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USA -

Les mensonges des néocons. De Leo Strauss à Scooter Libby : la philosophie de la fausseté

Par

John Walsh ( jvwalshmd@gmail.com ) remercie Gary Leupp, chroniqueur régulier de CounterPunch.com, qui lui a fait découvrir les ouvrages de Shadia Drury

Conformément à l’observation célèbre d’I. F. Stone, tous les gouvernements mentent. Mais certains mentent plus que d’autres. Ainsi, le régime néocon de Bush nous sert des énormités, tous les jours, au petit déjeuner.
Pourquoi cette propension au mensonge ?
Il y a plusieurs raisons, mais les gens ne savent généralement pas que les néocons croient dur comme fer au mensonge, par principe.

Pour l’élite straussienne, le mensonge, c’est quelque chose de "noble", car les masses "vulgaires", le "vulgum pecus", le "troupeau" serait ingouvernable, sans ces mensonges… Telle est l’idée du "mensonge noble" que pratiquent avec un succès et une audace incontestés un Scooter Libby et ses co-conspirateurs, et qui a été concoctée par le "philosophe" politique Leo Strauss, dont les enseignements constituent le noyau dur de la vision du monde et de l’agenda politique des néoconservateurs, à tel point que ceux-ci sont parfois appelés, non pas "néocons", mais "Leocons" !


Leo Strauss [1899 – 1973] est un juif allemand, qui a fui le régime nazi, et qui a fini par atterrir à l’Université de Chicago, où il a développé une école de pensée qui devait acquérir une prééminence considérable dans le monde politique américain.

Parmi ses étudiants, on trouve un Paul Wolfowitz, qui a reconnu ouvertement être un disciple de Strauss, chose qu’a également faite Irving Kristol, le parrain du néoconservatisme.

Irving Kristol engendra à son tour William Kristol, directeur des opérations pour les néocons de Washington, également rédacteur en chef du Weekly Standard et "président" du Projet pour un Nouveau Siècle [Forcément] Américain, qui a planifié la guerre contre l’Irak.
[Ce PNAC, ce Project for the New American Century, a également émis l’idée, en 2000, qu’un événement similaire à un nouveau Pearl Harbor serait nécessaire afin d’entraîner les Etats-Unis dans une guerre désirée.

Or, tout juste un an après, bingo : nous avons eu les attentats du 11 septembre 2001, très étranges et toujours mystérieux, à ce jour…]



Paul Wolfowitz, quant à lui, engendra Libby (au sens intellectuel du terme), par son enseignement prodigué à Libby, entre autres étudiants, à Yale. D’autres étoiles, au firmament néocon, sont des gens comme Richard Perle, Douglas Feith et des personnages plus falots, tel Abram Shulsky, directeur du bureau des projets spéciaux au Pentagone, une création de Donald Rumsfeld.

Shulsky, étudiant de Strauss, lui aussi, a été chargé de fabriquer les mensonges présentés comme étant des renseignements de services secrets et qui étaient destinés à entraîner les Etats-Unis dans leur guerre contre l’Irak.

Les nécons, dont on sait qu’ils éprouvent une passion irrémissible pour le sionisme et le parti israélien Likoud, comptent aussi dans leurs rangs un nombre non négligeables de catholiques pré-Vatican II et un assortiment de fanatiques, tels Newt Gingrich et John Bolton, ainsi que de crypto-fascistes, telle Jeanne Kirkpatrick.

La liste est longue, et Justin Raimondo l’a analysée sous toutes les coutures, sur son site ouèbe Antiwar.com.
Mais qu’il nous suffise d’indiquer que l’alter ego de Cheney était Libby, et que le second, dans la chaîne du commandement, après Rumsfeld, était Wolfowitz.

Ainsi, tant Cheney, le président américain de facto, avec son encéphale manifestement mal irriguée, et le vieux bonhomme aux manettes du Pentagone, ont été "drivés" par des Straussiens, beaucoup plus jeunes qu’eux et particulièrement gratinés, tout au long des années écoulées.


On trouvera un exposé magistral des idées de Strauss et de ses disciples, ainsi que sur leur influence, dans The Political Ideas of Leo Strauss [PI, dans la suite de cet article] ainsi que dans The American Right [AR, dans la suite de cet article], deux ouvrages de Shadia Drury, professeur de science politique à l’université de Calgary.

Son passage en revue des idées de Strauss et de la prééminence dont elles bénéficient de nos jours dans la politique américaine vous donneront froid dans le dos. Ou alors, la nausée. Sans doute, les deux !

Comme elle le dit, dans PI (au chapitre XII) : "Strauss est [le penseur] clé pour comprendre la vision politique qui a inspiré les hommes les plus puissants, en Amérique, sous George W. Bush. De mon point de vue, on ne saurait confier un quelconque pouvoir politique dans une quelconque société à des hommes sous l’emprise des idées politiques straussiennes. Ni a fortiori, dans une démocratie libérale ! Ce livre explique pourquoi il en est ainsi."

Si vous souhaitez comprendre le programme politique des néocons, il faut impérieusement que vous lisiez les ouvrages de Mme Drury. Elle est très claire, et elle va au fond des choses.


D’une pertinence avérée avec l’affaire de "Scooter" et le magot de mensonges dont il était le receleur, il y a cette idée de Strauss, selon qui il appartient seulement à une "élite philosophique" [comprendre : celle des Straussiens, qu’alliez-vous imaginer ?] de gouverner. De plus, gouverner, cette élite doit le faire secrètement.

Comme on m’en a fait la remarque, avant vendredi dernier : "Mais qui avait bien pu avoir déjà entendu parler de ce Lewis Libby ?".

Libby était quelqu’un qui évitait les projos et qui opérait uniquement en coulisses. La nécessité d’un tel gouvernement occulte, d’une telle cabale, tient au fait que le troupeau "vulgaire", le "vulgum pecus", comme aime nous désigner Strauss, ne saurait apprécier à leur juste valeur ces "vérités supérieures", comme l’inévitabilité et la nécessité des guerres, dans les relations entre Etats, et même l’utilité des guerres, pour gouverner un pays donné.

Aussi l’élite occulte doit-elle être absolument s’assurer que des mythes comme la religion ou la gloriole nationale ne sont en rien affaiblis, car il s’agit là des plus sûrs moyens d’imposer sa loi au troupeau ignare et de le mener à la guerre, comme moutons à l’abattoir. [Il convient de noter que les Straussiens eux-mêmes sont de parfaits agnostiques. C’est normal : ne sont-ils pas "au-dessus" des religions, puisque aussi bien ils sont de taille à maîtriser des réalités aussi impitoyables que la finitude de la vie humaine ?…]

Mais, de leur point de vue, la religion est un facteur fondamental dans leur gouvernance. Irving Kristol, disciple de Strauss, nous dit que, "politiquement", la religion est "encore bien plus importante" que les Founding Fathers [les premiers "pèlerins" fondateurs des Etats-Unis, dans la mythologie nationale yankee, ndt] ne le pensaient et qu’afin de sauver l’Amérique, il faut "insuffler une nouvelle vie dans les orthodoxies religieuses les plus vénérables, mais aujourd’hui largement en état comateux." [AR, p. 148].

Toute religion fera l’affaire – à l’exception, toutefois, de l’Islam, qui est plus ou moins "verboten", étant donné les affinités de tous les néocons au pouvoir pour Israël.

D’où découle le fait que les néocons embrassent volontiers l’idéologie et le leadership du fondamentalisme chrétien, lequel est susceptible de maintenir la populace sous contrêle et de la faire marcher à la guerre et à la mort en chantant des cantiques.

Comme leur prophète Leo Strauss, les néocons sont principalement intéressés par la politique étrangère. Mais en politique intérieure, les néocons s’alignent sur le programme des fondamentalistes, en contrepartie du soutien de la droite religieuse fondamentaliste en matière d’affaires étrangères.

C’est une situation gagnant/gagnant [tout au moins, de leur point de vue, car les Américains, eux, perdent sur les deux tableaux…]


Mais les mensonges utiles de la variété grandiose, à l’instar des mythes religieux ou du nationalisme aveugle, ont besoin d’être corroborés par des mensonges d’un prestige moindre, en certaines circonstances cruciales.

Et c’est ainsi que nous passons à ces mensonges plus "véniels" que sont les célèbres "armes de destruction massive" ou encore le fameux "canon fumant qui ressemble curieusement à un nuage en forme de champignon"… Et, là encore, l’élite a un rêle à jouer.

Elle doit recourir à ses "talents rhétoriques supérieurs" afin de faire paraître plus probant un argument particulièrement débile.

Autrement dit, la cabale doit non seulement protéger les mythes et manufacturer des bobards : elle doit, en plus, mouiller la chemise pour les vendre.
Ce que Strauss appelait "rhétorique", c’est ce que nous appelons nous : bourrage de crâne.


Tout ceci se résume en un seul mot : mensonge. Mais, pour Strauss, ces mensonges sont nécessaires au fonctionnement bien huilé d’une société et au triomphe de sa propre nation en guerre. D’où, pour Strauss, le fait que le mensonge acquière ses titres de "noblesse".

Cette expression, Strauss l’emprunte [en lui tordant le cou] à Platon, qui désignait par "noble mensonge" un mythe ou une parabole convoyant une vérité sous-jacente, au sujet de la morale ou de la nature.
Mais entre les paluches de Strauss, le "noble mensonge" platonicien devient un moyen de tromper le troupeau, la populace, le brave monde.

Les "nobles mensonges" de Strauss sont tout ce qu’on voudra… sauf nobles ! Ils sont inventés à seule fin de "duper la multitude et de pérenniser le pouvoir d’une élite spéciale". [AR, p. 79]

Une autre idée de Strauss est illustrée par la situation de "Scooter" Libby. Comment l’élite philosophique straussienne s’y prend-elle, pour passer des amphis de l’académie aux corridors du pouvoir ?

Cela dépend de la bonne fortune et du "hasard" des rencontres entre les puissants et les Straussiens. En cela, les néocons contemporains outrepassent Srauss : ils ne laissent rien au hasard. Il semblerait même qu’ils recherchent en priorité des accointances avec les responsables les plus stupides, les plus crédules, ou les plus mentalement affectés.

Ainsi, William Kristol devient chef du cabinet du vice-président Quayle, et Libby devient le bras droit du cinglé Dick Cheney, ainsi qu’assistant d’un Bush qui n’a rien à envier à un Quayle. Et les exemples abondent.


Enfin, Mme Drury démontre de manière irréfutable que Strauss et les néocons ne sont absolument pas de véritables conservateurs.
Ce sont des radicaux, aux prises avec l’entièreté de leur entreprise moderne, qui les fait se replonger dans les classiques, dans l’espoir d’y trouver quelque inspiration – et même là, chez les classiques, ils doivent encore déformer les enseignements d’un Socrate ou d’un Platon, afin de les conformer à leur quête.

Mais l’Illumination nous vient grâce à l’avancée de la science, à laquelle Strauss est tout aussi hostile. Il affirme n’être pas hostile à la science en tant que telle, mais bien à "la science vulgarisée", ou à la diffusion de la connaissance scientifique.

La Science, pour lui, doit rester le privilège d’une minuscule minorité ; elle doit être "maintenue secrète, cachée aux yeux de l’homme ordinaire" [PI, p. 154].


Mais c’est impossible : la science, de par sa nature même, est une vaste entreprise sociale qui requiert la dissémination la plus large possible de ses découvertes. Toute société qui met le couvercle sur cette volonté échoue. Par conséquent, de par la sélection naturelle, le projet straussien est condamné à l’échec.

Mais avant que le straussisme soit enterré, les Straussiens peuvent faire encore énormément de dégâts. Comme nous met en garde Mme Drury, "il est inconcevable que le moindre pouvoir politique soit confié à ces gens-là."

Mais nous pouvons prendre sur eux de la graine, en ce qui concerne l’importance de l’audace, dans notre quête non pas du "noble mensonge", mais bien de la vérité.

Et nous devons nous rassurer sur notre vigueur en les dézinguant et en les chassant du pouvoir.

Dans cette action salutaire, Shadia Drury nous a rendu un signalé service.

Source : www.counterpunch.org/

Traduction : Marcel Charbonnier

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