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Palestine - ISM France

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Palestine -

Une terre avec peuple, pour un peuple avec un projet

Par

> lwatzal@aol.com

Le Dr. Ludwig Watzal est rédacteur en chef et journaliste à Bonn, Allemagne. Il a écrit plusieurs livres sur Israël et la Palestine.

Deux rabbins, qui visitaient la Palestine en 1987, observaient que la terre était comme une épouse, "belle, mais mariée à un autre homme". Ce qu'ils voulaient dire, c'est que si la Palestine était l'endroit choisi comme "patrie" du peuple juif en Palestine, les habitants indigènes devraient partir.

Une terre avec peuple, pour un peuple avec un projet


Où irait le peuple de Palestine ? Cette quadrature du cercle est l'essence du dilemme d'Israël depuis son établissement même, et la cause de la tragédie palestinienne qui s'en est suivie. Elle est restée insoluble.

Le nouveau livre de Ghada Karmi, Mariée à un autre homme, le dilemme d'Israël en Palestine (1), montre que la principale raison de cet échec fut le dilemme sioniste originel et insoluble, comment créer et maintenir un Etat juif sur une terre habitée par un autre peuple. Le sionisme n'a jamais été capable de résoudre le problème de "l'autre homme".

Il n'y a que deux solutions : soit "l'autre homme" doit être éradiqué, soit il faut abandonner le projet d'Etat juif. Israël n'a fait ni l'un ni l'autre. Il a réussi en 1948 à expulser et à empêcher d'entrer un grand nombre de Palestiniens, mais il n'a jamais été capable de "nettoyer" complètement la terre de Palestine. L'erreur fondamentale des sionistes fut de croire que "la terre de Palestine toute entière était juive et que la présence arabe était une intrusion étrangère honnie". A tout prendre, les sionistes ont eu un succès "relatif", mais pour les propriétaires indigènes de la terre, ce fut une catastrophe qui continue jusqu'à aujourd'hui.

"Si Israël reste un état colonial, il ne survivra pas. La région finira par être plus forte qu'Israël, le peuple indigène finira par être plus fort qu'Israël", disait Haim Hangebi, ancien membre du Mazpen, cité par Akiva Eldar dans le quotidien israélien Haaretz le 8 août 2003. L'auteur conclut : "L'éthique du sionisme n'était pas une coexistence pacifique mais une idéologie colonialiste et exclusiviste à imposer et maintenir par la force."

Ghada Karmi est un commentateur renommé sur le conflit israélo-palestinien, et un personnage bien connu à la radio et à la télévision britanniques. Elle est née à Jérusalem et a été forcée d'en partir lorsqu'elle était enfant, en 1948. Elle a grandi en Grande-Bretagne où elle est devenue médecin, professeur et écrivain. Actuellement, elle est chargée de recherche et maître de conférences à l'Institut d'Etudes Arabes et Islamiques à l'Université d'Exeter. Elle a écrit plusieurs ouvrages, dont In Search of Fatima, dont les critiques ont été élogieuses.

Le dilemme sioniste a été parfaitement et clairement exprimé par le professeur et représentant de l'ainsi nommé "post-sionisme", Benny Morris, qui a provoqué non seulement un tollé au sein de la communauté scientifique mais aussi une déception profonde, parce que Morris était considéré comme appartenant aux "nouveaux historiens".

Dans un entretien avec le quotidien Haaretz et dans son article dans The Guardian, il s'est présenté lui-même comme un sioniste ardent. Il résume l'ensemble des principaux éléments du sionisme, son inhérente invraisemblance comme entreprise pratique, son arrogance, son racisme et sa suffisance et l'insurmontable obstacle que représente pour lui la population originelle de Palestine, qui refuse de partir.

Sa vision colonialiste et raciste a été sévèrement critiquée par Baruch Kimmerling et beaucoup d'autres, qui ne pouvaient comprendre son analyse.

Morris dit des choses incroyables : "Un Etat juif n'aurait pu voir le jour sans le déracinement de 700.000 palestiniens. Il était donc nécessaire de les déraciner. Il n'y avait pas d'autre choix que d'expulser cette population."

Selon lui, les sionistes ont fait l'erreur de permettre à quelques palestiniens de rester. "Si la fin de l'histoire est sombre pour les Juifs, ce sera parce que Ben Gourion n'a pas terminé le transfert de 1948 (…). Dans d'autres circonstances, apocalyptiques, qui peuvent tout à fait arriver dans cinq ou dix ans, il y aura des expulsions. Si nous nous trouvons (…) dans une situation de guerre (…) des expulsions seront parfaitement raisonnables. Peut-être même essentielles (…). Si la menace sur Israël est existentielle, l'expulsion sera justifié."

Morris conclut que le sionisme est confronté à deux options : une cruauté et une répression perpétuelles des autres, ou la fin de l'entreprise. Ces alternatives donnent au projet toute entier une touche apocalyptique. Pour l'instant, les sommités de la sécurité israélienne ont choisi le "mur de fer" – concept qui fait référence à un mur de baïonnettes.

Ghada Karmi montre, dans le chapitre "Le Coût d'Israël pour les Arabes", que le prix qu'ils ont dû payer est affreux. Elle tient pour responsable non seulement Israël mais aussi l'Occident, en particulier les Etats-Unis d'Amérique, pour l'attitude de rejet qu'a adopté la classe politique israélienne. Ils n'ont jamais envisagé le moindre compromis.

Dans ce chapitre, l'auteur décrit les dommages infligés aux Arabes par la création d'Israël, combien elle a retardé leur développement et provoqué une radicalisation de réaction dangereuse.

On demande toujours aux Arabes d'être réalistes et de reconnaître les faits accomplis. "On a attendu des Arabes qu'ils fassent la paix avec Israël – et aussi qu'ils l'aiment."

En sous-main, Israël a beaucoup progressé vers une normalisation avec le monde arabe. Les dirigeants arabes doivent cacher cette vérité à leurs propres populations.

Karmi voit la politique occidentale dans le cas d'Israël comme étant plus stratégique qu'idéologique. "L'installation de l'Etat juif comme agent local des intérêts régionaux occidentaux fut une manière efficace de diviser les Arabes, pour garantir qu'ils restent dépendants et soumis". L'Egypte et la Jordanie en sont les meilleurs exemples.

Dans le chapitre "Pourquoi les Juifs soutiennent-ils Israël ?", l'auteur demande : "Pourquoi un projet qui était, à première vue, invraisemblable et inévitablement destructeur pour les autres, a-t-il aussi bien réussi ? Et, ce qui est tout aussi important, pourquoi continue-t-il à être soutenu, en dépit d'un passif clair d'agression et de violations multiples de la législation internationale contre ses voisins, qui permet sa survie – pas seulement comme Etat, mais comme force perturbatrice ?"

Un nombre de facteurs disparates expliquent le soutien inconditionnel à Israël : l'holocauste et le traumatisme et la culpabilité qui lui sont associés, les exigences de la politique régionale occidentale, la mythologie religieuse, des soi-disant valeurs communes, et Israël comme "seule démocratie au Moyen Orient", etc. Il est difficile de trouver un phénomène similaire au 21ème siècle, celui d'un Etat qui s'en tire malgré desviolations des droits de l'homme à grande échelle, la soumission coloniale d'un autre peuple et le mépris de la législation internationale.

Non seulement pour la communauté juive américaine mais aussi pour de nombreux juifs libéraux "Israël a pris une qualité mythique, en partie identitaire, en partie religieuse, et sa dissolution, en tant qu'Etat juif, est devenue psychologiquement et émotionnellement impensable. Le revers de la médaille fut bien sûr la suspicion paranoïaque et la haine de quiconque menace Israël, même de la manière la plus légère."

Karmi décrit la tentative sioniste désespérée de démontrer que le lien est intact entre les Juifs de Palestine et ceux d'Europe. "Pris comme ça, l'absurdité de l'idée est évidente, mais c'était en fait ce que les sionistes voulaient que les gens croient pour justifier le 'retour' juif dans la 'patrie'".

La revendication sioniste étant basée sur des fondements aussi branlants, les chercheurs juifs "ont essayé d'utiliser la génétique pour montrer un lien entre les Juifs d'Europe (Ashkénazes) et leurs origines supposées moyen-orientales en cherchant un ancêtre commun avec les Juifs du Moyen Orient."

L'auteur traite de la relation entre les Etats-Unis et Israël et l'influence dominante du "lobby israélien", en particulier l'AIPAC qui a adopté une posture droitière, à la fois dans son soutien au parti Likud en Israël et à la droite politique aux Etats-Unis, y compris les sionistes chrétiens dont le système de croyance est l'adhésion à la lettre à l'Ancien Testament. Le retour des Juifs sur la terre d'Israël est fondamental, terre que Dieu leur a donnée par pacte avec Abraham.
Selon ce legs, toute la terre entre le Nil et l'Euphrate appartient aux Juifs.

Le retour juif en Palestine (Israël) est essentiel comme prélude au Second Avènement du Christ ; dans un sens, les Juifs étaient l'instrument par lequel la prophétie divine devait se réaliser. Cependant, ils ont été obligés de se convertir au christianisme et de reconstruire le Temple juif.

Sept années de tribulations devraient suivre, culminant dans l'holocauste ou Armageddon, pendant lequel les Juifs convertis et autres peuples sans Dieu seraient détruits. Seulement alors pourrait s'effectuer le retour du Messie pour racheter l'humanité et établir le Royaume de Dieu sur terre, où il règnerait pendant mille ans.

Les Juifs convertis, redevenus le Peuple Elu de Dieu, bénéficieraient d'un statut privilégié dans le monde. A la fin de tout ceci, eux et tous les justes monteraient au paradis dans l'"extase" finale. Le rôle juif dans tout ceci signifie : "Les juifs rétablis en Israël et convertis, conduisant au Second Avènement, conduisant à la rédemption de l'humanité."

Dans les chapitres quatre, cinq et six, l'auteur critique l'ainsi nommé processus de paix. Le rôle finalement destructeur d'Arafat et la tentative d'Israël de revitaliser l'option jordanienne. En signant les Accords d'Oslo, "Arafat a légitimé le sionisme, l'idéologie même qui avait créé et continue de perpétuer la tragédie palestinienne."

L'objectif israélien de détruire les Palestiniens n'aurait pas pu être mieux décrit que dans les paroles du sociologue israélien, le Professeur Baruch Kimmerling, qui a écrit dans son livre Politicide que le processus d'usure progressive militaire, politique et psychologique, dont le but est de détruire les Palestiniens en tant que peuple indépendant ayant une existence politique et sociale cohérente, les ferait disparaître en les fragmentant. "Quarante ans de politicide israélien ont fait leur travail sur la question palestinienne en tant que cause nationale. Les Palestiniens, déjà en position peu enviable de dispersion physique après 1948, sont politiquement divisés par l'occupation israélienne."

Dans son chapitre "La solution au problème", Karmi explique que la solution à Deux-Etats est hors d'atteinte. En conséquence, elle appelle, dans le chapitre sept, à une solution à Un Etat. "Dans un seul Etat, aucun colon juif n'aurait à bouger et aucun Palestinien ne serait sous occupation."

L'auteur pense que la création d'un Etat juif, qui fut "folle" au temps d'Herzl, l'est toujours aujourd'hui, c'est pourquoi "créer un Etat unitaire d'Israël/Palestine, de loin moins invraisemblable que le projet sioniste le fut jamais, ne serait pas moins couronnée de succès."

Se référant à la déclaration d'Hangebi qu'Israël en tant que "Etat colonial" ne peut pas survivre, Karmi propose une idée impensable : "La meilleure solution à ce problème inextricable est de remonter le temps à avant qu'il y ait le moindre Etat juif et de revenir à l'histoire à partir de là."

Mais à la fin, elle redevient réaliste : "La pendule ne reviendra pas à arrière, et si l'Etat juif ne peut pas ne pas être créé, il peut être, disons, défait. La réunification des restes éparpillés de la Palestine dans un Etat unitaire pour tous ses habitants, anciens et nouveaux, est le seul chemin réaliste, humain et durable pour sortir de ce bourbier. C'est aussi la seule voie pour la communauté juive israélienne (par opposition à l'Etat israélien) pour suivre au Moyen Orient."


(1) Pluto Press, London-Ann Arbor

Source : Counterpunch

Traduction : MR pour ISM

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