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Nation arabe -

Muḥammad Rashîd Riḍâ : « La réforme commence par la presse et l’éducation »

Par

Muḥammad Rashîd Riḍâ fut l’étudiant le plus éminent du professeur Muḥammad ʿAbduh dont il devint le successeur après sa mort. Il porta l’étendard de la réforme et du renouveau. Il insuffla un esprit nouveau dans la oumma. Il fit bouger les inactifs et alarma les distraits.

Muḥammad Rashîd Riḍâ :  « La réforme commence par la presse et l’éducation »

Rashîd Riḍâ, qu’Allâh lui accorde Sa Miséricorde, avait plusieurs facettes et qualités. Penseur islamique jaloux de sa religion et journaliste perspicace, il créa la revue al-Manâr qui eut un impact décisif sur la pensée islamique. Rashîd Riḍâ était un écrivain éloquent qui publia dans différents journaux, un brillant exégète du Coran, un des plus sûrs transmetteurs de ḥadîth de son époque, un lettré et un linguiste. Il était également un orateur passionné faisant vibrer le minbar (1), un homme politique s’occupant lui-même des préoccupations de la oumma, et un enseignant souhaitant la réforme et le progrès de cette oumma.

En résumé, Rashîd Riḍâ fut l’un des pionniers de la réforme islamique qui est apparue dans la seconde moitié du XIXème siècle. Les pionniers de la réforme islamique ont tous travaillé au réveil de la oumma afin qu’elle retrouve sa grandeur passée, sa force basée sur la voie droite de l’islam et sur la perspicacité des accomplissements de son époque.

Naissance et éducation

Muhammad Rashîd ibn ʿAlî Riḍâ est né le 23 septembre 1865 dans le village d’al-Qalamûn, se situant sur la côte méditerranéenne au pied du Mont Liban, à environ cinq kilomètres de Tripoli (Liban). Il appartiendrait à une noble famille de la lignée prophétique. Ses origines remonteraient à la famille d’al-Ḥusayn ibn ʿAlî, qu’Allâh soit satisfait d’elle.

Son père, ʿAlî Riḍâ, était le cheikh d’al-Qalamûn et l’imam de sa mosquée. Il se chargea personnellement de l’éducation de son fils. Rashîd Riḍâ mémorisa le Coran et apprit les bases de la lecture, de l’écriture et du calcul. Il se rendit ensuite à Tripoli où il intégra l’école primaire ar-Rashîdiyya qui dépendait de l’État ottoman. Il y apprit la grammaire, la conjugaison, les principes de la géographie et du calcul. L'enseignement y était dispensé en langue turque. Il y resta scolarisé un an, puis, en 1882, rejoignit l’école nationale islamique de Tripoli dont le niveau était plus élevé que celui de l’école ar-Rashîdiyya.

L’enseignement y était dispensé en arabe. Cet établissement accordait une importance particulière à l’enseignement de la langue arabe, des sciences de la loi divine, de la logique, des mathématiques et de la philosophie naturelle. L’école fut fondée et dirigée par le cheikh Ḥusayn al-Jisr qui fut un éminent savant du Bilâd as-Shâm (2) et l’un des pionniers de la nahḍa culturelle arabe. Le cheikh al-Jisr estimait que l’amélioration de la situation de la oumma et son élévation parmi les autres nations ne pouvaient se faire qu’en unissant les sciences religieuses et les sciences d’ici-bas, à la manière des Européens, en développant une éducation islamique nationale.

L’école ferma ses portes. Les étudiants se dispersèrent au sein d’autres écoles, excepté Rashîd Riḍâ dont les liens avec le cheikh Ḥusayn al-Jisr s’étaient raffermis. Rashîd Riḍâ rejoignit le cercle du cheikh al-Jisr et suivit ses cours. Le cheikh trouva en son disciple l’intelligence et la compréhension. En 1897, le cheikh al-Jisr lui donna la permission d’étudier les sciences de la loi divine, les sciences rationnelles et les sciences arabes. Dans le même temps, Rashîd Riḍâ étudia le ḥadîth et sa transmission avec le cheikh Maḥmûd Nushshâba. Parallèlement, il s’appliqua à suivre les cours d’un groupe de savants de Tripoli parmi lesquels le cheikh ʿAbd al-Ghanî ar-Râfiʿî, Muḥammad al-Qâwajî et Muḥammad al-Ḥusaynî.

Dans son village

Après s’être armé des sciences et des connaissances, son petit village d’origine, al-Qalamûn, devint le centre de son appel à la réforme. Rashîd Riḍâ dispensa des cours et des sermons à la mosquée de manière simple, sans prose rimée comme il était courant de le faire à cette époque. Il choisissait des versets du Coran dont il embellissait l’énonciation pour le public. Il facilitait la compréhension du fiqh et combattait les innovations qui étaient répandues parmi les habitants de son village.

Cheikh Rashîd Riḍâ ne se satisfaisait pas uniquement des personnes qui assistaient à ses cours. Il allait vers les gens, dans leurs assemblées, notamment dans les cafés au sein desquels ils avaient l’habitude d’aller boire leur café et fumer le narguilé. Rashîd Riḍâ n’avait pas honte de s’asseoir avec eux, de faire l’apologie de l'islam et de leur recommander la prière. Cette politique originale porta ses fruits. Nombreux sont ceux qui se repentirent et qui exprimèrent de l’intérêt pour l’accomplissement des obligations religieuses prescrites par la Révélation. Rashîd Riḍâ invita les femmes à se joindre à un cours qui leur était réservé dans sa propre maison. Il leur prodigua des leçons dans les domaines de la purification légale, des actes d’adoration, des mœurs et quelques notions sur le dogme.

Sa relation avec le cheikh Muḥammad ʿAbduh

Au moment où Rashîd Riḍâ étudiait à Tripoli, cheikh Muḥammad ʿAbduh vint s’installer au Liban après avoir été contraint de s’exiler en raison de sa participation à la Révolution ʿurabite (3). Muḥammad ʿAbduh enseigna à l’école sultanienne (al-madrasa as-sulṭâniyya) de Beyrouth. Il dispensa des cours qui attirèrent nombre d’étudiants grâce à ses idées novatrices et à ses présentations intelligentes. À l’époque, Muḥammad ʿAbduh avait pris ses distances avec l'action politique. Il estimait que l’éducation était le meilleur chemin vers la réforme et l’élévation. Il concentra donc tous ses efforts sur l'éducation.

Bien que le cheikh Muḥammad ʿAbduh séjourna relativement longtemps à Beyrouth, Rashîd Riḍâ n’eut pas l’occasion d’étudier à l’école sultanienne, ni d’entrer en contact direct avec lui, ni de suivre ses enseignements. L’étudiant Rashîd Riḍâ était impressionné par Muḥammad ʿAbduh. Il était soucieux de suivre ses traces dans le chemin de la réforme. Il le rencontra à deux reprises à Tripoli lorsque Muḥammad ʿAbduh vint visiter la ville à la demande de personnages importants de la capitale du nord du Liban. Les liens entre les deux hommes se raffermirent. Rashîd Ridâ s’attacha à Muḥammad ʿAbduh. Il avait foi en lui car ʿAbduh était considéré comme le meilleur disciple de Jamâl ad-dîn al-Afghânî dans le domaine de la réforme et du réveil de l’Orient après des siècles d’inertie.

Rashîd Ridâ tenta d’entrer en contact et de rencontrer Jamâl ad-dîn al-Afghânî. Mais ses efforts se limitèrent à une correspondance dans laquelle il lui exprimait son admiration. Al-Afghânî vivait à Istanbul comme un oiseau privé de ses ailes qui ne pouvait plus s’envoler. Il demeura sous le contrôle de l'État ottoman jusqu’à sa mort en 1897, sans que le rêve de Rashîd Ridâ de devenir son étudiant ne se réalise.

Au Caire

Rashîd Ridâ ne trouva d’autre issue pour travailler à la réforme que d’émigrer en Égypte et de travailler aux côtés de Muḥammad ʿAbduh. Il arriva à Alexandrie le 3 Janvier 1898. Après avoir passé quelques jours à visiter certaines villes égyptiennes, il se rendit au Caire où il prit aussitôt contact avec Muḥammad ʿAbduh. Une nouvelle étape, plus productive et plus influente sur sa pensée et sa méthode réformatrice, commença pour Rashîd Ridâ.

Moins d'un mois après son arrivée au Caire, il expliqua à son maître qu’il souhaitait faire de la presse le champ d’action de sa réforme. Une longue discussion eut lieu entre les deux imams concernant la politique de la presse et son impact sur la société. Il convainquit son maître que le but de la création de son journal était l’éducation et la transmission des idées justes pour lutter contre l’ignorance, les superstitions et les innovations. Il affirma qu’il était prêt à dépenser de l’argent pendant un an ou deux sans faire de bénéfices.

La revue al-Manâr

Le premier numéro de la revue al-Manâr fut publié en mars 1898. Rashîd Ridâ était soucieux de respecter les objectifs de la revue qui étaient : la réforme religieuse et sociale de la oumma ; montrer que l’islam n’était pas en contradiction avec la raison, la science et les intérêts des êtres humains ; la dissipation des doutes concernant l’islam et la réfutation de ce qu’on lui attribuait comme superstitions.

En parallèle des articles dédiés à la réforme, la revue consacrait une partie de ses pages au tafsîr du Coran de cheikh Muḥammad ʿAbduh et une autre aux fatâwâ et aux réponses aux questions doctrinales et juridiques des lecteurs. Les autres parties de la revue s’intéressaient aux nations musulmanes, aux grands personnages intellectuels et politiques du monde arabe et islamique, et à la liberté du Maroc, de l’Algérie, du Bilâd as-Shâm et de l’Inde.

La revue fut particulièrement bien accueillie. Au bout de cinq années d’édition, elle s’était largement propagée dans le monde islamique. Le nom de Rashîd Ridâ se fit connaître à tel point qu’il était surnommé « Rashîd Ridâ le directeur d’al-Manâr ». Tout le monde connaissait sa valeur et son savoir. De même, les ʿulamâʿ étaient avides de sa science. Sa revue devint la première revue islamique du monde musulman.

Cheikh Rashîd Ridâ était le rédacteur de la plupart des articles de la revue. C’était un savant possédant un savoir encyclopédique. Il connaissait le patrimoine islamique et les sciences coraniques. Il avait de grandes connaissances dans les domaines de la jurisprudence islamique et de la tradition prophétique. Il connaissait les conditions dans lesquelles évoluait la société et le rôle joué par l’histoire islamique. Il connaissait également l’état des musulmans dans les différents pays islamiques.

Sa méthode pour la réforme

Rashîd Ridâ écrivit cent articles et études dont le but principal était l’élaboration de moyens devant permettre le redressement et le raffermissement de la oumma islamique. Il visait principalement les ʿulamâʿ et les gouvernants qui étaient les têtes pensantes de la oumma. Il pensait que si l’état de ces ʿulamâʿ et de ces dirigeants était satisfaisant celui de la oumma le serait également. À ce sujet, il expliquait : « Si tu vois au sein de la oumma le mensonge, la falsification, l’hypocrisie, la haine, la jalousie et ce qui leur ressemble comme vices, condamne ses princes et ses gouvernants pour leur tyrannie et leur injustice et accuse ses ʿulamâʿ d’innovation et de corruption, et vice-versa ».

Rashîd Ridâ proposa de rédiger un livre pour éliminer les causes de la division parmi les musulmans. Ce livre devait comporter l’ensemble de ce sur quoi les musulmans, de toutes les tendances confondues, s’étaient mis d’accord concernant des questions relatives à la bonne compréhension de la doctrine, à la réforme de la morale ou aux bienfaits de l’action. Il devait éviter les points de désaccord entre les grandes écoles musulmanes comme le chiisme. Une copie du livre devait être envoyée dans chaque pays islamique et les musulmans devaient être incités à étudier ses enseignements.

Il demanda la rédaction de livres dont le but était la standardisation des décisions juridiques. Les ʿulamâʿ devaient se charger de l’élaboration de ces livres qui avaient vocation à être en accord avec les différentes tendances islamiques et avec les données de leur époque. Ces livres devaient être envoyés à l’ensemble des ʿulamâʿ musulmans qui avaient pour tâche de donner leur consentement, d’aider à leur diffusion et d’appliquer leurs décisions.

L’éducation

Rashîd Ridâ était un fervent partisan de la réforme par l’éducation. Il était parfaitement d'accord avec les propos de cheikh Muḥammad ʿAbduh concernant la centralité de l’éducation : « La félicité des nations se trouve dans les actions et l’intégralité de leurs actions dépend de la propagation de la science et des connaissances ».

Rashîd Ridâ sélectionna les savoirs qu’il estimait nécessaires pour l’éducation et pour la réforme. Il incita les gens à acquérir ces savoirs parmi lesquels les connaissances de la théologie, de la jurisprudence dans les domaines du licite et de l’illicite et des actes d’adoration, de l’histoire, de la géographie, de l’économie, de l’économie domestique, de la santé et de l’hygiène, de la langue du pays et de l’écriture.

Il ne se contenta pas de son rôle de conseiller. Il créa l’école Dâr ad-daʿwa wal-irshâd. De cette école sortit des prédicateurs formés à la diffusion de la religion musulmane. Les étudiants choisis étaient des élèves pieux spécialisés en sciences islamiques et venant de différents pays musulmans, avec une préférence pour ceux qui possédaient un fort désir de savoir, notamment les étudiants originaires de Java et de Chine. L’école finançait les dépenses pour le logement et la nourriture des étudiants. Elle veillait particulièrement à ce que les étudiants s’attachent à l’éthique et à la moralité islamiques ainsi qu’aux actes d’adoration. Elle se chargeait également de leur apprendre le tafsîr, le fiqh et le ḥadîth. En revanche, elle n’enseignait pas ce qui n’apportait rien d’utile à la moralité et aux nobles comportements. De même, l’école ne s’occupait pas de politique. Les étudiants prédicateurs étaient ensuite envoyés dans la plupart des pays musulmans pour enseigner l’islam.

Les portes de l’école furent ouvertes durant la nuit de la fête du mawlid nabawî (4) 1912 au Caire. Les cours débutèrent dès le lendemain de la célébration. L’école accueillait des jeunes étudiants âgés de vingt à vingt-cinq ans qui avaient déjà atteint un certain niveau d’enseignement.

L’école avait besoin d’aides et de soutiens. Rashîd Ridâ tenta de faire appel à l’Empire ottoman pour permettre la continuité et la survie de son projet mais il échoua. La Première Guerre mondiale éclata et mit fin à ce projet. Les cours cessèrent et l’école ferma ses portes pour ne plus jamais les rouvrir.

Ses écrits

La revue al-Manâr fut sans aucun doute sa plus grande œuvre. Elle fut régulièrement publiée de 1899 à 1935. Elle se compose de 33 volumes pour un total de 160 000 pages. La revue fut diffusée en Europe, à Istanbul, en Inde et au hijâz. Elle œuvra dans différents domaines islamiques.

Parmi les écrits les plus importants de Rashîd Ridâ, signalons le tafsîr d’al-Manâr. Il acheva le travail entrepris par le cheikh Muḥammad ʿAbduh qui s’était arrêté au cent-vingt-cinquième verset de la sourate Les Femmes. Rashîd Ridâ continua son tafsîr jusqu’à la sourate Yusûf. Il mourut avant d’avoir pu terminer son tafsîr du Coran. Nous lui devons également les ouvrages : La révélation muhammadienne, L’appel au sexe faible, L’histoire du professeur et imam, Le califat, Les sunnites et les chiites ou encore Les rituels du hajj.

La mort du cheikh

À la fin de sa vie, le cheikh Rashîd Ridâ avait d’importants liens avec le Royaume d’Arabie saoudite. Il se rendit en voiture à Suez afin de faire ses adieux et de donner des conseils à Saʿûd ibn ʿAbd al-ʿAzîz Al Saʿûd. Il rentra chez lui le jour même alors qu’il avait passé une partie de la nuit à Suez. Son faible corps n’avait pas supporté le voyage difficile mais il refusa de dormir sur place. Durant le voyage de retour, il lit le Coran comme à son habitude. Ne supportant plus les secousses de la voiture, il demanda à son compagnon de s’arrêter afin de pouvoir se reposer. Il mourut le jeudi 22 août 1935. Les derniers mots qu’il prononça dans son tafsîr furent : « Nous demandons au Tout Puissant de nous donner la chance de mourir en étant adepte de l’Islam ».


Notes de la traductrice :
(1) Minbar : chaire de la Mosquée sur laquelle le prédicateur prononce son sermon.
(2) Bilâd as-Shâm : grande Syrie qui comprenait les actuels Syrie, Liban, Jordanie et Palestine.
(3) La Révolution ʿurabite se déroula en Égypte en 1882. Cette révolution anticolonialiste fut menée par le Colonel Aḥmad ʿUrâbî.
(4) Célébration de l’anniversaire du Prophète Muḥammad.



Source : islamport.com

Traduction : Souad Khaldi

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