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Palestine - ISM France

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Libye -

Un petit contretemps

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Le soulèvement du peuple libyen contre le régime totalitaire de la ploutocratie qadafienne était en voie d’écrasement. Les armes employées contre le peuple libyen ont été fournies essentiellement par la France. Un point d’inflexion dans l’évolution de la révolution libyenne est survenu autour du 3 mars 2011. L’avance des insurgés depuis la ville de Benghazi vers l’ouest du pays arrivée à près d’une centaine de kilomètres de Tripoli a été arrêtée net. Elle a correspondu à la visite de 24 heures effectuée par l’un des fils du dictateur à Tel Aviv. Il y est allé demander au régime sioniste de lui fournir un matériel anti-émeutes sophistiqué, un équipement d’observation nocturne et des images satellitaires de son propre pays. De même, il a négocié un appui logistique au travers des différentes sociétés militaires privées dans lesquelles se reconvertissent très volontiers les anciens officiers de l’armée d’occupation. Ces exécuteurs de sale besogne sont sollicités en vertu de leur expertise validée en répression de civils, les Palestiniens en Palestine occupée en témoignent tous les jours.

Un petit contretemps

Des Libyens examinent les débris d'un avion de combat US qui s'est écrasé lundi à Benghazi. Les deux membres de l'équipage se seraient éjectés et seraient sains et saufs, mais on ne sait pas où (Reuters)
Immédiatement après cette visite éclair, un avion rempli d’experts militaires israéliens a atterri à l’aéroport de Tripoli.

Les forces gouvernementales frappaient les villes par air, par voie de terre et de mer mais ne parvenaient pas à pénétrer les cités bien défendues par les civils insurgés transformés en peu de jours en guérilleros. Mesrata n’a jamais été investie alors même qu’elle était assiégée.

Toutes les tribus, hormis celle des Qdadfas d’où est issu le colonel dictateur, avaient rallié la rébellion. Elles sont à même de contrôler les sites d’extraction du pétrole tous à leur portée en plein désert, y compris d’en arrêter la production.

Cette éventualité n’a jamais été mise en avant par le gouvernement transitoire.

Le besoin irrépressible de se maintenir au pouvoir est inversement proportionnel à la légitimité populaire de l’équipe au pouvoir, c’est bien ce que nous ont démontré les récentes révolutions arabes.

Arrivé au sommet de la hiérarchie à l’occasion d’un coup d’État, jamais soumis à un quelconque suffrage eût-il été frauduleusement gagné, le colonel a fait de la Libye sa propriété privée. Il ne peut comprendre que le peuple veut le congédier.

L’insurrection s’est transformée en guerre civile asymétrique.

Pourquoi a-t-elle préféré demander l’aide de la ‘communauté internationale’ plutôt que de s’enquérir de quelques munitions faciles à acheminer et très efficaces contre les tanks et les avions de Qadafi ? A-t-elle été déstabilisée par l’aide que le gouvernement algérien, lui qui n’a pas hésité à sacrifier entre ½ et un million de ses citoyens dans les années de guerre civile, a porté à son oppresseur ?

Les circonstances internationales ne sont plus les mêmes. L’hégémonie étasunienne et occidentale de façon générale s’effondre depuis les impasses militaires de l’Afpak et de l’Irak et le délabrement économique induit par ses crises financières. La révolution arabe une fois commencée se poursuivra, la peur s’est dissipée à la terrible école des enfants de Palestine affrontant des chars des pierres à la main.

Alors, pourquoi accorder un quelconque crédit d’humanitarisme à ce machin onusien qui n’est jamais venu en aide au plus faible, sinon pour le dépouiller au profit des puissances qui le dominent ?

La procédure de demande d’aide à un pays arabe voisin existe et a été convoquée lors de la conquête de l’Algérie par la France. Le peuple de Tlemcen a demandé protection, c’est-à-dire armes et possibilité de refuge, au roi du Maroc qui le lui a accordé jusqu’au désastre de la bataille d’Isly en 1844. Le gouvernement transitoire aurait pu solliciter la puissante armée égyptienne.

La facture que va présenter la coalition qui assure l’exclusion aérienne en Libye va être lourde. Les pertes civiles annoncées dès les premières 24 heures sont déjà considérables et comment s’en étonner après qu’il ait été démontré en Afghanistan, au Pakistan et en Irak l’imprécision des tirs des missiles hautement intelligents qui ne cessent de tuer des enfants ou de pauvres gens célébrant un mariage ?

Les pays participant à la curée ont dû négocier le contrôle des ressources pétrolières du pays et donc une ingérence politique. L’amiral Mc Mullen a d’ores et déjà informé qu’une exclusion aérienne même réussie n’aboutira probablement pas à la chute de Qadafi sur le mode, « c’est un voyou, mais c’est le nôtre ».

Cette expédition en Afrique du Nord consiste-t-elle en une excursion de démonstration des capacités de leurs avions de dernière génération, mais quel acheteur veulent-ils convaincre des performances du Rafale, Tornado et F22 ?

L’appui monnayé d’Israël à Qadafi et l’intervention de la France aux côtés des insurgés alors que celle-ci a aligné très nettement depuis Sarközy sur les desiderata de la politique étrangère israélienne n’offre qu’une contradiction apparente. L’Iran se fournissait bien en armes chez l’entité sioniste forçant l’embargo étasunien pendant les huit ans de la guerre Iran-Irak. Les affaires n’empêchent pas de basses manœuvres électoralistes et l’avancement de quelques pions en faveur de Total dans un pays que l’on aimerait bien dévaster et reconstruire.

Amr Moussa parlant au nom de la Ligue Arabe et un peu au sien car il prétend au commandement suprême en Égypte condamne le bombardement occidental des civils alors même que la vieille dame née en 1945 avait approuvé la demande d’une exclusion aérienne.

L’Organisation de l’Union Africaine exige l’arrêt immédiat des frappes occidentales sur la Libye et convoque pour le 25 avril à Addis Abeba le ban et l’arrière ban des organisations internationales pour décider d’une action concertée envers la Libye, passant outre le résultat permissif du Conseil de Sécurité.

Clairement le monde est en train d’expliquer que nous ne sommes plus dans l’ère de l’unilatéralisme occidental.
Ces deux instances auraient pu imposer ou du moins négocier un cessez-le-feu avant les décisions de l’ONU.

Le petit décrochage actuel vécu par la révolution arabe comme l’intervention de la maison des Séoud au Bahrein et l’envoi des gadgets occidentaux tueurs sur la Libye constitue un retard à son progrès, mais ne lui seront pas un coup fatal.


Badia Benjelloun
20 mars 2011






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