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Grande-Bretagne -

Tel qu'il est, vermoulu et titubant

Par

Il se donne à nous tel qu’il est, vermoulu de corruption et cimenté de mensonge.
Tout à fait fin juin, il nous est dit que la deuxième grande banque britannique, la Barclays, a fraudé et manipulé le Libor (1), le taux interbancaire le plus usité au monde et qui sert d’indice référentiel pour (le chiffre qui va être annoncé comporte beaucoup de zéros) 350.000 milliards de dollars de produits financiers.

Tel qu'il est, vermoulu et titubant

La banque fautive va payer une amende de 450 millions de dollars. Cette modique somme ne vient pas comme une punition au terme d’une procédure mais constitue le petit dédommagement pour que cesse l’enquête des régulateurs.
La cascade des révélations se poursuit.
Toutes les banques quasiment qui sont sollicitées pour composer le fameux indice et au-delà, une vingtaine selon le Financial Times, manipulent à la baisse le taux auquel elles empruntent à leurs consœurs.
De plus, elles se sont entendues pour commettre cette pratique.
Elles ont pu ainsi tromper leurs clients sur des produits financiers qu’ils leur vendaient en les présentant avec un écart entre le cours d’achat et de vente artificiellement gonflé (spread dans la langue des banquiers).
Ces conduites répréhensibles le sont moins si la tricherie est généralisée.

Cette évidence n’est qu’une une dimension réduite donc déformée du processus à l’œuvre.
Quand les banques mentent sur les taux auxquels elles se prêtent les unes les autres, elles veulent dissimuler qu’elles ne se font pas confiance.
Elles supposent leurs collègues aussi mal en point qu’elles-mêmes, c’est-à-dire détentrices d’actifs, des produits financiers donc, qui ne valent rien.
Les collatéraux grâce auxquels elles vont adosser leurs emprunts, et il ne s’agit pas seulement des dettes souveraines, ne sont plus des garanties aisément acceptables.

Malgré les aides considérables fournies par les États, une des raisons de leurs dettes actuelles, donc les contribuables, les banques privées sont en mauvaise posture.
Les algorithmes continuent de tourner, les bourses de New York, Londres et Tokyo ne frémissent face à aucune réalité, ni les chiffres du chômage, ni ceux de la baisse des mises en construction et des produits manufacturés.
Bientôt, de l’argent imprimé dans un énième Quantitative Easing y sera englouti.
Au lendemain de la crise de 2008, un diplôme de finances mathématiques avait été supprimé à l’université de Paris-Dauphine. Maintenant que l’on sait que le prix de l’argent est décidé par la main invisible de quelques trafiquants banquiers, la discipline qui enseigne le ‘pricing’ va-t-elle également tomber en désuétude ?
La seule évocation d’une réforme qui impliquerait un peu de régulation financière par des instances objectives a fait avancer l’hypothèse par les îles britanniques, paradis fiscaux avec le Luxembourg, la City au sein de l’Europe, qu’elles demanderaient leur indépendance et feraient sécession.
La part des revenus financiers générés par l’activité de la City avoisine 30% du PIB de la plus ancienne nation industrielle du monde.

Photo
Bob Diamond, directeur général de Barclays, que le scandale des manipulations du taux Libor a contraint de démissionner


La plus ancienne démocratie occidentale, celle qui a décapité Charles I pour son absolutisme le 30 janvier 1649, est une métonymie pour le système vermoulu, en décomposition avancée, dans son ensemble.
David Cameron a été pris la main dans le sac.
Jamais il n’aurait été élu sans l’assentiment du magnat de la presse Rupert Murdoch, le faiseur depuis des décennies des gouvernants et Premiers ministres britanniques, Tony Blair n’en est pas l’un des moindres. Margaret Thatcher était sa favorite.
Aussitôt promu, Cameron nomme comme porte-parole de son cabinet, Andy Coulson, employé de Rupert Murdoch, au sein de la direction d’un de ses médias, News of the World. Le système Murdoch fonctionne en obtenant des informations auprès de policiers contre rétribution et en organisant des écoutes téléphoniques illégales qui espionnaient à grande échelle. Andy Coulson fut contraint à la démission.

Des témoignages abondent qui attestent de la collusion du ministre de la Culture Jeremy Hunt actuel avec le groupe Murdoch. Il aurait facilité son OPA sur le bouquet satellitaire BSkyB.
Si le projet aboutissait, Murdoch laminerait définitivement toute concurrence par la mise en synergie de la télé, de la téléphonie mobile, d’internet et de la presse écrite.

La corruption n’est pas un carburant politique spécifique aux Britanniques. Les perquisitions faites ces jours-ci aux différents domiciles de Sarközi et de son épouse actuelle à la recherche des deux fois 400.000 euros retirés en espèces des comptes de Liliane Bétencourt en 2007 ne conduiront sans doute pas à une inculpation. Saura-t-on si quelques prébendes furent réellement avancées par feu Kadhafi à la veille des élections de 2007 ?

Ce qui tient lieu de démocratie a cette prétention en raison d’un rituel qui scande la vie publique, l’élection parmi une oligarchie incestueuse de Représentants qui sont censés porter la voix du peuple.
Les mœurs des parlementaires britanniques sont fortement imprégnées.
La Chambre des Communes dispose de neuf débits de boissons à l’usage des députés et de leurs invités. En 2011, la recette des 9 bars s’est élevée à 1,33 millions de livres. Les services d’approvisionnement des Communes détiennent un stock de 44.000 bouteilles de 69 vins différents. Ils sont partiellement financés par des subventions publiques, de l’ordre de 9.000 livres par an et par député.
L’absorption excessive d’alcool ne se limite pas aux citoyens britanniques à l’extérieur de Westminster. Nombre d’élus arrivent en séance quasiment portés par des lobbyistes, ont du mal à se tenir debout et n’ont aucune idée de ce pourquoi ils votent.
Les caméras pénètrent dans l’auguste assemblée, elles nous livrent des images qui évoquent une certaine parenté avec la bizarrerie Eltsine et laissent dubitatifs sur la vigilance et le jugement de ses membres.

Vermoulu et titubant.


(1) London InterBnak Offered Rate, le Libor est l’indice le plus utilisé pour établir les taux pour les opérations financières à court terme, les taux d’intérêt pour les prêts, pour l’épargne, les options, les futures et les swaps. Comme son nom l’indique, il est le taux d’intérêt moyen auquel se prêtent entre elles un panel de banques. Les banques du panel sont sélectionnées annuellement selon des critères stricts, le volume de leurs transactions, leur réputation et leur maîtrise présumée de la devise en cause. Elles sont au moins au nombre de huit, au plus de seize. Il est établi quotidiennement pour dix devises et quinze maturités différentes et annoncé à 11h45 par la British Banker Association à ses partenaires.
Les taux auxquels les banques du panel s’attendent à pouvoir emprunter chaque jour (et qui ne sont pas donc des taux effectifs puisque les besoins quotidiens réels de levées d’argent sur le marché sont variables) sont annoncés à l’agence Thomas Reuters vers 11 heures. Les 25% des valeurs colligées les plus hautes et les plus basses sont éliminées et le calcul se fait de la moyenne se fait sur les 50% valeurs restantes.
Depuis sa création dans les années quatre-vingt, quelques 150 autres Libor sont disponibles.


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