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Palestine - ISM France

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Suisse -

Les raisons de boycotter tous les produits d'Israël en vente en Suisse

Par

Alors que la communauté internationale exige du Hamas qu'il reconnaisse Israël et renonce à la violence, le gouvernement israélien - aux actions duquel la communauté internationale semble aveugle - déploie sa puissance militaire sur le territoire palestinien et au Liban, étend les colonies d'occupation et intensifie les assassinats ciblés.

En réponse aux démonstrations de force d'Israël, à son déni du droit international et des droits humains, nous proposons de boycotter tous les produits d'Israël en vente en Suisse et nous souhaitons que ce type de protestations se développe au niveau international.

Israël cherche à résoudre la crise en provoquant l'escalade du désespoir chez les Palestiniens. Avant de négocier la constitution d'un État palestinien, ou au lieu de le faire, Israël veut repousser ses frontières le plus loin possible. Il mise sur le désespoir et la renonciation des habitants qui, dans une situation insupportable, préfèreront quitter le terrain et renoncer à leur espoir de souveraineté.

La campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) que nous soutenons activement, regroupe différentes formes d'action et vise différents publics: la population suisse, les agents économiques, nos autorités politiques ou diplomatiques.

Ces actions expriment l'opposition à la politique d'agression impunie d'Israël et, grâce à leurs effets conjugués, visent l'affaiblissement de l'autorité du gouvernement israélien.

Nous considérons comme prioritaires les actions de dénonciation et d'explication destinées directement à la population suisse. Dans certains esprits subsiste, en effet, l'image d'Épinal d'un Israël pionnier, collectiviste et qui fait surgir les oliveraies du désert, d'un petit peuple qui ne fait que défendre ses droits.

En parlant directement avec les gens dans la rue, nous voulons proposer une information réaliste et documentée, essentielle à la compréhension de l'évolution de la situation en Palestine.
Vivant en Suisse, nous sommes les personnes les mieux placées pour parler aux Suisses, en fonction de leur sensibilité, et pour comprendre les relations entre la Suisse et Israël.


Les actions symboliques et démonstratives marquent les esprits de ceux qui sont prêts à les comprendre. Mais dans une situation où l'information biaisée et la culpabilité historique forment l'opinion, les symboles ne parlent qu'à ceux qui les utilisent. C'est pourquoi nous croyons que l'énergie limitée dont nous disposons doit, pour le moment se concentrer sur l'explication de la situation dans des contacts personnels avec un public de plus en plus large.

L’appel au boycott, accompagné d’une information critique sur la situation dans laquelle survivent les Palestiniens, a aussi pour but de convaincre une frange plus large de la population du fait qu’il est possible de 'faire quelque chose', même individuellement. L'exercice du droit citoyen fait prendre conscience de ses propres droits et du pouvoir qu'a la population sur la politique de son pays.



A. Motivations des actions de boycott

La proposition de boycotter les produits d'Israël revient périodiquement dans certains quotidiens, comme Le Courrier . Mais il se trouve toujours quelqu'un pour réagir, en rappelant le boycott des juifs allemands par les nazis. Et les choses en restent là, jusqu'au prochain 'round'…

Nous souhaitons dépasser cette polémique stérile, en proposant d'ouvrir un réel débat sur ce thème. Car voici bientêt 60 ans que le conflit israélo-palestinien se prolonge, et les opposants à la politique israélienne se sentent impuissants à modifier les rapports de forces en jeu.

Or l'arme du boycott - forme de participation concrète et non-violente à la vie politique - a été utilisée à plusieurs reprises comme moyen de protestation contre diverses injustices. C'est un instrument efficace lorsqu’il est utilisé durablement et à grande échelle.

Dès lors, pourquoi ne pas l'utiliser maintenant pour faire pression sur nos autorités politiques et sur le gouvernement israélien ?

Dénoncer la politique d'Israël aujourd'hui n'empêche nullement de s'opposer à l'antisémitisme, et de dénoncer également les amalgames faciles, comme celui que le président romand de la Chambre de commerce Suisse-Israël, Robert Ecuey, se permettait de faire au lendemain de la conférence de presse dans laquelle nous présentions l'appel au boycott des produits israéliens en vente en Suisse:

"Sous le couvert d'un boycott et de messages filandreux sur la paix, ces gens ont un but précis: la disparition de l'Etat d'Israël" (La Tribune de Genève, 18-6-2003).

La technique consistant à transformer toute critique des actions du gouvernement israélien en 'action antisémite' est bien décrite dans l’ouvrage d’Etienne Balibar et al: Antisémitisme: l'intolérable chantage . Nous aborderons cette question au point C.1.2.

En Suisse, et en particulier à Genève, un très faible 'groupe boycott' a essayé, depuis quelques années, d'élaborer une analyse des raisons d'être du boycott, et de proposer en même temps une pratique d'action qui s'efforce d'éviter tant le danger de l'antisémitisme que l'acceptation passive de la politique d'Israël envers les Palestiniens.

Nous voudrions ici expliquer, avec précision, les raisons de notre initiative, en la situant dans le contexte plus général des appels et des pratiques de boycott proposées dans le monde, pendant les dernières décennies, pour réagir à diverses injustices.

La tentation de boycotter (ou d'appeler à boycotter, ou de menacer de boycotter) ce que l'on n'aime pas, peut être forte, mais n’est pas toujours politiquement justifiée. Il est donc essentiel de bien évaluer le contexte dans lequel des actions de boycott pourraient se développer, d’estimer leurs possibilités de généralisation et d'efficacité, tout en étant conscients de leurs éventuels effets négatifs.

Notons d’emblée que certaines organisations israéliennes ou juives ne se sont pas privées de recourir à ce moyen. C’est ce qui s’est passé lorsque le gouvernement israélien a décidé de boycotter la BBC pour protester contre la diffusion du documentaire: 'Israël secret war'. Ainsi, le 2 juillet 2003, le service JTA déclarait:

"Des restrictions seront imposées aux journalistes de la BBC, notamment en ce qui concerne les cartes de presse concédées, et un refus sera opposé aux demandes d'aide présentées par la BBC pour faciliter le passage à travers les blocages militaires, sur les routes menant en Cisjordanie et vers la Bande de Gaza. (…) La décision de sanctionner la BBC a été prise par le bureau du premier ministre, le ministère des affaires extérieures et le bureau de presse".

On connaît, par ailleurs, les menaces de boycott des banques suisses, de la part d'organisations juives des Etats Unis. (Pour plus de détails, voir B.3.).


B. Quelques initiatives de boycott, qui ont été significatives et efficaces dans le monde, pendant les dernières décennies


Pour situer l'appel au boycott des produits d'Israël dans le contexte plus général des appels à la participation active des citoyens à la vie politique, il vaut la peine de revenir rapidement sur l'histoire de certaines des actions de boycott des dernières décennies.


B.1. Boycott des fruits en provenance de l'Afrique du Sud

Après la codification et la légalisation de l'Apartheid en Afrique du Sud (1948), le boycott des fruits sud-africains en vente à l'étranger a été suivi avec passion et persistance dans beaucoup de pays et pendant longtemps (les lecteurs les plus âgés du Courrier ne peuvent pas l'avoir oublié). Il ne s'agissait pas, évidemment, de perturber de façon grave l'économie sud-africaine, basée en large mesure sur l'or et les diamants (en 1979, les exportation d'or constituaient 61% du total des exportations, les oranges et autres fruits quelques pour-cent seulement); ni d'avoir comme 'but précis' (pour reprendre la phrase de Robert Ecuey) 'la disparition de l'Etat de l'Afrique du Sud'.

Il s'agissait de stimuler la création du climat mondial de réprobation, mépris et colère, qui a contribué à isoler le gouvernement sud-africain.

C’est ce qui a permis d'arriver ensuite à la concrétisation des sanctions, décidées par l'OPEP (embargo des livraisons de pétrole, début des années septante), par le gouvernement japonais (embargo des investissements, 1979), par les Nations Unies (embargo généralisé, 1981), par le Congrès étasunien (embargo des investissements, de l'importation d'or et de l'exportation d'armes, 1986 ), etc. Jusqu'à la fin de l'Apartheid en 1992 .


B.2. Boycott des laitues de Californie aux Etats Unis

En 1969, le syndicat des travailleurs agricoles (UFWOC) a lancé un appel au boycott national des laitues produites en Californie, comme moyen de pression sur les propriétaires fonciers qui s'opposaient à la syndicalisation des ouvriers.

Le boycott a été largement suivi dans tout le pays, notamment par des étudiants de plusieurs universités qui exigèrent que les laitues de Californie soient bannies de leurs cafétérias. Jusqu'à ce qu’en 1975 le gouverneur de Californie signe une loi garantissant les droits syndicaux aux ouvriers agricoles.

C’était la première loi de ce genre aux Etats Unis, et l'UFWOC a attribué une bonne partie de ce succès aux actions de boycott .

Dans ce cas, comme dans le précédent, personne n'a rappelé le boycott des magasins juifs par les nazis, ni considéré les appels au boycott comme une forme destructive et irrationnelle de lutte de la part de la société civile.


B.3. Fonds en déshérence et menaces de boycott des banques suisses

Le 25 mars 1998, un comité d'experts financiers étasuniens, réunis à New York, envisageait le boycott des banques suisses responsables des délais importants dans la reconnaissance des 'fonds en déshérence'. Peu de temps auparavant, l'Etat de Californie avait menacé ces mêmes banques de sanctions, si elles n'acceptaient pas un 'accord global' avec les survivants de l'Holocauste pour le 31 mars .

Quelques mois plus tard, la ville de Kansas City passait une résolution approuvant la mise en Å“uvre de sanctions contre les banques suisses, si elles n'acceptaient pas les demandes des organisations juives pour le premier septembre.

Le maire Cleaver, à l'origine de cette résolution, déclarait à la presse:
"J'ai envoyé copie de la résolution au Rabbin M.Zedek et à David Goldstein, de l'Office des relations publiques de la communauté juive. (…) Ils l'ont revue et ont fait quelques suggestions, qui ont été acceptées pour la version finale."

Très lucidement, Cleaver ajoutait:
"Je ne me fais pas d'illusions sur la possibilité d'avoir, à partir de Kansas City, un impact sur ce qui se passe en Suisse. Mais nous ressentons le besoin de faire savoir aux gens qui nous sont proches, et à toute notre nation, quelle est notre position sur ce problème."

A la suite de quoi, David Goldstein affirmait:

"En agissant et en retirant ses investissements des banques suisses, Kansas City envoie un message puissant aux Suisses et au monde: Jamais plus!"

On notera que le message est envoyé 'aux Suisses', et pas 'au gouvernement suisse' ni 'à l'Etat Suisse'. Cela montre bien que c'est à l'image de la Suisse que l'on voulait s'attaquer.

Il n'est pas facile d'estimer l'effet que les menaces de boycott et de désinvestissement ont eu sur les banques suisses concernées, mais les médias suisses ont abondamment parlé du fait que :

"les banques pourraient bien accepter un accord pour sauvegarder leurs intérêts commerciaux."

Et ces mêmes banques, alors qu'elles avaient résisté pendant des années, ont en effet fini par délier les cordons de la bourse …

Cet exemple démontre que les communautés juives ont été favorables à l'utilisation de sanctions, comme le boycott et le désinvestissement, lorsqu'il s'est agi, pour elles, de défendre l'intérêt de leur communauté.



C. La situation en Palestine justifie l'appel au boycott des produits israéliens

Une même logique sous-tend les trois exemples de boycott cités ci-dessus: dans un contexte donné, certains droits des citoyens sont violés; les autorités - dont le rêle serait d'intervenir - restent passives; tel secteur de la société civile décide alors d'exprimer ouvertement son désaccord et de mettre la partie fautive sous pression, notamment en touchant à son image et à ses intérêts économiques.

Nombreux sont les exemples qui, dans la politique israélienne actuelle, répondent à cette logique et justifient l'appel à des initiatives de boycott.

C.1. La politique du gouvernement israélien

Nous pensons que le gouvernement israélien viole depuis longtemps les droits de la population palestinienne et que les autorités suisses agissent depuis toujours avec la plus grande faiblesse à son encontre.

Comme on le verra dans les exemples donnés ci-après, il s’agit d’événements d’une telle gravité qu’ils justifient le développement et la coordination, en Suisse et ailleurs, d’actions de protestation citoyenne, comme moyen de pression sur les décideurs et les autorités politiques.
Or le boycott est l’instrument le plus immédiatement accessible à chacun, au quotidien.


C.1.1. Les rêves et les cauchemars de l'histoire

Pour les palestiniens, l'histoire de la colonisation juive de la Palestine est un cauchemar, qui a laissé des traces indélébiles.

Pour une partie de la population juive d'Israël aussi, l’histoire est un cauchemar qui a laissé des traces profondes dans la vie politique actuelle, et compromet les espoirs d'une paix future.

Et les gouvernements successifs d’Israël n’ont pas cessé d’utiliser les cauchemars du passé pour justifier les diverses formes de violence exercées contre la population palestinienne.

Chez nombre d'Israéliens juifs d'aujourd'hui, le rêve subsiste d'un 'transfert' de la population arabe vers un autre pays d'accueil . C'est un rêve ancien, exprimé en 1917 avec la plus claire brutalité par Israël Zangwill, l’un des promoteurs du sionisme:

"(Les arabes) sont des nomades, qui n'ont créé en Palestine ni valeurs matérielles ni valeurs spirituelles (…) Alors, nous devons gentiment les persuader de s'en aller [dans le texte original: "we must gently persuade them to 'trek' "]. De toute manière, ils ont pour eux toute l'Arabie avec ses millions de milles carrés (…)."

Or cette Palestine abandonnée, misérable et partiellement déserte n’était qu'un mythe sioniste. D'après G.R.Watson, la situation démographique était bien différente :

"Il est généralement accepté qu'à la fin de la Première Guerre Mondiale, quand l'armée anglaise occupa le territoire, il y avait en Palestine, une population en large majorité arabe, et une population juive bien plus restreinte. (…) La majorité des auteurs estime les deux populations à 500'000 arabes environ, et à moins de 100'000 juifs."

A l'appui de cette thèse, l'étude de Hyamson présente toute la période 1928-1948. Il décrit de façon détaillée l'état de l'agriculture palestinienne au début du XX siècle, et l'impact de l'immigration juive (chapitre 8 : "Land problems") :

"A une population totale de 752.048 habitants dans la Palestine de 1922, dont 83'790 juifs, s’ajoutèrent, pendant les 23 années suivantes, 377'966 immigrants autorisés [par l'administration britannique du Mandat], dont 345'338 juifs. Dans cette période, la population juive s’est donc accrue par immigration de plus que 412%."

C’est dire que l'immigration massive des juifs dans cette période présente toutes les caractéristiques de la colonisation d’un territoire habité et économiquement actif.

Après 1948, dans les années qui ont suivi la naissance de l'Etat d'Israël , le mythe du 'droit divin' sur la Terre d’Israël et le rêve 'du transfert' des Palestiniens hors de ce territoire ont bel et bien été partiellement réalisés, par l'expulsion de centaines de milliers de Palestiniens. Et ce rêve continue à sous-tendre la politique actuelle d'Israël.

Yossi Klein décrit l'enfer créé pour que, de guerre lasse, les Palestiniens quittent leurs terres :
"De ce 'transfert', on n'en parle pas ouvertement. Il n'existe pas officiellement; il n'y a pas de décision du gouvernement pour le réaliser (…) Ce transfert dont on parle à présent n'est pas l'ancien transfert, mais il est – vous voyez – un 'transfert volontaire'; ou, dans le langage plus élégant de Effi Eitam, ministre et leader du Parti National Religieux, il s'agit d'une 'évacuation par choix'."

Et David Shulman, militant du groupe Ta'ayush, nous en brosse un tableau terrifiant :
"Nous sommes dans la cité de David, à proprement parler la plus vieille parcelle de Jérusalem, en dessous du Mont du Temple, non loin du Tunnel de Siloam creusé à même la roche, il y a presque trois millénaires, par le roi Ezechias.

Aujourd’hui on l’appelle Silwan: quelques 50 000 palestiniens jérusalémites y vivent, presque tous porteurs de la carte d’identité bleue de Jérusalem. Il y a quelques jours la municipalité a collé des avis de démolitions sur 88 maisons du quartier; en gros 1500 innocents vont perdre tout ce qu’ils ont.

Apparemment il s’agit de créer un parc archéologique au cÅ“ur de ce quartier arabe.

La vérité, évidemment, est très différente: il s’agit de créer un autre îlot juif à Jérusalem-Est, une nouvelle colonie incrustée par une coercition sauvage sur ce coteau surpeuplé. Et ce n’est probablement qu’un début; une fois le trou fait, ils l’élargiront et le relieront aux autres poches de colons juifs au nord, au sud et à l’est (Jabal Mukkaber, par exemple, ou cette horreur qu’est Har Homa).

L’objectif, c’est de couper les liens organiques et continus qui relient les communautés palestiniennes existantes pour 'judaïser' et étrangler les abords Est de la vieille ville en colonisant, confisquant les terres, démolissant les maisons, par la terreur et le contrêle militaire massif.
A vous d’imaginer comment on se sent quand on se réveille le matin dans sa propre maison, la maison de son grand-père construite bien avant que l’Etat d’Israël n’existe, et qu’on découvre l’annonce officielle sur le mur.

Votre foyer, là où vous avez vécu toute votre vie, va bien être détruit ; vous et vos enfants allez être des réfugiés. (...) Désormais on viole votre intimité ; on vous menace, on vous fait peur, on vous met à nu."


Aucun espoir de paix durable en Palestine n'est permis, tant que les juifs israéliens n'abandonnent pas explicitement le projet de 'transfert' de la population arabe israélienne vers des pays arabes. Aucun espoir non plus, tant que les juifs israéliens justifient l'occupation coloniale de la Palestine comme un 'droit divin' de tous les juifs sur le pays de Canaan. ,

Dans l'Ulysse de Joyce, Dédalus s'exclame: "L'histoire est un cauchemar dont j'essaye de me réveiller". Cette affirmation prend ici valeur d'injonction : Pas de paix si les juifs d’Israël ne se réveillent pas de leur rêve.
C'est à cette seule condition que les Palestiniens pourront sortir de leur cauchemar. Et pas de travail militant cohérent pour la résolution de ce conflit sans une prise en considération de ces éléments.


C.1.2. La défense inconditionnelle de la politique israélienne par une majorité des communautés juives dans monde

Le réseau des communautés juives et les organisations juives dans le monde représentent certainement le support international le plus actif et efficace de la politique du gouvernement israélien. Toute atteinte à l'image d'Israël - par la publication d'informations critiques dans les média ou comme conséquence d'une initiative politique ou citoyenne - est accueillie par un barrage de communiqués de presse et par des accusations d'antisémitisme ou même de nazisme .

Autre exemple tout récent: la réaction du Wiesenthal Center à la décision du gouvernement de la province de Sor-Trondelag en Norvège de boycotter les produits israéliens. Cette décision a été décrite comme "un acte d'antisémitisme dans l'esprit de la campagne hitlérienne 'n'achetez pas aux juifs' des années trente".
Le Centre Wiesenthal a dénoncé le boycott comme "la continuation de l'histoire de la collaboration de la Norvège sous son leader nazi de l’épopque, Vidkun Quisling."

Certaines organisations juives étasuniennes comme 'Shop Israël' vont jusqu'à attirer les clients en utilisant des références religieuses puisées dans le Nouveau Testament , .

Sur le site Internet de 'Shop Israël' on pouvait aussi lire , le 14 octobre 2002, une invitation à participer au "Projet d'Ilana", en envoyant de l'argent pour l'achat "de petits oursons pour guérir: elle les apportera dans les hêpitaux et centres de réhabilitation, aux victimes de la terreur", ou plus récemment une proposition d'acheter toutes sorte de cadeaux pour réconforter les victimes de la terreur.
Plus que la défense consciente et ciblée de la politique israélienne, Shop Israël utilise le détournement de textes aux fins de racolage commercial et, comme nombre de telles organisations, profite de raccourcis tels que 'qui que vous soyez, achetez chez nous.

Comme le dit la bible, vous nous le devez. Comme vous êtes bon, vous aurez pitié et procurerez des oursons à Iliana et vous achèterez ainsi votre salut en luttant contre la terreur'.

Cette défense à outrance, a-critique et a priori de tout geste du gouvernement israélien est terriblement dangereuse parce qu’elle fournit un alibi puissant aux tentations antisémites.

Elle entretient la confusion de ce qui appartient aux juifs n’importe où dans le monde et ce qui appartient aux juifs israéliens. Pire encore, cette attitude extrême fait confondre ce qui relève de la responsabilité du gouvernement israélien et ce qui est de la responsabilité des citoyens juifs d'Israël.

Or, bien des juifs, en Israël et ailleurs, désapprouvent ouvertement la politique d’Israël par rapport aux Palestiniens. C'est le cas des communautés juives d’opposants qui se sont constituées dans l'opposition, comme par exemple Jews against Zionism, Jews for Justice for Palestinians, et bien d’autres .

La réponse à ce discours est la constitution et le développement d’un large front d’opposition à la politique israélienne, des actions ou campagnes, comme le boycott, qui soient articulées entre elles, ce qui passe obligatoirement par des contacts entre groupes militants de l’intérieur- palestiniens et israéliens - et groupes de solidarité au niveau international. Or les contacts avec les opposants israéliens, en Suisse au moins, ont jusqu’ici été par trop peu développés.


C.1.3. Les colonies dans les Territoires Occupés

L'Article 49 de la quatrième Convention de Genève, relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (entrée en vigueur le 21 octobre 1950), déclare:
"Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre Etat, occupé ou non, sont interdits, quel qu'en soit le motif."

Mais surtout, le même article interdit à la Puissance occupante de

"procéder à la déportation ou au transfert d'une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle."
Soulignons, à ce sujet, que le gouvernement et la droite israélienne parlent de territoires 'contestés', et non 'occupés' et que, par cette argutie juridique, Israël nie que la quatrième convention de Genève s'applique à la Cisjordanie , à la Bande de Gaza et à Jérusalem Est.

Cette pirouette n'a jamais été acceptée par la communauté internationale. En effet, le Conseil économique et social des Nations Unies, dans une décision du 8 avril 2003, rappelle

"les résolutions du Conseil de sécurité, de l'Assemblée générale et de la Commission des droits de l'homme concernant l'applicabilité de la quatrième Convention de Genève au territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est."

Cela n’a pas empêché le gouvernement israélien d’y créer des centaines de colonies d'occupation; la nécessité de protéger ces colonies justifiant dès lors les 'mesures de sécurités' qui font de la vie quotidienne en Palestine un calvaire.

Il ne faut pas oublier, dans ce contexte, que Jérusalem Est a été arbitrairement 'annexée' par Israël, alors qu'elle était en dehors de la frontière israélienne de 1967 et que c’est également ce qui s’est passé avec les Hauteurs du Golan, alors qu'elles se situent à l'intérieur des frontières internationalement reconnues de la Syrie.

Aucun gouvernement n'a reconnu ces 'annexions', mais Israël ne semble nullement s’en soucier, et les 'vins du Golan' trênent dans nos supermarchés sous le label 'made in Israël'.


C.1.4. La construction du mur

L'impunité dont le gouvernement israélien semble jouir n'a jamais été aussi manifeste que par rapport à la construction du mur qui, sous prétexte de protéger Israël contre le terrorisme palestinien, pénètre profondément dans les Territoires Occupés, et annexe, de facto, une partie significative de la Cisjordanie .

Pourtant la Cour internationale de justice de La Haye (CIJ) a clairement établi, le 9 juillet 2004, que sa construction était illégale et que ses effets étaient dramatiques .

Citons certains des passages essentiels de ce texte:
"Au total, de l’avis de la Cour, la construction du mur et le régime qui lui est associé entravent la liberté de circulation des habitants du territoire palestinien occupé (à l’exception des ressortissants israéliens et assimilés). (…) Ils entravent également l’exercice par les intéressés des droits au travail, à la santé, à l’éducation et à un niveau de vie suffisant tels que proclamés par le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et la convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant." (§ 134)

"Israël a en conséquence l’obligation de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est. (…) La cessation de ces violations implique le démantèlement immédiat des portions de cet ouvrage situées dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est." (§ 151)

Le gouvernement israélien a ignoré la décision de la Cour internationale, alors même que cette instance avait précisé que le problème du mur n'était pas de la seule compétence d'Israël et de la Palestine:

"La Cour n’estime pas que la question qui fait l’objet de la requête de l’Assemblée générale puisse être considérée seulement comme une question bilatérale entre Israël et la Palestine. Compte tenu des pouvoirs et responsabilités de l’Organisation des Nations Unies en matière de paix et de la sécurité internationales, la Cour est d’avis que la construction du mur doit être regardée comme intéressant directement l’Organisation des Nations Unies." (§ 49)

La question du mur concerne donc le gouvernement suisse, de même que l’ensemble des gouvernements des pays membres de l’ONU:

"Tous les Etats sont dans l’obligation de ne pas reconnaître la situation illicite découlant de la construction du mur et de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de la situation créée par cette construction; tous les Etats parties à la quatrième convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, du 12 août 1949, ont en outre l’obligation, dans le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international, de faire respecter par Israël le droit international humanitaire incorporé dans cette convention." (§ 163)

Dans le cas particulier de la construction du mur - qui se poursuit - il serait donc du devoir du gouvernement suisse de faire pression sur Israël, par tous les moyens permis par le droit et la pratique internationale, c’est-à-dire entre autres par l'instauration de sanctions économiques et commerciales touchant les intérêts d'Israël en Suisse.

Mais puisque le gouvernement suisse manque ouvertement à ce devoir, soit parce qu'il veut éviter de s'aliéner les puissances économiques et/ou politiques, soit parce qu'il cède à des groupes de pression, il incombe aux citoyens de prendre la relève, en utilisant toute forme de pression qui puisse être efficace, pour rappeler au gouvernement suisse et au gouvernement israélien leurs obligations internationales.


C.1.5. 'Reconnaître Israël' ? quel Israël ? dans quelles frontières ?

Une des caractéristiques des déclarations officielles israéliennes est leur inconsistance logique. L'exemple le plus frappant de cette incohérence se manifeste par l’exigence imposée au Hamas, de 'reconnaître Israël', alors que les différents gouvernements israéliens n'ont 'reconnu' aucun droit, ni à la population, ni aux organisations palestiniennes.

Ainsi :
• aucune forme du 'droit au retour' pour les réfugiés palestiniens n'a jamais été 'reconnue';

• on a nié à Arafat et à l'Autorité Palestinienne le statut d’ 'interlocuteurs valables' (mais il n'y en avait pas d'autre...);

• les dernières élections démocratiques dans les Territoires Occupés ont été déclarées non valides ; elles n’ont donc pas été 'reconnues' et, une fois de plus, ne proposent pas un 'interlocuteur valable'…


Deux questions se posent :

• Quels sont les droits que le gouvernement d'Israël 'reconnaît' aux palestiniens ?

• De 'quel Israël' demande-t-on la 'reconnaissance' ? Comment peut-on demander de 'reconnaître' un Etat en expansion continuelle et incontrêlable, dont les frontières sont élastiques et décidées unilatéralement ?

On comprend la légitimité de ces interrogations quand on entend les propos tenus par le premier ministre Ehud Olmert dans l’interview donnée à la chaîne de télévision israélienne Channel 2, le 6 janvier 2006:
"Nous nous dirigeons vers la définition d'une frontière permanente pour l'Etat d'Israël. Nous garderons les colonies les plus importantes".

Et il ajoute, à propos de la frontière avec la Jordanie:
"Il est impossible d'abandonner tout contrêle sur la frontière orientale d'Israël."


Une information plus détaillée est donnée par le site Internet du Monde Diplomatique:
" 'Nous nous regrouperons dans les grands blocs de colonies et préserverons l’unité de Jérusalem. Maale Adumim, Gush Etzion et Ariel feront partie de l’Etat d’Israël' a déclaré Olmert, sans s’émouvoir du faux pas diplomatique que constitue l’annonce de telles violations de la Feuille de Route. Maale Adumim, Gush Etzion et Ariel sont de grosses colonies israéliennes en Cisjordanie - qui pénètrent jusqu’à 20 kilomètres à l’intérieur des zones palestiniennes."

(Maale Adumim est une énorme colonie de peuplement d’environ 30'000 colons, située à l’est de Jérusalem. Par sa taille et sa proximité de Jérusalem-Est, elle vise à l’encercler et à l’empêcher définitivement de fonctionner comme la capitale de la Palestine. Gush Etzion est un bloc de colonies de 20'000 habitants, au sud de Jérusalem ; et Ariel une énorme colonie d’environ 20'000 colons, située au sud ouest de Naplouse, près de Salfit.)


C.1.6. 'Abandonner la violence'

Préalablement à toute négociation, Israël, les Etats-Unis, l'opinion internationale - à l'unisson - exigent des organisations palestiniennes qu'elles renoncent à la violence. Ceci serait de bon aloi si la condition était réciproque.

Que dire de cette exigence dans un contexte où les 'assassinats ciblés' et les massacres perpétrés par l'armée israélienne se multiplient ?

L'incohérence de ces traitements différents, est rendue possible par l'impunité générale dont jouit la politique israélienne, ainsi que par la décision des gouvernements et des média occidentaux d’être aveugles aux agissements d'Israël.


C.1.6.1. Abandonner la violence ... Les assassinats ciblés et les massacres

En 2002, le Jerusalem Center for public affairs présentait l’un des nombreux 'assassinats ciblés' autorisés par le gouvernement israélien :
"Salah Shehada, l'un des fondateurs de l'aile militaire du Hamas et l'une des personnes les plus recherchées par Israël, a été tué mardi matin par un missile lancé par un avion israélien contre sa maison à Gaza City. Au moins 11 personnes, dont plusieurs enfants, semblent avoir été tués par l'explosion. (…) Le premier ministre Sharon a déclaré au Cabinet israélien: 'Cette action est un de nos plus grands succès. (…) Naturellement, Israël n'a aucun intérêt à frapper des civils et il est toujours regrettable quand des civils sont touchés'."

Le 13 septembre 2003, le premier ministre israélien Ehud Olmert menaçait explicitement Arafat, affirmant qu’il "n'a plus aucun rêle à jouer", envisageant son expulsion (de Ramallah), ou son assassinat: "Pour moi, d'un point de vue moral, il n'y aurait aucune différence avec l'élimination d'autres personnes coupables d'actes terroristes."

Et cela continue:
"Le cycle d'effusion de sang s'est intensifié: des hélicoptères israéliens ont effectué dix 'assassinats ciblés' (les media les appellent simplement 'liquidations') en réponse à la blessure d'un enfant israélien par une roquette Qassam."

Il est évident que les 'assassinats ciblés' et autres massacres de civils sont des procédés qui se situent au delà de toute procédure judiciaire et de toute possibilité de défense, et qui violent toute norme juridique nationale ou internationale.

Les victimes sont régulièrement définies par l'armée israélienne comme 'suspectes' d'actes terroristes; c'est donc sur la seule base d’une 'suspicion' que les responsables de l'armée et du gouvernement israélien condamnent à mort un 'suspect'.

Ces actions criminelles, comme en témoigne les mouvements d’opposition, sont souvent un prétexte pour de purs et simples massacres d'innocents civils:
"L'armée israélienne continue ses attaques brutales contre des civils, y compris des enfants, des femmes et des vieillards. Dans la seule journée d’aujourd'hui [9-6-2006], au moins 12 personnes ont été tuées alors qu'elles étaient assises sur une plage [à Gaza] et des douzaines ont été blessées. (…) Amir Peretz, [l’actuel ministre de la défense], un 'homme de paix' et leader de la classe ouvrière conduit une attaque sans pitié contre des civils palestiniens et commet des crimes de guerre qui n'ont rien à envier à ceux de son prédécesseur, Mufaz."

Ajoutons que l'armée israélienne a ensuite nié être à l'origine de ce massacre, mais que le Ministère de la guerre n'a pas accepté la proposition de création d'une commission indépendante d'enquête sur l'événement !

L'impunité rend cynique. En effet, les 'assassinats ciblés', pour illégaux et inhumains qu'il soient, n’ont pas empêché Olmert de déclarer récemment: "L'armée israélienne est l'organisme militaire le plus moral au monde; il n'y a jamais eu aucune politique d'attaque contre les civils, et il n'y en a toujours pas."

Comme l'a noté Nigel Parry, les faits contredisent les discours:
"Aujourd'hui [13-6-2006], nous constatons l'amplitude du mensonge d'Olmert, face à une nouvelle attaque israélienne à Gaza, en plein jour. Des témoins ont raconté qu'un avion israélien a lancé un missile contre une camionnette, sur une route très fréquentée. Des civils ont accouru pour aider les passagers, deux membres du Jihad Islamique, et alors l'avion a lancé un deuxième missile dans la foule. Onze personnes ont été tuées, dont neuf civils, et au moins 30 personnes ont été blessées. Parmi les morts, deux médecins et deux enfants."

La question des assassinats ciblés mériterait une analyse approfondie, permettant une dénonciation forte et étayée des aberrations juridiques en jeu.

On peut consulter à ce sujet le texte et le site Internet suivants:

• PCATI (The Public Committee Against Torture in Israël) and LAW (The Palestinian Society for the Protection of Human Rights and the Environment): 'The Assassination Policy of the State of Israël, November 2000 – January 2002'. May 2002 (Part 1: Facts and statitics; Part 2: Legal analysis) ;

• electronicintifada.net/bytopic/146.shtml.


C.1.6.2. Abandonner la violence ... La destruction des maisons dans les Territoires Occupés

Les raisons données par l'armée israélienne ou par le gouvernement israélien lorsqu’ils ordonnent la destruction d'une maison, à Jérusalem Est ou dans les Territoires Occupés, sont diverses.

Il peut s'agir - ces cas sont nombreux - de la maison d'habitation de la famille d'un militant palestinien, souvent identifiée après un attentat suicide, d'une maison expropriée pour des 'raisons de sécurité' ou parce qu’elle est située dans une zone 'd'intérêt militaire', ou d'une maison qui ne respecte pas 'les lois et règlements sur la construction'. En fait, dans plusieurs cas, en particulier à Hebron, des maisons ont été détruites simplement pour permettre l'extension d'une colonie d'occupation.

Le Comité israélien contre la démolition des maisons (ICAHD) organise la résistance contre ces pratiques, avec l'appui de militants israéliens et palestiniens. Parmi ses initiatives actuelles : la reconstruction de maisons démolies, par des équipes comprenant des israéliens, des palestiniens et des volontaires internationalistes.

Son site Internet est une précieuse source d’information sur les démolitions et les actions de résistance. Jeff Halper, coordinateur de l'ICAHD s’exprime ainsi :

"A cause des destructions tragiques et des actes de violences des derniers mois, il est extrêmement important pour nous, israéliens, palestiniens et internationalistes pacifistes, de dire clairement 'NON' à la continuation de l'occupation et de la politique de répression. Reconstruire les maisons palestiniennes, démolies sur ordre judiciaire ou sous un prétexte sécuritaire, constitue une réponse appropriée. (…)

Depuis 1967, Israël a démoli environ 12'000 maisons palestiniennes, en laissant environ 70'000 personnes sans abri et traumatisées. (…) Nous ne pouvons pas reconstruire assez de maisons pour alléger les souffrances des victimes. En réalité, nous ne pouvons même pas être sûrs que les maisons ne seront pas démolies à nouveau. Mais nous pouvons faire entendre notre voix."


C.1.6.3. Abandonner la violence ... La destruction du réacteur irakien, les menaces contre l'Iran

Le gouvernement israélien est convaincu de son droit à l'impunité, non seulement par rapport à ses actions antérieures, mais également par rapport à des actions futures, programmées et ouvertement annoncées, même quand elles violent de façon manifeste le droit international.

Le 7 juin 1981, 14 avions israéliens ont bombardé le réacteur nucléaire irakien en construction à Osiraq.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a condamné cette attaque et décidé que "l'Irak a le droit d'être indemnisé pour les destructions subies" .
Naturellement, le gouvernement israélien de l'époque, avec Menahem Begin comme premier ministre, a souverainement ignoré la condamnation et la demande d'indemniser l'Irak.

Autre exemple: la menace récente de détruire les infrastructures du 'nucléaire iranien'.

En décembre 2005, le ministre israélien de la défense, Shaoul Mofaz, a déclaré qu'Israël "doit préparer une solution autre que diplomatique pour empêcher l'avancement du programme nucléaire de Téhéran" .

Dans le contexte actuel, une façon amicale de se proposer pour la 'sale besogne' à la place du grand frère allié, le gouvernement étasunien !

L’actuelle guerre du Liban et ses suites est un exemple de plus.


C.2. Des organisations palestiniennes appellent au boycott

" Israël boycotte le droit international et les droits de l'homme – Nous boycottons Israël! "

Depuis longtemps, plusieurs organisations palestiniennes invitent les organisations de solidarité avec le peuple palestinien à mettre sur pied des actions de boycott des intérêts israéliens:

Le 28 août 2002, le Centre de Ressource BADIL a lancé un "Appel des organisations de la Société civile palestinienne", signé par 16 organisations, dont la Fédération générale des syndicats palestiniens (GFTUP), le Réseau d'ONG palestiniennes (PNGO) et l'Union des comités palestiniens de soutien médical (UPMRC).

Cet appel à boycotter Israël pour imposer le respect et l'application du Droit international, des Droits de l'homme, et des Résolutions de l'ONU (E/52/2002) a été longtemps ignoré, sinon occulté, par la plupart des organisations européennes de solidarité avec la Palestine.

Jusqu’à ce que, le 9 juillet 2005, 171 organisations palestiniennes le reprennent à leur compte et que BADIL le propose à nouveau :

"Nous, représentants de la Société Civile Palestinienne, invitons les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier, à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d'investissement contre Israël, telles que celles qui ont été appliquées à l'Afrique du Sud à l'époque de l'Apartheid.
Nous faisons appel à vous pour faire pression sur vos États respectifs afin qu'ils appliquent des embargos et des sanctions contre Israël
."

Ce nouvel appel a été mieux écouté et forme la base de la réflexion actuelle sur les thèmes 'Boycott', 'Désinvestissement' et 'Sanctions', réunis dans la campagne BDS .

Récemment, Mazim Qumsiyeh, un des fondateurs de l'organisation Al-Awda, a publié un article "invitant la communauté internationale à boycotter Israël pour faire cesser le régime d’apartheid envers les Palestiniens" .

Il relie les 'actions punitives non violentes' de type boycott à la nécessité de dénoncer, en même temps, le projet des Etats-Unis de dominer le Moyen Orient à travers leur appui à Israël.


C.3. Le camp de la paix en Israël a pris position pour diverses formes de boycott

Divers types d’appels au boycott émanent des organisations du camp de la paix en Israël.
Ainsi, en 2003, MATZPUN a lancé un appel au boycott généralisé des produits israéliens :

"Les auteurs de cet appel sont des citoyens israéliens et des juifs d'autres nationalités dont les familles ont été victimes de racisme et de génocide au cours des générations passées, et qui estiment qu'ils ne peuvent pas garder le silence.
En 1948, l'Etat d'Israël a dépossédé les Palestiniens de leurs terres, les a expulsés par centaines de milliers de leurs maisons vers des camps de réfugiés et les a empêchés de réintégrer leurs foyers à la fin de la guerre.
Ce même Etat prive maintenant les victimes de 1948 des ressources élémentaires dans leurs camps de réfugiés ainsi que dans les villes et les villages qui leur restent. (…)
Nous faisons appel à la communauté mondiale pour organiser un boycott des produits industriels et agricoles importés d'Israël, ainsi que du tourisme de loisirs, dans l'espoir que cette action aboutisse à un résultat positif, tout comme le boycott de l'Afrique du Sud a permis de combattre l'apartheid. Ce boycott devrait rester en vigueur aussi longtemps qu'Israël contrêlera tout ou partie des territoires occupés en 1967. (…)
Nous appelons tous ceux qui recevront cet appel, sans distinction d'origine ou de nationalité, à commencer immédiatement à appliquer le boycott à titre personnel, à s'assurer que le public soit informé de cette action (…) en expliquant pourquoi ils refusent d'acheter des produits israéliens, pourquoi ils évitent de se rendre en vacances en Israël (…)" .

D'autres organisations israéliennes appellent à des formes de boycott plus prudentes et plus ciblées: le boycott des produits des colonies d'occupation (déjà lancé depuis des années par GUSH SHALOM à l'intérieur d'Israël); le boycott des sociétés israéliennes et étrangères qui collaborent avec la politique d'occupation; ou encore le désinvestissement de fonds liés au capital israélien ou à des structures financières complices.

C'est ce que fait le Comité israélien contre la démolition des maisons palestiniennes (ICAHD), dans son appel du 27 janvier 2005 . Sous le titre "Sanctions contre l'occupation israélienne: le temps est venu", l’ICAHD définit le concept 'boycott, désinvestissement et sanctions' (BDS) comme : "un moyen puissant, non-violent et populaire de résister à l'occupation"

[Le comité] "appelle la communauté internationale - gouvernements, syndicats, communauté universitaire, communautés religieuses et société civile dans son ensemble - à dénoncer la politique d'occupation d'Israël et à tout mettre en oeuvre pour que cette tragédie prenne fin au plus vite."

[et précise, à juste titre] "les sanctions économiques contre Israël ne sont pas demandées contre Israël per se, mais contre Israël jusqu'à ce que cesse l'occupation".

Mais concrètement, les propositions de l'ICAHD ne visent que les sociétés qui participent à la construction des colonies et qui profitent de l'occupation; quant à leur appel au boycott, il concerne exclusivement les produits en provenance des colonies.

Or, la concrétisation de cet objectif ciblé, dans le cadre d'une campagne BDS organisée au niveau international, pose problème. Etant donné la politique de fraude qu'Israël utilise pour exporter les produits des colonies d'occupation, il s’avère impossible, notamment en Suisse, de discriminer ces produits de ceux qui proviennent de l'intérieur des frontières d'Israël, reconnues internationalement. Cela fait qu’un boycott ciblé n’est pas applicable. Ce point sera développé sous D.1.

En dépit de cette limite, l’appel aux sanctions de l'ICAHD se fonde sur des arguments que nous considérons comme essentiels pour la campagne de boycott.

Sensibiliser l’opinion publique et susciter l’action nécessitent en effet, de notre part, une argumentation claire et fondée, qui permette la réflexion :


"Le fait même de lancer une telle campagne augmente la conscience non seulement de l'injustice, mais des principes que cette injustice viole (...). Et puisque la campagne appelant aux sanctions doit être acceptée par la communauté internationale pour réussir, elle requiert discussion et dialogue."



D. Boycott des produits des colonies d'occupation
ou boycott généralisé de tous les produits israéliens?


La prise de position très claire des premiers intéressés, les Palestiniens, qui sont les premières victimes de la politique du gouvernement israélien, de même que les appels de ceux parmi les israéliens qui gardent une vision lucide et humaine du conflit, confortent nos arguments en faveur du boycott.

Pour que cesse l'impunité du gouvernement israélien face à ses violations réitérées de la légalité internationale, il s'agit d'exercer toutes les pressions possibles (diplomatiques et économiques) sur Israël. Cela suppose la généralisation des pratiques de boycott par le biais de larges campagnes d'information et le développement d'un ample mouvement d'opinion condamnant la politique du gouvernement israélien.

Les formes d'actions et les initiatives possibles de boycott de la politique israélienne peuvent être multiples. Il serait important qu'elles soient coordonnées dans un cadre commun: boycott individuel de la part de chaque citoyen concerné ; campagnes d'information ; pression sur les milieux économiques pour qu'ils cessent tout rapport avec leurs correspondants israéliens; en Suisse, pression sur le gouvernement pour qu'il demande la suspension de l'accord de libre échange de l'AELE avec Israël et pour qu’il bloque toute collaboration militaire avec le gouvernement israélien, etc.

En Suisse, par des appels au boycott des produits exportés par Israël chez nous, nous désirons créer un fort mouvement d'opinion publique condamnant la politique du gouvernement israélien envers les Palestiniens.

Il s’agit donc d’inviter les citoyens à agir de façon personnelle, dans un engagement quotidien qui mette en évidence comment 'la politique' commence par les actions de tous les jours.

C'est ce soutien populaire qui permettra au mouvement de solidarité d'exiger du gouvernement suisse qu'il exerce toutes les pressions possibles (diplomatiques et économiques) pour que le gouvernement israélien soit sanctionné pour ses violations réitérées de la légalité internationale, et pour qu'il respecte les clauses de la quatrième Convention de Genève (dont la Suisse est dépositaire) et le verdict de la CIJ de la Haye concernant le mur.

Une réflexion s’impose, par rapport au type de boycott à entreprendre et au sens d’une telle initiative. Sur ce point, il faut préciser que le secteur agricole n'occupe que 4% de la force de travail en Israël et ne contribue qu'à une petite partie des exportations (600 millions de dollars en 2002) , alors que les produits industriels et les diamants pèsent sur les exportations pour 29 milliards de dollars et les produits informatiques pour environ 10 milliards (2000) .

On pourrait en déduire que le boycott citoyen des produits agricoles rencontrés sur les étals des marchands n’est qu’un acte symbolique, et déclarer (en paraphrasant le Maire Cleaver, cité à propos des fonds en déshérence): "Nous ne nous faisons pas d'illusion sur la possibilité d'avoir, à partir de la Suisse, un impact sur ce qui se passe en Israël (…). Mais nous ressentons le besoin de faire savoir aux gens qui nous sont proches et à toute notre nation quelle est notre position sur ce problème".

Mais la situation dans les colonies d'occupation est plus complexe. Contrairement à l'économie d'Israël, celle des colonies d'occupation est beaucoup plus dépendante de la production et de l'exportation des produits agricoles et de produits dérivés (même si certaines colonies, en particuliers celles qui sont plus proches de Jérusalem, développent de plus en plus des activités industrielles et de services):
"Le gouvernement israélien estime la valeur des exportations annuelles des colonies vers l'Europe à environ 200 millions de dollars, en fruits, végétaux, fleurs coupées, textiles, cosmétiques et vins. Et quand cette valeur est corrigée pour tenir compte des exportations de produits transformés dans les Territoires Occupés, on en arrive à environ 2 milliards de dollars, ce qui correspond à 20% des exportations totales d'Israël en Europe."

Cela signifie que le boycott des produits agricoles et des produits dérivés en provenance des colonies d'occupation israéliennes n'est pas qu'un geste symbolique mais une manière très concrète de porter atteinte à leur économie ou, du moins, de ne pas contribuer à leur développement.

En juin 2002, quand nous avons lancé le mouvement à Genève, nous appelions à boycotter les seuls produits des colonies israéliennes dans les Territoires Occupés.

Cet appel était motivé par la constatation que ces produits étaient (et sont toujours) exportés en fraude par Israël vers la Suisse et vers la Communauté européenne, avec un traitement douanier privilégié, comme s'ils étaient produits dans les frontières internationalement reconnues d'Israël. De sorte que l'achat d'un simple pamplemousse prend la forme d’un soutien involontaire à l'économie des colonies d'occupation.

Plusieurs lettres, envoyées aux grands distributeurs de détail Migros et Coop pour demander un contrêle plus rigoureux sur l'origine des denrées alimentaires en provenance d'Israël, n’ont obtenu que des réponses ambiguës et dilatoires. Interpellée, Micheline Calmy-Rey cheffe du Département fédéral des Affaires étrangères a répondu : "Un dialogue constructif avec le gouvernement israélien serait plus utile [que le recours à des sanctions]" .

Puis Paul Fivat, du même département, a précisé : "La solution trouvée consiste à indiquer, sur les certificats d'origine accompagnant le produit importé, le lieu exact de production. (…) Il est prévu, en principe, que cet accord soit adopté par le Comité mixte AELE-Israël incessamment et entre en vigueur le 1er avril 2005" .

Mais le 1er avril 2005 est passé, et ces produits sont encore vendus dans nos supermarchés sans aucun contrêle fiable !

Ainsi, deux éléments justifient l'élargissement de notre appel à tous les produits israéliens:

• s’il était possible d'identifier les produits des colonies, leur boycott constituerait une forme parfaitement légitime de réaction à l'illégalité de leur exportation frauduleuse vers la Suisse. Mais, vu la passivité des autorités suisse responsables , et comme Israël continue à exporter en fraude les produits des colonies sous le label "made in Israël", le boycott sélectif de ces produits n'est pas réalisable;

• notre objectif étant le développement d'une véritable campagne contre la politique israélienne de violation des droits des palestiniens, nous considérons comme parfaitement justifié le lancement d'une campagne pour le boycott généralisé de tous les produits israéliens en vente en Suisse.

Par un boycott généralisé, nous croyons possible, à longue échéance, de modifier l'image d'Israël dans l’opinion publique et d’isoler le gouvernement israélien dans ses relations internationales.



E. Conclusions

A l'objection "pourquoi ne condamnez-vous pas en même temps les violences palestiniennes?", nous répondons:

• Nous condamnons explicitement toute violence aveugle contre des civils, quels qu'en soient les auteurs, étant convaincus qu'elle ne peut engendrer que la terreur et renforcer les haines; ce n'est pas la voie qui mène à la réflexion commune nécessaire à la résolution d'un conflit; rien ne saurait justifier la mort des citoyens où que soit leur résidence.
Mais ici, c'est une politique nous dénonçons, et il n’est pas possible de renvoyer dos à dos un Etat qui bénéficie d'une puissance et d'appuis comme Israël et une population assiégée.

• Nous demandons que l'on reconnaisse explicitement que, la plupart du temps, les actions violentes palestiniennes suivent - et non précèdent - les assassinats ciblés et les autres formes de violences perpétrées impunément par les forces armées israéliennes.


Pour conclure : dans le futur, nous aimerions qu'il soit possible d'établir des relations tant avec l'Etat d'Israël qu'avec un Etat palestinien, ou avec un seul Etat où les citoyens pourront vivre en totale égalité de droits, une fois signé un accord dans lequel les deux commmunautés trouveront satisfaites leurs aspirations légitimes.




Les remarques critiques, les suggestions, l'envoi d'informations nouvelles relatives à ce texte seront reçus avec intérêt et reconnaissance.
En cas de difficulté à trouver un texte cité par nous, n'hésitez pas à nous demander de l'aide.

Anne Gut : anne.gut@bluewin.ch
Christine Othenin-Girard : chri-ot-gi@bluewin.ch
Bruno Vitale : vitalebru1929@yahoo.co.uk


NOTES :

Une brève synthèse de cet 'argumentaire' a paru comme 'libre opinion' dans Le Courrier: Anne Gut, Christine Othenin-Girard et Bruno Vitale: 'Un boycott des produits israéliens s'impose', 23-2-'06.

En outre, le 5 juin dernier, Virginia Tilley a fait paraître dans CounterPunch un argumentaire sous le titre 'The case for boycotting Israël; Boycott now' qui envisage les modalités de la campagne.

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