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Palestine - ISM France

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Monde -

Occupy Wall Steet et son ferment islamiste

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Le système n’a plus d’en-dehors.
Rien qui lui permette le départ pour un nouveau cycle d’expansion.
La première fois qu’il s’est heurté à des frontières qui le limitaient, c’était en 1914. Le capitalisme industriel avait largement entamé la destruction de la paysannerie et ayant affranchi l’homme de sa terre, l’a rendu disponible pour les usines et son sacrifice dans les tranchées. La confrontation franco-allemande pour la possession du Maroc a été un prélude symptomatique du nouveau mode d’existence de l’économie. Les débouchés pour la manufacture n’étaient qu’une allégation aux rivalités entre nations impérialistes. Si la réalité de la conquête fut menée par Lyautey, grâce à des ruses stratégiques affûtées par son expérience algérienne, elle le fut pour le compte d’une entité qui n’était déjà plus la France, la Banque de Paris et des Pays-Bas.

Occupy Wall Steet et son ferment islamiste

Elle a prêté pour que s’étendent un réseau ferré et toute l’infrastructure prédatrice et que se vomissent, depuis cette partie du monde intégrée de force au prix de la destruction de son mode d’existence antérieur, de meilleures marges de profit. La gratuité du foncier et des terres agricoles spoliés militairement, le travail quasi-gratuit et obligatoire de l’indigène n’ont été que secondaires par rapport à l’impératif de capital à créer et vivre de la dette.

La boucherie de 14-18 a été suivie de peu par la Grande Dépression, manifestation insigne de la crise d’une anomalie contradictoire intrinsèque du fonctionnement capitaliste qui appauvrit ceux qui devraient absorber sa production. La destruction des centres occidentaux du capitalisme en 39-45 a établi la base d’une croissance keynésienne garantie par les machines étatiques, cycle court qui a érodé au cours d’une trentaine d’années la création de survaleur. Toute l’entreprise nazie peut être lue comme l’essai de l’institution du travail gratuit.

La dérégulation imposée manu militari ou par le biais du FMI, la Banque Mondiale et l’OMC initiée depuis les pays anglo-saxons, a été l’issue nécessaire pour maintenir en survie le capitalisme et son objet, le profit, amenuisé sans cesse par d’énormes gains de productivité. Les entreprises réduisaient leurs coûts en s‘hypertrophiant par fusion et acquisition, offrant de plus en plus de marchandises à des consommateurs qui se croyaient riches en empruntant.

La fraude et les délits d’initiés se sont installés comme accommodement à l’intérieur de la matrice du profit au point de réaliser l’illusion qu’un petit nombre de comploteurs règle, de façon concertée depuis l’ère de la révolution industrielle, le sort du monde.

Or le système est aveugle à lui-même, même s’il sécrète toute une armature idéologique qui le justifie.
Il est monstrueux et auto-destructeur.
Si les foules avaient un inconscient, il leur délivre comme substrat son matériau et sa syntaxe.

Depuis quelques décennies, l’Islam a été métabolisé comme la part maudite responsable de la dysharmonie et de la violence par un effet de retournement rhétorique classique qui présente la victime expiatoire en coupable. Sur lui ont été focalisées les peurs et frustrations d’une humanité réceptacle d’un contenu idéique uniforme et simplifié réduit à l’ici et au maintenant, à la seule ambition consentante et consumériste.

Le répertoire qui disqualifie le musulman, le tout Autre, l’Étrange et le Dangereux, prodigue à la fabrique propagandiste sa définition, une volonté fanatique de conquête du monde et l’inégalité entre les sexes.

Dès le 16ème siècle les Capitulations concédées par l’Empire ottoman et la conquête de l’Inde des Moghols ont été l’initiation d’une pénétration continue du capitalisme occidental dans son aire géographique, jusqu’à sa colonisation complète. Aujourd’hui encore, il n’est laissé à ces peuples aucune autonomie pour décider de leur devenir tant ils sont ensevelis sous les extensions occidentales de la dette sans fin et sous des prétextes les plus étrangers à leur intérêt. Achat d’armement induit, infrastructures imposées selon les besoins des transnationales extérieures jusqu’à la suppression des agricultures vivrières. Les pratiques matrimoniales qui insèrent la femme dans un réseau de protection familiale par des alliances sont abandonnées dès que le niveau de vie s’élève. La règle de transition démographique s’applique, y compris dans les pays de tradition musulmane. Quand la femme accède à un niveau d’instruction académique suffisant, elle se marie de plus en plus tard et fait de moins en moins d’enfant.
Qu’importe la réalité pour ceux qui prétendent la produire par leur activité destructrice et créatrice du chaos ?

Les guerres en Afghanistan et Pakistan, en Irak, en Somalie, en Libye sans oublier le foyer de fixation de la Palestine depuis la déclaration pacte de Balfour sont le prétexte d’engagements financiers de l’État le plus puissant en faveur des industriels des armes, du bâtiment et des services comme le renseignement et la sécurité privée.
Elles ont dans le même temps aggravé son déficit et son addiction à la dette.
Le versement abusif, au crédit du musulman, des dysfonctionnements sociaux voire planétaires va connaître ses limites en ces jours où la finance mondialisée commence à être comprise comme l’origine de la panne de croissance économique « réelle » et ses implications en termes de chômage et de délitement social.

Un histrion salué comme un penseur par quelques nostalgiques d’une Europe pure ethniquement et épargnée du choc en retour de ses guerres coloniales, Zémour, fait passer comme une évidence naturelle l’équivalence de la figure de l’arabe et/ou le musulman à celle du petit délinquant.
Non sans péril, celui d’un retour d’un vieux refoulé occidental.
Il facilite la réémergence d’une plus ancienne métonymie qui assimile le juif au banquier omnipotent.

La tentation de délégitimer le mouvement d’Occupy All Street ou Wall Street en l’assimilant à une manifestation d’islamisme sourd depuis le tout début.

L’Anti Defamation League, sous la férule d’Abraham Foxman, a été d’une attention particulière au moindre symptôme d’une assimilation par les 99% du comportement frauduleux et arrogant de Goldmann Sachs, aux origines juives de Loyd Blankfein son PDG et à celles de Robert Rubin, l’ancien Secrétaire au Trésor de Clinton qui a ouvert les vannes de la dérégulation. L’ADL avance le chiffre de 16% des Étasuniens qui croient au contrôle juif du système bancaire mondial.

L’organisation de la droite conservatrice Emergency Committee for Israël, présidé par William Kristol, bien connu pour le succès des campagnes électorales menées pour G. W. Bush à coups de médisances et de fausses rumeurs, compte diffuser des publicités sur différentes chaînes comme Bloomberg, CNBC, MSNBC et Fox News et discréditer le racisme antisémitique d’OWS (1). L’éditorialiste du Washington Post Jennifer Rubin, prompte à voir le terrorisme musulman derrière la tuerie du 23 juillet 2011 en Norvège, accuse les medias, les Démocrates et Obama d’hypocrisie car ils ne dénoncent pas selon son gré le caractère antisémite d’OWS (2). L’ADL devrait faire taire un énergumène comme Attali. L’homme qui chuchote aux oreilles des Présidents de la république de France, invoque l’incommensurable dette contractée par l’humanité envers les Juifs car ils ont inventé la monnaie. Ignorance réelle ou feinte car la première monnaie libérant le commerce du troc est d’origine babylonienne. Il veut confondre le monothéisme judaïque avec l’invention du fétichisme monétaire et même avec l’incarnation du capitalisme. Cette position alimente l’interprétation aberrante de l’histoire comme simple façonnage de la franc-maçonnerie et du judéo-capitalisme.

La révolution anglaise, ses Niveleurs, Bêcheurs, Familistes, Divagateurs, a été le soulèvement de ceux que l’on privait de leurs propriétés communales. La théorie matérialiste de ces premiers communistes s’appuyait sur l’hypothèse d’un Dieu universel et également révélé à chaque homme et chaque femme. On devrait relire Winstanley qui, dans les années 1648-1649, réfutait à la fois l’autorité ecclésiastique, la salvation par une grâce arbitraire et le régime des enclosures. Les hommes de la plus vile condition, les vagabonds sans maître et sans logis écoutaient des prêches proférés hors l’Église qui les exhortaient à faire triompher la cause du Christ et à subvertir l’ordre social des riches. Winstanley espérait que l’Angleterre serait le premier pays à secouer le joug de la Bête, la propriété privée souveraine.

L’effervescence de la pensée religieuse anglaise de cette époque radicalement sociale allait se résorber après la restauration de la monarchie. L’élan de conquêtes commerciales et territoriales épongera en partie les gueux nomadisant qui deviendront le prolétariat urbain ou suburbain.

La gueusaille arabe saura-t-elle accomplir les promesses jamais tenues de la révolution anglaise ?

L’arrivée aux commandes de partis politiques d’inspiration musulmane, ces dernières semaines, sur le pourtour méditerranéen répond à un besoin irréfragable de justice sociale secondairement de réaffirmation et valorisation identitaires. Pourront-ils se montrer à la hauteur des enjeux en question ? Et alors se détacher de l’économie mondialisée ? Les efforts de lecture et d’interprétation du monde, injonction inaugurale faite au musulman, conduiront-ils à l’élaboration d’une économie qui tournerait le dos au profit et à l’injustice sociale ?

Alors, oui, dans ce cas, Occupy Wall Street pourra être interprétée secondairement comme d’inspiration musulmane.



(1) "Emergency Committee for Israël to run ads against 'hate' at Occupy Wall Streets protests", The Daily Caller, 14.10.2011.

(2) "Occupy Wall Street: Does anyone care about the anti-Semitism?", The Washington Post, 17.10.2011.

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