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Liban -

Le président Ahmadinejad à Beyrouth

Par

« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux » - Etienne de La Béotie (Discours sur la servitude volontaire).

Iran – Liban – Israël
Le président Ahmadinejad à Beyrouth : La présence du croquemitaine de l’Occident dans un pays pivot de la confrontation arabo israélienne, dans une capitale, Beyrouth, fief par excellence du clan pro-saoudien des Hariri.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad effectuera, les 13 et 14 octobre, une visite officielle au Liban, qui constitue, d’ores et déjà, au-delà de toute autre considération, une démonstration éclatante de la place qu’occupe désormais l’Iran dans cette ancienne chasse gardée de l’Occident, enfant chéri de la France.

Le président Ahmadinejad à Beyrouth


Rencontre Hassan Nasrallah, Bashar Assad et Mahmoud Ahmadinejad à Damas (Syrie), le jeudi 25 février 2010 (AP Photo/SANA)

Par son retentissement psychologique, sa portée symbolique et sa mobilisation populaire, ce premier déplacement du président iranien au Liban depuis les exploits militaires de son poulain chiite, le Hezbollah libanais, en juillet 2006, contre Israël, est comparable, toute proportion gardée, à la visite du chef de file du combat nationaliste arabe, le président égyptien Gamal Abdel Nasser à l’Algérie, dans la foulée de l’indépendance de ce pays, au terme d’une guerre nationale de libération menée contre la France, en juillet 1962.

Dans une ambiance électrifiée par les menaces ad hominem formulées à son encontre par Israël pour le dissuader d’entreprendre ce voyage, la présence du croquemitaine de l’Occident dans ce pays pivot de la confrontation arabo israélienne, qui plus est à Beyrouth, fief par excellence du clan pro-saoudien des Hariri, apparaît comme un acte de bravade en même temps que de bravoure, face à Israël et aux pays occidentaux, sur fond de bruits de botte tant dans le Golfe qu’au Liban, en superposition à l’exaspération du débat sur le dossier nucléaire iranien, sur une possible criminalisation du Hezbollah dans l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri et la persistance de l’impasse sur le règlement de la question palestinienne.

Le Liban qui s’est abstenu, l’été dernier, lors du vote de nouvelles sanctions contre l’Iran par le Conseil de sécurité des Nations Unies, a voulu compenser, sa passivité lors du vote onusien, par cette visite officielle en guise de gratitude à un pays qui a fourni une importante contribution à la reconquête du territoire national, via le Hezbollah, et à la restauration urbaine du sud Liban, sinistré par l’aviation israélienne.

Deux temps forts marqueront le séjour libanais de M. Ahmadinejad :

- Sa rencontre très attendue avec le chef charismatique du Hezbollah, Hassan Nasrallah, l’homme qui donne le tournis aux Occidentaux et aux Israéliens de par son palmarès politique et militaire rare dans le monde arabe, l’atout maître du tandem syro iranien dans son bras de fer avec ses adversaires. Les deux hommes devraient apparaître, conjointement, dans une manifestation populaire dans la banlieue sud de Beyrouth, dans une cérémonie en double hommage, en hommage à l’Iran pour sa contribution à la libération du territoire libanais et à la restauration des bourgades démolies par les Israéliens, en hommage de l’Iran au Liban dont les exploits militaires ont grandement élargi sa marge de manœuvre face aux Occidentaux et aux Israéliens.

- Son déplacement dans le sud Liban, dans la région frontalière libano israélienne, zone de concentration de la population chiite et théâtre de glorieux faits d’armes du mouvement face à Israël.

Le président iranien se rendra dans deux localités qui se sont particulièrement distinguées dans leur résistance à la contre offensive israélienne dans la phase finale du conflit de juillet 2006.
En plein débat sur la stratégie militaire libanaise et sur sa politique d’achat d’armes, il entend ainsi réaffirmer, par sa présence physique sur le champ de bataille, la vigueur de la stratégie de résistance à l’hégémonie israélo saoudo américaine dans la zone.

Bravant son ennemi qui le menace de vitrification, faisant fi du survol incessant de l’aviation israélienne de l’espace aérien libanais, le président Ahmadinejad se rendra à la pointe extrême du Liban méridional, à Maroun el Ras, la bourgade mitoyenne d’Israël, se plaçant ostensiblement à portée de voix de l’Etat Hébreu, au lieu dit « la porte de Fatima », dans l’ancienne zone de déploiement et d’infiltration des supplétifs de l‘armée dissidente des généraux Saad Haddad et Antoine Lahad, pour prononcer un grand discours de politique internationale depuis Bint Jbeil, dans ce qui apparaît comme une démonstration de force contre les manœuvres d’intimidation d’Israël et de son allié américain.

Bint Jbeil revendique en effet le rare exploit d’avoir mis hors circuit une quarantaine de soldats israéliens, en deux temps, lors des confrontations libano israéliennes. En 2006, une dizaine de soldats israéliens ont été tués dans la dernière contre offensive précédant le cessez le feu. En 1982, une trentaine de soldats israéliens avaient péri sous les décombres du PC israélien dynamité par un commando suicide.

Haut lieu de la résistance Libanaise, le choix de la bourgade n’est nullement anodin. Il traduit la volonté de l’Iran de faire honneur «au choix des armes», de saluer les vainqueurs des Israéliens, en rendant hommage à la bravoure de ses défenseurs, 28 ans après le dynamitage du PC israélien lors de l’invasion israélienne du Liban, en 1982. Initiateur des premiers attentats suicide au Liban, si meurtriers par la suite pour les forces occidentales et israéliennes opérant dans le pays, l’attaque contre le PC israélien, aux premiers jours de l’invasion de juin 1982, avait décapité le commandement des forces d’assaut, tuant le chef du bataillon israélien au sud Liban et une trentaine de ses collaborateurs, retardant leur progression vers Beyrouth.

L’Iran qui a fourni une assistance financière de près d’un milliard de dollars pour la restauration de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah où près de 250 immeubles ont été détruits par l’aviation israélienne, en juillet 2006, a assuré la réhabilitation urbaine de Maroun ar Rass, et, le goudronnage de la route frontalière reliant la bourgade chrétienne de Marjeyoun à Nakoura, le poste frontière libano-israélien, fluidifiant la circulation dans cette zone escarpée.
L’Iran devrait d’ailleurs allouer au Liban un prêt, à long terme, à faible taux d’intérêt, d’une valeur de 450 millions de dollars, dans le cadre d’un accord de coopération dans le domaine de l’énergie, visant à pallier les pénuries de courant fréquents dans un pays gouverné depuis près de vingt ans par le clan Hariri, et dont la dette publique est de l’ordre de cinquante milliards (50) milliards de dollars.

La visite de M. Ahmadinejad au Liban est la première d’un président iranien depuis celle de Mohammed Khatami, en mai 2003. C’est au cours de cette visite, survenue dans la foulée de la chute de Bagad, que le président réformiste iranien avait formulé la stratégie iranienne visant à faire face à la vassalisation du Moyen orient à l’ordre israélo américain, par la mise en place d’un cordon sanitaire formé par un quatuor de quatre pays (Iran, Syrie, Liban Hezbollah et Palestine Hamas), désigné par le vocable de la constellation des « Douwal al Moumanaha’’», un système de pré alerte constitué par les pays de l’immunisation contre le virus de la soumission.
Précédée d’une importante démonstration de la solidité des relations syro-iraniennes, matérialisée par deux sommets Bachar el Assad / Ahmadinejad, -le 13 septembre à Damas, et le 2 octobre à Téhéran-, la présence de M. Ahmadinejad à Beyrouth constitue aussi une réplique à une montée de tension dans le Golfe après l’annonce d’un important contrat d’armement entre les Etats-Unis et les pétromonarchies, de l’ordre de 123 milliards de dollars à quatre pays (Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes Unis et sultanat d’Oman) visant à renforcer leur capacité défensive face à l’Iran.
Qualifiée de « provocation» par les Etats-Unis, elle intervient de surcroît alors que le gouvernement pro-occidental de Saad Hariri paraît sur la défensive du fait des révélations du camp antioccidental au Liban sur le noyautage israélien du réseau libanais des télécommunications, et, sur les dysfonctionnements du Tribunal Spécial sur le Liban résultant de la présence de faux témoins dans l’enquête sur l’assassinat de l’ancien premier ministre.
La Syrie et l’Arabie saoudite se sont portés garants de la stabilité du Liban lors d’une visite conjointe du Roi Abdallah d’Arabie et du président syrien Bachar al Assad, fin juillet, au Liban, qui a scellé une entente tacite entre les deux pays arabes, longtemps rivaux au Liban.

Cette entente portait sur la neutralisation du Tribunal spécial sur le Liban, en contrepartie de la préservation par la Syrie du leadership du clan Hariri sur la communauté sunnite du Liban, et, partant, sur sa prééminence gouvernementale par rapport aux autres familles sunnites libanaises, aspirant aux mêmes responsabilités.

Le premier ministre libanais a admis, fin Août, que le Tribunal Spécial sur le Liban chargé de déterminer les responsabilités dans l’assassinat de son père avait été mu par des motivations politiques et que la présence de faux témoins dans la phase préliminaire de l’enquête avait nui à sa bonne marche. Mais le chef du clan saoudo américain au Liban s’est abstenu de tirer les conséquences de cet aveu, à savoir la traduction en justice des faux témoins, et, à défaut d’une mise en cause, à tout le moins, la mise en question du fonctionnement de l’institution internationale. Face à ses atermoiements, la Syrie a lancé un mandat d’arrêt par défaut contre 33 personnes, ayant participé à la campagne visant à la discréditer dans cette affaire, incluant la garde rapprochée de Saad Hariri.

L’Arabie saoudite, le meilleur allié arabe des Etats-Unis, le principal bailleur de fonds de ses équipées militaires dans la sphère arabo musulmane, le plus gros client de son industrie d’armement, n’aurait pas réussi à infléchir la position américaine sur le tribunal spécial sur le Liban, dont l’acte d’accusation devrait être rendu public à l’automne 2010.

Caution arabe à l’invasion américaine de l’Irak et à la « déstabilisation constructive » du Liban, selon le schéma et les slogans de la firme publicitaire américaine «Saatchi and Saatchi», aiguillonnée par le Département d’état, l’Arabie saoudite pourrait être la grande perdante de la chute du régime baasiste irakien et des exploits militaires du Hezbollah libanais, conséquence du pari malheureux du royaume sur la politique néo conservatrice américaine.

A défaut d’une compensation politique de la part de la Syrie et de l’Iran en Irak, un pays qui lui est limitrophe, à l’effet de lui redonner quelque crédit, le royaume pourrait difficilement inciter son poulain libanais à une plus grande flexibilité dans l’épreuve de force qui se déroule au Liban, au risque d’un camouflet supplémentaire au niveau du leadership sunnite libanais.

Mais le comportement dilatoire du clan Hariri sur la responsabilité du camp pro occidental dans l’instrumentalisation de la justice pénale internationale pour la préservation de son leadership local fait peser, par contrecoup, un risque sur la longévité gouvernementale de M. Saad Hariri, à l’effet d’entraîner le Liban dans un nouveau cycle de violences.

La coalition pro occidentale, notamment le premier ministre de l’époque, Fouad Siniora, avait accueilli à bras ouverts, avec forces accolades, Condoleeza Rice, secrétaire d’état américain, en juillet 2006, à Beyrouth, en plein bombardement destructeur israélien des infrastructures libanaises. Elle a émis, cette fois, des « réserves » concernant la visite du président iranien, allié majeur du Hezbollah, l’artisan de la libération du territoire national.

Depuis son accession au pouvoir, Saad Hariri a repris, à six reprises, le chemin de Damas pour des entretiens avec les dirigeants syriens, mais, ce sera la première fois que l’homme lige des néo conservateurs saoudiens au Liban rencontrera le chef de file du courant révolutionnaire chiite, alors que ses contacts avec Damas sont quasiment interrompus depuis le lancement, le 3 octobre, de mandats d’arrêts internationaux à l’égard des principaux collaborateurs politiques et militaires du premier ministre libanais pour leur participation dans la fabrication des « faux témoins » du procès Hariri.

Pays frontalier de l’Irak et de l’Afghanistan, les deux plus importants abcès de fixation de l’armée américaine de l’époque contemporaine, bordant tout aussi bien le golfe arabo-persique que l’Océan indien, l’Iran représente l’une des plus fortes concentrations industrielles de la zone intermédiaire qui va de sud de l’Europe aux confins de l’Inde. La réussite de sa stratégie d’autosuffisance technologie et militaire valoriserait son poids régional, de la même manière qu’un succès politique ou militaire du Hezbollah chiite libanais ou du Hamas sunnite palestinien réhabiliteraient l’esprit de résistance face à la finlandisation des esprits en cours dans le monde arabe, à l’effet de réhabiliter la guérilla criminalisée sous l’ère Bush au prétexte de la « guerre contre le terrorisme ».

Le succès iranien ferait en outre perdre à Israël son statut de relais stratégique majeur de l’Occident dans la zone et frapperait de caducité l’option arabe de vassalisation à l’ordre israélo américain, déterminant du coup la nouvelle hiérarchie des puissances dans l’ordre régional. Tel est le véritable enjeu, sans doute le plus important par sa force d’attraction symbolique, de la confrontation irano israélienne, dont le Liban en est le théâtre dérivé.

Source : Blog René Naba

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