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Palestine -

Les fugitifs de Naplouse

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Article publié par Palestine Report le 7 avril 2005

Le 1er avril, Amin Abu Warda, 37 ans, est assis avec ses collègues et ils font le décompte des votes pour le nouveau conseil d'administration du Centre de la Jeunesse du camp de Réfugiés de Balata.
Peu avant minuit, alors que le groupe était épuisé par de longues heures de travail, 15 hommes armés ont fait irruption dans la pièce.
C’était terrifiant, dit Abu Warda.
Lorsqu’on a demandé à l’un des hommes armés pourquoi son groupe saccageait le bureau de vote, il a répondu : "Le Centre de la Jeunesse est un établissement du Fatah et cela doit rester ainsi."

Le 1er avril, Amin Abu Warda, 37 ans, est assis avec ses collègues et ils font le décompte des votes pour le nouveau conseil d'administration du Centre de la Jeunesse du camp de Réfugiés de Balata. Peu avant minuit, alors que le groupe était épuisé par de longues heures de travail, 15 hommes armés ont fait irruption dans la pièce. C’était terrifiant, dit Abu Warda.

Une vidéo de l’infraction montre l’un des intrus éclater le tableau noir où est griffoné le nombre de voix pointées.

Un autre donne un coup de pied dans une urne de vote déjà vidée. Un troisième homme affronte un employé qui essayait de cacher les quelques votes restants et indemnes.

Sour la menace de l’arme, l'homme a été forcé de rendre les papiers, un autre les a déchirés en petits morceaux avant de tirer une balle au plafond et donner l’ordre à chacun de quitter la pièce.

Lorsqu’on a demandé à l’un des hommes armés pourquoi son groupe saccageait le bureau de vote, on peut entendre la réponse sur la vidéo : "Le Centre de la Jeunesse est un établissement du Fatah, cela doit rester ainsi."


Quand les hommes armés ont fait irruption dans le centre, 724 votes soit 81 % des voix avaient été déjà pointés.

Les résultats montraient une nette victoire des candidats du Hamas sur le Fatah, approuvée par les Brigades armées des Martyrs d’al Aqsa, dont les membres ont pris d’assaut le centre.


Je tremblais de la tête aux pieds, dit Amin, qui travaille comme journaliste pour l’Agence France Presse. Je n'ai pas été vraiment effrayé par les hommes armés : "Je suis d'un camp de réfugiés, vous savez, a-t’il dit à Palestine Report.

"Mais j'étais honteux et attristé par ce qui est arrivé au centre. Un tel comportement discrédite les résidants du camp tout comme il discrédite le processus démocratique, qui est demandé par de nombreuses personnes à l'intérieur et en dehors du camp. Je sens que nous ne sommes pas prêts pour des élections. En outre, cela me fait souffrir de voir que les armes utilisées dans l'incursion étaient brandies par des membres de la résistance ou des hommes recherchés par l'armée israélienne. C'était une erreur énorme."

L'incursion au Centre de la Jeunesse à Balata coïncidait avec la session d’urgence des dirigeants à Ramallah, tenue pour discuter des mesures dissuasives afin de contenir le chaos parmi les Brigades Al Aqsa, qui ont tiré sur le quartier général présidentiel alors que le Président Abbas était à l'intérieur - en protestation.

Puis environ 26 hommes armés ont fait une descente dans le centre de la ville, où ils ont attaqué un certain nombre de restaurants, vandalisant et détruisant beaucoup de choses à l’intérieur et en provoquant la panique parmi la population.

Nasser Juma, un des commandants des Brigades Al Aqsa en Cisjordanie a indiqué que : "Bien que ce qui s'est produit ne soit pas la ligne de conduite préférée, cela exprimait un mécontentement important parmi les hommes recherchés.
Auparavant, les chefs du service de sécurité avaient demandé aux hommes de quitter la Muqata et d’aller ailleurs et également de donner leurs armes contre une garantie américaine pour leur sécurité. Cependant, les hommes ont pensé que c'était insuffisant aussi longtemps que les Palestiniens ne recevraient aucune garantie des Israéliens."

Juma' a finalement tenu l'Autorité Palestinienne pour responsable de l'incident de Ramallah et des autres tensions avec les Brigades, étant donné que ses membres sont restés dans un domaine d'inconnu.

Juma' a insisté sur le fait que les brigades des Martyrs Al Aqsa avaient joué jusqu'ici un rôle central dans la consolidation de la trêve ou du calme mais que l'Autorité Palestinienne n'avait rien donné en retour de sérieux.

"Ce n'est pas quelque chose que nous pouvons ignorer », a-t’il averti, en ajoutant que « l'Autorité Palestinienne sait que l’ensemble du processus politique dépend de l'engagement de la branche armée dans la trêve avec Israël. C'est pourquoi l'Autorité Palestinienne doit sérieusement étudier le dossier des hommes recherchés."» dit-il.


Ahmad Saltah, 24 ans, de Naplouse est en haut de la liste des hommes recherchés par Israël.

Dans un interview avec Palestine Report, il était découragé.

"Après que le Président Abbas ait obtenu des accords sur le calme ou une trêve avec Israël, nous avons supposé que les choses iraient mieux, c'est-à-dire, que nous ne serions plus traqués. Nous ne pouvons pas dormir dans le même endroit deux fois de suite, ce qui signifie qu’il nous est très difficile de trouver des maisons sûres.

Les gens, que nous connaissons sont aimables et compatissants, et maintenant notre présence est un poinds pour eux. Ils ne nous ouvrent plus leurs portes.

L'armée poursuit toute personne qui nous aide, aussi, ces personnes nous disent : "Nous avons des enfants et nous nous inquiétons pour eux et nous ne voulons pas que nos maisons soient démolies".

La nuit dernière, j'ai dormi dans la rue, entre deux boîtes de carton tandis que l'armée patrouillait les ruelles au coin de la rue.

Parfois je n'ai pas assez d'argent pour acheter un paquet de cigarettes."


Saltah continue : “Plus d'une fois, les hauts fonctionnaires de l’Autorité palestinienne m'ont demandé de quitter Balata et d'aller à Jericho. Ils m'ont dit qu’on me donnerait un appartement et une voiture et que je recevrais un salaire régulier.
Quand je les ai interrogés au sujet de mes collègues, ils m’ont dit que ce n’était pas mon problème. Aussi, j’ai refusé."


"Seule, l'armée israélienne parle de calme", dit-il.
"Quel genre de calme est-ce? Nous ne pouvons même pas manger un bon repas à la table du dîner. Nous n'avons même pas de permission en tant que soldat. Et quand nous essayons d'exprimer notre mécontentement au bureau du président, nous constatons que nos médiateurs n'ont pas transmis le message. Nous sommes furieux."


Saltah est accusé par Israël d’avoir recruté des kamikazes et de les avoir envoyer de l’autre côté de la Ligne Verte pour perpétrer des attaques-suicides.

Lui, comme son camarade, Ala’ Sanaqra, sont recherchés pour être assinés. Sanaqra est accusé d’avoir recruté et fourni une ceinture d'explosifs à un jeune de 18 ans, Zeinab Abu Salem. Salem, qui était du camp de réfugiés d'Askar à Naplouse, s'est fait exploser près de l’arrêt de bus de French Hill à Jérusalem le 21 septembre 2004.

Salem et deux gardes-frontières ont été tués et 17 autres ont été blessés dans l'attaque. Le jour suivant, l'armée israélienne a démoli la maison de la famille de Sanaqra dans le camp de réfugiés de Balata.



Fadi Qafeesheh, 26 ans, est un autre homme recherché de Naplouse. Israël accuse Qafeesheh d'être l'ingénieur qui fabrique les explosifs et les ceintures d’explosifs utilisés par les combattants de la résistance et les kamikazes.

L'armée a déjà essayé d'assassiner Qafeesheh plus d'une fois mais à chaque fois, il est parvenu à s'échapper. Cependant, ce à quoi il n'a pas échappé, est une bombe qui a explosé entre ses mains alors qu’il se confrontait à l'armée israélienne en juin 2004, dans le quartier Qasaba de Naplouse.

Bien que ses collègues l'aient emmené d’urgence pour se faire soigner, il souffre toujours de brûlures aux mains et au ventre.

Qafeesheh est extrêmement circonspect quant au calme. Toujours, il dit qu'il a fait une promesse à Abu Mazen qu'il a l'intention de respecter. Il lui a dit qu'il s’engageait dans la trêve et qu’il n'enverrait personne effectuer des attaques à l'intérieur d'Israël. Cependant, si l'armée envahit Naplouse, il ne restera pas sans rien faire.
"Je répondrai" promet Qafeesheh. "La trève n’est-elle pas supposée être respectée par tous ?"

"Il y a seulement quelques jours", dit-il, "l'armée a trouvé son cachette secrete. Ils ont trifouillé mes affaires et m’ont laissé un indice juste pour me montrer qu’ils étaient de plus en plus près.
Ils envoient des messages aux officiers de sécurité, en leur disant que je ne respecte pas la trêve, en prétendant que je mets toujours des explosifs sur des gens, même des enfants, pour qu’ils aillent effectuer des opérations à l'intérieur d'Israël.
C’est ce que le commandant de la région (Nidal Assouli) m'a dit. Je lui ai dit qu'ils mentaient et que je respectais la trêve.
Mais, s'ils entrent dans Qasaba ou dans la ville, je répondrai à chaque fois et quand ce sera possible."

Il y a trois semaines, une voiture piégée a explosé près d'un tank qui gardait les colons qui étaient venus à la Tombe de Joseph à Naplouse. Les autorités militaires israéliennes accusent Qafeeseh d’avoir organisé l'attaque.

"Si l'armée continue ses raids et ses incursions, il pourrait nous pousser à bout et nous forcer à cesser de respecter la trêve," indique Qafeesheh.


Hasan Khreisheh, le porte-parole adjoint du Conseil législatif, dit qu’une solution sur la question des hommes recherchés est cruciale pour avancer dans le processus de paix, mais qu’il fallait être intransigeant : "C'est un dossier que l’Autorité Palestinienne doit gérer de façon à ce que la protection et la dignité des combattants soient garanties. C'est la demande de tous."


Khreisheh reconnaît qu’il y a des groupes armés qui se sont éloignés de la résistance à l’occupation et qui exploitent leurs armes pour l'extorsion et obtenir du pouvoir pour leurs propres intérêts financiers.

Mais, "Cela seulement augmenté en raison de la faiblesse du système juridique," dit Khreisheh. "Ces groupes provoquent la corruption et sont reliés à certains services. Cela montre seulement les véritables imperfections de la police et des services de sécurité."


Il y a environ 55.000 membres des forces de sécurité répartis dans les divers services. Le budget de la sécurité constitue 25 % du budget général de l’Autorité Palestinienne, qui est de près de 2,2 milliards de dollars tandis que les salaires de ces services constituent la majeure partie de ce budget.

Khreisheh dit que l’Autorité Palestinienne n'a pas de plan précis pour traiter la détérioration de la situation de sécurité interne.

La Commission indépendante palestinienne pour les Droits des Citoyens, une institution semi-officielle, dit que le nombre d’assassinats a atteint 93 en 2004 alors qu'il était de 84 en 2003.

Au cours des trois premiers mois de cette seule année, le nombre de meurtres est déjà de 26. "C'est pourquoi, le Conseil Législatif Palestinien (PCL) a exigé un plan pour que la situation ne s’aggrave pas avec le temps."

La détérioration et le chaos étaient également une haute priorité dans la campagne présidentielle du Président Abbas, qui se concentre actuellement à contenir les ramifications du chaos des armes et le manque de sécurité, ce qui lui a causé beaucoup d'embarras, a miné le prestige de l’Autorité Palestinienne et l'a mis sous pression énorme.

Au niveau local, le chaos et le manque de sécurité ont eu comme conséquence une vague des protestations dans tous les territoires palestiniens.

Un groupe d'hommes d'affaires a envoyé une lettre au gouvernement, exigeant que la sécurité Abu Mazen promise pendant sa campagne soit mise en place.
La lettre a également demandé que les organisations populaires et des droits de l’homme mettent un terme au chaos dans les rues.


Au niveau israélien, le ministre de la défense Shaul Mofaz a exprimé ses doutes, au cours d'une réunion avec des officiels américains à Washington, sur l'engagement d'Abbas envers le calme et à sa capacité à retenir ses forces. "Les Israéliens sont gênés parce qu'Abu Mazen n'a pas effectué les réformes dans les services de sécurité," a-t’il dit.

Selon l’interprétation israélienne des réformes, "Les hommes armés et recherchés doivent remettre leurs armes et les enregistrer auprès de l’Autorité Palestinienne afin que l'armée cesse de les poursuivre. C'est un accord simple que soit Abu Mazen n’est pas en mesure de faire ou soit qu’il ne veut pas appliquer, " écrit le spécialiste militaire de Haaretz Zeev Schiff, le 1er avril.

Il y a également des incertitudes dans les cercles du Hamas en raison de ce que l’un de ses leaders, Mohammed Ghazal, a décrit comme obstacles des éléments affiliés au Fatah et des forces de sécurité l’Autorité Palestinienne dans des élections locales.


Cette confusion entre le Fatah et les services de sécurité s'est avéré problématique pour Abu Mazen, qui n'a pas encore pu le surmonter quoiqu'il ait pu arriver à un accord de conciliation pour un calme d'un an avec 13 factions pendant les discussions du Caire.

"Le Président Abbas n'a pas encore réussi à absorber les diverses branches militaires du Fatah," écrit l’analyste Hani Habib dans Al Ayyam le 3 avril dernier.

Quelques observateurs et leaders de l'opposition craignent les conséquences de la prolifération des armes et du manque d'adhésion permanent aux accords du Caire.

Ces accords ont inclus des questions sur la consolidation de l'unité nationale telle que la mise en œuvre des élections législatives avec une date fixée au 17 juillet et la préparation du Hamas et du Jihad islamique pour rejoindre les institutions de l’OLP.



Ghazal, qui a été nommé par le Hamas en tant que coordinateur général pour les élections législatives et locales en Cisjordanie , a déclaré à Palestine Report : "L'incursion [ au centre pour la jeunesse ] est un précédent dangereux, que nous considérons comme extrêmement inquiétant. Nous voulons une position claire de l’Autorité Palestinienne que les coupables soient jugés.
Si un tel comportement se produit maintenant dans un petit centre culturel, quelle serait la situation si cela se produisait dans un endroit où il y a campagne parlementaire ou municipale?

Nous voulons que les élections soient menées de façon transparente, digne et claire.
Si l’Autorité Palestinienne ne s’occupe pas entièrement de cette violation et des permanentes violations de ce type, nous ne participerons pas aux élections et nous devrons traiter ces sujets différemment.
Nous ne voulons pas remplacer une dictature par une autre."


Le 1er Avril, le Président Abbas a déclaré l’état d’urgence parmi ses forces de sécurité, en tirant sur Ismail Jabr, chef des forces de sécurité en Cisjordanie et dans la région de Ramallah ainsi que d'autres officiers de sécurité de haut-rang, en disant qu'ils avaient échoué à arrêter les actions illégales et le chaos en Cisjordanie et à Gaza.


Abbas a également décidé d’appliquer la loi sur la couverture sociale et la retraite pour le personnel militaire. Il y a plus de 2.000 personnels militaires de plus de 60 ans. Selon un officiel, la mise en application de cette loi aidera Abbas à faire de plus grands changements dans la hiérarchie des services de sécurité et pour retirer des officiers tout en favorisant des plus jeunes à des postes de direction.

Quelques sources indiquent qu'Abbas projette d’intégrer les hommes armés dans les divers services de sécurité.



Le membre du Conseil Législatif Palestinien, Abdel Fattah Hamayel, responsable du dossier des hommes recherchés et des déportés dans les négociations avec Israël, a dit le 5 avril que les deux côtés étaient proches d’un accord définitif sur les hommes recherchés.

Il a dit qu'il avait reçu un projet d'accord des Israéliens stipulant une amnistie générale pour tous les hommes recherchés à condition qu’ils ne portent pas d’armes à feu et qu’ils stoppent leurs actions militaires.

Dans un interview avec Al Ayyam, Hamayel a indiqué que l’Autorité Palestinienne avait commencé à étudier les aspects légaux du projet d'accord, en niant les rapports de quelques médias qui indiquent que le comité essaye de dépouiller les hommes armés de leurs armes en deux semaines.
"Il y a des armes des forces de sécurité qui ont disparu pendant les incursions. Celles-ci doivent être rendues aux services. Et il y a des armes achetées avec de l'argent privé. Nous devons trouver une solution pour ces dernières."

Hamayel a déclaré que le nombre d'hommes recherchés selon la liste israélienne est de 495 hommes en Cisjordanie et de 2 dans la Bande de Gaza."

Source : www.palestinereport.org

Traduction : MG pour ISM

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