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Grande Bretagne -

Le boycott universitaire en Grande-Bretagne : les avancées et les blocages

Par

Londres, Conférence internationale sur la Palestine, SOAS le 5 décembre 2004 : "La résistance à l’apartheid israélien : stratégies et principes" - Intervention de Hilary Rose, Professeur Emérite, University of Bradford

Au printemps 2002, Steven Rose et moi avons découvert qu’Israël est, de façon parfaitement incongrue, partie prenante dans l’ERA (Aire de Recherche Européenne) qui est plus large que l’Union Européenne. Ceci requiert une explication, tant du point de vue géographique que pour les records qu’Israël bat en matière de droits de l’homme.
C’est vers les domaines scientifique et technologique que l’argent de l’ERA afflue principalement. La situation est donc plus critique pour les chercheurs dans ces branches.

Le lien entre universités et armée israélienne

Les universités palestiniennes travaillent dans des conditions inacceptables. De temps à autre l’armée israélienne interdit les cours, et lorsqu’ils ont lieu, elle pénètre sur les campus, harcèle et arrête aussi bien les étudiants que les enseignants.

À l’université d’Al Quds, dans la partie occupée de Jérusalem, Israël se propose de construire un pan du Mur sur le campus lui-même. Aller à la fac suppose de franchir des checkpoints sans garantie que les cours ont lieu.

Un universitaire se rendant à son travail a été arrêté en tant que "moins de 45 ans", selon un règlement pondu le jour même par l’officier en poste.

Un autre se vit refuser la permission de traverser, sous prétexte qu’en tant qu’assistant d’un professeur, il n’avait pas à faire cours lui-même. Ces humiliations et frustrations, en plus de l’occupation, sont intolérables. Et il est important de rappeler que les centres d’enseignement et de recherche israéliens ont été activement ou passivement complices de ces actes.

Un petit nombre d’universitaires israéliens ont protesté (on pourrait les compter sur les doigts de la main, a dit Ilan Pappe), mais les principaux titulaires et directeurs de recherche se sont contentés, avec leur administration, de soutenir tacitement le régime, et donc de continuer à tirer profit des fruits de la répression.

D’ailleurs dans la mesure où l’armée israélienne n’est pas une armée de métier, mais au contraire où tant les enseignants que les étudiants sont astreints à des périodes de service militaire, il n’est pas question de distinguer le domaine de l’éducation de celui de l’armée, comme dans d’autres pays.

Les soldats qui tuent de sang froid des enfants aux check points peuvent parfaitement être inscrits ou en exercice à l’université. Nos relations avec les universitaires israéliens ne sauraient être normales, dans une situation aussi anormale.



Le financement des universités israéliennes

Au printemps 2002, Steven Rose et moi avons découvert qu’Israël est, de façon parfaitement incongrue, partie prenante dans l’ERA (Aire de Recherche Européenne) qui est plus large que l’Union Européenne. Ceci requiert une explication, tant du point de vue géographique que pour les records qu’Israël bat en matière de droits de l’homme.

Nous avons lancé un appel, publié dans le Guardian, au départ avec 120 signatures, mais bientôt repris dans tout le périmètre de l’ERA, y compris par quelques Israéliens courageux ; j’avoue que ni Steven ni moi ne nous y attendions, car il ne nous viendrait pas à l’idée, comme nous disons en Angleterre, de demander à la dinde de voter pour Noël.

C’est vers les domaines scientifique et technologique que l’argent de l’ERA afflue principalement. La situation est donc plus critique pour les chercheurs dans ces branches.

Néanmoins, ils ont commencé à signer, toutes disciplines confondues, comme un moyen d’exprimer leur solidarité avec les Palestiniens.

Certains ont voulu faire quelque chose de positif, sans exclure les institutions israéliennes, par exemple mettre sur pied des sortes de jumelages entre chercheurs israéliens et palestiniens, mais sans réussir à savoir si cela était praticable ou du goût des intéressés.
Dans la plupart des cas, ce n’était ni l’un ni l’autre.

Dans l’état de siège actuel, c’est la pénurie complète en matière d’équipements pour la recherche, bibliothèques, laboratoires etc., ce qui rend toute coopération significative impossible. Et Israël bloque l’acheminement des matériaux (livres, produits chimiques) même quand ils proviennent de commanditaires internationaux.

Il est bien difficile d’être un collaborateur actif dans la recherche quand les règlements de transit et les check point vous empêchent d’aller rejoindre vos partenaires supposés, et il est difficile de ne pas penser que ce genre de partenariat sert surtout à garantir aux Israéliens l’accès facile à des fonds, difficiles à obtenir sans cette condition. Aussi la suspension des accords de coopération a-r-elle été accueillie avec soulagement par les Palestiniens qui disaient : « L’Europe nous a oubliés ».


Les deux syndicats britanniques pour l’enseignement supérieur (NATFHE) ont invité leurs membres à reconsidérer leurs partenariats, tandis que l’Association of University Teachers adoptait les termes de l’appel publié par le Guardian. Les collègues français ont monté un site pour relayer notre appel, et ont placé la barre encore plus haut.

En Australie, aux Etats-Unis, les signatures ont également afflué. Mais on en est arrivé au point qu’un certain nombre d’universitaires éminents, comme Richard Dawkins en Grande-Bretagne ou Etienne Balibar en France, qui avaient soutenu la suspension des accords, se sont senti forcés à accepter les termes d’un boycott avec lequel ils n’étaient pas d’accord.

La crise est apparue lorsque Mona Baker, sur les positions françaises, a retiré du comité de rédaction du périodique qu’elle édite deux universitaires basés en Israël.

La presse a donné du relief à la chose, particulièrement le très sioniste et pro-israélien Daily Telegraph, en termes d’atteinte à la liberté universitaire, relayant une campagne de mails honteux contre les premiers signataires, en affirmant que toute critique d’Israël relève d’un antisémitisme sui generis.

Tant Mona Baker que plus tard Andrew Wilkie, professeur à Oxford, qui avait exprimé son refus d’accepter comme candidat au doctorat un étudiant qui avait fait partie de l’armée, ont été soumis à des conseils de discipline dans leurs universités.

Mona Baker s’est défendue âprement et a prouvé qu’elle était irréprochable, et elle a continué à se battre avec la plus grande énergie pour la cause palestinienne.



Le tempo sud-africain et les réclamations qui suivront

Le terme de boycott a fonctionné de façon contradictoire, négativement, en détournant l’attention des manifestations de l’oppression israélienne pour la focaliser sur le débat autour des modalités éventuelles du boycott. Mais positivement, il a rendu visible le dégoût de la société civile, qui perçoit chaque jour un peu mieux les ressemblances entre l’apartheid sud- africain et la division en bantoustans des résidus de territoires palestiniens.

Le moratoire a été soutenu par Desmond Tutu, et par le ministre sud-africain Ronnie Kasrils, qui a affirmé que l’oppression des Palestiniens est encore pire que celle des Sud-Africains noirs sous l’apartheid. Sans oublier tout ce qui distingue les deux cas de figure, rappelons à ce propos à quel point la lutte pour le boycott fut longue.

L’ANC lança l’appel au boycott en 1958, à partir du Ghana, c’était un an avant sa reformulation à Londres. C’est seulement en 1965 que quelque 496 professeurs d’université se prononcèrent en faveur du boycott pour défendre deux collègues poursuivis pour leur soutien à la lutte pour la liberté.

Un point commun entre les deux combats est que l’intensité de la répression rendait nécessaire le soutien du monde extérieur. Il s’en fallut encore de plusieurs années avant que l’ONU adopte finalement des sanctions concrètes, et 35 ans s’écoulèrent entre l’appel au boycott et la victoire.

Je ne suis pas sûre que la Palestine-Israël dispose de 35 ans, et encore moins qu’une solution juste et non-violente apparaîtra.


Mais les Palestiniens ont en leur faveur le droit légal et moral de retourner chez eux, et aucun diplomate ne peut passer par-dessus.

En Europe, nous avons vu des citoyens juifs réclamer des propriétés qui leur avaient été volées par les nazis, les citoyens du régime pré-soviétique réclamer leurs propriétés qui leur avaient été soustraites par un Etat monolithique et bureaucratique, et en tant qu’Européens, nous savons que c’est un processus douloureux, mais nullement impossible.


Les Israéliens qui accaparent illégalement des propriétés palestiniennes doivent comprendre que cela peut leur tomber dessus aussi.


Les progrès de notre campagne ont désormais un impact réel en Israël même, où les journaux, de plus en plus mal à l’aise avec le parallèle croissant avec l’Afrique du Sud, son boycott et ses sanctions, nous donnent un large écho. Les universités israéliennes ont commencé à en ressentir l’impact, et elles cherchent à s’organiser au niveau institutionnel pour « défendre leur liberté académique et combattre le boycott ».

Depuis le printemps 2004, où a été lancé l’appel unitaire, la société civile palestinienne s’est soudée autour du projet, et il a galvanisé aussi beaucoup de sympathisants européens et au-delà.

C’est ainsi que s’est constitué le BRICUP (British Committee for the Universities of Palestine (www.bricup.org.uk) qui développe le boycott et travaille directement avec les universitaires palestiniens sans passer par des partenaires israéliens.

Et la campagne de boycott commence à s’étendre en direction des artistes, des écrivains, des musiciens, de façon à s’élargir à tous les secteurs culturels ; il en est de même en Australie et aux Etats-Unis.



Contributions des autres intervenants à cette conférence :
Ilan Pappe (Israël),
Victoria Brittain, (Grande Bretagne)
John Docker (Australie),
Lisa Taraki (Palestine),
Mona Baker (Grande Bretagne),
Ben Young (Grande Bretagne),
Lawrence Davidson (USA),
Betty Hunter (Grande Bretagne),
Haim Bresheetsh (Grande Bretagne),
Omar Barghouti (Palestine)

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