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Palestine - ISM France

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Israël -

Les confessions d'Hébron

Par

Des ex-soldats israéliens confessent les atrocités commises à Hébron : "Il voulait juste tuer des Arabes".
Alors que des ex-soldats témoignent sur les meurtres de civils Palestiniens, Donald Macintyre s'adresse aux familles des victimes.
Toujours vêtu d'un pantalon large sharwal qu'il porte pour son travail de jardinier, l'ex-soldat de 22 ans s'assied sur la table d'un café dans un centre commercial du centre de Tel Aviv et dit que quand il a rejoint l'armée israélienne, il "voulait seulement tuer des Arabes".

Comme la plupart des 300 autres ex-soldats qui ont jusqu'ici témoigné au sujet de leurs expériences à Briser le Silence, une organisation formée il y a une année par un groupe de jeunes hommes qui avaient fait leur service militaire à Hebron, le soldat ne veut pas donner son vrai nom.

Mais il dit que son attitude a graduellement changé quand il a eu pour la première fois des contacts avec les Palestiniens et les Bédouins et qu'il a vu les longs retards et parfois le harcèlement, qu'ils subissaient aux checkpoints de la Vallée du Jourdain où il était en poste.

L'ex-soldat, qui a joint la brigade religieuse Nahal bien qu'il ait déjà quitté son propre milieu ultra-orthodoxe, parle "d'actions lancées" dont il a été témoin quand il servait à la base militaire de la colonie de Psagot à proximité de Ramallah début 2002, et sur lesquelles dit-il les officiers fermaient parfois les yeux.

Au lieu de suivre les instructions d'utiliser leurs mitrailleuses et leurs M16 seulement pour répondre aux tirs des militants Palestiniens, il suggère, "un soldat pouvait dire : "Pourquoi les laissons-nous décider quand les tirs ont lieu ? Montrons-leur qui est le patron.'"

Avec du temps, dit-il, "les soldats avaient le sentiment d'être à portée de tir et qu'à chaque tir... ils tireraient des centaines de balles en retour. Il n'y a aucun besoin d'ajouter qu'ils ont touché des personnes innocentes, et parfois après que nous ayons vu... des ambulances arriver sur les lieux.
Personne ne s'inquiétait de leur responsabilité à toucher des personnes innocentes, ils trouvraient que tout était drêle
."

Pour l'instant, les témoignages recueillis par Briser le Silence ont déclenché 17 enquêtes officielles des Forces de Défense Israélienne et une procédure disciplinaire interne.

Trois des témoignages (voir ci-dessous) ont été également approfondis par The Independent dimanche avec les familles des victimes.

Ils ont également aidé à alimenter le débat croissant parmi des parties de la société israélienne et dans les médias sur les nombreuses opérations militaires pendant le conflit actuel, qui a débuté il y a exactement cinq ans ce vendredi. (29 septembre 2000)

L'escalade rapide de ce conflit est dûe en grande partie aux attaques des kamikazes palestiniens qui, depuis octobre 2000, ont enlevé les vies de 745 civils israéliens et en ont blessé plus de 5.100.
Mais l'agence des Droits de l'Homme israélienne, B'tselem, estime qu'environ 1.700 civils palestiniens ont été également tués pendant la même période – un chiffre que nombreux de ces témoignages inquiétants expliquent d'une certaine façon.

Briser le Silence affirme que l'inspiration pour de nombreux ordres, qu'il dit en violation directe des engagements légaux internationaux d'une puissance occupante, venait des plus hauts rangs.

Certainement, Booomerang, un nouveau livre écrit par deux journalistes israéliens, Ofer Shelah et Raviv Druker, signale que dès mai 2001, lors d'une conférence d'officiers, Shaul Mofaz, maintenant Ministre de la Défense mais à l'époque, Chef d'Etat-Major, demandait que l'enregistrement soit coupé avant de leur dire qu'il voulait un "prix" exact de 10 Palestiniens tués par jour sur chacun des sept fronts de l'armée.

Et après que six soldats israéliens aient été tués à Ein Arik en février 2002, le livre indique, M. Mofaz a personnellement ordonné une opération de vengeance dans laquelle, pour la première fois, des officiers de police palestiniens seraient abattus, qu'ils aient constitué une menace ou pas.

Un soldat qui a participé à une incursion qui a tué quatre ou cinq policiers palestiniens sur un checkpoint, 24 heures après Ein Arik a déclaré : "On se sentait mal même à ce moment-là. Ils ont dit que la police palestinienne était liée au terrorisme et que les (tueurs) étaient passés par le checkpoint. Peut-être que la police est liée au terrorisme mais pour sûr ils n'ont pas traversé tous les checkpoints (attaqués ce jour-là)."

Beaucoup plus tard, dit-il, les soldats ont discuté de l'incursion, en utilisant – à riant à demi - le terme hébreu pour une "attaque terroriste" pour décrire l'opération : "Pigua".
"Comme ils nous font des attaques terroristes et nous leu faisons la même chose".
C'était également la période où un bombardement de tank a tué une femme et cinq enfants à Ramallah (voir ci-dessous).

La direction de l'IDF pendant plus de quatre ans de conflit a été mise en avant ce mois-ci quand un ancien chef du commandement Sud, le Général Doron Almog, a été conseillé de ne pas descendre de son avion à Londres parce qu'il serait arrêté.
Un mandant d'arrêt a été obtenu en Grande-Bretagne par une organisation palestinienne pour crimes de guerre sous la Loi des Conventions de Genève.

À la différence des 27 pilotes israéliens de l'Armée de l'Air qui ont refusé en 2003 de participer à des missions dans les Territoires Occupés pour ne pas mettre en danger la vie des civils, Briser le Silence ne préconise pas le refus.

Mais comme les pilotes, ses adhérents pensent que parler est un engagement national - "un devoir patriotique", comme le dit Avichai Sharon, le porte-parole du groupe.

"90% des jeunes de 18.19 ou 20 ans qui font leur service sont des braves types corrects et normaux qui viennent de bonnes familles" dit-il et beaucoup "se sentent corrompus" par la nature de leur service dans les territoires occupés.



Son sac contenait des explosifs, dit l'armée. C'était du pain "pitta"

Naplouse, 18 Decembre 2003

Sergent parachutiste : "Nous avons installé une mitrailleuse en position dans la principale rue de la Casbah [(Naplouse).

Les ordres de tirs étaient : Quiconque marche autour de la Casbah la nuit devait être pris pour cible et tué. L'ordre nous a été donnés dans un briefing par le commandant de peloton.

De ce qu'il nous a dit, l'ordre venait du commandant de la brigade Shomron. Le même ordre a été donné de nombreuses fois...
Et la réponse était toujours : l'information vient toujours du Shabak (Shin Bet, les services de Renseignements).

Comment le Shabak savait-il qu'Ahmed le boulanger ou Salim le charpentier n'avait pas à se lever à 3h du matin pour aller au travail?

"La position des tireurs d'élite, dont je faisais partie, a identifié un homme portant un sac dans la rue Jama'a al Kabir entre 3 et 4h du matin, je ne me rappelle pas. Quand cela a été rapporté, l'ordre a été donné "démolissez-le". Tuez-le.

Un homme est tombé, à environ 70m de la maison. Alors la jeep du poste de commandement est venue et 'a confirmé la mise à mort', en jetant deux grenades sur le corps qui l'ont totalement pulvérisé. Alors ils ont ouvert le sac pour voir ce qu'il y avait et ont trouvé : pitot (pains pitta). Pitot.

"Il n'y a jamais eu d'enquête. Le commandant de régiment nous a remonté le moral. 'Ecoutez les gars, ne soyez pas démoralisés. Cet homme n'était pas par ici de façon innocente.'
Naturellement, il n'avait aucune information substantielle : 'Soyez sûr que tout personne qui se promène dans la Casbah à cette heure n'est pas un ami de Zion. Il avait probablement une intention terroriste et vous avez fait du bon travail '"

Ala Adin Masud Adawiya, 24 ans, a quitté sa maison à environ 2h30 du matin pour son deuxième jour de travail dans la boulangerie Silawi située dans la Vieille Ville de Naplouse.

Son frère âgé de 25 ans, Ayman, dit qu'il venait juste de changer de travail pour être plus près de chez lui. Alors qu'Ala Adin s'approchait de la place, il pouvait voir s'amasser les tanks de l'armée israélienne.

Suivant les strictes instructions d'appeler sa mère quand il serait proche de la boulangerie, il a utilisé son téléphone portable pour rapporter ce qu'il voyait. Sa mère lui a dit de revenir immédiatement, mais elle n'a plus jamais eu de nouvelles.

Ayman est sorti pour rechercher son frère dans les rues étroites de la Casbah, en essayant à plusieurs reprises de le joindre sur son portable. "Ma mère pleurait et priait," dit-il.

L'armée, qui a dit début 2004 que la victime avait été identifiée en tant que "terroriste" du Jihad islamique, et que le sac contenait des explosifs, reconnaît maintenant que le tir était une erreur. La famille possède une vidéo horrible, tournée par une télévision palestinienne, des gens se rassemblant autour de son corps criblé de blessures multiples, le pantalon imbibé de sang.



Pourquoi l'équipage du tank a-t-il vraiment tiré ?

Ramallah, 4 Mars 2002

Commandant d'une position de tank, colonie de Psagot.

Vers 8h, alors que le commandant de bataillon nous rendait visite, le tank a tiré à trois obus sur une voiture de police dans un secteur peuplé, mais il l'a complètement raté. Les obus sont tombés en terrain dégagé.
Plus tard ce matin-là, "le commandant de bataillon a quitté la caserne en me laissant le commandement. Il m'a dit: 'si vous revoyez (des policiers), tirez'.

Le commandant recevant l'ordre est parti en laissant son adjoint responsable près du tank et est retourné à son bureau - pour entendre seulement quelques moments plus tard l'explosion énorme d'une autre obus.
Il a couru vers le tank, où son adjoint également étonnét a dit qu'il n'avait donné aucun ordre de tir.

Suite à l'explosion de l'obus, une colonne noire de fumée s'élevait maintenant à l'entrée du camp de réfugiés d'Amari.

Étonnamment, le commandant dit qu'il n'a pas demandé à savoir pourquoi l'équipage du tank avait tiré sans ordres. Mais il leur a dit de revenir aux règles précédentes d'engagement et de tirer seulement sur des cibles qui avaitnt l'"intention et les moyens" de faire le mal.

Il a entendu plus tard que l'un de l'équipage du tank "avait réagi sour l'émotion" suite à ce qui était arrivé et a été muté à un poste de non-combat, et que le tank et son équipage ont plus tard été remplacés.

La seule enquête, dit-il, a été effectué par un colonel dirigeant un comité d'enquête six mois plus tard, et il n'a pas su les résultats.

Il a ajouté: "Je ne sais pas si l'ordre initial était légal, mais il était stupide. Vous ne pouvez pas combattre comme ça tout le temps. On vous apprend les moyens et l'intention - et soudainement vous tirez pour rien."

Pour lui, un tel bombardement aurait pû être un élément qui aurait intensifié le conflit en Opération Bouclier Défensif et en guerre totale.

Arafat al Masri, 16 ans, et son cousin Sheema âgé de 4 ans étaient montés quelsques minutes plus têt avec quatre autres enfants dans un Subaru conduit par l'oncle d'Arafat, Imad. Alors qu'ils quittaient le camp d'Al-Amari, une Mitsubishi venait de la direction opposée.

Elle était conduite par Bushara Abu Kweik, 37 ans, qui ramenait ses enfants – ses filles Aziza, 14 ans, et Bara'a, 13 ans, et son fils Mohammed, 10 ans- de l'école. À ce moment-là, l'obus est tombé, tuant Arafat, Sheema, Mme abu Kweik et ses trois enfants.


Le père d'Arafat, Ibrahim al Masri est toujours convaincu trois ans plus tard que son fils est mort en raison d'une tentative d'assassinat échouée sur le mari de Mme Abu Kweik, Hussein, un homme politique important du Hamas qui s'occupait d'une association de bienfaisance locale.

Mais le témoignage du soldat, qui n'est pas lié à soutenir la version officielle que la voiture de Mme Abu Kweik n'était pas été visée, indique fortement que la supposition des familles est erronée.

L'armée dit que le tank essayait de toucher la police palestinienne armée.

M. Al Masri a dit que la perte de son fils ne s'est totalement atténuée qu'au troisième jour de deuil: "Puis, il m"a manqué." Il a ajouté: "je ne crois pas à la vengeance contre des Israéliens. Dieu punira ceux qui ont fait ça."



"Personne n'a pensé que nous allions tuer des enfants"

Naplouse, 19 Février 2003

Avichai Sharon, 24 ans, unité d'élite, brigade Golani.

Vers la fin 2002, deux hommes de son unité, dans un véhicule à l'arrière ouvert pendant une opération de fouille et d'arrestation, ont tiré à balles réelles sur des gens que leur jetaient des briques.

Lui et ses camarades soldats ont dit l'officier de peloton : "Les règles d'engagement ne sont pas assez claires dans ce genre de situation. Nous n'avions ni balles en caoutchouc, ni gaz lacrymogène ou aucune solution de rechange autres que nos armes mortelles."

Il dit que les hommes n'ont jamais obtenu de réponse.

Tandis que le peloton cernait une maison à Naplouse plusieurs mois plus tard, un de ses membres a tiré dans les jambes d'un adolescent qui lançait des pierres. Mais le garçon s'est penché en avant pour prendre une pierre, et au lieu des jambes, il lui a tiré dans la poitrine.

M. Sharon dit que l'unité a entendu à la radio que le garçon, entre 14 et 16 ans, avait été tué. "Et alors nous sommes seulement repartis. Nous avons fini à notre opération et nous avons continué notre routine quotidienne. Il n'y a pas eu de questions."

"Personne ne l'a fait de façon intentionnelle. Personne ne pensait que nous allions tirer sur des gosses. C'est juste que personne ne s'en inquiète - c'est juste un dédain total de la vie humaine. La vie ne vaut absolument rien... le type qui l'a abattu s'est vraiment senti mal, il était vraiment mal à l'aise."

Mohammed al Saber, 15 ans, était soirti avec quelques amis au moment d'une opération militaire. Son frère Saed, 25 ans, en essayant de rassembler les faits sur ce qui était arrivé en parlant avec les amis de Mohammed, il pense qu'était sur un toit à un moment. "ils mangeaient des biscuits; ils jouaient également avec des bouteilles. Ils ont pu avoir jeté des pierres."

Mohammed était mort à son arrivée à l'hêpital Rafidia. Le rapport médical indique qu'il a été touché par une balle qui est sortie par l'épaule droite; il y avait une autre blessure dans sa jambe droite.

Son père, Rabbia al Saber, 58 ans, dit que le choc de la mort de son fils lui a causé un choc qui l'a laissé partiellement paralysé.
En cherchant une photo de Mohammed, un frère a apporté une affiche de martyr typique du Fatah, le dépeignant avec une arme, mais la famille a demandé qu'il ne soit pas photographié. Quelqu'un a dit : "Cela le faisait ressembler à un soldat, mais il n'était pas comme ça. C'était un garçon normal."

Source : The Independent

Traduction : MG pour ISM

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