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Palestine - ISM France

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Cisjordanie -

Les services de sécurité de l'Autorité Palestinienne harcèlent un journaliste non aligné

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Ce n'est pas la première fois que je suis victime du harcèlement et des abus de la part des services de sécurité de l'Autorité Palestinienne (AP). A maintes reprises ils m'ont malmené, emprisonné et humilié. Lors d'un épisode de 2009, ils m'ont détenu dans une cellule glaciale après que j'ai publié un article sur la manière dont la police de l'AP empêchait et réprimait brutalement les manifestations de protestations contre Israël, lors de l'attaque génocidaire contre la Bande de Gaza en 2008-2009.

Les services de sécurité de l'Autorité Palestinienne harcèlent un journaliste non aligné

J'ai cru que le Printemps arabe convaincrait l'appareil sécuritaire de l'AP d'abandonner ou du moins d'assouplir ses tactiques de police d'Etat contre les dissidents et qu'il montrerait plus de respect pour les droits de l'homme et les libertés civiques. Il semble cependant que l'AP, pour ce qui concerne la façon de traiter son peuple, reste largement inchangée. Les vieilles habitudes ont la vie dure.

La plupart des agents de sécurité de l'AP ont une haine profonde contre tout ce qui est à trait au Hamas. De fait, on peut dire sans exagérer outre mesure que beaucoup d'entre eux considèrent le Hamas comme l'ennemi n° 1 tandis qu'Israël est perçu comme un lointain second ennemi.

Ceci est dû à l'endoctrinement intensif auquel cet appareil a été soumis depuis la défaite des milices du Fatah et leur expulsion de Gaza par le Hamas en 2007.

Il y a quelques années, un commandant de la sécurité de l'AP a dit à son "homologue" israélien, au quartier général de l'Administration civile israélienne à Beit El, près de Ramallah, "nous ne sommes pas ennemis mais alliés, et notre ennemi commun est le Hamas."

La conversation a été rapportée par un journaliste israélien qui participait à la réunion.

La semaine dernière, j'ai été convoqué au service de la sécurité préventive, au centre ville d'Hébron. Lorsque j'y suis arrivé, vers 9h du matin, on m'a dit d'attendre dans une pièce glaciale. J'ai attendu, attendu, attendu, sans qu'on m'appelle pour me "questionner ou m'interroger". Deux heures après, on m'a demandé de remettre mon téléphone portable et ma carte d'identité, ce que j'ai fait.

Vers 13h, un enquêteur s'est montré et m'a demandé de le suivre. Nous nous sommes assis dans une autre pièce glaciale où il a bavardé avec moi assez longuement sur le Printemps arabe, la révolution égyptienne et la réconciliation inter-palestinienne.

Je lui ai dit que j'étais optimiste sur le Printemps arabe qui, ai-je argumenté, était un atout stratégique certain pour la cause palestinienne.

L'enquêteur s'est mis à fustiger les partis islamiques dans le monde arabe, laissant entendre que leur arrivée au pouvoir dans nombre de pays arabes n'avait été possible que grâce à l'intervention américaine.

Les Frères Musulmans en Egypte ont reçu plus que leur part du vitriol de l'enquêteur, probablement à cause de l'association étroite du Hamas avec la Confrérie.

Il a souligné que les Frères musulmans étaient pratiquement des traîtres puisqu'ils allaient semble-t-il respecter le traité de Camp David avec Israël. Je lui ai répondu, "Donnons-leur leur chance."

J'étais tenté de lui rétorquer que son OLP, qui a signé les accords d'Oslo, a reconnu Israël sans recevoir une reconnaissance israélienne réciproque d'un Etat palestinien putatif et que les Egyptiens ne pouvaient pas devenir plus palestiniens que les Palestiniens eux-mêmes.

Cependant, il était très clair depuis le début que la logique de la puissance, et non la puissance de la logique, était le langage du jour.

Après le bavardage sympa sur le Printemps arabe et la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, on m'a rendu ma carte d'identité et mon portable, ce que j'ai pris comme le signe que je pouvais rentrer chez moi.

Mais alors que j'étais en voiture, j'ai reçu un appel de la sécurité préventive, m'avertissant sur un ton menaçant que je devais immédiatement revenir parce l'interrogatoire n'était pas terminé.

J'y suis donc revenu pour être confronté à un autre fonctionnaire de la sécurité qui a essayé de me mettre plus bas que terre, me disant avec insolence, "Quand cesserez-vous d'insulter et de fomenter contre l'Autorité palestinienne ?"

Je lui ai dit que j'étais journaliste et que je ne me livrais ni à la calomnie ni à la diffamation. J'ai ajouté que s'il avait la moindre preuve contre moi, il pouvait me poursuivre en justice.

Il m'a répondu alors, "Dans un de vos entretiens à la télévision, vous avez fait allusion à Ismael Haniyeh (le Premier ministre du gouvernement Hamas basé à Gaza) comme au Premier ministre légitime et c'est en soi une insulte, une calomnie et une diffamation de l'Autorité palestinienne."

Je lui ai dit que ce qu'il avançait était totalement illogique et que de plus, son interrogatoire était une violation patente de la loi.

Selon la loi palestinienne sur la presse, "les services de sécurité n'ont pas le droit de questionner, interroger, détenir ou arrêter un journaliste palestinien pour des motifs liés à son travail."

Il m'a répondu que ce qu'il faisait était parfaitement compatible avec la loi et qu'il continuerait de me convoquer tous les jours pour m'humilier.

Je lui ai dit que je connaissais la loi avant même sa naissance. Ça l'a rendu furieux. Une heure et demi plus tard, un autre officier est arrivé, avec une autre convocation pour le samedi 7 janvier.

Le jour prévu, je me suis présenté au quartier général de la sécurité. On m'a fait attendre plusieurs heures, à mon avis pour me montrer qui commande.

Je pense que l'objectif principal de ces convocations récurrentes est de me forcer à m'auto-censurer.

J'ai écrit une lettre ouverte au président de l'AP Mahmoud Abbas, lui disant qu'il était temps qu'il rende les services de sécurité responsables du respect de la loi. Je lui ai expliqué que nous, Palestiniens, devions choisir entre la primauté de la loi ou la loi des Baltagiya ou Shabbiha (voyous).

J'ai également discuté avec le directeur de l'Association palestinienne de la Presse. Il a promis de mettre fin au problème dans les prochaines heures. Mais j'attends toujours.

Dans la salle d'attente, j'ai rencontré deux étudiants qui m'ont dit avoir été maltraités et battus sur des accusations d'affiliation au Bloc islamique étudiant.

L'un des deux, dont le nom de famille est Awadi, fils d'une famille réfugiée qui habitait avant à Ramleh, dans ce qui est maintenant Israël, m'a dit qu'on lui avait infligé un traitement criminel.

"Dans n'importe quel autre pays, un enquêteur impliqué dans le genre de tabassage que nous avons subi serait licencié, poursuivi et puni. Et nous obtiendrions des indemnisations. Mais vous voyez, nous sommes quotidiennement persécutés alors que le Fatah et le Hamas continuent de discuter de Musalaha (réconciliation nationale)".

L'autre étudiant, qui est originaire du village Kharas, près d'Hébron, et fait des études d'informatique à l'Institut polytechnique, m'a dit qu'il a été convoqué plus de 12 fois en moins d'un mois et qu'il a dû abandonner le semestre en cours.

J'ai demandé aux deux étudiants s'ils étaient accusés de choses graves, comme la possession d'armes à feu illégales. Ils m'ont répondu que non, et que leur seul crime était leur affiliation supposée au Bloc islamique étudiant.

Ils m'ont demandé de parler de leur sort, ajoutant que le Hamas ne devait en aucun cas signer des accords de réconciliation avec le Fatah tant que des prisonniers politiques gonfleraient les geôles de l'Autorité palestinienne.


Traduction : MR pour ISM

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