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Palestine - ISM France

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Vallée du Jourdain -

Les propositions de développement du Quartet pour la Vallée du Jourdain

Par

Le Représentant spécial du Quartet a annoncé quatre propositions comme ensemble de mesures destinées à reconstruire l'économie en Cisjordanie et à Gaza.
L'une des propositions est une zone agro-industrielle dans la Vallée du Jourdain, conçue à l'origine par l'Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) dans le cadre de leur Couloir pour la Paix et la Prospérité (Couloir de la Paix).
Le projet sera discuté lors de la conférence des donateurs à Paris le 17 décembre.

Les propositions de développement du Quartet pour la Vallée du Jourdain


Carte du projet du "Couloir de la Paix et de la Propérité" de l'Agence Japonaise soutenue par Tony Blair et qui sera proposée lors de la Conférence des Donateurs le 17 décembre prochain à Paris

Le travail effectué jusqu'ici par JICA sur cette initiative comporte énormément de défauts. Le document provisoire, vu par Stop the Wall, comprend des propositions destinées à soutenir les entreprises israéliennes qui opèrent dans la Vallée du Jourdain, et par voie de conséquence ceux qui travaillent avec les colonies.

Cela est illégal, et préjuge des accords de statut final en normalisant l'occupation israélienne dans la Vallée du Jourdain:

C'est en outre une tentative destinée à forcer les Palestiniens dans la région à accepter la présence de l'occupation israélienne par le biais de moyens économiques.


Détails

JICA n'a pas consulté pleinement les Palestiniens et les propositions ne prennent pas en compte les besoins qui ont été exprimés lors des consultations avec les communautés.

Les propositions supposent une présence permanente israélienne dans la Vallée du Jourdain. Les propositions incluent explicitement des investissements et un soutien aux colonies israéliennes illégales et aux routes séparées pour les Israéliens et les Palestiniens (routes de l'apartheid).

La proposition de JICA pour des projets "communs" qui reconnaissent la présence israélienne dans la Vallée du Jourdain va l'encontre des désirs des Palestiniens. Les Israéliens sont traités comme des "partenaires" et non comme des occupants.



Recommandations

Les propositions doivent être examinées avec attention lors de la conférence des donateurs de Paris le 17 Décembre.

Il faut faire pression sur JICA et le Quartet pour qu'ils ne soutiennent pas les "entreprises saisonnières israéliennes" (cad : des entreprises qui travaillent illégalement dans la Vallée du Jourdain), car cela soutiendrait et normaliserait la présence de l'infrastructure économique de l'occupation dans la Vallée du Jourdain"

Les propositions doivent être radicalement changées pour soutenir le développement de l'industrie locale, sur la base des besoins exprimés par les Palestiniens de la Vallée du Jourdain.

Les propositions doivent être réévaluées afin de s'assurer qu'elles soient légales en vertu du droit international, et qu'elles ne préjugent pas de l'issue des négociations de statut final en accordant un soutien à la colonisation israélienne

Les projets de développement doivent aider les Palestiniens à contester les faits sur le terrain créés par l'occupation israélienne. La mauvaise situation économique dans la région est le résultat direct de quarante ans d'attaques et de restrictions.
En l'état actuel, le projet de la zone agro-industrielle de la Vallée du Jourdain et les projets liés à faciliter la construction de l'économie et des infrastructures dans la Vallée du Jourdain qui est inextricablement liée à la présence de l'occupation, renforcent en réalité le plus grave obstacle au développement à long terme


Les propositions du Couloir de Paix

Le 18 novembre 2007, Tony Blair, le Représentant spécial du Quartet, a annoncé une série de projets économiques, dont l'objectif déclaré est de stimuler le développement économique palestinien. Les projets annoncés sont, en fait, une nouvelle présentation des projets existants.

L'une des principales propositions est le Couloir pour la Paix et la Prospérité dans la Vallée du Jourdain, développé par l'Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA).

La proposition au cœur du Couloir pour la Paix est le développement d'une zone agro-industrielle destinée à créer des emplois dans la Vallée du Jourdain et à produire des marchandises destinées à l'exportation, principalement pour les Israéliens et la Jordanie.

Les objectifs déclarés du gouvernement japonais sont de faciliter le développement économique de la région et d'accroître une coopération des Palestiniens avec l'État israélien, et de développer la normalisation entre les Israéliens et la Jordanie.

Les propositions sont :

Une zone agro-industrielle

• Des routes et une gestion des déchets sont en cours d'élaboration pour soutenir la zone agro-industrielle
.



Estimation des besoins et projets de gestion des déchets

Les résultats des consultations avec la communauté ont été ignorés

Les projets de JICA ignorent complètement les résultats de l'estimation des besoins qui a été faite avec les Palestiniens dans la Vallée du Jourdain. Sur les besoins soulevés par les Palestiniens, seules les propositions pour la gestion des déchets ont été mises en œuvre, et la gestion des déchets est positionnée très loin sur la liste de leurs priorités. Il y a des questions de priorités bien plus importantes à traiter, tels que le développement de l'éducation et des établissements de services médicaux.

• Le mardi 13 novembre, une réunion des conseils régionaux de la Vallée du Jourdain a expliqué les grandes lignes des principales objections aux propositions de JICA, précisant que les projets mis en œuvre à ce jour ne sont pas pertinents pour eux.(1)


Le programme de gestion des déchets suppose une présence permanente des Israéliens en Zone C

• Le programme de gestion des déchets a déjà été mis en oeuvre implique le déversement des déchets dans les zones sous contrôle palestinien (zone A), telles que Jéricho (environ 5% de la Vallée).

• Ce sont les seuls secteurs où les Palestiniens sont autorisés à construire, et cela diminue la qualité de vie dans ces zones et l'espace pour l'expansion naturelle de la communauté.

• La seule explication plausible, c'est que JICA a fini par accepter indirectement que la zone C sera définitivement contrôlée par les Israéliens, ce qui posera un problème au développement des infrastructures palestiniennes.


Les Systèmes de gestion des déchets sont susceptibles de soutenir l'occupation israélienne

• Les déchets qui proviennent des colonies israéliennes, par exemple Maale Adumin, sont un problème bien plus important que les déchets des Palestiniens.

• On peut supposer que le projet des déchets est également mis en œuvre pour traiter les déchets de la nouvelle zone agro-industrieIle.

• Les propositions pour la zone agro-industrielle comprennent un soutien et un investissement dans les colonies, contrairement au droit international. Étant donné que la majorité des eaux usées et des déchets proviennent des colonies, il est très probable que des pressions seront exercées pour intégrer les colonies dans le système de gestion des déchets.

• La JICA et la communauté internationale soutenant le projet doivent absolument clarifier le fait que les projets de gestion des déchets ne soutiendront pas les colonies. Toutefois, en raison de leur soutien aux colonies dans le projet agro-industrielle, décrit dans la section suivante, ceci est une cause de préoccupation majeure


La zone agro-industrielle

Les propositions détaillées sont contenues dans l'Etude de faisabilité sur le Développement d'une Zone agro-industrielle dans la Vallée du Rift du Jourdain (Phase I): Rapport initial.(2)

Les propositions ne sont pas conçues pour les Palestiniens

• Les propositions de la zone agro-industrielle ne sont pas liées aux besoins des Palestiniens sur le terrain, ce qui soulève la question de qui bénéficiera du projet en cours d'élaboration

• L'écrasante majorité des agriculteurs dans la Vallée du Jourdain possèdent des petites exploitations, qui ne peuvent pas être développées en raison du manque d'infrastructure, ce qui est le fruit de quarante années d'occupation.

• Au lieu de permettre à ces agriculteurs de développer leur propre entreprise, JICA envisage apparemment qu'ils travailleront comme ouvriers dans l'industrie alimentaire internsive, qui sera vraisemblablement détenue soit par les colons ou par les élites riches palestiniennes. Le projet n'est évidemment pas en cours de développement au profit des Palestiniens ordinaires.


JICA propose un soutien direct aux colonies

• JICA propose des investissements directs et un soutien aux entreprises israéliennes travaillant illégalement en Cisjordanie (en particulier dans les colonies) pour faciliter la zone agro-industrielle :
Certaines des entreprises saisonnières israéliennes qui marchent bien doivent être étudiées afin d'analyser les principaux facteurs des probables produits prometteurs. Ces facteurs peuvent être attribués à trois points : la production, la distribution et le marché. Peut-être que les entreprises saisonnières qui réussissent pourraient être soutenues par des conditions externes/internes qui diminueraient les contraintes. Par exemple, une innovation dans la technologique de production, une économie d'échelle dans la distribution et une stabilité du marché en Israël ou dans les pays européens doivent être envisagées." (JICA p.8-9)

• Le terme "entreprises saisonnières israéliennes" fait référence aux entreprises israéliennes qui travaillent sur des terres confisquées aux Palestiniens et vendent des produits des colonies, ce qui est illégal en vertu du droit international. .

• Les colonies ne sont pas des "entreprises saisonnières" - un terme qui implique que ce sont des sociétés israéliennes travaillant avec une autorisation sur le territoire palestinien en vertu de la loi palestinienne : Ce sont des avant-postes illégaux, qui paient des impôts au gouvernement israélien, qui ont bénéficié d'une aide financière du gouvernement israélien et qui sont le principal instrument de l'occupation dans le maintien du contrôle sur la Vallée du Jourdain.

• Le document recommande une intégration de ces entreprises de la Vallée du Jourdain dans le cadre des mesures d'aides destinées à reconstruire l'économie.


Les projets communs tenteront de forcer les Palestiniens à accepter la présence des colonies illégales.

Le document préliminaire de JICA suggère que les Palestiniens devraient accepter leurs occupants en tant que partenaires, dans l'intérêt d'un avenir de "paix" :

"Le concept est de travailler en collaboration pour matérialiser des projets qui encourageront une coopération régionale pour la prospérité de la région, tels que la création d'une zone agro-industrielle en Cisjordanie et faciliter le transport des marchandises.” (3)

JICA recommande que le développement devrait profiter "de l'innovation technologique de la production, de l'économie d'échelle dans la distribution des colonies" (JICA, p. 8 et 9), ouvrant la porte à une coopération entre les colonies et les Palestiniens.

Compte tenu de la fausse interprétation des colonies qualifiées "d'entreprises saisonnières" dans le document de la proposition, conjuguée à l'engagement de l'Occupant dans l'expansion des colonies, il est clair que les projets communs se traduiront par un vaste investissement des Israéliens dans des sociétés israéliennes opérant illégalement sur des terres palestiniennes confisquées.

Vu le manque de capitaux palestiniens, d'infrastructure technologique et d'infrastructure d'approvisionnement, la contribution des Palestiniens sera essentiellement basée sur la fourniture d'une main-d'œuvre bon marché et sur leur acceptation d'entreprises israéliennes sur des terres palestiniennes volées.

Au lieu d'offrir des avantages économiques, le projet est susceptible de mener à une exploitation des Palestiniens dans des emplois sous-payés et sans protection, de rapporter plus de bénéfices aux investisseurs israéliens et permettra aux colonies de prospérer.

La création d'une zone de libre-échange fera en sorte que le statut des colonies demeurera ambiguë

JICA déclare que :
Des investisseurs étrangers pourraient s'intéresser à une zone franche qui serait exemptée de taxes douanières. Les entreprises de transformation installeraient leurs usines de traitement en zone franche et la logistique/distributeurs se trouveraient également en zone franche. Tandis que les commerçants et les industries liées aux importations seraient installées dans une zone de promotion à tarif douanier national. Les entreprises dans la zone de promotion seraient autorisées à effectuer des transactions commerciales avec les entreprises en zone franche. Le concept de zone industrielle de développement sera élaboré grâce à un dialogue direct avec les parties concernées. (JICA, p.14)

"Les investisseurs étrangers" incluraient naturellement les Israéliens, et les éléments de la chaîne d'approvisionnement décrits ci-dessus comprennant l'infrastructure économique israélienne opérant sur les terres palestiniennes confisquées.

En effet, compte tenu du fait que l'infrastructure de la chaîne d'approvisionnement mise en place par les colons illégaux est déjà très développée, et au vu des priorités clairement définies par les autorités de l'occupation depuis 1967, il est probable que les flux d'investissement iront directement aux subventions du projet de colonisation à l'exclusion de tous les autres.

La proposition d'exemption des droits de douane nationaux serait une nouvelle violation de la souveraineté palestinienne. Si les colons qui travaillent dans la Vallée du Jourdain devaient payer des taxes à l'Autorité Palestinienne, cela confirmerait que le territoire est palestinien.

Renoncer aux taxes douanières rend leur statut ambiguë aux yeux de l'occupant et, effectivement, aux yeux du JICA, qui apparemment continuerait à les considérer comme des entreprises immigrées plutôt qu'en tant qu'occupant


Les propositions empêcheront le développement d'un secteur d'exportation autonome palestinien

La proposition selon laquelle le développement de l'agriculture devrait tirer profit de l'expertise de l'exportation vers l'Europe des colonies (JICA, p. 8 et 9) est en contradiction avec la recommandation précédente du document préconisant que les produits palestiniens seraient exportés seulement vers des pays de la région immédiate.

Le document précise que les pays d'exportation sont Israël, la Jordanie et les pays du Golfe (JICA, p. 10), et en outre que pour les légumes, qui seront les principaux produits d'exportation : "Les marchés seront limités aux villes proches de la Jordanie ou à d'autres pays arabes "(JICA, p. 12)

La seule conclusion que l'on puisse tirer, c'est que JICA ne souhaite pas soutenir le développement d'un secteur d'exportation de produits agricoles indépendant palestinien qui serait en concurrence avec la Jordanie et Israël, et alors, les produits palestiniens seraient exportés vers la Jordanie et Israël pour être réexportés vers l'Europe ou les pays du Golfe, établissant ainsi une dépendance palestinienne.


La route Al Mo’rajat

Le projet de la route d'Al Mo'rajat est destiné à faciliter les propositions agro-industrielles en permettant la circulation des colons illégaux et celle des Palestiniens dans les conditions dictées par l'Occupant.

1. Cela autorisera l'occupant à fermer la route actuelle entre Jérusalem et Jéricho (autoroute 45) aux Palestiniens. Cela permettra l'annexion des blocs de colonies de Jérusalem-Est, en particulier la région autour de la colonie de Maale Adumin. Les représentants de l'Occupation ont à maintes reprises affirmé leur intention de le faire;(4)

2. Consolidera la division de la Cisjordanie en 3 ghettos : le ghetto centre, le ghetto sud et le ghetto nord,

3. Facilitera le fonctionnement des checkpoints de l'occupation sur les nouvelles routes "pour Palestiniens seulement" tout en donnant une liberté complète de mouvement aux colons israéliens sur les routes où les Palestiniens seront exclus.

Les rouvelles routes pour "Palestiniens seulement" commenceront et se termineront par des checkpoints de l'Occupation. La proposition de zone agro-industrielle de JICA prend l'existence permanente de ces checkpoints comme un fait accompli et formule des recommandations aux Palestiniens pour qu'ils développent leur industrie en tenant compte du fait qu'ils devront continuer à vivre avec. (5)



Etudes de cas

Cas n° 1 : Imad Sawafta – Dirigeant d'une exploitation agricole dans le nord de la Vallée du Jourdain

Imad Sawafta exploite une entreprise agricole près de Bardala, dans le nord de la Vallée du Jourdain, près du Mur et du checkpoint de Bisan. Il a démarré son entreprise de production de tomates, concombres, aubergines et autres légumes en 1980. Il a quinze employés à temps plein, qui ne sont pas payés en salaires, mais ils prennent une partie de la production de légumes pour leur propre consommation ou pour la revente.

L'entreprise est saisonnière : les légumes ne peuvent pas être produits toute l'année en raison du climat et du manque d'irrigation. Au début de la saison de production, l'entreprise fait de petits profits, mais ils sont contrebalancés par les pertes en fin de saison. Le coût de production est d'environ 1500 à 2000 Shekels par dunam par an, et le bénéfice net de l'entreprise est de zéro.

M. Sawafta veut développer l'entreprise, comme il nous a dit : "Bien sûr, c'est ce que veut faire tout agriculteur ". Toutefois, le manque d'excédent signifie que ce n'est pas possible: l'entreprise doit s'autofinancer autant qu'elle peut, mais il n'y a pas de possibilités d'expansion. Un certain nombre de facteurs contribuent à cette situation.

M. Sawafta indique que l'ensemble de la zone a été soumise à d'énormes pressions depuis le début de l'occupation de la Vallée du Jourdain en 1967

Le premier facteur est la menace d'une destruction arbitraire par les Forces d'Occupation. En septembre 2007, l'occupant a rasé au bulldozer environ 20 dounams de terres cultivées, y compris un certain nombre de serres. Avec des marges aussi faibles, ce type d'agressions ponctuelles a de graves conséquences à long terme pour l'entreprise.

Toutefois, le principal obstacle sont les restrictions habituelles de l'occupation. M. Sawafta indique qu'avant la construction du Mur, c'était un peu plus facile parce que la zone était encore ouverte dans une certaine mesure : les négociants, qu'ils soient Palestiniens ou Israéliens venaient dans la région, récoltaient des légumes et les emmenaient ensuite dans leurs régions pour les revendre.

Avec la construction du Mur et le checkpoint de Bisan, cela n'est plus possible. Aggravant les difficultés, les autorités d'occupation israéliennes insistent sur le fait qu'une entreprise israélienne doit être autorisée à agir comme intermédiaire pour toute revente de produits, même si la production part vers d'autres zones de Cisjordanie , tels que les marchés voisins de Tubas et Jénine.

Environ 90% des transactions passent par l'intermédiaire de l'entreprise israélienne, qui prend environ 30% de commission sur le prix.

Le mur et le régime de bouclage signifient que l'occupant est en mesure d'exploiter la production palestinienne au profit des entreprises israéliennes. En fait, le commerce avec le reste de la Cisjordanie a été réduit : il n'est tout simplement pas rentable, en raison de l'incertitude causée par le régime de bouclage.

Les retards sur les checkpoints signifient souvent que les marchandises n'arrivent sur les marchés que lorsqu'ils sont fermés, et d'autres fois les marchandises ne sont pas du tout autorisées à passer.

Le recrutement de la main-d'oeuvre est un autre problème majeur. Les checkpoints ne permettent pas aux travailleurs de passer, s'ils sont enregistrés dans d'autres régions de la Cisjordanie . M. Sawafta lui-même est enregistré à Tubas, mais il a vécu toute sa vie à Bardala. Cela signifie qu'il est effectivement confiné dans la zone de sa ferme, car il aurait beaucoup de difficultés à revenir s'il partait.

La région de Bardala a une faible densité de population, ce qui est une difficulté pour le recrutement des travailleurs. L'absence d'installations scolaires signifie que les travailleurs disponibles ne sont pas suffisamment qualifiés pour l'expansion de l'entreprise.


Un autre obstacle important est le contrôle de l'Occupant sur les ressources en eau: l'Occupation, impose des limites sur le volume d'eau attribué à chaque agriculteur, et déposer une demande pour une augmentation de l'attribution est un processus long et compliqué qui est habituellement de toute façon stérile.


Nous avons interrogé M. Sawafta sur les projets de développement internationaux dans la Vallée du Jourdain. Il nous a dit :
JICA est bien, mais la façon dont il travaille et met en œuvre ses projets est mauvaise. Non seulement eux, mais tous les donateurs internationaux, comme PAPA [le régime de l'USAID], les Britanniques et les Pays-Bas."

"JICA affirme qu'il utilise les conseils locaux palestiniens comme intermédiaire, mais ces conseils locaux sont impuissants, et pas réellement actifs, car depuis un an et demi,depuis les élections des conseils, l'Autorité Palestinienne les a démantelés."

"Les donateurs ne couvrent que 20% des dépenses du projet, puis ils nous imposent des entreprises intermédiaires palestiniennes bien particulières, qui généralement ne sont pas qualifiées et fiables, et nous demandent des commissions. Alors, il ne nous reste que des petits morceaux.
Si vous calculez réellement l'ensemble, les dépenses réelles sont égales au bénéfice d'une participation dans ces projets. J'ai contacté de nombreux donateurs, que ce soit directement ou par l'entremise des conseils, mais cela ne vaut pas le coup que je perde mon temps à me joindre à l'un de ces projets."

M. Sawafta souligne également l'inefficacité de l'Autorité Palestinienne comme problème majeur pour les agriculteurs :
Un problème majeur est que le Ministère de l'Agriculture l'Autorité ne fait pas son travail. Il n'est pas qualifié, et ils n'ont pas d'une stratégie de marketing ou d'éducation et de formation.
Alors, comment les agriculteurs peuvent-ils contourner l'occupation, ou mettre en place un commerce avec la Jordanie ou Israël ou tout autre partenaire, s'ils ne peuvent pas compter sur le Ministère de l'Agriculture? Dans notre région, l'Autorité Palestinienne n'a pas d'autorité ou de loi qui peut être appliquée
."

Les problèmes soulignés par M. Sawafta sont le résultat direct de l'occupation. JICA et d'autres organismes internationaux de développement doivent s'attaquer à la cause fondamentale du problème, qui est les restrictions habituelles imposées au commerce dans la région par l'Occupation. Les propositions avancées par le Quartet pour la Vallée du Jourdain ne remettent pas en cause le contrôle de l'occupation, en fait, elles le renforcent.
.

Cas n° 2 : Al Hadidiya – Eau et agriculture

Le 13 août 2007, les villages Bédouins palestiniens d'Al Hadidiya et d'Humsa dans la Vallée du Jourdain ont été rasés au bulldozer par l'Occupation, transformant 200 personnes en sans abri.

L'attaque contre ces villages n'est qu'un épisode dans une campagne d'expulsion, de dépossession et d'apartheid menée en Palestine depuis 1948, dans laquelle le contrôle des ressources en eau est une arme clé de l'Occupation.

Depuis en 1967, l'occupation israélienne s'est étendue à la Cisjordanie jusqu'aux parties des plaines de Libqeya dans la Vallée du Jourdain, où sont situés Al Hadidiya et Humsa qui ont été déclarés Zones Militaires Fermées ou Zones d'entraînement militaire et d'autres ont avalés par la construction des colonies.

Les Palestiniens se sont vu interdire l'utilisation de l'eau du Jourdain, ce qui permet à l'Occupation de détourner l'eau en amont et d'annexer les ressources en eau pour le système d'approvisionnement en eau d'Israël.

Les puits traditionnels des villages ont été détruits par l'occupant et remplacés par un puits plus profond destiné aux colons israéliens: Il est entouré de hautes clôtures et les Palestiniens risquent la prison s'ils l'utilisent. Les Palestiniens ont également l'interdiction de forer des puits.

Al Hadidiya n'a pas d'approvisionnement en eau, et les habitants devaient aller chercher l'eau dans une citerne à eau située à 35 km. Dans les mois qui ont précédé la démolition, leurs citernes à eau ont été confisquées à maintes reprises.

En 2006, les colons de la colonie voisine de Ro'i avaient demandé à un tribunal de l'Occupation de promulguer un ordre de démolition contre les villages, en expliquant que la communauté bédouine, qui faisait paître ses animaux dans la région depuis des générations, était une "menace" pour Ro'i. Au cours des deux journées, les 13 et 23 août 2007, l'expulsion des communautés palestiniennes a été promulguée.

Le principal obstacle au développement des communautés agricoles tels que Al Hadidiya et Humsa est la poursuite des attaques contre leurs ressources en eau.

Si le Quartet et les donateurs internationaux veulent permettre le développement, telle est la réalité politique dans laquelle ils doivent s'engager.



NOTES :

1 - Communiqué de presse commun des conseils de la Vallée du Jourdain, “Le projet de JICA dans la Vallée du Jourdain” (Vallée du Jourdain, Palestine: 13 Novembre 2007),

2 - Autorité Nationale Palestinienne (ANP) et Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA), Etude de faisabilité sur le Développement d'une Zone agro-industrielle dans la Vallée du Rift du Jourdain (Phase I): Rapport initial (Japon: Mars 2007)

3 - Document de base japonais sur le Couloir pour la Paix et la Prospérité,


4 - Il existe une vaste documentation dans les médias sur le projet E1 de l'Occupation. Le 22 mars 2007, de l'Organisation des droits de l'homme des Nations Unies a exprimé sa "profonde préoccupation" au sujet de la progression du "Projet israélien appelé E1 visant à l'élargissement de la colonie israélienne de Maale Adumim et à la construction du mur autour, ce qui déconnectera encore plus Jérusalem-Est Occupée des parties nord et sud de la Cisjordanie et isolera sa population palestinienne.” Voir “Colonies israéliennes dans les Territoires Palestiniens Occupés, y compris Jerusalem-Est, et le Golan occupé syrien” (A/HRC/RES/2/4, A/HRC/2/9, 22 March 2007) disponible en cliquant ici:

5 - JICA, p.13



A LIRE :

Conférence des donateurs du 17 décembre 207 : pays et organisations invités - communiqué du Ministère français des Affaires Etrangères


Pris au piège comme des rats - Stop The Wall


Les Palestiniens demandent 7,1 milliards de dollars à la conférence de Paris - Par L Orient le Jour


Le dossier complet de Stop The Wall :

- Développement ou normalisation ? Une critique de l’approche et des projets de développement pour la Cisjordanie

- Développement ou normalisation ? La Zone Industrielle de Jénine


Le dossier complet d'Adam Hanieh

- La Palestine au Moyen Orient : combattre le néolibéralisme et le pouvoir des Etats Unis (1ère partie)

- La Palestine au Moyen Orient : combattre le néolibéralisme et le pouvoir des Etats Unis (2ème partie) Le néolibéralisme, le "Nouveau Moyen Orient" et la Palestine

Source : http://stopthewall.org/

Traduction : MG pour ISM

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