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Palestine occupée -

Sous l'Israël, la Palestine

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L’entité sioniste a résolu de façon originale une interminable saison d’élections législatives anticipées, trois ont été tenues depuis avril 2019. Depuis plus d’un an, ne se dégageait pas de majorité parlementaire qui eût pu trancher pour la désignation d’un prochain chef de gouvernement. Cette crise institutionnelle perpétuait de fait le pouvoir de Netanyahu qui n’a cessé d’innover et d’enrichir l’oppression des Palestiniens et d’offrir aux ultras de son camp des preuves de sa détermination à mettre fin aux illusions d’Oslo.

Sous l'Israël, la Palestine

Inventivité démocratique

Un pacte a été signé entre les deux parties rivales. Le Likoud après un gouvernement de 18 mois cèdera la place à la coalition centriste Blanc-Bleu de Gantz qui assurera le rôle de Premier Ministre à son tour pour la même durée. La mandature ainsi départagée durera 3 ans au lieu des quatre inscrits non dans la Constitution car cette entité ne s’en est pas dotée mais dans les lois fondamentales.

Elle s’est montrée pionnière en matière de répression d’émeutes ou guérillas urbaines en expérimentant armes et techniques de contre-insurrection et a exporté volontiers son savoir-faire. Le modus operandi donné à Sarkozy par le ministre de la sécurité intérieure israélienne en 2005 venu à sa demande le conseiller, continue de produire ses effets jusqu’en 2015, perquisitions violentes et assignations à résidence par milliers, puis aux éborgnements des Gilets Jaunes et leur emprisonnement.

Elle peut ainsi être considérée comme pionnière pour avoir produit une alternance consensuelle de deux blocs agrégeant des formations opposées sur la forme plus que sur le contenu de leurs projets politiques, pratique innovante qui pourra esquiver la consultation par les urnes. La France semble aussi avoir un pas dans ce sens en élisant un Président « En Même Temps » qui a rallié à lui des figures des deux partis majoritaires, pulvérisant sans doute à jamais les formations traditionnelles. L’inculpation du chef de gouvernement pour corruption et autres joueuses banalités d’abus de pouvoir n’entrave en rien l’accusé Netanyahu à s’être porté candidat. Mais ce trait n’est pas une originalité propre à l’entité ; en France, Sarközy, empêtré dans des affaires de financement de campagne, était en position de requérir le suffrage des citoyens français.

Une Union nationale a été ainsi consacrée en vertu de l’épidémie du COVID-19. Antagoniques pour des questions sociétales, deux camps politiques sont cependant accordés sur l’essentiel, entamer l’annexion de ce qui reste de la Cisjordanie occupée à partir du 1er juillet 2020.

Une nouvelle Naqba en vue

Car enfin, après nombre d’étapes, les sionistes sont en passe de réaliser leur ambition de toujours.

Création d’une entité politique en mai 1948 par les anciennes puissances mandataires de la Palestine en novembre 1947 qu’ils ont portée sur les fonds baptismaux d’une ONU constituée d’une cinquantaine d’Etats. Annexion de Jérusalem-Est et du Golan en 1967 avec occupation militaire de tout le territoire resté sous administration jordanienne et égyptienne. Maintenant, institution de fait d’un Etat unique, hormis Gaza évacuée par Sharon en prévision d’y réduire l’Etat de Palestine.

La Guerre Perpétuelle contre le Terrorisme (islamique) entamée en 2001 a porté un dernier clou à l’espoir que les principales puissances économiques puissent contrarier l’évidente ambition de l’entité de transformer la région. Le Grand Israël va au-delà même de la Palestine historique, il mord sur le Sud Liban pour son réseau aquatique, la Syrie et l’Irak pour stabiliser son emprise et diversifier ses ressources. L’infamie des dirigeants arabes, asseyant leur étonnante longévité sur la corruption et la compromission que complètent une trahison de la cause palestinienne et la normalisation de leurs rapports avec l’entité, a fait le reste.

La Résistance, morcelée mais toujours unie lors des combats décisifs, malgré parfois des errements, reste déterminée à faire retrouver aux Palestiniens de la Diaspora, plus nombreux désormais qu’à l’intérieur des frontières, comme à ceux en Palestine de 1948 et de 1967, leur patrie et un Etat.

Il est totalement vain d’espérer que mus par une soudaine solidarité ou un désir jusque-là quiescent de rendre justice à un des peuples les plus anciennement et ouvertement opprimés de la planète, quelques Etats se soucient de rappeler à l’artefact né en 1948 l’interdiction d’annexer des territoires conquis par la force. Ils (les Etats occidentaux) ont eu ce réflexe cependant au moment où la Russie a réintégré la Crimée au sein de la Fédération russe. Une pluie de sanctions économiques et politiques est tombée sur la Russie de la part du navire amiral du capitalisme mondial aiguillonnant la vieille mule européenne, peinant à la traîne avec son ravitaillement en gaz russe et ce nouvel espace entrouvert à ses entreprises.

L’argent des Usa va continuer à couler à flots vers l’entité, la dotation annuelle de plus de 3 milliards de dollars a déjà été augmentée à 3,8 milliards en 2018 avant le départ d’Obama. En dépit de la crise économique marquée déjà en novembre par l’intervention de la Fed sur la marché des ‘repo’ asséché de liquidité suite à une crise de confiance entre les instituions bancaires et du chômage massif et accéléré en quelques semaines qui a atteint 15% de la population active, un programme de 717 milliards a été dédié en 2019 à la recherche et le développement conjoints de système de défense d’Israël contre les missiles et les roquettes.

Influences

Le deal du siècle, projet honteux de la liquidation de la question palestinienne, est soutenu par les pétromonarchies autour du prince héritier de l’Arabie aux mains des Bédouins du Nedjd. Il fera ainsi un grand pas dès juillet dans l’indifférence et l’hébétude générales dans laquelle le COVID-19 et les mesures inappropriées et désordonnées des gouvernements occidentaux pour le combattre plongent une partie de l’opinion.

Avec le programme de 717 milliards de dollars et le Deal de Trump-Kushner, il deviendra justifié de dire que l’entité en annexant la Cisjordanie aura annexé les Usa.

La force politique de cet artefact construit par la violence coloniale au Proche-Orient au niveau international peut se mesurer avec l’éviction de Jeremy Corbyn. Accusé d’antisémitisme, il a subi un déchainement inouï de toute la classe politique britannique alors qu’il n’a jamais rien défendu d’autre qu’une solution juste avec deux Etats selon les normes des accords internationaux encore en vigueur. Il en fut fragilisé au sein de son propre parti et a dû abandonner la partie. Ses idées d’une orientation keynésienne de l’économie lui ont valu la conquête d’une base très large d’un Labour renouvelé, elles ne seront pas évacuées. L’opinion est devenue réfractaire au discours néo-libéral qui lui a été assené d’une main de fer pendant une trentaine d’années, elle leur sera d’autant acquise que se profile une grande récession économique.

Ilhan Omar, Représentante démocrate au Congrès d’origine somalienne avait créé un précédent en critiquant l’AIPAC , l’accusant d’entretenir une double allégeance, israélienne et secondairement étasunienne, et d’exercer une pression économique sur les élus. Elle avait bravé un tabou. L’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire juif The Forward prévenait en 2002 : « Il y a cette idée répandue au Congrès que vous ne fâchez pas ces gens, sinon ils vous abattent. » Ilhan Omar a joint début mai sa signature à celles de 390 représentants dans une lettre bipartisane soutenue par l’AIPAC qui demandait la prolongation de l’embargo des armes contre l’Iran. Ce revirement n’est pas à attribuer à une quelconque encéphalopathie due au COVID-19 mais sans doute bien à une pression menaçante d’une équipe dédiée à éplucher les détails de la vie privée de toute personnalité politique, voire à induire chez elle avec adresse des comportements compromettants. Ce procédé de dissuasion très efficace a largement été employé par le chargé de mission Jeffrey Epstein, l’assassiné-suicidé de la prison de Manhattan.

Ségrégation pour expulsions

On sait la situation des Palestiniens au sein de l’entité de 1948.

Le dernier rapport de Human Rights Watch détaille leur enfermement dans des villes sans possibilité de les étendre comme le voudrait un développement démographique normal. Bien que représentant 20% de la population, les municipalités palestiniennes ne disposent que de 3% des terres. Depuis 1948, 900 communautés juives ont été créées, aucune autorisation ne fut accordée aux Palestiniens. L’Autorité de la Terre gère les terres domaniales dont la moitié appartient au Fonds National Juif. Il est mandaté pour céder les terres aux Juifs et à nulle autre communauté.

Sans autorisation, les Palestiniens se voient obligés de construire sans permis et vivent sous la menace de la destruction de leurs maisons. Cette politique discriminatoire ne concerne pas seulement le logement. Les municipalités à majorité palestiniennes sont nettement moins dotées en service de santé et en écoles. La discrimination au niveau de l’éducation est exercée à tous les degrés de l’enseignement, les enfants palestiniens sont exclus des parcours généraux, désavantagés par des classes surchargées, un nombre réduit d’enseignants, des programmes différenciés, il sont relégués à des formations professionnelles. L’accès à nombre d’emplois est conditionné par la justification d’avoir accompli son service militaire, les ‘Arabes’ chrétiens ou musulmans sont exclus de fait de la catégorie de ceux qui l’effectuent obligatoirement. Les emplois réservés dans la fonction publique en particulier marginalisent les ‘non’ citoyens palestiniens.

Cette situation d’apartheid constitue déjà le sort des Palestiniens actuellement sous occupation militaire et guère mieux lotis par les restrictions de déplacements, l’agression des soldats omniprésents dans le paysage et des colons protégés par l’armée.

L’annexion des parties utiles de la Cisjordanie grignotée depuis 1967 par les vols de terre pour l’installation des colonies refoulera les Palestiniens dans des miettes de plus en plus réduites entourées de barbelés et de murs. Leur encerclement en fera des petites enclaves à l’instar de Gaza qui forcera ceux qui le pourront à l’exil.

Pas d’oubli

L’Union nationale proclamée en Israël proclamée à l’occasion du COVID-19 efface le peu de nuances entre la droite extrême, le Likoud, alliée à plus extrême qu’elle et la gauche libérale. L’éventail politique israélien a à cœur de terminer le ‘boulot de 48’, annexion et extension territoriale sans limite et parachèvement d’un nettoyage ethnique par toutes sortes de mesures économiques, policières, militaires et administratives.

L’application COID-19 mise en place en urgence par Netanyahu pour le traçage des contacts d’une personne infectée a soulevé des indignations hypocrites. Le renseignement pour la Sécurité Intérieure, le Shin Beth, a été sollicité pour la mettre en œuvre. Habituellement cette surveillance électronique par le biais des téléphones portables capable de géo-localiser dans un large rayon toutes les personnes au voisinage d’un individu cible est permanente et réservée aux Palestiniens. Elle permet de dresser le profil social de chaque Arabe, ennemi et terroriste en puissance, et facilite les exécutions extra-judiciaires. Ce n’est que lorsqu’elle concerne les Juifs qu’elle devient un danger pour la démocratie et qu’elle constitue une entaille à la liberté et une intrusion insupportable dans la vie privée.

La débâcle économique mondiale annoncée et déjà bien avancée risque d’entraver dans l’immédiat ce monstrueux projet d’annexion. L’idée qui a prévalu chez les sionistes fondateurs de l’entité, à savoir que les conditions de la spoliation seront oubliées avec le temps et les générations qui se succèdent ne se vérifie pas. Les ¾ de l’humanité et pas seulement les Palestiniens, n’oublient pas que sous Israël, il y a toujours la Palestine.

Badia Benjelloun


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