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Palestine - ISM France

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Israël -

Le boycott du boycott d'Israël

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Article paru dans les pages "Angry Corner" d'Al-Akhbar le 26 décembre 2013.

Les propagandistes pour Israël sont à la peine : ils ne savent pas quoi faire avec l'élan croissant de la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Leur principale préoccupation est que le BDS n'est pas seulement devenu dominant en Europe, mais il est devenu "cool" sur les campus des universités dans le monde entier et ils développent des arguments différents, quelquefois contradictoires, contre les critiques d'Israël.

Le boycott du boycott d'Israël

Caméras palestiniennes contre fusils d'assaut des usurpateurs sionistes, Bil'in, 2013
Pendant très longtemps, lorsque le monde soutenait la lutte armée palestinienne pendant la Guerre Froide, les propagandistes pour l'Etat de l'occupation israélienne travaillaient étroitement avec les Etats-Unis pour diaboliser toutes les formes de lutte armée palestinienne. Ils assimilaient le mouvement national palestinien au sionisme, et ils ont déclaré "organisation terroriste" l'Organisation de Libération de la Palestine -dans toutes ses agences, organisations, comités, conseils et organismes-, parce que l'OLP a été essentiellement créée comme un Etat palestinien en exil pour le peuple palestinien. Ensuite les Etats-Unis ont travaillé avec les gouvernements du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) pour empêcher tout financement de l'OLP, dans quelque but que ce soit. Henry Kissinger, dans l'administration Nixon, a rendu un grand service au gouvernement israélien en imposant des restrictions du congrès et juridiques sur tout contact avec l'OLP.

Toute forme de lutte armée du peuple palestinien, même dirigée contre des soldats ou des installations militaires israéliennes, a été considérée comme du terrorisme. On a conseillé aux Palestinien de poursuivre la lutte non violente. Les libéraux occidentaux en particulier ont sermonné et harcelé le peuple palestinien pour qu'il poursuive des formes "acceptables" de lutte non violente. Ils ont argué que seule cette forme de lutte pourrait entraîner la sympathie et le soutien internationaux (comme si l'opinion publique mondiale en dehors des US sionistes n'est pas déjà carrément du côte du peuple palestinien). Pourtant, dès le début du premier soulèvement, Israël a eu recours à la force brutale pour écraser un soulèvement non violent (ce que même Yitzhak Rabin a admis). On leur a dit qu'ils devraient rester tranquillement assis et attendre les fruits du processus de paix que dirigeraient les Etats-Unis, le principal sponsor et bienfaiteur de l'occupation et du terrorisme israéliens.

Un quaker palestinien totalement naïf (à moins qu'il ne soit stupide) du nom de Mubarak Awad a cru les promesses des sionistes libéraux américains. Il s'est rendu à Jérusalem et a créé un centre pour la non violence (1). Comme on pouvait s'y attendre, Israël l'a traité de la manière dont il traite l'un de ses ennemis "terroristes" : il l'a harcelé, persécuté et finalement expulsé de sa patrie. Personne n'a jamais plus entendu parler de lui.

Et lorsque les Etats-Unis ont imposé leur immoralité sur la scène internationale, et lorsqu'ils ont insisté que seule la violence approuvée par les US(a) serait tolérée dans le monde entier, de nombreux supporters de la lutte palestinienne se sont organisés autour du sloglan du boycott. En fait, les Palestiniens ont lancé le boycott d'Israël dès les années 1930, et il fut plus tard adopté comme position officielle de la Ligue arabe. Mais l'intervention militaire américaine au nom des dictatures du Golfe en 1990-1991 a arraché une "concession" importante à ces dictatures : elles ont promis d'abandonner le boycott et d'exhorter les autres gouvernements à faire de même.

Ironie du sort, c'est alors que le mouvement BDS est entré en action. Des sections ont été créées dans les campus universitaires à travers le monde, et beaucoup ont vu la campagne comme une forme de moindre résistance (le boycott en soi ne libère pas des terres occupées mais il peut compléter la lutte armée et non armée d'une nation occupée).

Les sionistes ont eu recours à leurs combines typiques, encore une fois. Abraham Foxman (n'est-il pas bizarre que cet homme soit interrogé pour ses opinions sur n'importe quel sujet ? S'il était un champion de l'apartheid sud-africain au lieu de l'apartheid israélien, c'est tous les jours qu'on se moquerait de lui et qu'il serait ridiculisé) et d'autres ont rapidement préparé la riposte : le boycott d'Israël est antisémite. Mais on ne voit pas comment le boycott d'Israël est antisémite, à moins que ces champions du boycott soient blâmés parce que le système israélien d'apartheid se nomme lui-même Etat juif. Donc, si nous boycottions le régime saoudien (qui mérite le boycott, c'est sûr), nous pourrions être accusés d'anti-islam ? Les sionistes prennent-ils jamais la peine de prendre des cours de logique élémentaire ? En fait, leur argumentation est largement teintée d'antisémitisme. Ils affirment tout simplement que les Etats peuvent être boycottés mais qu'Israël doit être épargné parce qu'il est un Etat juif. Mais la définition de l'antisémitisme, au moins par un avocat de la guerre et de l'occupation israéliennes, qui se trouve être également le chéri de la gauche américaine, Amos Oz, n'est-elle pas de dire que les Juifs sont soit meilleurs soit pires que les autres ? Pourquoi les juifs devraient-ils être singularisés par un traitement spécial, qu'il soit favorable ou défavorable ? L'opposition à l'antisémitisme ne devrait-elle pas être traduite par un traitement égal du peuple juif comme n'importe quel autre peuple ? Et les objectifs de la campagne furent clairs dès le départ.

Les fonctionnaires de l'appareil israélien de propagande ne veulent pas seulement que les Palestiniens renoncent aux actions de lutte armée, ils veulent qu'ils renoncent à toute forme de résistance quelle qu'elle soit. Ils demandent simplement aux Palestiniens et à leurs soutiens d'apprécier l'occupation israélienne et de laisser la cause palestinienne dépérir. Il est amusant de voir que certains sionistes vont même plus loin en affirmant que le boycott en lui-même est antidémocratique, ou même anticapitaliste. Cet argument est risible, en particulier lorsqu'il est repris dans un endroit comme les Etats-Unis, où le gouvernement impose diverses formes de boycott, sanctions et embargos économiques à plus de 130 pays. Le Congrès étatsunien n'est guère en position d'argumenter contre le principe même de boycott et de sanctions. En fait, le mouvement BDS en a appris l'art des membres sionistes du Congrès des Etats-Unis.

Il est plaisant de voir que les sionistes maintiennent une position contradictoire sur le boycott : alors qu'ils s'opposent farouchement au principe même de boycott dans le cas d'Israël, ils n'ont aucun scruptule à appeler au boycott de toute organisation ou entité ou Etat qui pratique le boycott d'Israël. Dans les années 1970, le Congrès US considérait comme démocratique le boycott d'Israël par des pays arabes, mais il a adopté des lois de boycott contre toute entreprise, aux Etats-Unis ou en Europe, qui adhérait aux règles du boycott. De même, Larry Summers (qui a eu une affaire de condescendance envers les noirs et les femmes) a récemment qualifié le boycott d'Israël d'antisémite, mais n'a pas considéré son appel au boycott de l'American Studies Association comme antisémite ni antidémocratique. Leurs arguments ne vont que dans une direction.

Enfin, le mouvement de boycott se poursuit, et la fausse distinction qui a été introduite par Mahmoud Abbas, la marionnette de l'occupation israélienne, ne passerait pas l'épreuve du patriotisme par les Palestiniens et leurs partisans. La campagne de BDS devrait être élargie et devrait préciser ses objectis de façon claire et sans équivoque ; à savoir qu'elle vise à l'élimination de toutes les institutions et occupations sionistes de la Palestine historique. C'est alors seulement que le peuple de la région (les musulmans, les chrétiens, les juifs et les athées - ne nous oublions pas) jouiront d'une paix et d'une coexistence réelles.


(1) Cf. Moubarak Awad, sur Wikipedia

Source : Al Akhbar

Traduction : MR pour ISM

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