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Gaza -

Les enfants de Gaza

Par

Khamis Wafi, 10 ans, a une bonne raison d'être heureux : c'est la première fois qu'il ne sursaute pas au bruit d'un ballon qui éclate. Cette "prouesse" est le résultat du traitement supervisé par Ali Nasman, un psychiatre qui s'occupe de douzaines d'enfants palestiniens de la Bande de Gaza, en particulier dans les régions du nord, traumatisés par le fracas des explosions des opérations israéliennes qui ciblent la Bande de Gaza, en particulier pendant l'Opération Eté Chaud qui a commencé à la fin février.

Les enfants de Gaza


L'idée de base du traitement est d'habituer les enfants aux bruits des explosions, de manière à en réduire les effets psychologiques. Ce processus a eu des résultats positifs sur quelques enfants, alors que d'autres continuent d'être terriblement effrayés lorsqu'ils entendent un ballon exploser.

La situation est tellement commune qu'investir dans le traitement des chocs psychologiques subis par les enfants en conséquence des opérations de bombardement se justifie pleinement. Ibrahim Hawash, 42 ans, appelle fréquemment sa femme pendant ses gardes nocturnes pour s'assurer qu'elle suit le traitement prescrit pour l'énurésie de leurs enfants.

Le docteur de la famille a confirmé que les quatre enfants, qui sont à l'école primaire, ont perdu leur capacité de contrôle de leurs vessies à la suite du choc qu'ils ont subi lorsque les Jets de l'armée israélienne ont bombardé une maison près de la leur, dans le camp de réfugié de Jabalya, au nord de la Bande de Gaza, pendant la campagne militaire Eté Chaud.


Les quatre enfants se souviennent toujours de la nuit terrifiante, lorsqu'ils ont soudain été réveillés par le bruit assourdissant de l'explosion et se sont rendus compte que les vitres de leurs fenêtres avaient atterri sur leurs lits.

Ibrahim, qui travaille dans un service palestinien de sécurité, a dit que ses enfants, terrorisés, refusaient de dormir seuls et insistaient pour dormir dans la même chambre que leurs parents.

Il a ajouté qu'il a mis du temps à persuader deux de ses enfants de repartir à l'école, tellement ils avaient peur que les opérations israéliennes de bombardement aient lieu sur le chemin de l'école, ou pendant qu'ils étaient en classe. Des milliers d'enfants palestiniens ont fait l'expérience de ce que vivent les quatre enfants Hawash.

Le Docteur Aish Samour, directeur de l'Hôpital Psychiatrique de Gaza, a déclaré que 30% des enfants palestiniens de moins de 10 ans souffraient d'énurésie à cause de frayeurs profondément enracinées et il mentionne d'autres tics nerveux tels les ongles rongés, les cauchemars, des douleurs physiques aux causes inconnues, les pleurs et l'introversion.

Il explique : "Un enfant exposé à une telle violence devient violent dans ses relations avec ses collèges ou ses frères et sœurs. Cet état diminue son niveau éducatif et affaiblit sa capacité à se concentrer". Il souligne que les enfants palestiniens qui ont traversé ces terribles expériences pendant les invasions et les bombardements obéissent moins à leurs parents et à leurs familles.

Samour a établi que depuis le début de cette année, le pourcentage d'enfants qui viennent fréquemment à l'hôpital a augmenté. L'hôpital reçoit actuellement 33 enfants par mois, ce qui représente une augmentation de 30% par rapport à l'année dernière.

Samour souligne que 47% des enfants ont subi de chocs psychologiques sans que leurs familles s'en rendent compte. "Les enfants de Gaza ne mènent pas des vies normales. Ils subissent des souffrances psychologiques dues aux actions de l'occupation israélienne, qui ont des impacts négatifs sur leurs vies, leur santé psychologique et leur capacité d'adaptation à la vie", dit-il.

Selon une étude conduite par le Programme de Santé Mentale Communautaire de Gaza, chaque enfant palestinien a été exposé à plus de neuf événements traumatisants. L'étude ajoute que 95,6% des enfants ont vu des blessés ou des morts, et 95% ont été affectés par les bruits des explosions.

L'étude indique de plus que tous les enfants ont été exposés à des chocs psychologiques, 60% des enfants ont expérimenté un choc psychologique modéré, 6,7% un choc psychologique mineur, alors 33,3% ont expérimenté un choc psychologique majeur.

L'étude indique que 15,6% souffrent de troubles post-traumatiques mineurs, 62,2% de troubles post-traumatiques modérés, alors que pour 20%, les troubles sont sévères.

Le Docteur Eyad Al-Sarraj, directeur du Programme de Santé Mentale Communautaire de Gaza, a constaté que les enfants palestiniens ont perdu le sens de la sécurité et du bonheur. Selon une étude conduite par ce programme, 45% des enfants disent qu'ils ont vu les soldats israéliens battre et insulter leurs parents, devant eux.
"Le fait que les enfants palestiniens se réfugient dans des organisations palestiniennes reflètent leur désir d'acquérir une identité nouvelle et forte qui pourra les protéger", ajoute Al-Sarraj.

Al-Sarraj a souligné que l'état chronique de malnutrition qui affecte leurs capacités intellectuelles complique encore la situation. Il ajoute que l'accumulation de répression et de violence affecte les capacités mentales et créatives des enfants palestiniens et les pousse à avoir recours à des actes extrêmes qui sont le reflet de la douleur et de la frustration qu'ils ressentent.

Al-Sarraj a indiqué qu'environ 36% des garçons entre 8 et 12 ans, et 17% des filles, souhaitent mourir dans des opérations martyres contre l'armée israélienne.

Selon une autre étude palestinienne, 15% des enfants de la Bande de Gaza ont subi, de l'armée israélienne, une perte dans leur famille, 9% ont un membre de leur famille qui souffre d'un handicap après avoir subi les tirs des forces de l'occupation, 21% ont un membre de leur famille en exil et 42% ont des membres de la famille détenus politiques.

Samih Abu-Zakya, pédiatre et directeur du Centre d'Art des enfants palestiniens, souligne un autre danger qui menace tous les enfants, même s'ils ne sont pas directement exposés aux opérations israéliennes, à savoir les scènes douloureuses dont les enfants sont témoins via les différents moyens médiatiques, en particulier les chaînes satellitaires, qui ajoutent à la pression psychologique que les enfants subissent.

Il estime que permettre aux enfants de regarder ces scènes est "une violation des droits des enfants". Abu Zakya a mis en garde contre ces impacts très négatifs qui ne sont pas pris en compte, et dont les conséquences sont désastreuses. Il suggère la mise en œuvre de programmes destinés à alléger la pression que les enfants ont subie pendant les récents événements sanglants.

Pourtant la souffrance des enfants palestiniens ne s'arrête pas au niveau psychologique ; des douzaines d'enfants ont été tués pendant le premier quadrimestre de cette année. Selon un rapport du Département des relations nationales et internationales de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), le nombre de Palestiniens tués par les opérations militaires israéliennes à l'intérieur des Territoires Palestiniens depuis le début de l'année est estimé à 274, dont 50 enfants (deux étaient des nouveaux-nés de 20 jours et 7 mois), et 18 femmes.

Selon les données du Bureau Central Palestinien des Statistiques, 50% de la population de Cisjordanie et de la Bande de Gaza a moins de 16 ans. Cela signifie que près de 2 millions d'enfants ont souffert, d'un point de vue psychologique, de la répression israélienne.

Le Docteur Fadl Abu Haien, professeur de psychologie à l'Université Al-Aqsa à Gaza, pense que les enfants palestiniens, en conséquence de la pression psychologique qu'ils endurent, ont recours à différents moyens pour s'adapter à la dure réalité, indiquant qu'un résultat commun est le calme en réaction à la tension, l'anxiété, la peur, l'isolement, l'introversion, qu'ils se mettent en retrait et prennent rarement part aux activités sociales et familiales.

Dans sa recherche scientifique, Abu Haien conclut que les enfants palestiniens ont recours, en réaction à la pression, à des comportements inappropriés par rapport à leur âge. Il ajoute que dans certains cas, la peur des opérations israéliennes et les problèmes psychologiques sont tels que leur conscience d'enfant est perturbée et se traduit par des problèmes de somnambulisme et de santé.


Le Docteur Tayseer Diyab, chercheur éminent dans le domaine de la santé mentale, a conduit, avec une équipe de psychiatres, une étude approfondie sur l'impact de la violence et le blocus israéliens sur les enfants palestiniens de Gaza. Diyab a déterminé qu'il y avait une augmentation substantielle de la violence parmi les enfants, dans et hors de l'école, des formations de gangs, des bagarres à coup de chaînes et de bâtons et l'utilisation d'un langage grossier.

Les résultats indiquent que les enfants deviennent plus insensibles et qu'ils perdent la notion du danger, comme par exemple lorsqu'ils se rassemblent dans les endroits où des bombardements ont eu lieu et qu'ils ramassent les restes des missiles.

Le Docteur Diyab raconte l'histoire d'un des enfants qu'il suit et qui lui a demandé : "Est-ce qu'il y a de l'électricité au ciel ?". Il a ajouté : "J'ai peur quand il n'y a pas d'électricité".

Les psychiatres qui ont pris part à l'étude ont demandé à 26 enfants d'imaginer le meilleur endroit qui soit, et les résultats ont montré qu'aucun d'entre eux ne pouvait penser à nulle part, tellement leur imagination est enfermée dans des lieux rattachés à la tristesse et à la souffrance, comme les cimetières ou les prisons.

De même pour l'exercice de dessin, on a demandé aux enfants d'illustrer une image de leurs maisons dans leur quartier, et la plupart d'entre eux ont dessiné une petite maison, ce qui dépeint la tristesse qui les submerge.


De plus, il faut aussi prendre en compte la souffrance psychologique des 300 enfants détenus dans les prisons israéliennes. Le Docteur Fouad Al-Khuffash, directeur du Centre Ahrar pour les études sur les prisonniers, dit : "Les services secrets israéliens placent chaque enfant palestinien détenu en isolement pendant une semaine, où une enquête est mené sur son implication dans les jets de pierre", ajoute-t-il. Il dit que les enquêteurs menacent les enfants de viol, et ils les accablent d'insultes.

Lors d'une déclaration à Asharq Al-Awsat, il ajoute : "Insulter un enfant tous les jours, le menacer d'arrêter son frère ou utiliser d'autres menaces immorales détruit l'âme et est un motif de suicide". Il souligne que les services secrets israéliens continuent d'inventer de nouvelles méthodes pour obliger les enfants emprisonnés à devenir des espions pour détruire le tissu social palestinien.

Al-Khuffash ajoute que le Shabak israélien dépend des enfants détenus pour l'implantation du plus grand nombre possible d'espions au sein du peuple palestinien. Le Shabak propose à tous les enfants détenus de rejoindre ses services, et les frappe et les menace de viol pour les convaincre de prendre le chemin de la trahison.

Source : Asharq alawsat

Traduction : MR pour ISM

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