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Mali -

Réponse au texte complaisant de Samir Amine sur François Hollande transformé en chef de guerre au Mali

Par

La thèse de Samir Amine commentant l’intervention militaire française au Mali de manière laudative (1) est surprenante de la part d’un auteur qui a tenu des positions moins bienveillantes à l’égard des pratiques prédatrices des économies du Nord sur les pays du Sud au titre de ce qu’il avait si bien décrit comme « L’Échange inégal ».

Réponse au texte complaisant de Samir Amine sur François Hollande transformé en chef de guerre au Mali

L'intervention française illustrée par le ministère de la Défense
Elle prétend qu’une nébuleuse douée d’intentions géostratégiques est en train de se déployer au Sahel afin de dessiner une nouvelle cartographie et de construire un vaste État qui masserait sous ses pieds de précieux minerais taillant dans le Mali, le Niger, la Mauritanie et l’Algérie de quoi constituer un vaste territoire.
Cette entité aurait l’agrément des Usa, du Royaume Uni et de l’Allemagne.
Ce serait un royaume dirigé par des Émirs qui finiraient par acheter la paix sociale d’une population peu nombreuse et dispersée au moyen d’une rente constituée par l’exploitation des ressources du sous-sol dont ils auront réussi à obtenir le contrôle.
Hollande aurait compris le complot et serait en train de le déjouer avec son allié algérien.
Hollande mérite donc que lui soient rendus les honneurs de l’intelligence et de la réactivité efficaces face à ce danger.

De plus, cette conspiration serait le fait d’Islamistes.
Islamistes tout court.
Pas terroristes ni extrémistes, mais islamistes seulement. Car tenter d’apporter des nuances dans l’islam politique est pure illusion. Tout ce qui se rattache à l’Islam est antinomique de la démocratie et distinguer de la modération chez le musulman serait sacrifier à de la pure naïveté.


Au moment où se publiait sur la toile cette prose consternante rédigée à la gloire d’une ingérence illégitime et injustifiable même au regard de l’islamophobie désormais de rigueur dans le répertoire de l’intellectuel occidental, comme émergée d’une tempête de sable que se prodigue le Sahara dans ses ablutions, se répandait la nouvelle que des négociations s’entamaient entre le MNLA et le gouvernement de Bamako. Le principal mouvement séparatiste laïc malien, qui revendique depuis plusieurs décennies un traitement plus équitable pour cette province du Nord, semble avoir repris le dessus militaire sur les bandes de trafiquants aux intitulés fanfarons et farfelus. Ces dernières se sont constituées à l’ombre de services de renseignements de plusieurs États intéressés à maintenir un certain niveau de tension dans la région. Elles sont des instruments aveugles au service de rivalités difficiles à ignorer par l’observateur le plus inattentif.
Cette entité islamiste radicale que Samir Amine dote d’une doctrine et d’une stratégie impériales n’est que l’ombre projetée de marionnettes que les Usa dans une parfaite continuité entre Bush et Obama utilisent pour justifier leurs impérieuses dépenses militaires. La contraction du PIB étasunien du dernier trimestre de 0,1% serait due à la baisse des dépenses du Pentagone de 22%. 40% de l’économie américaine est liée à la production de l’armement et sa consommation par la fédération. Les derniers acquis des neurosciences sont mobilisés dans l’absorption de la marchandise du capitalisme en situation de métastabilité surproductive, ils l’ont été quand a été fabriquée la poupée Oussama Ben Laden et ses multiples produits dérivés.

L’ingérence française au Mali aura permis l’installation d’une base des Usa au Niger à partir de laquelle l’Africom et ses drones Predator contrôleront l’Afrique occidentale. Elle aura donc eu exactement un effet immédiat inverse à celui escompté. Affaiblis par leurs économies si peu vaillantes, il est peu probable que la présence militaire de la France et des Usa soit capable de couvrir des superficies aussi vastes durablement. Une retraite plus ou moins honteuse et déguisée est prévisible. Les étendues seront restituées à leur population indigène, du sang et du sable auront coulé.


Une deuxième coulée endiguant les dunes est venue dans une simultanéité ironique implacable rendre caducs les conseils de Samir Amine à Hollande.
Le troisième Président du Conseil National Syrien désigné en moins de deux ans par les puissances tutélaires de la guerre civile syrienne annonce lui aussi son intention de négocier avec le gouvernement légitime, ignorant la conditionnalité longtemps aboyée par Fabius et Clinton de la chute d’Assad avant toute discussion.
Certes, la destruction de la Syrie par guerre civile financée en grande partie par les pétromonarchies aura coûté moins cher aux forces de l’Otan que les frappes sur l’Irak et sur l’Afghanistan - Pakistan et leur occupation, ouvrant la voie aux nouvelles guerres low cost.
L’affrontement avec le bloc sino-russe sur le sol syrien devrait prendre fin, la situation aberrante héritée de Juppé, Sarközy et Lévy s’est révélée catastrophique pour l’image des démocraties occidentales et sans issue.
Ici, le retrait est en cours. La presse n’a pas rendu compte de la rencontre de Moiz al Khattib avec Fabius le 28 janvier 2013.
La victoire facile en quelques jours ne sera pas obtenue au Mali, elle ne viendra pas masquer la déconfiture honteuse en Syrie et les propos inconsidérément arrogants d’une diplomatie française en faillite.

La frappe aérienne israélienne sur un site de recherche militaire près de Damas est la manière de Netanyahu et du régime de Tel Aviv de saluer l’imminence d’une politique néo-isolationniste prêtée à Hagel.
L’Iran qui a fourni pour plusieurs milliards de dollars de pétrole aux troupes étasuniennes en Afghanistan - à l’insu des contrôleurs de l’embargo et du Pentagone preuve supplémentaire du désordre comptable et politique d’une bureaucratie qui s’effondre sous son propre poids -est mis au défi. Ali Akbar Velayati venait de déclarer la veille qu’une attaque contre la Syrie serait considérée comme une attaque contre l’Iran.


Enfin, une dernière rafale venue du Caire vient infirmer la supposée irrésistible tentation théocratique de l’islam politique dit modéré tel qu’il est incarné actuellement en Égypte et en Tunisie. Le parti salafiste Nour vient de signer avec le Front de Salut National regroupant nombre de formations démocratiques un protocole en huit points pour que soit mis fin à l’actuel chaos en appelant à un gouvernement d’union nationale. Le parti des Frères musulmans porté au pouvoir par des élections ne maîtrise en rien l’agitation en cours alimentée d’une part par le mécontentement du peuple dont la situation économique ne s’est pas améliorée et une administration encore aux mains d’un appareil mis en place pendant les quarante années de dictature précédente.
Morsi n’a en rien modifié les structures d’une économie liée au tourisme, secteur détenu par l’armée, et fluctuant selon les revenus des classes moyennes occidentales frappées par la crise et des revenus des travailleurs égyptiens à l’étranger.

Le parti Nahda est aux prises avec les mêmes problèmes en Tunisie.
Les marges de manœuvre des deux gouvernements sont étroites dans ce mouvement coulissant entre un FMI lui-même exsangue et le bon vouloir d’un Qatar capricieux et exigeant sur les taux d’intérêts qu’il veut bien consentir. Dans cette configuration où l’une des règles sociales et économiques essentielles de l’Islam car sans cesse rappelé dans son texte sacré d’interdiction du prêt à intérêt est bafouée par les contractants du prêt, peut-on encore désigner d’islamistes ces régimes ?

L’Islam politique, faut-il le rappeler, a été à l’origine d’un élan anticolonialiste, en particulier sous la férule des Ulémas algériens et de l’Istiqlal au Maroc. Allal El Fassi se réclamait d’un mouvement salafiste, ce qui ne signifiait pas autre chose qu’un certain retour à sa propre culture et à ses sources. Allal El Fassi, le leader de l’Istiqlal a subi des tentatives d’assassinat quelques années avant sa mort inopinée et curieuse survenue à Bucarest en 1974 lors de ces fameuses années de plomb marocaines. Il faisait le constat amer de la persistance des instruments de la colonisation de son pays. Les institutions bancaires et le code de l’administration et de la propriété foncière mis en place par le Protectorat ont intégralement été conservés. En particulier a été nié le régime de la propriété collective des tribus dépouillées après l’Indépendance du peu que ne leur avaient pas spolié les colons français. Allal El Fassi le salafiste (salaf désigne les ancêtres et donc la tradition) avait déployé un programme et une vision politiques qui seraient aujourd’hui à l’extrême gauche des propositions du Front de Gauche en France.
Plus près de nous, les partisans du Hizbollah au Liban, mouvement de résistance d’inspiration religieuse musulmane, veulent-ils réellement établir une théocratie aux « antipodes de la démocratie a minima » ou bien utilisent-ils la force et le ciment de leur foi pour se libérer d’une oppressive ingérence du voisin réellement théocratique celui-ci à sa frontière Sud ?

Est-ce ce qui a servi et sert encore de fondement aux luttes nationales que Samir Amine condamne comme rétrograde et incompatible avec la démocratie ?

Badia Benjelloun
2 février 2013

(1) Mali : Une analyse de Samir Amin, Parti Sadi, 30 janvier 2013


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