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France / Afrique -

Le jour où Mandela nous a quittés

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Article communiqué par l'auteur, et paru dans Le Quotidien d'Oran le 12 Décembre 2013 (http://www.lequotidien-oran.com/?news=5191528).

Le jour où Nelson Mandela nous quittait, la France intervenait militairement en Centrafrique. Gêne des médias français devant cette coïncidence historique qui les met soudain devant un événement à la dimension entièrement opposée. Le lendemain se tenait le "sommet franco-africain". Même difficulté des participants qui peinent à trouver un trait commun à deux événements aux antipodes, là aussi, l'un de l'autre.

Le jour où Mandela nous a quittés

Il y a quelque chose de choquant et d'anachronique de voir ces chefs d'Etat et de gouvernement africains se rendre à la convocation d'un seul pays, plus d'un demi siécle après la fin officielle du colonialisme et des tutelles.

On se demande ce qui les fait courir ainsi, l'intérêt de leur pays ou celui de leur régime. Comme pour mieux souligner le caractère impérial désuet de ce sommet, le sommet franco-africain se tient au palais de l'Elysée.

On devine quelle aurait été la réaction de Nelson Mandela aussi bien sur ce sommet que sur cette 4ème guerre en moins de trois ans que mène la France en Afrique.

Cette intervention en République centrafricaine est présentée comme "humanitaire", comme ce fut le cas en Libye, puis en Côte d'Ivoire, puis au Mali. C'est omettre que la République centrafricaine a d'énormes ressources naturelles, qu'elle est riche en pétrole, en diamants, en uranium, en or, en pétrole, en ressources hydrauliques, en bois. Mais il suffit de regarder les images transmises actuellement par la télévision pour voir dans quel état de dénuement l'ont laissé 71 ans de colonisation directe, et 50 de colonisation indirecte. Le pillage du pays a été continu, à l'ombre de la domination française et des dictateurs successifs : "l'Empereur Bokassa", avec le fameux épisode de "l'affaire des diamants" qui a éclaboussé le président français Giscard d'Estaing, puis d'autres dictateurs, David Dacko, le Général Kolingba, etc. remplacés les uns après les autres à la suite d'interventions militaires françaises. Ces interventions se presentaient elles aussi comme "humanitaires".

"La coloniale"

Sur une chaîne française de télé, un général français utilisera l'expression "La coloniale" pour parler du corps expéditionnaire français qui vient d'être envoyé en Centrafrique et, s'apercevant de sa bévue, il bafouille : "à l'Etat major français, ces troupes sont appelées ainsi car elles connaissent bien l'Afrique" (Chaîne française ITélé, émission "Galzi, jusqu'à minuit", 5 Décembre 2013).

C'est révélateur de cette filiation entre le colonialisme d'hier et les interventions militaires d'aujourd'hui. Nelson Mandela savait tout cela et le disait sans cesse. Plus, peut-être, que le rôle historique qu'il a joué dans la victoire sur l'apartheid en Afrique du Sud, c'est, après, dans la continuité de son combat, de ses valeurs, de ses principes, qu'il faut chercher l'explication de sa formidable image auprès de tous les peuples du monde, du respect qu'ils lui portent. En Octobre 1997, Nelson Mandela vient apporter son soutien à Maamar Gueddafi contre l'embargo occidental aérien sur la Libye. Il n'hésite pas, pour cela, à passer par la route terrestre, par la Tunisie.

Trois mois après sa libération, il avait d'ailleurs consacré sa première visite au dirigeant libyen (18 mai 1990) et il avait rendu aussi visite à Fidel Castro (27 juillet 1991). Cela avait provoqué, chaque fois, la colère de Washington. C'est pourquoi il veut rappeler fermement, et devant la presse et les caméras, au président Bill Clinton, en visite officielle en Afrique du Sud, que parmi les premiers chefs d'Etat qu'il a reçus, il y a eu Fidel Castro, Maamar Gueddafi ainsi que le Chef d'Etat d'Iran Hachemi Rafsandjani et il précise : "Et si j'ai fait cela, c'est parce qu'il y a une morale à ne pas abandonner ceux qui nous ont aidés dans les heures les plus noires de notre Histoire" (Le Cap, 27 mars 1998, Archives de l'INA–France).

Par contre, l'ensemble des grandes puissances occidentales ont soutenu le régime de l'apartheid. Avant la chute des empires coloniaux, et jusqu'à la fin des années 1950, les puissances coloniales (Royaume-Uni, France, Pays Bas, Belgique, Portugal) et les dominions "blancs" se sentaient "naturellement" proches de l'Etat "blanc" d'Afrique du Sud et défendaient à l'ONU la thèse de "l'illégalité de l'intervention des Nations Unies" (cf "L'action des Nations-Unies contre l'Apartheid", P. Pierson-Mathy, Revue belge de droit international, n° 1, p. 7, 6 février 1970).

Dans les années 1970, aux USA, Richard Nixon et Henry Kissinger ont adopté une politique de relations étroites avec ce régime. Le président Ronald Reagan a poursuivi cette politique jusqu'en 1986, date à laquelle le Congrès, face à la pression de l'opinion internationale, finit par le désavouer et adopter une loi de sanctions économiques contre l'Afrique du Sud.

Ce n'est que l'année suivante, en 1987, que le premier ministre britannique, Margaret Thatcher se rallie aux sanctions économiques qu'elle refusait avec acharnement. Mais, comme les USA, elle continue de considérer l'ANC comme "une organisation terroriste".

La France, en 1974, s'oppose, avec les Etats Unis et l'Angleterre, à l'expulsion du régime sud africain des Nations-Unies et ce n'est qu'en 1981, qu'elle adopte des sanctions économiques contre lui. Aux côtés d'Israël, la France a contribué de façon décisive à doter l'Afrique du Sud d'une industrie et de moyens nucléaires, notamment en formant, à partir de 1959, des atomistes sud-africains (cf. "La France et l'apartheid", "Droit et liberté" n°361, Septembre 1977, les Archives du MRAP, France).
Ce n'est qu'en 1985 que la communauté européenne décide l'embargo de la vente d'armes à l'Afrique du Sud, l'interdiction de toute nouvelle coopération dans le domaine nucléaire et quelques sanctions économiques.

L'Etat d'Israël, lui, va entretenir jusqu'à la fin des relations politiques, économiques et militaires étroites avec le régime raciste sud-africain. Il fournissait ainsi lui-même la preuve de son mépris pour les immenses souffrances que le racisme a fait endurer aussi aux juifs, et dont il veut faire pourtant la justification de son existence.

Obama et Mandela

Si Mandela n'avait pas existé, Obama aurait-il eu ce destin ? Obama le reconnait lui-même : "Par l’ampleur de son sacrifice, il a appelé les gens du monde entier à faire ce qu’ils pouvaient au nom du progrès humain. De la plus modeste façon, j’ai fait partie de ceux qui ont essayé de répondre à son appel.” (préface d'Obama au livre de Nelson Mandela, "Conversation avec moi-même" paru en 2010) et il dit de Mandela "qu'il est l'un des êtres les plus profondément bons sur cette terre" (Déclaration à la Maison-Blanche, 6 décembre 2013, source AFP).
 Et pourtant le président des Etats-Unis Barack Obama a accepté l'attaque de l'OTAN contre la Libye, laquelle allait aboutir à l'assassinat de Gueddafi, l'homme que Mandela avait remercié pour l'aide apportée à son pays et serré dans ses bras avec émotion en 1990. En politique, le président peut-il être si différent de l'homme ? C'est ce que ne pensait pas Mandela pour qui la politique était avant tout une morale.

Toutes ces choses sont à rappeler. Certes, c'est tant mieux si tous les Etats se rassemblent aujourd'hui pour rendre hommage à Nelson Mandela. C'est, au fond, la dernière bataille remportée par Mandela.

Mais on sait très bien que derrière cette unanimité de façade, derrière les omissions, les non dits, les silences des grands médias occidentaux sur la réalité historique de la lutte contre l'apartheid et du combat de Mandela, il y a la contradiction permanente de l'Occident, tel qu'il est actuellement, et de tous les systèmes de domination, entre les valeurs proclamées et la pratique réelle. Il faut donc rappeler ces choses pour que, comme le disait Mandela, "le passé soit connu, pour être certains qu’il ne se répète pas (…) pas par esprit de vengeance, mais pour que nous avancions vers l’avenir ensemble". (discours du 9 Février 1996). Et il faut d'autant plus le faire que ce jour où Mandela nous quittait, la réalité venait nous rappeler que les appétits de domination existent toujours et se renouvellent sans cesse.

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