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18 mai 2012
Par Badia Benjelloun
Le Rif, après l’indépendance formelle du Maroc obtenue en 1956, poursuivra son insularité dans les nouvelles conditions politiques marocaines. Le soulèvement des Rifains de 1958 a eu des causes multiples. La succession d’années de sécheresse fut aggravée par la fermeture de la frontière avec l’Algérie, débouché naturel pour le travail saisonnier quand les récoltes sont maigres. Mais surtout, ce fut l’occasion de liquider les restes encore vivaces de l’Armée de Libération Nationale, encore active dans le Sud toujours sous le joug espagnol et qui le demeurera jusqu’en 1973, et détentrice d’armes prises au pouvoir colonial. Les revendications rifaines réclamaient en dix-huit points l’évacuation de toutes les armées étrangères encore présentes sur le sol national et de leurs cinq bases militaires, la libération de tous les prisonniers politiques de l’ALN, une refonte et une restructuration de l’État qui donneraient plus de poids à leur région. Elles furent balayées par une contre-insurrection menée par le prince héritier, futur Hassan II et Oufkir, ancien officier français intégré dans la nouvelle armée marocaine.

Le Rif marocain
L’extermination de milliers de résistants appuyée par un pilonnage des villages par l’aviation française pèsera lourd dans la mémoire rifaine et de tout le pays.
Le pouvoir central négligera d’intégrer le Rif, perpétuant son enclavement hérité de sa fonction de gardien de la frontière Nord du pays face aux ambitions européennes.
Entre le 15ème et le 17ème siècle, les Espagnols avaient investi des places fortes sur la côte méditerranéenne marocaine et par trois points, Melillia, Nokour et Badis, l’accès à la mer Méditerranée était verrouillé pour le flanc Nord du Maroc. (1)
Abandonné du pouvoir central après la terrible répression de 1958, le Rif vécut d’une hémorragie de ses hommes valides qui partirent par vagues vendre leur force de travail en Europe rapatriant des devises fort appréciées par la Banque Centrale marocaine. Une deuxième source de revenus se développa dans les années soixante-dix et quatre-vingts. La culture traditionnelle du cannabis dans la région de Kétama allait déborder cette zone pour atteindre 134.000 hectares selon l’estimation de l’UNODC en 2003. Elle va fournir plus de 80% de la consommation européenne.
En France, après la courbe ascendante sur plus de vingt ans, il semble que l’on assiste à une stabilisation de la proportion de la population usant de cette drogue illicite réputée douce. L’expérimentation s’est abaissée pour les hommes âgés de 18 à 25 ans entre 2002 (61 %) et 2005 (56 %) alors qu’elle reste stable pour les femmes de cette tranche d’âge (37 % en 2002 et 39 % en 2005).
Une étude récente indique qu’un collégien de 17 ans sur quatre déclare avoir été usager de cannabis dans le mois qui précède. Le nombre de fumeurs réguliers, plus de dix fois par mois, s'établit à 1,2 million de personnes, majoritairement des hommes et des jeunes. L’effet délétère le plus fréquent est un trouble de mémorisation et d’attention, il est à rapporter au fait que les sur-consommateurs de cannabis sont retrouvés chez les étudiants comparés aux actifs d’âge comparable. La machinerie à décerveler ne se limite pas à coloniser les esprits dans les temps de cerveau rendus disponibles par les entreprises des médias télévisuels, elle s’accommode aussi bien de l’euphorisation au Delta 9 tétrahydroxycannabinol.
Les bénéfices retirés par le paysan marocain du cannabis sont dérisoires, 267 dollars US par personne en 2003 sur un revenu total de 523 dollars alors que le PIB marocain per capita était de 1.260 dollars en 2002. Les dégâts directs et indirects causés à la jeunesse européenne et française et partant à l’économie et au bien-être des Français sont certainement très importants même si difficiles à estimer.
Il est admis que cette activité du cannabis est la résultante du conflit ayant opposé le pouvoir chérifien (rétabli sur le trône grâce à la lutte armée et politique des mouvements de libération du pays) et la fraction rifaine de la résistance nationale.

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