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Palestine - ISM France

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Palestine -

Pourquoi ce que dit Abbas a si peu d'importance

Par

Tariq Shadid, connu aussi sous le pseudonyme de "Doc Jazz", est un chirurgien/musicien palestinien qui vit dans le Golfe arabique. Il est connu pour son style de jazz-pop et les textes engagés de ses chansons dont la plupart sont consacrées à la cause palestinienne. On peut en écouter une centaine sur son blog, The Musical Intifada, créé en 2001, ainsi que lire ses articles sur la Palestine.

Il n'est pas passé inaperçu que les Palestiniens ont montré peu d'intérêt au discours d'Abbas devant les Nations Unies, le 27 septembre. La plupart d'entre eux n'ont aucune idée de ce qu'il raconte, et ils s'en fichent. Le contraste est flagrant entre le peu d'attention qu'ils ont prêtée à ce discours et celle qu'avait suscité celui de l'année dernière. L'explication est très simple, surtout si l'on résume la situation en soulignant quelques-uns de ces aspects les plus importants.

Pourquoi ce que dit Abbas a si peu d'importance

Mahmoud Abbas devant l'Assemblée générale des Nations Unies, à New-York, le 27 septembre 2012 (Photo Thaer Ghanaim/Wafa)
Tout d'abord, les Palestiniens sont conscient du fait que par ce discours, Abbas essaie de sauver un peu de ce qu'il n'a pas réussi à avoir lors de sa précédente demande à l'ONU. L'an dernier, l'Autorité palestinienne a tenté d'obtenir un statut d'Etat à part entière. Maintenant, même si certains organes médiatiques continuent d'utiliser le terme de "candidature d'Etat" dans leurs manchettes, Mahmoud Abbas s'est adressé aux Nations Unies dans l'espoir d'obtenir un statut d'"Etat non membre" - un sérieux recul par rapport à l'an dernier.

Abbas ne devrait pas être surpris du manque d'intérêt palestinien pour ses initiatives. Si vous commencez par demander quelque chose, puis ensuite quelque chose d'inférieur parce que vous n'avez pas obtenu ce que vous vouliez la première fois, le message que vous envoyez à la communauté internationale et à votre propre peuple est que vous êtes prêt à vous contenter de moins, à vous contenter de moins de quelque chose qui n'était déjà pas suffisant en premier lieu. Ça ne vous fait pas gagner le soutien franc et massif de votre peuple, ni le respect de la communauté internationale. Ça donne simplement l'impression que vous êtes prêt à vous contenter de miettes, jusqu'à ce que vous acceptiez le fait qu'on ne vous donnera rien.

Bienvenue aux dynamiques géopolitiques de pouvoir, une leçon même pas encore apprise, semble-t-il, après le 19ème anniversaire des accords d'Oslo ! L'Autorité palestinienne a décidé de se contenter de moins que ce à quoi ont droit les Palestiniens, et elle a fini par perdre plus que ce qu'ils auraient eu si aucun accord n'avait été signé. Une fois que vous avez commencé à donner sans recevoir, c'est ce tout ce que vous continuerez à faire.

Ensuite, il y a la question de la représentation. Au nom de qui parle Mahmoud Abbas exactement ? Pour le monde extérieur, l'Autorité palestinienne est la représentante officielle du peuple palestinienne sur la scène internationale. On devrait pourtant se poser la question : représente-t-elle, ou même prétend-elle représenter tous les Palestiniens ? Historiquement, les Palestiniens dans leur ensemble ont été représentés par l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), mais depuis les accords d'Oslo, la création de l'"Autorité palestinienne" a provoqué beaucoup de confusion. Avec la séparation physique du peuple palestinien en tant de "catégories", un Palestinien de Gaza se sent-il représenté par Mahmoud Abbas ? Et un Palestinien qui vit en Palestine occupée en 48 et a la "citoyenneté" israélienne au rabais ? Et qu'en est-il des millions de Palestiniens dans les camps de réfugiés, éparpillés dans tout le Moyen-Orient ? Et des millions de Palestiniens qui, poussés par le cours de l'histoire, ont des citoyennetés de tant différents pays dans le monde ?

D'un point de vue palestinien historique et populaire, toutes les individus constituant ces catégories sont palestiniens. Du point de vue imposé par l'Amérique, l'Europe et Israël, il est souhaitable que ne soient considérés comme "Palestiniens" que ceux qui vivent en Cisjordanie occupée ou à Gaza, au mépris flagrant du fait que ceux qui n'y vivent pas sont pour la plupart dans cette situation en raison d'un déplacement forcé. Etant donné cette confusion, il est impératif que Mahmoud Abbas décide qui exactement il représente. Il va sans dire que d'un point de vue palestinien, un véritable dirigeant palestinien doit protéger les intérêts de tous les Palestiniens où qu'ils se trouvent, dont les occupés, les déplacés et les expatriés.

Enfin, il y a la question de l'Etat lui-même. Comment est-il possible pour des Palestiniens qui vivent dans les territoires occupés de ressentir qu'ils ont un véritable gouvernement palestinien s'ils sont confrontés en permanence à l'occupation israélienne, d'une manière très directe, pour tout ce qui touche leur vie quotidienne, à part ce qui est strictement administratif ? Qui est réellement le gouvernement, si des soldats israéliens peuvent pénétrer quand ils veulent dans n'importe quelle maison, dans n'importe quel endroit, à n'importe quel moment ? Ces raids se produisent tous les jours, mais cela balaierait même ce soi-disant "statut de gouvernement" s'ils n'arrivaient qu'une fois par an. Où est la soi-disant "Autorité" lorsque des colons juifs saccagent les demeures et les terres palestiniennes ? Et répétons-le, nous ne parlons pas d'incidents isolés, mais d'événements qui se produisent quotidiennement.

Dans ce contexte, il est important de tenir compte de l'appel lancé par des dirigeants au sein de la communauté palestinienne à l'occasion du 19ème anniversaire de la signature des accords d'Oslo, le 13 septembre dernier. Ces responsables ont appelé à "se libérer" des accords, et Mahmoud al-Aloul, dirigeant Fatah, a déclaré qu'il fallait les abroger. Des personnalités éminentes telles que Mustafa Barghouthi (secrétaire général de Al Mubadarra, l'Initiative Nationale Palestinienne, ndt)) et la direction du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine) ont diffusé des communiqués dans ce sens. Ces expressions de la communauté palestinienne sont loin d'être nouvelles, mais l'urgence des appels s'est clairement amplifié, ainsi que les mots utilisés. Ils reviennent à une demande de désengagement de tous les accords avec Israël, la fin de la coordination sécuritaire de l'AP avec "Israël" et la mise en œuvre de l'unité nationale.

Les lamentations poussées le même jour par Saeb Erekat, représentant de l'Autorité palestinienne, expriment cette frustration : "Les accords intérimaires devaient durer cinq ans. Mais ce que nous constatons deux décennies après, c'est davantage l'apartheid que la liberté et l'indépendance."

Si exprimer sa frustration est tout ce que peut faire l'Autorité palestinienne pour le peuple palestinien, et si toute action qui pourrait modifier la situation est soit reportée soit contrée, c'est bien le signe de l'absurdité de cet appareil administratif. Emmener cette vague structure "gouvernementale" aux Nations Unies pour leur demander de la reconnaître comme un Etat peut être difficilement perçu, par n'importe quel Palestinien, comme une démarche ayant du sens, compte tenu de son inefficacité. Il revient à la direction de l'Autorité palestinienne de prouver au peuple palestinien qu'elle est autre chose qu'une extension du contrôle israélien sur la Cisjordanie qui ne sert qu'à maintenir l'occupation dans la vie quotidienne, tout en la dénonçant en paroles.

Le dernier discours de Mahmoud Abbas devant les Nations Unies souligne tout au contraire l'urgence et le désespoir de la situation palestinienne aujourd'hui. Peu importe ce qu'il a dit, le simple fait qu'il était là, à le prononcer, illustre combien elle est complexe et confuse. Bien sûr, un Palestinien en prendra note, et haussera les épaules. Apparemment, c'est sa représentation dans la communauté mondiale. Apparemment, c'est tout ce que peut faire la diplomatie pour les aspirations palestiniennes à la liberté et à la justice. Apparemment, tout ce qu'on peut espérer, c'est d'autres discours inutiles, et davantage d'immobilisme. C'est la raison pour laquelle ce que Mahmoud Abbas a à dire importe si peu.



Source : The Musical Intifada

Traduction : MR pour ISM

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