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Le crépuscule des idoles de la suprématie blanche : Déboulonnons, déboulonnons, déboulonnons !

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« Ceux qui prétendent vouloir la liberté et pourtant refusent l'agitation, sont des hommes qui veulent les récoltes sans labourer la terre. Ils veulent la pluie sans le tonnerre et la foudre. Ils veulent l'océan sans le terrible rugissement de ses nombreuses eaux ». Frederick Douglass

Le crépuscule des idoles de la suprématie blanche : Déboulonnons, déboulonnons, déboulonnons !

Statue de Christophe Colomb déboulonnée aux Etats-Unis par les populations indigènes
Dans le vaste mouvement de révolte contre les violences policières et le racisme systémique qui s’est développé en Occident depuis la mise à mort de George Floyd par le policier Derek Chauvin, la question des symboles faisant l’apologie de la colonisation, et donc de ses crimes, dans l’espace public prend une place de plus en plus importante.

Des statues de Christophe Colomb ou de généraux sudistes aux États-Unis, de Lord Edward Colson ou de Robert Milligan au Royaume-Uni ou de Léopold II en Belgique, ont été prises pour cibles par des groupes de manifestants décoloniaux. Ceux-ci contestent l’hommage rendu à des personnalités colonialistes et esclavagistes au travers de ces statues.

Évidemment, cette question des monuments ou des noms de rues à la gloire de l’esclavage ou de la colonisation se pose également en France. Les statues de Jean-Baptiste Colbert, qui fut à l’initiative du Code Noir en 1685, de Thomas-Robert Bugeaud, qui fut l’un des principaux responsables de la mise en œuvre de la conquête génocidaire de l’Algérie à partir de 1830, ou de Jules Ferry, qui fut l’un des grands promoteurs de la colonisation au nom de l’inégalité des races humaines, posent nécessairement question.

Est-il encore possible de rendre hommage, au travers de statues ou de noms de rues, à des hommes qui ont directement participé à des massacres de masses, à la réduction en esclavage et à l’asservissement de millions d’hommes ? Est-il encore possible de rendre hommage à des hommes qui ont défendu l’inégalité des races ? Est-il encore possible de rendre hommage à des colonialistes et à des esclavagistes ?

La réponse d’Emmanuel Macron et de l’ethnocratie française a été claire, nette et précise : oui ! Car il reste hors de question, pour le Président de la République, de remettre en cause la suprématie blanche.

Ainsi, face à la volonté de décoloniser l’histoire et l’espace public, Emmanuel Macron s’est présenté comme le premier défenseur de l’héritage colonial et de la suprématie blanche qui l’accompagne. Dans son allocution du 14 juin 2020, Emmanuel Macron a stigmatisé ceux qui appellent à un retrait des statues rendant hommage à des esclavagistes ou à des colonialistes, en les qualifiant de « séparatistes » voulant faire une réécriture « haineuse ou fausse du passé ».

Nous pourrions nous demander ce qu’Emmanuel Macron connaît réellement de l’histoire de l’esclavage ou de la colonisation pour se permettre de qualifier telle ou telle position de réécriture « haineuse ou fausse du passé » ? Certainement pas grand-chose mais là n’est pas la question.

Il s’agissait d’abord pour Emmanuel Macron de se présenter à la population blanche comme un homme à poigne capable de préserver sa position dominante face à la contestation décoloniale. Dormez tranquilles braves gens ! Emmanuel Macron ne laissera pas les hordes basanées, vivant au-delà du périphérique, remettre en cause la France éternelle et son immaculée blancheur !

Alors Emmanuel Macron s’est fait catégorique : « Je vous le dis très clairement ce soir, mes chers compatriotes, la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. Elle n’oubliera aucune de ses œuvres, ne déboulonnera pas de statue ». Car, pour le Président français, il est hors de question de « revisiter ou de nier ce que nous sommes ».

Mais qui est donc ce « nous » refusant de se « revisiter » ou de se « nier » car il serait un « être » intemporel et immuable ?

Ce « nous » est évidemment celui de la suprématie blanche, de la France esclavagiste et colonialiste, de la République ethnocratique du Code de l’indigénat pour les races inférieures. Ce « nous » est aujourd’hui celui de tout un système qui refuse la remise en question des hiérarchies raciales qui structurent la société française, pour préserver le privilège blanc. Ce « nous » est également celui du néocolonialisme régissant les rapports entre la France et ses anciennes colonies. Ce « nous » est finalement celui de la réaction blanche face à la contestation décoloniale qui explose partout dans le monde.

Cependant, ne nous y trompons pas ! La réaction blanche peut bâtir toutes les digues et construire tous les murs d’Hadrien qu’elle veut, elle ne pourra pas éternellement résister à la vague décoloniale déferlant sur elle avec ses rugissements, ses courants et ses remous. Elle ne résistera pas éternellement à ce grand mouvement de décolonisation de l’histoire que décrivait déjà Patrice Lumumba en 1961 dans sa dernière lettre à sa femme : « L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches ».

Dans ces pays affranchis du colonialisme, les statues des esclavagistes et des colonialistes ont souvent été déboulonnées dans la foulée des indépendances.

Après l’indépendance de Algérie en 1962, la statue de Thomas-Robert Bugeaud qui trônait au cente-ville d’Alger sur une place qui portait son nom depuis 1852, a été déboulonnée et remplacée par une statue de l’Émir Abdelkader, grande figure de la résistance algérienne à la colonisation. Aujourd’hui, cette place porte le nom de l’Émir qui résista aux armées de Bugeaud.

En Afrique du Sud, la statue de Cecil Rhodes qui trônait depuis 1934 à l’université du Cap a été déboulonnée en 2015 suite à un vaste mouvement de protestation contre ce symbole de la domination coloniale. Ce déboulonnage a ouvert la voie à une remise en cause plus large des symboles coloniaux présents dans l’espace public sud-africain.

Avec la fin de la domination coloniale, les symboles de cette domination s’effacent progressivement de l’espace public.

Aujourd’hui ce mouvement de décolonisation des symboles présents dans l’espace public s’étend aux métropoles colonialistes sous la pression des héritiers de l’immigration postcoloniale en Europe ou des Afro-américains et des Amérindiens en Amérique. Ce mouvement participe d’une véritable révolution politique et culturelle visant à décoloniser les nations colonialistes. Et, comme toute révolution, cette révolution décoloniale renverse les symboles de l’oppression qu’elle combat ; dans ce cas précis la suprématie blanche fondée par la colonisation.

Ainsi, nous assistons aujourd’hui au crépuscule des idoles de la suprématie blanche qui périssent à coups de marteau !

Alors déboulonnons, déboulonnons, déboulonnons !

Youssef Girard

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