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Palestine - ISM France

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Grande Bretagne -

Les Républiques bananières de Sharon

Par

> palestinianuk@aol.com

Afif Safieh est Délégué général de Palestine auprès du Royaume-Uni et du Saint-Siège. Article paru dans The Guardian le 19 avril 2004

Bush et Blair ont décidé de laisser Israël leur dicter leur politique au Moyen-Orient et procéder au politicide des Palestiniens
L’étude des relations américano-israélienne occupe à plein temps les chercheurs, depuis deux générations.
Deux écoles de pensée concurrentes se sont penchées sur le célèbre débat : « Qu’est-ce qui remue quoi ? Est-ce le chien, qui remue sa queue ? Ou, au contraire, est-ce la queue du chien, qui remue le chien ? »
La première école a pu évoquer un « Israël américain », les Etats-Unis dictant à son allié sur place quelle politique régionale il doit suivre pour être en cohérence avec la vision globale américaine.

Voici une vingtaine d’années, Noam Chomsky a écrit que Washington représentait la Rome contemporaine, tandis qu’Israël incarnait son client local et belliqueux – sa Sparte.

La seconde école met en exergue l’image d’une « Amérique israélienne », résultat de relations complexes, dans lesquelles la superpuissance mondiale adopte la politique régionale de son état vassal, en cohérence avec la vision globale américaine. Cette vision des choses est généralement considérée comme le résultat des menées d’un lobby pro-israélien surpuissant, qui aurait réussi « à faire de la colline du Capitole, à Washington, un énième territoire occupé par Israël ».

J’ai toujours considéré que ces deux écoles de pensée peuvent être, l’une et l’autre, dans le vrai – mais à des moments différents de l’histoire : cela dépend du pouvoir réel du président américain, de sa popularité dans son pays et au Congrès, et aussi de la popularité des Etats-Unis dans le monde.

Après les horreurs du 11 septembre, tandis que les représailles attendues étaient en cours de discussion, le lobby pro-israélien s’avéra incarner l’ « école maximaliste », qui voulait étendre le théâtre des opérations bien au-delà des frontières de l’Afghanistan, en y englobant l’Irak, la Syrie et la Libye. Ce lobby a pris, en grandissant, la mauvaise habitude d’utiliser ses gros biceps une fois de trop – la mauvaise – et d’exagérer ses pressions. La collusion entre les agendas politiques américain et israélien a fait entrer en collision l’Amérique et le monde arabe, lequel voit désormais en Washington la Sparte belliqueuse d’Israël, et qui en déduit que l’objectif véritable de la politique américaine est bel et bien leur domestication, et certainement pas la démocratie.

Tony Blair a toujours eu une approche plus sophistiquée que George Bush. Blair savait que les défis militaires et les menaces sécuritaires nécessitaient des réponses politiques. Qu’afin de remporter la bataille de conquête des cœurs et des esprits, l’Occident devait se montrer engagé à résoudre le problème palestinien. L’existence de son influence à Washington et son étendue dépendaient de la question de savoir de qui Bush avait-il le plus besoin ? De Blair, sur le plan international ? Ou de Sharon, sur le plan intérieur ?

La semaine dernière fut un sale moment pour la diplomatie internationale. Les deux dirigeants les plus puissants du monde, Bush et Blair, ont cédé devant l’homme politique le plus dénué de scrupule du Moyen-Orient, lequel avait pourtant été jugé « inapte à remplir une quelconque fonction officielle » par une commission israélienne d’enquête, après les massacres de Sabra et Chatila, en 1982.

On ne saurait reprocher à Sharon de cacher son jeu. Au cours d’une interview récente, il a déclaré au journaliste israélien Nahum Barnea que les Israéliens devraient voir dans son plan de désengagement unilatéral de la bande de Gaza non pas une récompense, pour les Palestiniens, mais bien leur châtiment. Il a annoncé que les Palestiniens ne disposeraient à Gaza ni d’un port, ni d’un aéroport et qu’Israël avait la ferme intention de conserver le contrôle des eaux et de l’espace territoriaux de la bande de Gaza. Les Palestiniens ne contrôleraient pas non plus les frontières (leurs frontières…).
Sharon a ajouté que cette mesure aurait l’avantage d’ajourner les discussions autour de la création d’un Etat palestinien et, cela, pour des années. Il a simplement « oublié » de mentionner que Gaza, avec ses quelque un million trois cent mille habitants, ne représente qu’environ 1 % de la superficie de la Palestine historique…

Comment se fait-il que Bush ait pu considérer « courageuses » les intentions de Sharon, dans lesquelles il s’est ingénié à voir « une opportunité en or » ?

Cela peut s’expliquer par les nécessités électorales auxquelles ce président en quasi état de siège est aujourd’hui confronté. Mais je ne reste pas moins baba devant l’enthousiasme de Blair pour les machinations de Sharon et devant sa conviction qu’elles sont compatibles avec la feuille de route…

Blair a plus d’expérience du pouvoir que Bush ; il est mieux conseillé que lui, et les considérations électorales, en Grande-Bretagne, poussent dans le sens exactement opposé.

Les sondages d’opinion font état d’un rapport à 2 contre 1 en faveur des aspirations des Palestiniens comparées à la position israélienne. Les débats au Parlement britannique, qui transcendent largement les clivages politiques, devraient l’encourager à être beaucoup plus catégorique. Tout montre qu’en matière de question israélo/palestinienne, Blair ne reflète pas la profondeur des sentiments des Britanniques. Il en est même très loin.


Sharon traite les Etats-Unis et la Grande-Bretagne comme s’il s’agît de ses propres républiques bananières.
A son intransigeance, les deux pays répondent constamment en abdiquant de toute responsabilité et en s’excusant platement de leur impuissance auto-infligée.
La reprise de la feuille de route aurait consisté à garantir une cessation réciproque des violences qui soit acceptée par toutes les factions palestiniennes ; à l’exercice de pressions sur Sharon, exigeant qu’il associe à un retrait complet de Gaza l’évacuation des centres-villes en Cisjordanie , afin de permettre la création d’un Etat palestinien «muni de frontières provisoires » (comme dit la feuille de route… NdT) et de rendre possibles des élections palestiniennes – présidentielles, législatives et municipales – pavant ainsi la voie vers des négociations pour le statut définitif.

Rien de tout cela n’a été ne serait-ce qu’esquissé. Bush et Blair laissent Israël dicter ce qui est possible. Sharon poursuivra sa politique de politicide, vandalisant la société et l’économie palestiniennes, écrasant toute représentation nationale et tout gouvernement des Palestiniens. En dépit de la retenue observée par le Hamas depuis l’assassinat du Shaykh Yassine et de son dialogue avec d’autres factions afin de réduire le nombre des civils tués des deux côtés, il a poursuivi – en l’accélérant – la décapitation du leadership palestinien, en assassinat Abdul-Aziz Rantissi.

Je pense, depuis des années, que le président américain idéal, pour la paix au Moyen-Orient, serait un président qui aurait l’éthique d’un Carter, la popularité d’un Reagan et l’audace stratégique d’un Nixon.

Hélas, nous avons affaire à un président américain qui a l’ « éthique » d’un Nixon, la « popularité » d’un Carter et l’ « agilité intellectuelle » d’un Reagan !

Source : www.guardian.co.uk/

Traduction : Marcel Charbonnier

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