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Cisjordanie -

Le rôle de l'AP dans l'accord de fin de grève de la faim est comme lors des accords d'Oslo, "bâclé et ambiguë"

Par

26.06.2012 - Un mois après que les prisonniers aient signé un accord de fin de leur grève de la faim de masse dans les geôles israéliennes, les groupes des prisonniers accusent les autorités israéliennes de ne pas respecter leur part du marché. Mourad Jadallah, conseiller juridique du groupe Addameer pour les droits des prisonniers, a déclaré à Ma'an que le problème vient du rôle de l'Autorité Palestinienne dans la transaction, et de son attitude envers les prisonniers en général.

Le rôle de l'AP dans l'accord de fin de grève de la faim est comme lors des accords d'Oslo, 'bâclé et ambiguë'

De droite à gauche : Akram al-Rikhawi, Samir al-Barq, Hasan al-Safadi, et leurs jours de grève de la faim au mercredi 27 juin
Après qu'environ 2.000 détenus palestiniens aient rejoint les détenus administratifs en grève de la faim le 17 avril, Israël s'est engagé à "faciliter" les demandes des grévistes de la faim - à savoir mettre fin au confinement solitaire, autoriser les visites familiales et améliorer les conditions de vie en prison.

Un représentant des prisonniers a également dit à l'époque qu'Israël s'engageait à ne pas renouveler la détention sans procès, bien qu'avec une réserve - à condition qu'il n'y ait pas de nouvelle information entraînant leur emprisonnement.

Jouer sur les mots

Jadallah dit que deux éléments l'ont fait capoté - les termes utilisés, et le fait qu'il n'intègre pas la question de la détention administrative dans l'accord écrit. Des marges de manœuvre qui ont permis à Israël de ruiner les espoirs d'un changement dans la situation des prisonniers.

Le 11 juin, des prisonniers ont rencontré les autorités pénitentiaires israéliennes dans la prison Nafha, dans le cadre de la première étape de la "facilitation", a dit Jadallah.

Israël avait accepté la formation d'une délégation de responsables des prisonniers et de représentants des services intérieurs israéliens Shabak pour négocier avec le comité des prisonniers. Aujourd'hui, ils déclarent aux prisonniers que seuls les représentants du service pénitentiaire les rencontreront pour discuter des revendications, dit Jadallah.

"Mais les prisonniers ne croient pas les services pénitentiaires et ils ne leur font aucune confiance. Habituellement, ce ne sont pas les services pénitentiaires qui prennent de telles décisions, ils disent qu'ils suivent les ordres du Shabak."

Selon Jadallah, lors de la première rencontre, les représentants israéliens sont revenus sur l'engagement de transférer dans une cellule normale le dernier prisonnier en isolement, Dirar Abu Sisi, disant qu'ils voulaient le maintenir en isolement pendant qu'ils préparaient les charges juridiques contre lui. Il est détenu, sans accusation, depuis février 2011.

Au sujet des conditions de vie des prisonniers, "ils ont dit qu'ils feraient de leur mieux, sans s'engager à quoi que ce soit," a dit Jadallah.

Sur les autres revendications, les délégués israéliens ont dit qu'ils attendraient une décision de la Haute Cour avant d'autoriser l'accès à l'enseignement, et tout en admettant avoir renouvelé des ordres de détention administrative, ont assuré que les prisonniers verraient bientôt des "progrès" sur cette question.

Mais la semaine dernière, Israël a renouvelé la détention administrative de Hasan Safadi, qui avait interrompu ses 71 jours de grève de la faim suite à l'engagement d'Israël de ne pas le maintenir en détention administrative sans inculpation. Jadallah dit qu'il y a eu plus de 35 cas de renouvellement d'ordres de détentions administratives depuis la signature de l'accord.

Bâclé et ambiguë "comme l'accord d'Oslo"

Les prisonniers imputent le problème à un accord bâclé et incomplet qui a mis fin à leur grève, dit Jadallah.

"Un prisonnier a dit que ce qu'a fait l'Autorité Palestinienne ressemblait à l'accord d'Oslo. L'AP cherchait n'importe quelle victoire ou n'importe quel rôle dans l'accord, alors elle s'est précipitée et a tout accepté. Les prisonniers disent c'est la faute de l'AP."

"Israël ne veut pas que les Palestiniens aient le sentiment d'avoir gagné quelque chose avec la grève de la faim, ni que le mouvement des prisonniers aient l'impression d'avoir obtenu satisfaction. Ils veulent dire : nous contrôlons tout."

Les accords d'Oslo de 1993, qui ont créé l'Autorité palestinienne, sont largement considérés comme un échec des négociations, divisant le territoire palestinien en sphères de contrôle israélien et palestinien comme mesure intérimaire de 5 ans, mais deux décennies après, ils n'ont servi qu'à cimenter la prise de contrôle militaire d'Israël et les colonies israéliennes sur les terres palestiniennes et l'impuissance de l'AP.

Selon Jadallah, l'indifférence officielle à l'égard des prisonniers remontent à cette époque. Le premier accord d'Oslo ne mentionnait pas les prisonniers, et ce n'est qu'après des lettres furieuses que le second accord n'a inclus que 5 pages sur la question.

Aujourd'hui, alors que de nombreux groupes travaillent au soutien des prisonniers, il existe une sorte de coordination mais sans réelle organisation, dit-il. C'est une décision spécifique, parce que les autorités sont incapables de définir une stratégie cohérente de libération des prisonniers, continue Jadallah.

"Par exemple, certains avocats refusent de boycotter les tribunaux militaires. Mais pourquoi paierions-nous aux tribunaux militaires des frais et des amendes ?"

Jadallah estime que les sommes réglées aux tribunaux militaires se montent à environ 15 millions de $ par an, sans ajouter le soutien financier de l'AP et des partis politiques payés directement aux prisonniers.

"Nous payons des millions pour notre occupation. A Oslo, nous avons accepté de jouer dans le système, mais c'est une façon de corrompre le mouvement des prisonniers."

Une autre source de confusion est que les prisonniers ont leurs propres avocats, mais pendant la grève de la faim, l'avocat de la puissante Société des Prisonniers, Jawad Bolous, a été dépêché pour négocier et parler au nom des grévistes.

"Certains prisonniers ont leurs propres avocats mais d'autres négocient en leur nom. Ce n'est pas professionnel," ajoute Jadallah.

"Des prisonniers remettent son rôle [de Bolous] en cause. Ils disent que leur avocat doit être un défenseur des droits de l'homme, pas un négociateur," dit-il, refusant tout autre commentaire sur le sujet.

"L'autorité palestinienne se sert de la question des prisonniers pour gagner en crédibilité, mais ils ne sont pas vraiment intéressés. Ils s'en servent comme moyen d'acheter leur fidélité et pas pour leur libération."

"Ils disent qu'ils font confiance au mouvement des prisonniers et puis, sur le terrain, les forces de la sécurité menacent les prisonniers en grève de la faim et arrêtent leurs supporters à Ramallah, à Jenin et ailleurs. Il y a deux niveaux - le discours politique et la politique des forces de sécurité."

La lutte pour l'unité

Mais Jadallah dit que les grévistes de la faim ont réussi à surmonter de gros obstacles pour unifier le mouvement des prisonniers en une seule action non violente pour la première fois.

"Quelques prisonniers Fatah se sont joints depuis le début, pendant que d'autres les critiquaient- que la grève était une manière de masquer les problèmes internes au sein du Hamas. Ce n'est pas vrai - le Hamas n'a pas dirigé la grève."

"On a dit aux prisonniers Fatah que s'ils participaient à la grève de la faim, ils perdraient leurs salaires des forces de sécurité. Certains prisonniers ont alors joué le rôle de contre-révolutionnaires."

Un groupe de prisonniers Fatah a déclaré début mai qu'ils avaient obtenu la moitié de leurs revendications après avoir négocié avec les autorités carcérales. Jadallah dit que ce groupe a demandé le report de la grève de la faim de masse pendant qu'il négociait. "C'était aussi la position de l'AP," note Jadallah.

Mais le leader Fatah emprisonné Marwan Barghouthi a désavoué ce comité Fatah, remettant en cause sa représentativité, ce qui a conduit au retrait des contre-révolutionnaires, a expliqué Jadallah.

"La balle est revenue dans le camp des prisonniers," dit-il.

Le Printemps arabe, les attaques sur Gaza et les grèves de la faim en cours

Avec les espoirs qui s'effilochent sur l'accord qui a mis fin aux grèves de la faim, Jadallah persiste à dire que les autorités et le mouvement des prisonniers doivent autoriser les détenus eux-mêmes à continuer de mener leurs actions.

Les protestations populaires pour les grévistes en Cisjordanie , à Gaza et dans le monde ont donné aux prisonniers la force de persévérer dans leur grève historique, dit-il.

"Après sept ou huit ans de mouvement des prisonniers, les forces spéciales israéliennes ont pu humilier les prisonniers en toute impunité. Mais le Printemps arabe et les manifestations palestiniens de solidarité avec les prisonniers furent des facteurs qui ont aidé à leur victoire."

"En dehors de la prison, les gens veulent un héros. En prison, ce sont de vrais héros, luttant de façon non violente pour leurs droits, parce qu'on ne voit pas ça, en dehors des prisons, dans la classe politique."

Mais il est à craindre que l'attention décline alors que 3 détenus sont actuellement en grève de la faim, dont le prisonnier malade Akram al-Rikhawi, qui est entré lundi [25 juin] dans son 75ème jour sans nourriture. Les groupes de soutien aux prisonniers disent qu'étant donné l'état de santé de al-Rikhawi emprisonné depuis longtemps - il est détenu dans la clinique de la prison depuis son arrestation en 2004 - ses deux mois de grève de la faim le mettent en risque imminent de mort.

Jadallah dit que al-Rikhawi "n'a pas eu l'attention des gens et des médias qu'il mérite. C'est triste, il est en prison, en grève de la faim, sans que rien ne se passe dans les rues."

"Mais nous savons que les gens se fatiguent des cas individuels. Chaque prisonnier a sa situation propre, et les jeunes, les groupes pour les droits de l'homme, l'AP, tous ont leurs préoccupations."

Les frappes israéliennes sur la Bande de Gaza, la semaine dernière, qui ont tué au moins 12 personnes, ont également déplacé l'attention des gens.

"Peut-être n'avons-nous pas réussi à faire le lien entre Gaza et al-Rikhawi," dit Jadallah.

"C'est-à-dire que si vous n'êtes pas tué sur le terrain, vous êtes tué en prison. Al-Rikhawi se bat contre la peine de mort en prison, comme les gens se battent contre elle sur le terrain, à Gaza."

Source : Maan News

Traduction : MR pour ISM

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