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Palestine - ISM France

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Palestine occupée -

Sur la question de la violence et de la non violence des Palestiniens

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Des membres d’ISM ont participé à une manifestation dans le village de Kafr Qaddum, situé au nord de la Cisjordanie, pas très loin de Naplouse. La manifestation a lieu toutes les semaines pour protester contre l’obstruction de la route principale qui va du village à Naplouse. Les forces israéliennes ont justifié la fermeture par des « motifs sécuritaires », car la colonie Kadumim, proche du village, est en expansion. « Fermeture » signifie que les Israéliens, les colons et le personnel militaire, sont autorisés à l’emprunter.

Sur la question de la violence et de la non violence des Palestiniens

Des Palestiniens ou quiconque « ressemble à un Arabe », à moins de pouvoir prouver qu’ils n’en sont pas, ne peuvent pas la prendre. Ils sont considérés comme un risque à la sécurité. S’ils ne sont pas catalogués comme terroristes, alors ils sont dépeints comme des menaces pour l’Etat juif. Des barrages contrôlés par des soldats sont placés partout en Cisjordanie occupée pour s’assurer que seuls les Israéliens utilisent ces routes.

Ayant participé auparavant aux manifestations du village, j’avais le sentiment de savoir à quoi m’attendre. Pourtant, cette-ci fut plutôt intense. La première fois que je suis venu, j’ai eu mon baptême des gaz lacrymogènes et 4 ou 5 personnes se sont fait tirer dessus – l’une d’entre elles juste à côté de moi. C’était il y a deux ans, et j’ai encore le souvenir du sentiment confus qu’on éprouve, l’instinct qui vous dit de courir, mais la raison prend le dessus et vous restez. J’éprouve ce sentiment, à des degrés divers, chaque fois que je suis dans les affrontements.

Je vais aux manifestations pour exprimer ma solidarité avec les Palestiniens et pour agir comme présence internationale. J’exerce mes privilèges d’homme blanc, européen, ce qui veut dire, à Kafr Qaddum, que j’ai peu de chance de recevoir une balle. Peu de chance de se faire tirer dessus est un privilège en Palestine. Une présence internationale dans une foule de Palestiniens peut signifier que personne ne sera blessé, ou que les forces d’occupation choisiront pour une fois de suivre le protocole et de tirer dans les jambes. Surtout parce que pour eux, c’est une mauvaise publicité de tirer sur un citoyen danois, et un peu parce que j’ai une caméra, ce qui en retour signifie une mauvaise publicité pour l’armée israélienne.

Comme dans la plupart de ces manifestations, des jeunes Palestiniens ont répondu aux forces d’occupation en leur jetant des pierres. Certains à la main, d’autres avec des frondes. 95% des pierres ratent leur cible, mais les réussites sont habituellement saluées par des ovations et des applaudissements.

Pendant cette manifestation, j’étais accompagné par deux camarades militants du même mouvement, et d’autres internationaux étaient également présents, d’une autre association. J’avais croisé l’un d’entre eux quelques semaines auparavant. Il représentait une ONG similaire à l’initiative avec laquelle j’étais venu. Pendant les affrontements, il s’est approché de moi, et m’a dit en réfléchissant, « Regarde ces gamins… certains n’ont pas plus de six ans ! » J’ai approuvé son commentaire et j’ai continué : « C’est très triste mais aussi impressionnant et encourageant à voir ! » Je savais d’après des conversations antérieures sur le sujet que cette déclaration pouvait sembler à certains provocante ou même contraire à l’éthique. Il a hésité un moment et il a dit qu’il ne savait pas s’il pensait que c’était une bonne idée : « D’une certaine manière ça ne fait que légitimer les actions de l’armée. » J’ai répliqué que je n’étais pas d’accord, et je lui ai rappelé que jeter des pierres à des soldats portant des gilets pare-balles, des casques, qui arrivaient dans des jeeps blindés dont le toit est équipé de fusils, est une action symbolique, et je lui ai dit que, « pour moi, ça fait partie de la résistance non-violente. » J’ai réalisé ensuite que je ne savais pas ce qu’il voulait dire par « légitimer » - il pouvait parler de l’opinion publique en Occident, auquel cas il avait parfaitement raison. Il a poursuivi, « je ne peux pas m’empêcher de penser que ça serait plus efficace qu’ils ne jettent pas de pierres. » Je me suis retrouvé piégé. Il a continué avec une argumentation que j’avais mise en pièces tant de fois dans ma tête, et pourtant je n’étais pas capable de le faire là, maintenant que j’en avais besoin. Je ne savais pas par où commencer.

Il faisait référence à l’idée que jeter des pierres montre que la résistance palestinienne est violente, et que donc on peut argumenter que les Palestiniens sont eux-mêmes une partie du problème que l’occupation apporte avec elle. Que ça légitime l’occupation. C’est une analyse commune, et je ne fus pas surpris de l’entendre. Au contraire, je m’y attendais à moitié.

Je considère cette vision des choses comme l’une des plus dommageables à la lutte palestinienne pour la liberté et l’auto-détermination. C’est ainsi que beaucoup de gens pensent, et ça leur sert à esquiver le sujet de la résistance palestinienne et à glisser vers les réflexions du style « il y a toujours deux versions de la même histoire », « chacun a sa part de responsabilité dans le conflit » et « il faut être deux pour déclencher une guerre » qui mènent à des analyses fallacieuses interminables qui profitent à Israël. Cela signifie de fait que personne n’intervient de peur de se salir les mains, pendant qu’Israël continue le nettoyage ethnique de la Palestine par les assassinats extrajudiciaires et les déplacements forcés. L’analyse selon laquelle il y a deux parties dans une guerre ou un conflit implique qu’il y a matière à comparaison. Le style d’analyse que Nous occidentaux pouvons conclure par, « je vois combien souffrent les Palestiniens, mais je ne soutiens pas la violence, » et nous fermons les yeux. Les Palestiniens doivent faire la preuve de leur souffrance pour gagner notre soutien. Nous avons peu de considération pour la dignité de ces gens, bien qu’il la mette en pratique aussi explicitement que possible : en affrontant des chars avec seulement des pierres dans leurs mains.

Ce gars n’a pas fermé les yeux et je n’essaie pas du tout de le dénigrer. J’ai un grand respect pour le fait qu’il ait choisi de venir en Palestine pour soutenir les Palestiniens, et pour le fait qu’il soit venu à la manifestation aujourd’hui. Là où je veux en venir, c’est que même des gens qui font des choix aussi honorables peuvent être facilement victimes des récits selon lesquels le conflit israélo-palestinien est une histoire insoluble chargée de sentiments compatissants et que la seule chose que nous puissions faire et donner la main aux gamins de six ans, pendant que les adultes continuent les soi-disant interminables négociations de paix. Si c’est là que nos analyses nous mènent, alors cela devrait déclencher un signal d’alarme. Les « négociations de paix » n’ont jusqu’à présent servi qu’un seul côté ; Israël a mis en place une mascarade pour que la communauté internationale pense qu’ils travaillent pour la paix et nous laisser de côté. Nul besoin besoin de soutenir Israël pour que les négociations réussissent, il suffit que nous restions à l’écart.

A part le fait que les pierres font peu ou pas de dégâts, et qu’elles sont loin de légitimer les gaz chimiques et les différents types de munition utilisés par l’armée israélienne contre les civils palestiniens, il y a aussi un angle mort dans cette lecture de la confrontation : quand Nous, en Occident, appelons les Palestiniens à agir de façon non violente et sans jeter de pierres, nous nous référons à une situation imaginaire dans laquelle nous les soutiendrions s’ils posaient les frondes. Ce qui n’a jamais été le cas. Maintes fois les Palestiniens ont respecté les règles, choisi la diplomatie plutôt que la résistance armée. Et il est triste de constater que le seul message que nous leur avons envoyé a été que tant qu’ils ne constituent pas une menace sécuritaire, personne ne veut les écouter. Nous ne tenons compte du Hamas que lorsqu’il tire des roquettes.

Dans le contexte de la lutte du mouvement pour les droits civiques, aux Etats-Unis, dans les années 60, Stokely Carmichael a expliqué ainsi la non-violence : « Si vous êtes non violent, si vous souffrez, votre ennemi verra votre souffrance et sera touché au cœur, » et il continue, « pour que la non-violence puisse fonctionner, l’opposant doit avoir une conscience. Les Etats-Unis n’en ont pas. » Il est probable que personne n’espère qu’Israël ménage les Palestiniens après 50 ans (70 ans, ndt) d’occupation et de violence systématique. Dans le cas où l’Israël « aurait une conscience », une stratégie non-violente pourrait pousser la communauté internationale à faire pression sur lui et le sanctionner s’il ne se conforme pas au droit international. Mais nous donnons des leçons aux civils palestiniens, comme nous en donnons au Hamas : si vous ne constituez pas un problème pour nous, pourquoi nous en soucier ?

La communauté internationale doit encore faire la preuve qu’elle a une conscience.

Tout ceci sans mentionner le fait que le peuple palestinien a le droit à la lutte armée contre l’occupation, comme stipulé par la résolution 33/24, 1978 des Nations Unies. Il semble que ce soit un aspect oublié de la discussion et de la question de l’occupation israélienne en général. En particulier depuis 2001, la distinction entre résistance et terrorisme a été brouillée. Terrorisme est le mot-clé dans tous les discours élaborés depuis, et à cause de son manque de définition, il a été extrêmement utile à Israël. En offrant un concept qui constitue une menace existentielle pour le peuple juif, légitimant davantage de moyens sécuritaires. Mais selon les organisations intergouvernementales sur lesquelles la communauté internationale s’appuie habituellement, l’occupation d’Israël est en soi illégale, tout comme les colonies en Cisjordanie et leur expansion continuelle. Alors que les Nations Unies ont déclaré en 1978 que les activités d’Israël en Palestine étaient « (…) une menace croissante à la paix et à la sécurité internationales », aucune action perceptible n’a été entreprise pour changer cela. Si l’on peut admettre le point de vue de l’ONU sur le sujet, et si l’on peut le rappeler, alors il faut poser différentes questions. Alors que la non-violence est une stratégie qui peut être utile – indépendamment du fait de savoir si la lutte armée l’est – l’absence d’attaques violentes contre Israël est en soi de la non violence. Alors que la droite du mouvement sioniste nie complètement l’existence d’un peuple palestinien, vivre et résider sur leur terre est en soi un acte de résistance des Palestiniens. Chaque jour où Israël n’est pas attaqué est un exemple du fait que les Palestiniens choisissent la non-violence comme stratégie. Ce peut être pour diverses raisons, et il faut garder à l’esprit qu’un peuple en occupe un autre. Et quand l’occupé organise une manifestation pour les droits de l’homme et que des pierres volent, cela ne constitue pas un risque sécuritaire pour l’Etat juif. Israël, pendant ce temps, condamne le jet de pierre comme un acte de terrorisme et poursuit les Palestiniens comme des terroristes. Ils peuvent aussi se retrouver coupables de toucher un char avec une pierre. Ceci arrive bien sûr devant les tribunaux militaires, comme avec chaque Palestinien poursuivi par les autorités israéliennes, peu importe l’accusation. Les droits civils palestiniens sont tout simplement inexistants dans le système judiciaire israélien. Il y a longtemps que l’apartheid sur le terrain a fusionné dans le système juridique.

A part la résistance palestinienne, et pour que quelque chose change, nous ne pouvons compter que sur la solidarité de la communauté internationale pour mettre des actions derrière les condamnations et pour sanctionner Israël jusqu’à ce qu’il reconnaisse les droits inaliénables du peuple palestinien. Toutefois, pour ce faire, nous devons faire attention à nous dégager des récits pro-Israël qui ont longtemps accaparé ce sujet. Au sujet de mon anecdote personnelle, ce ne fut que ma dernière rencontre avec ces discours profondément pro-israéliens qui nous empêchent d’analyser correctement la situation. Ils obscurcissent une donnée relativement simple : Israël travaille constamment à annexer toute la Cisjordanie et à effacer les Palestiniens de l’histoire écrite. Le problème est que pour mobiliser une pression internationale, il faut éviter de nous laisser surprendre, sur le terrain, par les récits du style « les jeteurs de pierre sont des terroristes. » N’esquivons pas la discussion. Le problème n’est pas la violence ou la non-violence, mais le fait qu’Israël représente l’une des plus longues occupations de l’histoire, qui broie la société palestinienne. Si nous continuons de fuir la discussion au lieu de l’affronter, nous condamnons les Palestiniens à une vie d’indignité et de nettoyage ethnique interminable.

(*) A venir : les précisions sur l'auteur et le lien exact vers l'article original en anglais.



Source : Palsolidarity

Traduction : MR pour ISM

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