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Palestine - ISM France

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Israël -

Qu'est ce qui presse ?

Par

27 décembre 2007

Le sommet d'Annapolis et les efforts visant à relancer le processus de paix ont exacerbé les tensions qui existaient déjà entre le Premier ministre Ehud Olmert et la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice.
Le charme personnel d'Olmert ne fonctionne pas sur Rice et le Bureau du Premier ministre est inquiet pour sa tendance à aller trop vite dans les contacts politiques.

Qu'est ce qui presse ?


Rice a tendance à comparer l'occupation israélienne dans les territoires à la ségrégation raciale qui était la norme dans le Sud des Etats-Unis

Le dernier point de friction était lié à la conférence des pays donateurs pour les Palestiniens qui a eu lieu la semaine dernière à Paris. Rice souhaitait se rendre de la conférence à Jérusalem, pour s'assurer que le processus politique ne s'était pas évanoui et n'était pas mort après la fanfare à Annapolis. C'était déjà une décision.

Qu'est-ce qui lui a fait changer d'avis et l'a empêchée de venir? Une version dit qu'elle aurait reçu un message de la Maison Blanche lui demandant de ne pas précipiter les choses, pour donner aux Israéliens et aux Palestiniens un certain temps pour résoudre les choses sans elle

Le bureau d'Olmert nie qu'Israël est intervenu pour empêcher la visite de Rice. David Welch, son conseiller pour les affaires du Moyen-Orient, qui s'était rendu en Israël quelques jours auparavant, a estimé qu'en tout état de cause, elle ne serait pas en mesure d'obtenir beaucoup plus avec une visite éclair si peu de temps après Annapolis.

Les Américains disent qu'ils ne veulent pas que les visites de Rice deviennent juste une formalité inutile. Il est clair que, cette fois, pas grand chose d'autre pouvait venir d'elle

Dans des conversations privées -- et comme elle l'a dit à Annapolis -- Rice a tendance à comparer l'occupation israélienne dans les territoires à la ségrégation raciale qui était la norme dans le Sud des Etats-Unis. Les checkpoints des Forces de Défense Israéliennes où les Palestiniens sont détenus lui rappellent l'autobus dans lequel elle voyageait alors qu'elle était enfant en Alabama, où les sièges pour les Noirs et les Blancs étaient séparés.

Bien sûr, pour les Israéliens, il s'agit là d'une comparaison qu'ils considèrent comme une "identification excessive" de sa part avec la souffrance des Palestiniens.

Pour certains dirigeants d'organisations juives américaines, qui n'aimaient pas vraiment Rice au départ, son utilisation de cette image a été le bouquet. Rice est désormais qualifiée d'ennemi. C'est également plus facile pour eux de la blâmer que le du président, pour une approche qui n'est pas à leur goût.

Mais la colère de Rice contre Israël provient vraiment de l'actualité : elle a été profondément choquée au plus fort de la Seconde Guerre du Liban, alors qu'elle se préparait à partir pour Beyrouth pour organiser un cessez-le-feu, lorsque les FDI ont tué des civils libanais pendant le bombardement de Kafr Kana.

Son voyage a été annulé à la dernière minute, la guerre a continué pendant plus de deux autres semaines, et certains qui la connaissent disent que Rice n'a jamais pardonné à Israël pour cette claque au visage.

Au cours des derniers mois, on l'a entendue grogner au sujet de la lenteur d'Israël à effectuer des gestes de bonne volonté envers le Président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas. La tension est devenue plus ouverte dans le cadre du sommet d'Annapolis, disent des sources israéliennes.

Rice a modifié le titre de l'événement "de réunion internationale" en "sommet", en dépit des objections exprimées par Israël. Elle a soutenu la position palestinienne, qui demandait la création d'un État palestinien parallèlement à la mise en œuvre de la Feuille de route. Israël hésitait et a réussi à obtenir un consentement pour une application "séquentielle" - c'est-à-dire, d'abord une guerre contre le terrorisme et puis un Etat palestinien.

Quand les dirigeants ont rencontré le Président George W. Bush avant le début officiel du sommet, Olmert a dit que s'il avait des désaccords avec Rice, il se tournerait vers le président.
"Vous obtiendrez la même réponse de sa part", a répondu Rice. Olmert a insisté sur son droit de faire appel à la Maison Blanche.

Bush a écouté et n'a rien dit, mais les fonctionnaires à Washington conseillent de pas attacher trop d'importance à ce silence. Bush aime Olmert, mais il aime beaucoup plus Rice.

Il faudrait qu'il se passe quelque chose de très grave pour que le président outrepasse son autorité. Et elle est assez intelligente pour ne pas entrer en conflit avec Israël sans d'abord vérifier avec le président jusqu'où elle peut aller.

Israël a besoin d'un canal de communication non officiel, une "route de contournement de Rice" à la Maison Blanche. Steve Hadley, le conseiller à la sécurité nationale, qui était l'adjoint de Rice au cours du premier mandat de Bush, est très proche d'elle et n'agirait pas derrière son dos.
Et il n'y a pas de chef de file juif dans le Parti républicain qui, comme Max Fisher, dans le passé, avait suffisamment d'influence pour téléphoner au président et tranquillement prendre soin des choses.

La plupart des juifs républicains qui ont un degré d'accès à la Maison Blanche ne sont pas des fans du processus politique, et certains sont occupés à promouvoir la campagne contre une séparation de Jérusalem, un effort qu'Olmert perçoit comme une campagne contre lui et en faveur de Benjamin Netanyahu. Ce qui laisse essentiellement Olmert comme l'homme qui peut communiquer avec Bush.

Le Ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni maintien son propre canal de communication avec son homologue américaine, même s'il semble que leur première engouement mutuel se soit estompé. Au bureau du premier ministre, l'accent est mis désormais sur la visite de Bush le 9 Janvier.

On s'attend à ce que la priorité de l'ordre du jour soit la menace iranienne et les ramifications du rapport des renseignements américains qui déclarait que l'Iran ne prévoit pas de développer une capacité nucléaire militaire.

Sur la question palestinienne, les proches d'Olmert pensent que Bush va faire quelques belles paroles et n'énervera pas ses hôtes avec des demandes d'évacuer des avant-postes et d'enlever les checkpoints. Rice devra traiter ces problèmes quand Bush sera rentré à la maison. Et apparemment, elle a bien l'intention de le faire.



Merci pour le dîner

Mercredi après-midi, Olmert a dit adieu à son porte-parole pour la presse étrangère, Miri Eisen, et comme d'habitude, il a truffé son discours de beaucoup de blagues et d'anecdotes de football. Il a tapoté la tête de Yiftah, l'aîné des fils d'Eisen, et a décrit comment il lui montrerait le maillot dédicacé qu'il a reçu de Ronaldinho, l'étoile du football brésilien.

Ensuite, il a rencontré les cinq membres de la faction du Meretz à la Knesset. Il est difficile de croire que le même jour, le budget 2008 de l'Etat était voté à la Knesset, cinq jours avant la date limite, sans faire de bruit ou de révoltes politiques au sein de la coalition

"Le jour du budget," est habituellement synonyme de crise. Pas avec Olmert: C'est la deuxième année consécutive que le budget est glissé tranquillement dans le système politique. Avant la fête d'au revoir pour Eisen, le Premier ministre s'est assis avec le ministre des Finances, Roni Bar On, le ministre de l'Intérieur, Meir Sheetrit et le directeur du budget Kobi Haber.

Aucun stress ou tension n'était visible sur leurs visages lorsqu'ils sont sortis de leur réunion.

Le vote à la scéance plénum de la Knesset en fin de soirée a été reporté d'une heure, pour qu'Olmert ait le temps d'assister à la conférence de l'organisation de la sécurité routière d'Or Yarok (Feu Vert). De toute évidence, il n'a pas ressenti le besoin de venir plus tôt afin d'éliminer tou problème de dernière minute.

"Vous voyez, il y a un gouvernement qui fonctionne," se vante Olmert. Il est certainement plus facile de voter un budget quand l'économie est florissante et que l'Etat recueillir beaucoup d'impôts.

Et il y a un aspect personnel, aussi : Olmert, le "professeur de la politique", comme l'appelaient des membres du Meretz au début de leur réunion, est plus compétent que ses prédécesseurs dans la gestion de ses relations avec la coalition et l'opposition. Il ne qualifie pas ses ministres de groupe d'imbéciles obsédés par les honneurs, comme l'avaient fait des anciens premiers ministres, et les ministres ne se plaignent pas de son insensibilité et de son arrogance. Ils n'ont pas non plus de raison à le faire.

Le secrétaire du gouvernement, Oved Yehezkel, l'homme chargé du maintien de la coalition, est toujours à leur disposition. A tout moment, un ministre qui souhaite parler ou rencontrer le premier ministre peut s'attendre à une réponse immédiate.

Un ministre Travailliste, qui a été invité avec son épouse à dîner avec Aliza et Ehud Olmert, a reçu le traitement suivant : Le Premier ministre s'est présenté juste à temps, alors qu'il était occupé avec des questions de sécurité (dont le ministre était au courant) . Plus tôt dans la soirée, il y avait eu un reportage peu flatteur sur Olmert à la télévision, mais le premier ministre l'a ignoré et a parlé avec lui et ses invités, comme si rien ne s'était passé. Il a même refusé de prendre un appel de son conseiller médiatique.

Le lendemain, Olmert a téléphoné au Ministre et lui a dit qu'il avait passé une merveilleuse soirée. Un autre jour est passé, et Aliza Olmert a appelé l'épouse du ministre pour la remercier pour la bonne soirée. Et comme si cela ne suffisait pas, dimanche Yehezkel a rattrapé le ministre alors qu'il se rendait à la réunion du gouvernement et il lui a dit quelque chose comme : Je ne sais pas ce que vous avez fait tous les deux, mais il (Olmert) n'a pas cessé de parler de vous au cours des trois derniers jours.

Au lieu de parler au public et d'accorder des interviews à la presse - une approche qui s'est avérée préjudiciable à Barak et à Netanyahou en tant que premiers ministres - Olmert investit son temps dans les "100 personnes les plus influentes" qui auront une incidence sur sa survie politique. Il sait comment parler pour gagner leur sympathie.

Certes, Olmert n'est pas encore populaire dans les sondages, mais son gouvernement montre une stabilité politique impressionnante, tant et si bien que l'imposant rapport Winograd ne semble même pas menaçant. La menace d'élections anticipées s'évanouit aussi, comme l'a fièrement remarqué le ministre Haim Ramon cette semaine.



Qui est faible ?

L'exaspération de Rice au sujet du comportement d'Israël s'explique principalement par le fossé entre les attentes et les résultats, et par le temps où elle est absente du septième étage du Département d'Etat américain.

Rice estime qu'Israël a reçu beaucoup et n'a rien donné en retour. D'après elle, l'administration Bush a fait à Israël deux importants cadeaux par la lettre du président d'avril 2004 à Ariel Sharon : la reconnaissance implicite des blocs de colonies, et une demande pour que les réfugiés retournent dans l'Etat palestinien et non en Israël. Mais Israël ne répond pas par des gestes en retour.

Cependant, ici, ils disent que Rice a reçu beaucoup, et qu'elle devrait être plus patiente. Après tout, en un mois, Israël s'est rendu à l'événement politique majeur à Annapolis, et ensuite les pays donateurs ont convenu de donner encore plus à l'Autorité palestinienne que ce qu'elle avait demandé. Ce n'est pas rien en si peu de temps. C'est quoi son empressement ?

Le problème est que Rice s'est embarquée dans cette campagne dans l'espoir qu'elle parviendra à couper le noeud gordien du conflit israélo-palestinien. Elle espérait qu'à Annapolis seraient établis les principes d'un accord de statut final, mais Israël l'a informée que cela n'arriverait pas.

Elle estime que l'Autorité Palestinienne a fait des progrès satisfaisants dans la réforme de ses forces de sécurité, tandis que les responsables en Israël disent qu'elle exagère et que les réformes sont encore très loin d'avoir accompli quelque chose.

Elle voulait qu'Israël fasse davantage de gestes de bonne volonté, mais les Israéliens rappelent ici qu'il sera difficile de le faire aussi longtemps que des roquettes Qassam continueront de tomber sur Sderot. Elle voulait voir des avant-postes évacués, et en Israël, ils l'ont snobée, en citant le danger que cela poserait à la coalition.

Que cela plaise ou non à Israël, il a le rôle de l'obstacle, comme celui qui freine – alors qu'Abbas et son premier ministre, Salam Fayyad, sont considérés comme ceux qui veulent faire des progrès. Rice, elle aussi, veut que les choses avancent. Les freins la dérangent. Même s'il y a des moments où elle est convaincue que c'est le cas, ces derniers temps, ça lui a pris encore plus la tête.

Israël ne devrait pas être surpris par l'irritation de Rice. Rice peut voir comme tout le monde à quel point le budget a été voté facilement en Israël, et doit se demander si le cliché de "la faiblesse Olmert" n'est pas seulement une excuse pour trainer encore plus les pieds. C'est là où la différence entre elle et Bush est la plus marquée. Elle n'est pas une politicienne, lui si.

Même ceux de ses disciples, qui pensent qu'elle a une bonne compréhension de la stratégie au Moyen-Orient - et ils sont nombreux - vont aussi admettre que l'arène politique lui est étrangère. Certes, la scène politique israélienne est complexe avec ses innombrables joueurs, petits et grands. Et alors les collègues de Riece demandent : pas même un avant-poste? Un petit préfabriqué ?

Rice a raison de dire qu'Israël ne fait rien dans de bon dans son engagement sur cette question, mais en Israël, ils disent que remplir cette obligation saboterait des initiatives plus importantes. Est-ce que la stabilité de la coalition supportera une tentative du gouvernement d'évacuation des avant-postes, ou de faire des progrès sérieux dans les négociations avec les Palestiniens? Rice veut croire que la réponse est oui, mais nul en Israël est disposé à parier là-dessus.

On raconte dans le bureau d'Olmert que la coalition repose sur la distinction entre "théorie et action." Tant que nous ne faisons que parler avec les Palestiniens, tout le monde peut s'asseoir confortablement dans les sièges du gouvernement. Mais une évacuation forcée de colons, ou des accords considérables avec Abbas, pourraient bouleverser le partenariat avec Lieberman et le Shas.

Olmert est bien conscient de cela, et préfère maintenir la coalition et le gouvernement que de prendre des initiatives sérieuses dans les territoires. Cependant, pour que Rice comprenne aussi cela, il faudra qu'elle soit à chaque fois convaincue.


Source : http://www.haaretz.com/

Traduction : MG pour ISM

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