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Palestine - ISM France

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Syrie -

Une lecture de l'insurrec​tion syrienne et de sa récupérati​on

Par

> nacoury@hotmail.fr

Lors d'un forum réuni vendredi 2 décembre au très sioniste Saban Center for Middle East Policy à Washington, Leon Panetta, ministre étatsunien de la Défense, a mis en garde (1) l'entité sioniste contre son isolement croissant et inquiétant dans la région du Proche-Orient et l'a fortement exhortée à se rapprocher de la Turquie, de l’Égypte et de la Jordanie, à revenir sur la "foutue" table des négociations avec les Palestiniens et, plus généralement, déconseillé le recours à une intervention militaire contre l'Iran.

Une lecture de l'insurrec​tion syrienne et de sa récupérati​on

Burhan Ghalioun reçu par Alain Juppé au Quai d'Orsay, le 23 novembre 2011.
Quelques jours plus tôt, le mercredi 30 novembre, dans une interview accordée au Wall Street Journal et publiée vendredi 2 décembre (2), Borhane Ghalioune, récemment intronisé président du Conseil National Syrien (CNS) créé en France en octobre 2011, déclarait que la nouvelle Syrie dirigée par le CNS romprait ses relations avec l'Iran (qualifiées de "anormales"), le Hezbollah et le Hamas, et qu'elle entreprendrait de recouvrer le Golan (occupé par les sionistes en juin 1967) par voie de négociations plutôt que "par un conflit armé ou par procuration".

On voit un haut responsable de l'impérialisme allié génétique du sionisme s'inquiéter pour l'avenir de son projet en terre arabe et rechercher des conciliations salvatrices, d'un côté, et de l'autre, un "représentant de la révolution syrienne" appointé par la France et les alliés arabes de l'impérialisme, s'engager officiellement à détruire le front de la résistance et à faire la paix avec l'entité usurpatrice. L'image est frappante. L'occupant de la Palestine est dans une situation difficile à en croire son principal mentor, mais il est rassuré par le représentant d'une révolution démocratique menée contre un régime oppresseur, mais proche de la résistance antisioniste.

Que ces interventions révèlent un partage des rôles entre les puissances impérialistes ou un début de passage du bâton des USA à l'ancienne puissance coloniale au Machreq, le fait est que la situation en Syrie est la bombe qui fait depuis peu exploser tous les discours et référents politiques.

Il est indiscutable que le régime de Bashar el Assad, qui a succédé à son père Hafez, est une dictature à parti unique qui étouffe et exploite le peuple syrien depuis 1970, et que l'insurrection qui secoue le pays depuis neuf mois est l'expression, ne serait-ce qu'à l'origine, de la révolte d'un peuple qui n'accepte plus la servitude, au même titre que les autres peuples arabes qui se sont soulevés ces dernier mois. Ce qui a fait la différence avec les autres révolutions arabes (hors la libyenne), c'est la guerre mondiale ouverte et déclarée que cette révolution a immédiatement déclenché et qui se poursuit et se renforce tous les jours à tous les niveaux.

En moins d'un mois se sont succédés réunions, assemblées et condamnations des Nations Unies, Ligue Arabe, Organisation de la conférence islamique, Conseil des droits de l'homme de l'ONU, sanctions diplomatiques, politiques, économiques, menaces d'intervention militaire, boycott international, protection de la population civile et création de gouvernements intérimaires clés en main.

On connaît tous la centralité de l'intouchabilité de l’État sioniste pour l'Occident et ses alliés locaux. Ce qui explique la guerre mondiale contre un régime qui ne cache pas son appui à la résistance contre Israël, ni son soutien aux piliers de cette résistance que sont le Hezbollah et le Hamas. Et qui de plus revendique publiquement son appartenance à l'"axe du terrorisme" anti-américain et anti-sioniste aux côtés de l'Iran.

On peut d'ailleurs imaginer sans trop d'effort le revirement international qui surviendrait si la Syrie officielle décidait aujourd'hui de se montrer plus raisonnable et reprenait, par exemple, le chemin des pourparlers en vue d'une transaction sur le Golan, en laissant dans la foulée tomber l'Iran, le Hezbollah et le Hamas. La guerre mondiale contre la Syrie n'est pas une guerre pour la promotion de la liberté et de la démocratie.

On pourrait certes dire que le régime syrien se contente d'approvisionner le Hezbollah en se gardant bien de "chauffer" le front du Golan à ses propres frais. Mais on peut aussi se demander comment la résistance libanaise aurait pu triompher de l'ennemi et lui flanquer la raclée de son histoire, dont il est à ce jour encore traumatisé, sans l'appui de la Syrie en juillet-août 2006 ?

Il semble que le soulèvement populaire syrien ne fait pas l'unanimité dans le pays et souffre d'une direction vacillante et divisée et possiblement usurpée par une direction extérieure au pays. Enfin, il a été rapidement, pour des raisons propres à la société syrienne et à son histoire, instrumentalisé par les ennemis de la résistance. A titre d'exemple, il suffit de suivre la guerre médiatique menée par Al Arabiya (USA) et Al Jazeera (Qatar) qui consacrent 80% de leur quotidien à "la question syrienne" et scandent inlassablement le nombre des morts quotidiens, qui n'est proportionnellement pas supérieur à celui des morts et des blessés tombés et qui continuent de tomber dans les autres pays arabes. Mais est-ce une raison pour accuser tous les insurgés de trahison et se ranger aux côtés des forces de la répression ?

Les révolutions font couler le sang et les guerres impérialistes aussi. La Syrie est actuellement en proie à un soulèvement qui a été récupéré par les impérialistes qui, sous couvert de droits de l'homme et de démocratie, s'acharnent à développer leur éternelle stratégie : mettre les peuples et les ressources de la région sous leur domination et celle de leur représentant local, et extirper par la racine toute velléité de résistance à un tel projet.

Les régimes qui soutiennent la résistance sont soumis à une injonction de perfection. Sous la pression d'un blocus international des principales puissances mondiales, ils doivent appliquer la démocratie, respecter les droits de l'homme, assurer la libre expression de toutes les composantes de la société, etc. Faute de quoi le concert des nations civilisées dans leur mission éducatrice s'occupera manu militari de les remettre dans le droit chemin.

Sans jamais perdre de vue l'objectif de libération de la Palestine de la mer au Jourdain, les militants et les résistants doivent surveiller minutieusement le rapport de forces dans la région, rester attentifs aux manipulations des forces impérialistes (détectables dans le discours de ses porte-paroles tel Borhane Ghalioune) et du régime syrien qui n'a pas dit son dernier mot, tout en gardant l’œil sur l'insurrection syrienne pour ne pas rater les revendications véritablement populaires.


(1) "Panetta: Israël must get to the "damn" peace table", Reuters, 3.12.2011.

(2) "Syria Would Cut Iran Military Tie, Opposition Head Says", The Wall Street Journal, 2.12.2011.

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5 décembre 2011