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France -

Sarközi congédié

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L’échec de Nicolas Sarközi à se faire réélire à la Présidence de la République française a été salué comme une délivrance. C’est un soulagement pour tous les Français précaires, chômeurs, bénéficiaires du RSA de ne plus se faire désigner comme les assistés et profiteurs du système. C‘est un temps de recomposition pour les Français divisés entre ceux d’origine émigrée, même après deux ou trois générations de présence sous prétexte qu’ils proviennent d’ex-pays colonisés et les autres. C’est enfin au moins un répit pour les immigrés avec ou sans papier sans cesse menacés d’expulsion au détriment de toute logique économique et de la plus élémentaire des justices.

Sarközi congédié

Cette élection peut être vue comme un référendum qui a sanctionné une politique comprise comme une entreprise purement policière, une réorganisation législative et fiscale en faveur du capital et une orientation vers une soumission à des structures supranationales, l’UE, la BCE, le FMI et l’OTAN.

Pour autant, cette élection n’est pas un plébiscite pour le futur figurant qui sera à la tête de l’exécutif. La majorité qui lui a été accordée fut mesurée et prudente. Il sera soumis à un contrôle populaire qui lui imposera dans les semaines qui viennent une Assemblée Nationale qui ne sera pas une simple chambre d’enregistrement mais qui lui opposera son refus d’entériner les mesures d’austérité prescrites par les bénéficiaires des intérêts de notre dette souveraine et sera capable d’imposer une refondation totale de la structure économique délabrée que nous partageons avec tous les pays qui ont obtempéré à la mondialisation et ses dérégulations.

La prétention de s’appuyer sur une croissance non désirable, car elle ravagerait davantage la niche écologique de l’humanité, et impossible même en sollicitant le levier keynésien va très vite buter sur les appétits du « marché », autre nom pour les institutions financières prédatrices, moribondes en raison de leurs investissements risqués à haut rendement mais sans cesse ressuscitées par les finances publiques.

La Grèce avec tous ses désastres sociaux, le suicide comme ultime geste de dignité n’est plus réservé aux contrées du tiers-monde, est à notre porte le laboratoire de la subordination des États au capitalisme à son stade tardif.

Tout indique que la bataille sociale sera rude, et la confusion des services de police avec ceux de l’armée en France comme aux USA n’en est que l’un des signes les plus évidents.

La prise en compte de l’antagonisme de classes a été éludée, la consommation de l’objet marchandise, objet culturel ou moral comme le droit de l’hommisme est le Bien. La rhétorique de tout le spectre politique s’est imprégnée du seul discours disponible, la peur déclinée en rejet de l’Autre.

Les USA gèrent leur population pauvre en l’incarcérant, Israël les Palestiniens en les soumettant à un emprisonnement arbitraire qui brise leur vie et leur société, pour ne citer que deux champions de la démocratie occidentale.

Le courant de pensée qui animait les mouvements politiques avec un projet de transformation sociale révolutionnaire fut discrédité. Le fascisme n’est pas un risque à venir, il est déjà là sous une forme acceptable sans son masque ethnique, il s’en affuble parfois comme reliquat au Front National en France, à l’Aube Dorée en Grèce, soulevant de moins en moins de protestation morale. Le nazisme qui fut la solution empruntée par le capitalisme mondial pour contrer le communisme en Allemagne est enseigné comme étant "irrationnel", et plus simplement antisémite et génocidaire. Il n’a plus besoin de se manifester de nos jours, un opposant sérieux qui asservirait à l’humain la production économique ne semble pas près de se présenter pour abolir cet ordre.

Et pourtant, tout est prêt : le travail prolétarisé n’est presque plus nécessaire pour que se survive biologiquement l’espèce. Cette formidable amélioration de la productivité pose le problème du chômage qui rend impérieux de déconnecter les moyens de vivre du salaire versé en contrepartie d’un travail.

L’essentiel de l’activité humaine ne produit plus de richesses, mais des marchandises vite obsolètes qu’il faut rendre désirables. Elles sont d’un coût écologique colossal et mésestimé, le rendement du capital qui y est investi décroissant dramatiquement.

L’industrie de l’armement est l’archétype de cette inversion de perspectives, elle laisse supposer que nombres de guerres récentes se sont faites pour résorber la surproduction, la faire évoluer sur un vrai théâtre d’opération et inciter les acheteurs à la consommation. Sur un autre front du progrès technologique, un géant de la pharmacie avait pu mettre en vente un antalgique anti-inflammatoire malgré des études préalables prouvant ses effets cardiovasculaires nocifs. Une surmortalité de 100.000 personnes par an sur les cinq années de sa commercialisation a été démontrée aux USA. La firme a reconnu son méfait et versé une amende dérisoire, sa cotation boursière n’en a été que passagèrement perturbée. (1)

Le seul sujet historique disponible est le divin marché.

L’invention d’antagonismes avec des minorités est le nouveau roman grumeleux fourmillant d’anecdotes structurant l’imaginaire. Il est censé rendre compte des quelques résidus de cultures encore différenciées que le marché n’a pas encore homogénéisées. Dans les pays du bloc occidental, quand se démontre facilement l’avantage économique qu’ils retirent de l’immigration, légale ou non, c’est la phobie d’une perte identitaire qui charpente le discours politique depuis plusieurs décennies.

Or les toutes « identités » passées se sont diluées dans le marché, l’espace culturel devenu le commun, où se disséminent les gadgets d’Apple douée d’une masse économique supérieure à celle de plusieurs États. L’impuissance des politiques, rivés à servir des entités supranationales créées pour fluidifier le marché et abolir les frontières, entretient la nostalgie d’une originalité identitaire qui serait mise à mal par ceux-là même qui ont renoncé à la leur pour migrer. La casquette à la virgule portée à l’envers est la coiffe la plus portée au monde, elle n’est pas l’élément d’un attirail folklorique d’une sous-civilisation issue des anciennes colonies.

Le marché s’accommode bien des groupes et des minorités, il en fait des segments à consommation spécifique. La notion de licéité en Islam, la mise en résonance de ses actes avec un idéal de justice, a été détournée pour se transformer en rayonnages hallal pour la grande distribution.

Sarközi a été congédié.
Le peuple français a été pris dans sa grande majorité d’écœurement devant la constance qu’il a eue pour servir les riches et gouverner avec comme seule boussole criminaliser les plus démunis.

Le problème de notre devenir reste entier.

Au sixième siècle (avant JC), l’invention de la démocratie par les Grecs fut le moyen trouvé par Solon pour libérer les hommes tombés dans le servage pour dettes.
Le servage de la société féodale en Europe a eu comme origine l’endettement d’une grande partie de la paysannerie.
Le système économique actuel asservit par la dette non seulement les individus, mais également les entreprises et surtout, notre mode collectif d’être, les États, avec la certitude pour eux de ne pouvoir la rembourser.
Peut-être faudra-t-il pour nous rendre libres trancher le nœud gordien de la Dette, refuser de la payer ou au moins de servir ses intérêts ?
Si les banques fonctionnent avec nos dépôts, le crédit doit être assuré comme un service public. Les activités boursières spéculatives doivent être interdites.
Et si le théorème de Pythagore est un bien commun, la propriété intellectuelle est un acte de rapine.


(1) "When half a million Americans died and nobody noticed", Alexander Cockburn, The Week, 27.04.2012.

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