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Usa/Iran -

Les stratégies creuses des hommes creux

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Après un regard collectif dans l'abîme, le Moyen-Orient semble respirer un peu mieux aujourd'hui. C'est, bien sûr, un soulagement très relatif. Téhéran et Washington ont peut-être pris un peu de recul par rapport à une véritable confrontation, mais la région tout entière, aussi anarchique et chaotique qu'elle l'était déjà, l'est encore plus après l'assassinat du général iranien Qasem Soleimani par les Etats-Unis à Bagdad la semaine dernière.

Les stratégies creuses des hommes creux

Des Palestiniens assistent à une cérémonie de deuil pour le général iranien assassiné Qasem Soleimani à Gaza-ville, le 4 janvier (Ashraf AmraAPA images)
Il est peu probable qu’on oublie l'assassinat, même après que l'Iran ait montré la précision de ses missiles en évitant toute perte dans les frappes contre les bases américaines en Irak mercredi.

Dans cette confrontation, un jet ukrainien avec 176 passagers à bord fait semble-t-il partie des "dommages collatéraux".

Un retour "à la normale" a vu Israël bombarder à nouveau la Syrie - pour la 100e fois depuis 2011 - alors que les nombreuses guerres par procuration de la région continuent de se dérouler.

La Syrie, l'Irak, la Libye et le Yémen (presque oublié) constituent les principales arènes de ces mini-conflits qui, depuis une semaine, ont brièvement menacé de ressembler au bon vieux temps.

La retenue est son propre pouvoir

Et qu'est-ce qu’on a appris ?

L'Iran est à la fois plus et moins puissant qu'on le supposait.

La vengeance de l'Iran n'a pas été à la hauteur de sa rhétorique enflammée. Selon tous les rapports, la réponse réelle de Téhéran à l'assassinat de Soleimani - pour lequel son successeur a menacé d'"incendier les endroits que les Américains aiment" - s'est résumée à une escadrille de missiles balistiques tirés sur deux bases américaines, avec un avertissement à se tenir prêt au gouvernement irakien.

On n’a annoncé ni blessé ni tué.

Mais la retenue est son propre pouvoir. Personne, surtout pas à Téhéran, ne pense un seul instant que les capacités militaires conventionnelles de l'Iran sont à la hauteur de celles des États-Unis.

Après tout, c'est un pays qui a souffert et continue de souffrir, depuis des décennies, de sanctions punitives.

Son matériel militaire est en grande partie obsolète. Sa menace militaire est aussi largement surestimée par des éléments en Israël et dans le Golfe pour qui le fait de présenter une menace imminente de la part des dirigeants chiites de l'Iran sert leurs propres intérêts.

D'autre part, sanctions punitives ou non, l'Iran a également prouvé que ses missiles sont capables d'atteindre l'endroit qu'ils veulent atteindre.

Et bien sûr, l’Iran a des alliés et des amis, au Liban, en Syrie, à Gaza et en Irak, grâce à l’invasion américaine qui s'y est déroulée en 2003 sous de faux prétextes.

La retenue de Téhéran est en fin de compte une soumission à la réalité. Les dirigeants iraniens travailleront dans la limite de leurs capacités.

Ce n'est pas fini. L'Iran n'a jamais eu l'intention de s'opposer directement aux États-Unis. Sa stratégie est à beaucoup plus long terme.

Le pouvoir est tout

Ce qui fait que la direction de l'Iran est tout le contraire du président américain.

D'une certaine façon, la vision de Donald Trump sur les relations internationales est d'une simplicité rafraîchissante.

Si vous avez le pouvoir, vous avez une voix. Tout le reste n’est que bavardage. D'où son mépris total pour les institutions multinationales comme les Nations Unies et le droit international.

D'où ses demandes à l'Europe et à l'OTAN de "passer à la vitesse supérieure".

D'où également son respect apparent pour des dirigeants comme Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, qui n'ont pas peur de déployer leurs muscles militaires à l'étranger, que ce soit dans leur propre "arrière-cour" (Ukraine et Syrie respectivement) ou beaucoup plus loin (Syrie et Libye respectivement).

Le problème de l'exercice d'un pouvoir presque incontesté est la complaisance. Et Trump a montré à maintes reprises que, s'il est prêt à utiliser le pouvoir - pour déchirer des accords commerciaux, enfermer des immigrants, bombarder des pays étrangers, assassiner des étrangers - il est beaucoup moins intéressé à consacrer des heures à l'élaboration d'une stratégie d'accompagnement.

Pourquoi s'embêter avec la stratégie quand on a autant de pouvoir ? Trump peut allumer un feu et l'éteindre, en revendiquant tout le mérite.

En effet, s'il y a un bon côté à la semaine dernière, c'est peut-être que Washington pourrait maintenant être plus disposé à faire de la diplomatie avec Téhéran, pour enfin éteindre le feu que l'administration Trump a allumé lorsqu'elle s'est retirée de l'accord nucléaire en 2018.

C'est du cinéma efficace. Comme les feux d'artifice, il nous laisse tous ébahis. Mais au final, c'est creux.

La situation -avec le Mexique, avec la Syrie, avec la Corée du Nord, avec l'Iran- demeure. Les fondamentaux restent inchangés.

Les leçons pour la Palestine

Le fait que Trump soit un froussard servile devant les hommes puissants explique aussi en partie sa position sur la Palestine.

Les Palestiniens n'ont pas de pouvoir et donc pas de voix. La question principale pour Trump sur la Palestine semble être comment il peut aider son ami, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (qu'il semble admirer de prendre du plaisir à bombarder des civils sans défense à Gaza pour les réduire en miettes quand il a besoin des votes) à se faire réélire.

Avec deux élections israéliennes l'année dernière, Trump a eu de nombreuses occasions de prouver sa générosité et il n'a jamais échoué.

Tout d'abord, il a accordé la bénédiction des États-Unis à l'annexion de Jérusalem par Israël. Ensuite, il a reconnu l'annexion par Israël du plateau du Golan.

Ensuite, il a donné à Israël le feu vert pour poursuivre la construction de colonies dans le territoire palestinien occupé.

Aujourd'hui, M. Trump réfléchirait à la possibilité de rendre publics l’accord de paix qui-mettra-fin-à-tous-les-accords-de-paix tant attendu (et tant tourné en dérision) de son administration avant les troisièmes élections israéliennes prévues en mars.

La question pour Trump et Netanyahou - qui partage avec son bienfaiteur américain un dédain pour la prospective - n'est pas de savoir ce qui va se passer avec les millions de personnes privées de leurs droits sous le régime israélien, mais comment assurer non seulement la réélection de Netanyahou mais aussi son immunité contre les poursuites pour corruption.

Que l'avenir soit damné.

La tentation pour les Palestiniens, comme elle semble l'être pour l'Iran et une grande partie du reste du monde, est simplement de rester assis, de laisser passer la tempête et d'attendre que Trump s'en aille au coucher du soleil, que ce soit plus tard cette année ou dans cinq autres.

Contrairement à l'Iran (et au reste du monde), les Palestiniens regardent le sol littéralement disparaître sous eux.

La sagesse ne réside pas toujours dans la retenue. Les Palestiniens peuvent avoir besoin de trouver des réponses radicales.


Source : The Electronic Intifada

Traduction : MR pour ISM

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