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Palestine - ISM France

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Egypte -

Mettre un nom sur des blessés de Gaza

Par

Eva Bartlett est canadienne, elle milite pour les droits de l'homme et a passé 8 mois, en 2007, dans des communautés de Cisjordanie. Article écrit du Caire et paru dans la rubrique "Live from Palestine", Electronic Intifada du 9 juillet 2008

Cloué au lit mais conscient, presque paralysé et sans aucune sensation à partir de la taille, Abdul Raman (surnommé Abed), 16 ans, est l'un des centaines de Palestiniens blessés par les bombardements intensifs sur Gaza entre le 27 février et le 3 mars 2008, pendant l'opération appelée "Hiver chaud" par Israël.

Mettre un nom sur des blessés de Gaza

Selon un rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé, pendant cette période, l'armée israélienne a tué au moins 116 palestiniens, dont la moitié étaient des civils et plus d'un quart des enfants, dont deux bébés de 6 mois et de 20 jours, et en a blessé 350.

Des recensements ultérieurs ont porté le nombre des tués à 150, dont plus de 55 le même jour. La moitié des victimes et des blessés étaient de Jabaliya, le camp de réfugiés où est né Abed et qu'il a appelé "chez moi" toute sa vie.

Le 2 mars à 11h, Abed était sur le toit de sa maison, observant les chars israéliens en train d'envahir le camp. Aucun couvre-feu n'a été annoncé, et il ne s'est pas rendu compte de la présence de soldats sur le toit voisin.
Un sniper israélien lui a tiré dans le dos une balle qui est entrée dans sa moelle épinière, lui brisant trois vertèbres ; il est resté sur le toit, paralysé et saignant, pendant un quart d'heure, avant que son jeune frère ne le trouve.

Le gamin de 13 ans a traîné Abed dans les escaliers jusqu'à l'appartement familial, esquivant d'autres balles. A l'extérieur, l'invasion continuait, empêchant les ambulances de venir chercher Abed. Trois heures après qu'il ait été blessé, l'adolescent a pu finalement être transporté à l'hôpital de Gaza-ville où les médecins, après avoir examiné sa blessure, ont été étonnés qu'il soit encore vivant. Dans l'incapacité de lui donner les soins d'urgence adéquats à Gaza, ils l'ont immédiatement mis dans une ambulance de transfert d'urgence via le terminal frontalier de Gaza pour l'Egypte.

Etant donné le nombre élevé de victimes, le carrefour de Rafah – virtuellement fermé continuellement depuis juin 2007 lorsqu'Israël a imposé la fermeture totale de Gaza – a été ouvert temporairement pour permettre à quelques blessés graves de passer en Egypte pour être soignés dans les hôpitaux égyptiens.

A cause du siège et de son impact préjudiciable sur les médicaments essentiels et équipements en état de marche disponibles, les hôpitaux de Gaza ne sont pas en mesure de répondre aux besoins des malades. Parmi les plus grièvement blessés, Abed a été transporté à l'hôpital d'Al-Arish, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière de Rafah, puis à l'hôpital Nasser du Caire, où il est arrivé plus de 15 heures après avoir été touché par le sniper israélien.


Quatre mois plus tard, Abed est étendu, maigre et pâle, se demandant ce qui lui est arrivé, et attendant une série d'opérations qui pourraient améliorer son état.

Les opérations destinées à consolider les vertèbres brisées et à fermer le trou de la balle dans la moelle épinière ont des chances minimes de succès et ne lui garantiront que le luxe de s'asseoir dans un fauteuil roulant pour le restant de ses jours.

Le docteur Saleh Abu Sobheh, le chirurgien qui a examiné Abed à l'Hôpital Palestine du Caire pendant une période, est plus pragmatique : "La chirurgie de la colonne vertébrale est une procédure à haut risque. Abed restera paralysé toute sa vie, et nous aurons de la chance si l'opération ne lui provoque pas de lésions cérébrales".

En le voyant à l'hôpital, on pourrait croire qu'il a toujours été mince et maladif, et non un jeune garçon qui jouait au football et levait des poids tous les jours. Le sport faisait partie des activités qu'il n'acceptait pas de se voir interdire par le siège israélien. Aujourd'hui, il peut à peine soulever une bouteille d'eau.

Samir (qui préfère être connu sous son prénom), comptable et humanitaire égyptien, aide bénévolement les malades palestiniens de Gaza au Caire ; il va les voir dans les différents hôpitaux pour vérifier qu'ils reçoivent bien le traitement adéquat et qu'ils sont en mesure de payer leurs soins. Il s'est occupé d'Abed depuis son arrivée au Caire et s'est entretenu avec les médecins. Il explique que "la première opération consistera au renforcement des vertèbres par une sorte de tige métallique".

Sans ce renforcement, même le poids le plus infime de sa masse corporelle maintenant décharnée mettrait une pression énorme sur ce qui reste de ses vertèbres et provoquerait davantage de dommages.

Samir ajoute : "Les deux opérations auront lieu la même semaine. Des échantillons de la moelle d'Abed, prélevés il y a deux mois, seront réinjectés dans le trou causé par la balle". Comme le docteur Saleh, Samir est inquiet, il sait que c'est "une chirurgie hautement expérimentale".

Les perspectives d'Abed ne sont pas nombreuses : rester cloué au lit pour la vie ou prendre le risque d'un dommage cérébral en tentant de regagner quelques sensations à partir de la taille et être capable de s'asseoir.

Dans l'un ou l'autre cas, selon le docteur Saleh, "les gens qui souffrent de blessures à la colonne vertébrale développent habituellement une maladie respiratoire". De toutes façons, son avenir ne recèle pas beaucoup d'espoir à bercer pendant ses longs jours d'attente. Il est un parmi les très nombreux blessés de Gaza qui sont devenus des nombres noyés dans les statistiques.

Celui qui s'occupe actuellement de lui est "Oncle" Rahme, un Palestinien sans lien de parenté avec lui, et qui a venu au Caire depuis Jérusalem pour superviser le traitement médical de ses deux nièces. Bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés auparavant, Oncle Rahme a eu pitié de l'isolement et de la dépendance d'Abed. "Bien sûr que j'aide Abed. Son père n'est pas autorisé à quitter Gaza, et il n'a pas de famille ici. Je suis là, je fais ce que je peux pour lui. Mais il est très malheureux d'être loin de sa famille – il n'a pas l'habitude."

Depuis qu'il est arrivé au Caire, Abed a été transféré dans cinq hôpitaux différents, pour des questions de traitement spécialisé et de coût. Oncle Rahme a suivi Abed de l'Hôpital Palestine, au Caire, à l'Hôpital Al-Farook, à Maadi, dans la banlieue de la capitale égyptienne. Mais dans quelques jours, lorsque Oncle Rahme repartira à Jérusalem, Abed sera seul pour supporter ses blessures et sa paralysie : les tentatives de son père d'obtenir un permis de sortie de Gaza pour être aux côtés de son fils n'ont pour l'instant rien donné.


A l'étage en dessous de celui d'Abed, Ziyad Hashan, 34 ans, est allongé, attendant que son intestin cicatrise suffisamment pour procéder à une colostomie, procédure indispensable après une blessure à l'intestin. Son bassin a commencé le lent chemin vers la guérison, le temps est le seul médicament, et ses blessures à l'urètre et à la vessie ont été opérées à Gaza. Pourtant, il doit attendre encore trois mois avant que les médecins puissent entreprendre une colostomie.

Les blessures compliquées de Ziyad sont le résultat d'une attaque israélienne sur Khan Younis, en mars dernier. Un peu avant 4h du matin, Ziyad s'était rendu chez ses parents, la porte à côté, pour aller avec son père faire les prières du matin. Quatre tirs ont résonné, l'un d'entre eux le blessant au pubis. Il n'a jamais pu aller rejoindre son père, qui l'attendait à la mosquée.

L'armée israélienne maintient, dans des déclarations à l'avocat de Ziyad basé à Gaza, qu'il a été pris au milieu de tirs entre l'armée et les combattants palestiniens à Gaza.

Son père, qui a été autorisé à accompagner Ziyad de Gaza au Caire pour les soins, raconte : "Il n'y avait pas de tirs. J'ai quitté la maison cinq minutes avant que Ziyad soit blessé. Je n'ai rien entendu. Il ne serait pas sorti de chez lui s'il y avait eu des tirs." Au lieu de cela, dit-il, des unités israéliennes clandestines étaient en civils, se faisant passer pour des Palestiniens. Ziyad n'a rien remarqué d'inhabituel.

Après les tirs, le père de Ziyad raconte que lui et un autre de ses fils ont porté Ziyad pendant 500 mètres ; les ambulances ne pouvaient pas approcher à cause d'un avion de tir israélien qui survolait le secteur. "Ziyad a perdu tellement de sang qu'il a failli mourir." Pourtant, il considère qu'il a eu de la "chance" que quelqu'un puisse le mettre en sécurité. Dans le même incident, un voisin a été tué par les tirs, et un autre blessé à l'avant-bras.

Ziyad travaillait avant à l'aéroport de Gaza, jusqu'à ce qu'il soit fermé par Israël. Depuis lors, il a du mal à mettre sur la table suffisamment de nourriture pour ses trois jeunes enfants.

Et cela deviendra encore plus un problème avec les dépenses médicales continues de Ziyad qui, une fois qu'il quittera l'hôpital, feront de lui un poids. Même après la chirurgie, il aura encore besoin d'examens réguliers pour vérifier son état et sa cicatrisation.

L'avocat de la famille a contacté un avocat israélien qui envisage de porter plainte contre l'armée israélienne pour avoir tiré sur un civil non armé. Ziyad, peut-être rendu silencieux par ses blessures et sa dépression, est moins véhément que son père, qui souligne l'injustice : "C'est juste un citoyen normal qui est allé frapper à la porte de ses parents pour aller prier."

Le siège d'Israël, soutenu par les USA et l'Union Européenne, a fait plus que paralyser Gaza. Des Palestiniens blessés, comme Ziyad et Abed, ainsi que des centaines d'autres qui souffrent de cancer et de maladies chroniques hépatiques, rénales et cardiaques ne peuvent être soignés en dehors de Gaza.

Le Comité Populaire Contre le Siège, basé à Gaza, a établi une liste de plus de 180 malades de Gaza qui sont morts au cours de l'année dernière (*) du manque de chirurgie et de médicaments à cause des bouclages imposés par Israël.

Le docteur Saleh souligne qu'étant donné les circonstances, "la qualité des soins d'urgence dans les hôpitaux de Gaza est phénoménale." Cependant, il ajoute que des opérations chirurgicales et des traitements pour maladies graves sont hors de question.

Selon lui, "ce dont nous avons vraiment besoin, c'est que des médecins étrangers viennent à Gaza. Avant le siège, des spécialistes avaient l'habitude de venir dans les hôpitaux de Gaza partager leur savoir-faire et leurs techniques avec les médecins de Gaza." Depuis le siège, c'est pratiquement impossible.

Abed et Ziyad cloués sur leur lit d'hôpital du Caire en attendant une opération chirurgicale sont juste deux victimes sans visage, le témoignage de l'agonie des Palestiniens de Gaza confrontés à des attaques militaires continues et à un siège cruel qui a été largement ignoré et minimisé par la communauté internationale.

Abed espère pouvoir un jour s'asseoir dans un fauteuil roulant avec son père à côté de lui, et, comme Ziyad, il veut voir la fin du siège israélien et des attaques qui l'ont emmené ici.

(*) Au 8 août, ce chiffre s'élevait à 233.

Appel de soutien à Abed.


Source : Electronic Intifada

Traduction : MR pour ISM

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