres encerclent toutes les zones construites palestiniennes pour les empêcher de s'agrandir.

Des surfaces à l'intérieur de ces secteurs ont également été dénommées ainsi, même des lots où il y a déjà des maisons aujourd'hui. Le quartier Bustan à Silwan en est un exemple.


Le rapport ci-dessus souligne une politique israélienne délibérée d'expropriations et de refus d'utilisation de la terre pour les Palestiniens de Jérusalem-Est Occupé.

Le refus de permis de construire aux Palestiniens, même sur leurs terrains constructibles, est le summum de cette politique. Le résultat est la présence aujourd'hui d'environ 15.000 logements palestiniens illégaux, dont 9.000 sont menacés de démolition par la municipalité israélienne et le ministère de l'Intérieur israélien.

Plus de 2.000 maisons ont été démolies à Jérusalem-Est entre 1967 et 2000, dont plusieurs sites religieux et historiques dans le vieux quartier Marocain de la vieille ville. Cette politique s'est accélérée depuis. En 2004 seulement, 152 maisons ont été démolies à Jérusalem-Est.

Inutile de dire que le gouvernement israélien n'a pas financé des projets de logement pour les Palestiniens. Il y a une exception à Beit Hanina : le projet Nusseibeh, qui a été lancé pour encourager des familles palestiniennes pauvres à vendre le droit sur leurs maisons dans la Vieille Ville en échange d'un petit appartement à Beit Hanina.

En conclusion, l'aménagement de la Vieille Ville a été limité au quartier Juif qui a été construit à la place du quartier Marocain rasé juste après la guerre de 1967. Aucun projet n'a été prévu pour les autres secteurs (heureusement). Mais le Plan d'Aménagement contient des idées "pour moderniser" la Vieille Ville.



Principaux éléments de Jerusalem 2000

C'est la première fois qu'Israël publie un programme complet d'urbanisme pour "Jérusalem Unifiée." Il a été encouragé par l'absence de réponse de la communauté internationale concernant l'illégalité de la politiques expansionniste et dominatrice israélienne sur l'ensemble des Territoires Occupés comprenant Jérusalem-Est, et encore plus par le soutien inconditionnel des Etats-Unis.

Dans le sommaire de Jérusalem 2000, les équipes d'urbanistes de la municipalité israélienne affirment qu'ils l'ont préparé principalement pour alerter le gouvernement israélien sur le nombre de Palestiniens dans la ville : si leur taux de croissance actuel se poursuit, ils représenteront 40% de la population en 2020, ce qui ébranlera la décision du gouvernement de maintenir un ratio d'environ 70 Juifs pour 30 Palestiniens.

Le plan invite le gouvernement israélien à interférer, à dessiner une "nouvelle" direction pour le développement de la ville afin de maintenir sa politique concernant ce ratio. Le plan prétend que son but est d'aider le gouvernement à soutenir cette politique.

A première vue, il semble que les urbanistes soient attentifs au bon respect de la ligne de conduite de leur gouvernement. Mais leur plan souligne une politique implicite d'exil progressif des Palestiniens de la ville. Cela avait pu être détecté par certaines de leurs propres "gaffes".

Par exemple, la seule constante du plan pour les Palestiniens, ce sont les logements prévus pour leurs besoins de croissance à l'intérieur de leurs zones constructibles.

Cependant, dans leurs données sous forme de tableaux, les urbanistes israéliens ignorent les 15.000 logements illégaux. Ceci suggère que les allocations mentionnées dans le plan pourraient déjà avoir été épuisées. Dans les mêmes tableaux, il y a des chiffres qui n'ont pas de totaux.

Les urbanistes admettent que les Palestiniens ont un manque de logement. Au lieu de proposer des solutions alternatives pour résoudre ce problème de subsistance, ils profitent de ce manque pour proposer l'utilisation de 100% de la terre dans les zones constructibles palestiniennes.

Puis, dans une autre partie du plan, ils vont jusqu'à accuser les Palestiniens de magouiller. Ils déclarent que les Palestiniens construisent des maisons non pas pour répondre à leurs besoins mais pour des objectifs politiques.

Ce mépris délibéré envers les besoins des Palestiniens est aggravé par un dédain total des urbanistes pour les besoins de développement socio-économique des Palestiniens d'ici 2020. Le plan renvoie l'ensemble de ces besoins de développement à une étude ultérieure.

Tandis que le plan ne liste pas les projets de développement spécifique des Palestiniens, il détaille les projets destinés aux Juifs : établissements de haute technologie, campus universitaires et hôpitaux pour n'en nommer que quelques uns.

Le plan déclare également que "L'absence de partition de la terre en blocs et parcelles de terrain, à l'exclusion du quartier Juif, rend les droits de propriété plus difficiles à certifier."
En réalité, le bloc et la parcelle de terrain sont clairement notés en haut des documents de propriété des bâtiments de la Vieille Ville et même sur certains des documents d'enregistrement israélien datant d'après 1967.

Ce n'est pourtant pas difficile d'additionner les chiffres. La terre palestinienne qui a été gelée par des programmes précédents d'aménagement et de découpage en zones en tant qu'espaces verts et libres, et qui représente 44% (dont 6% qui ont été assignés à l'infrastructure et aux services et qui sont restés sous le contrôle municipale) pourrait être utilisée par la municipalité israélienne pour la colonisation Juive et pour des travaux publics destinés aux Juifs.

À la différence du gouvernement israélien, la municipalité israélienne peut exproprier la terre pour usage public seulement sur la base d'un programme d'urbanisme.

La municipalité pourra utiliser cette réserve stratégique de terre pour la colonisation Juive et d'autres projets de développement pour les Juifs liés au Plan d'Aménagement 2020 à Jérusalem-Est Occupé.

En fait, le plan confirme cette hypothèse en indiquant que l'expansion des logements pour les Juifs sera intensifiée au Sud et au Nord et diminuée à l'Ouest et au Centre. Par exemple 30.000 logements sont prévus pour les Juifs à Jérusalem-Est Occupé autour de Jabal Abu Ghneim. D'autres sont prévus autour de Pisgat Zeev.

Il est très important de mentionner que la personne responsable de l'Autorité de Parcs Nationaux israéliens à Jérusalem est est le chef de EL AD, un groupe de colons. Le groupe de colons est le fer de lance de la colonisation à l'intérieur des zones contructibles palestiniennes, dans les secteurs déterminés en tant que "espaces verts", comme dans le cas de Karm El-Mufti à Sheikh Jarrah.



S'il est approuvé

Le Plan d'Aménagement Jérusalem 2000 éliminera totalement l'entité communale palestinienne comme il séparera entre eux les secteurs palestiniens et séparera ces secteurs d'un centre de vie communal dans et autour de la Vieille Ville et annexera de plus en plus ces secteurs à Jérusalem Ouest.

Il transformera le secteur palestinien en bidonvilles appauvris et massivement peuplés dont les habitants dépendront de Jérusalem Ouest pour le travail.


La vision et la mission

Dans son journal intime, Theodore Herzl déclarait que bien que Jérusalem soit une ville majestueuse, elle avait également un grand besoin de modernisation.
"Les dépôts moisis de deux mille ans d'inhumanité, d'intolérance, et de mensonge sont répandus dans des ruelles puantes. Le seul homme présent ici pendant tout ce temps, le doux rêveur de Nazareth, n'a fait qu'augmenter la haine. Si Jérusalem est un jour à nous, et si je pouvais encore faire quelque chose pour elle, je commencerais par la nettoyer. Je dégagerais tout ce qui n'est pas sacré, j'installerais les maisons des ouvriers à l'extérieur de la ville, je viderais et j'abattrais les trous à rats dégoûtants, je brûlerais toutes les ruines non-sacrées, et je mettrais les bazars ailleurs. Puis, en gardant autant que possible l'ancien style architectural, je construirais une nouvelle ville bien aérée, confortable, avec des canalisations correctes, autour des lieux saints."

Il avait également rêvé de Jérusalem comme une ville du 20ème siècle avec des quartiers modernes, des lignes électriques et des boulevards bordés d'arbres dans d'autres parties de son journal intime.
La partie du Plan d'Aménagement concernant la Vieille Ville essaye malheureusement de projeter dans la réalité la vision du père quand il mentionne "la démolition des maisons qui n'ont aucune valeur pour la rénovation". Et il remet en cause la propriété des biens des Palestiniens.

Le Plan d'Aménagement pourrait également accomplir un commentaire que Moshe Dayan avait fait au début des années 70 quand il était responsable des Territoires Occupés.

Il avait dit à ses collègues de cabinet que : "Nous devrions dire aux Palestiniens que nous n'avons pas de solution pour vous, que vous vivrez comme des chiens, et que celui qui partira partira, et nous verrons où cela nous mène."

Le Plan d'Aménagement en est aux dernières étapes d'approbations officielles par les autorités du gouvernement israélien. Quand il sera approuvé, il sera déposé pour le lancement des appels d'offres publics pendant 60 jours. Le document entier a été traduit en Arabe. Il est maintenant traduit en anglais.

Une page Web a été mise en place pour information : www.coalitionforjerusalem.blogspot.com


1 dunum = 1000 mètres carré


A lire sur le même sujet :

Rapport de l'Union Européenne sur Jérusalem-Est (publication retirée)

Rapport d'ARIJ : "Jérusalem : La strangulation de la ville Palestinienne Arabe"

Source : IMEMC

Traduction : MG pour ISM

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