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Palestine - ISM France

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Israël -

Unis par un bulldozer – Et puis, à la réflexion ?

Par

D’après Haaretz, le Shin Bet (service de sécurité israélien), l’avocat général militaire (des Forces Israéliennes de Défense), le ministre de la Défense Ehud Barak et le Premier ministre lui-même, Olmert, sont tous favorables à la démolition du domicile de « terroristes ».

Unis par un bulldozer – Et puis, à la réflexion ?


Israël a le droit d'exister !
ISRAEL A LE DROIT D'EXISTER !

Un Palestinien : "La Palestine a le droit d'exister !"
L'Occident : "Désolé, petit, je n'arrive pas à t'entendre avec tout ce boucan !"
Dessin Carlos Latuff, 2006

Il n’y a pas grand-chose à ajouter, si ce n’est que, pour une fois, les juifs semblent être d’accord entre eux sur quelque chose. Non seulement ils sont d’accord, mais ils se livrent même à une compétition à qui sera le plus catégorique et véhément, en la matière. Ils veulent tous prendre la tête de la belligérance hébraïque actuelle. Chacun d’entre eux s’efforce de donner, ou de redonner, forme à une image authentique de vengeance. Force est bien de le reconnaître : la compassion n’est pas un produit porteur, dans l’Etat juif…

De fait, il est presque amusant de lire les déclarations d’Olmert :

« C’est une attaque venue de l’intérieur d’Israël », dit le Premier ministre israélien, fin observateur. « Cela crée un enchaînement de scénarios dont nous n’avions jamais pensé que nous aurions à les traiter, par le passé », poursuit-il, et je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Bien que les Israéliens investissent énormément d’efforts dans la discrimination à fondement racial contre leurs citoyens palestiniens (qu’ils étiquettent eux-mêmes « Arabes israéliens », et non pas, tout simplement, concitoyens israéliens), ils n’en sont pas moins incapables de prédire qu’un jour ou l’autre, tout risque de sauter. Honnêtement, je trouve cela difficile à croire. Toutefois, M. Olmert, à ce point dans son discours, me titille les nerfs. « Nous », dit-il « avons investis des milliers de shekels dans la construction de… » Stop ! Arrête, là ! A ce stade, j’ai vraiment besoin de faire une pause, et de m’éloigner de ce n’importe-quoi. Il faut que j’aille boire un verre d’eau. Bien entendu, je m’attends à ce qu’Olmert suive le mantra aveugle de la droite israélienne :

« Nous avons investi des milliers de shekels dans la construction de l’infrastructure, dans l’éducation, dans des logements pour les personnes âgées, dans tous ces villages palestiniens, et eux, au lieu de nous remercier, que font-ils ? Que font ces ingrats ? Ils viennent tout simplement, nous tuer !? »

Mais, vous savez quoi ? J’ai eu tort : ça n’est pas ce que dit Olmert ; non, en lieu et place, il dit la vérité. Voici exactement ses propos :

« Nous avons investi des milliers de shekels dans la construction d’une barrière de sécurité. Et, bien que celle-ci ait été efficace, il s’avère qu’une barrière ne pourra jamais apporter de solution au problème du terrorisme venu de l’intérieur d’Israël, de notre propre camp ?? »

Eh oui, c’est là une découverte très triste, pour les Israéliens. Leur mur mégalomaniaque de béton armé de douze mètres de hauteur – qu’ils appellent « barrière » (pour une raison que j’ignore) – ne les a pas sauvés. Il ne leur a pas apporté la sécurité. Faire de Gaza un camp de concentration, cela n’a pas non plus épargné à Sderot, ni à Ashkelon, d’être visés par les roquettes Qassâm. Pas la peine de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que, quand la « muraille » sera achevée, Herzliya, Ramat Asharon et Tel Aviv seront menacées du même sort. Israël ferait bien d’envisager de construire un solide mur en béton armé au-dessus de ses zones peuplées. Sensible comme je le suis au langage poétique des Israéliens, je subodore déjà qu’ils appelleront ce toit quelque chose dans le genre de « nuage de défense », « plafond de sécurité », voire même « arc-en-ciel en béton » ??

Toutefois, il faut dire la vérité : certains d’entre eux ne sont pas entièrement d’accord avec Olmert. Ainsi, du violeur avéré et néanmoins Vice-premier ministre Haim Raman (du parti Kadima), qui a déclaré sur la Radio de l’Armée, mercredi matin, qu’Israël devait traiter Jabel Mukabber ou Zur Baher, des quartiers de Jérusalem Est, comme si ce fussent des villages palestiniens, et révoquer le statut de résidents permanents de ceux qui y habitent.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, le Violeur vice-Premier ministre est l’architecte à l’origine de l’ainsi dite « barrière de sécurité ». Apparemment, il veut aujourd’hui modifier sa sinistre idée originelle. Au lieu d’un simple mur de sécurité massif et morne, il suggère d’en faire quelque chose d’élastique, qui permette d’enfermer les « mauvais Arabes » derrière. Dès lors qu’un « Arabe » serait méchant, voire vivrait dans le voisinage d’un Arabe méchant, on mettrait tout un village arabe derrière le mur, ou bien on se contenterait de confisquer leur carte de résidences à tous ceux qui y résident.

De fait, l’Etat juif est en train de devenir de plus en plus dynamique et innovateur, avec ses murs de ghetto émergeant depuis peu, et ses mesures retorses de discrimination raciale. Voici les propos de Ramon :

« Une des principales raisons qui ont fait que cette attaque s’est produite, hier, avec une telle facilité, c’est le fait qu’il y a des villages palestiniens, lesquels, pour une raison que j’ignore, sont appelés « Jérusalem ». Il nous faut les traiter comme nous traitons Ramallah, Bethléem, Jénine et Naplouse !... Ce sont des villages palestiniens, qui n’ont jamais fait partie de Jérusalem ; ils ont été annexés à la ville, en 1967… Aucun Israélien n’y a jamais vécu, et aucun Israélien n’y va jamais ! »

Voilà, tout est dit : « Aucun Israélien n’a jamais vécu là, et aucun ne s’y rend ».

Nul ne saurait mieux définir le sentiment judéo-centrique que Ramon. La citoyenneté d’un Palestinien apparemment détenteur d’une carte d’identité israélienne pourrait être définie en fonction de l’importance qu’il a (ou non) aux yeux (au minimum) d’un juif israélien. D’après Ramon, si aucun « Israélien » ne se rend dans un village arabe, alors ce village doit être enfermé derrière des murs. On peut se demander ce qu’il en est des villages palestiniens, à l’intérieur d’Israël, qui ne sont pas situés à proximité du mur et qui, néanmoins, ne sont pas fréquentés par des Israéliens juifs ? Si nous leur en accordons le temps, les Israéliens vont soit les épurer ethniquement, soit les entourer de barrières…

Le message est clair. Les Israéliens sont, de fait, unis, et il est bel et bon qu’ils soient ainsi unis, car cela nous permet de comprendre ce qu’est, en réalité, l’Etat juif. Malheureusement, il n’y a aucun partenaire de paix, dans la société israélienne. La solution à deux Etats est un doux rêve, et l’Etat unique n’est pas une solution future : il est d’ores et déjà en train de se concrétiser, au moyens de faits accomplis sur le terrain, c’est ce qui est connu comme l’arme ultime des Palestiniens : la soi-disant bombe démographique…

L’Etat juif a atteint la phase ultime de son déclin. Apparemment, ses dirigeants n’essaient plus de dissimuler leur péché. C’est avant tout le niveau de mal qu’ils mettent en actes quotidiennement qui finira par les consumer. Une culture qui se nourrit ainsi de haine et de vengeance est condamnée à s’effondrer. Tout ce qu’il nous reste à faire, c’est maintenir la pression et les dénoncer, ainsi que leurs partisans parmi nous, pour ce qu’ils sont réellement.

Malheureusement, et c’est vraiment, là, une tragédie, les Palestiniens sont aux premières lignes de la bataille la plus cruciale qui soit dans la perspective d’un monde meilleur. Les Palestiniens ont été enfermés dans un combat à mort contre une identité nationale juive autocentrée, psychotique, fantasmatique, assoiffée de sang, qui ne connaît aucune pitié.

Aujourd’hui, alors qu’Israël et les lobbies qui le soutiennent font manifestement tout ce qu’ils peuvent afin de nous entraîner dans une troisième guerre mondiale, la moindre des choses que nous puissions faire, c’est soutenir les Palestiniens. Les choses étant ce qu’elles sont, une petite nation dépossédée et courageuse fait face, totalement seule, à ce qui semble le plus grand ennemi de la paix au monde, j’ai nommé Israël. Aussi désespérant que cela semble, cette bataille palestinienne, c’est notre bataille. Libérer la Palestine, c’est sauver l’humanité.


Deuxième partie : et puis, je me dis, en moi-même… ?

Je vous livre une question qui me turlupine depuis un jour ou deux.

Sachant qu’aucune organisation palestinienne combattante de la liberté n’a revendiqué la responsabilité de l’attentat au bulldozer qui s’est produit, voici deux jours, je me demande pourquoi les Israéliens sont tellement persuadés qu’il s’agissait d’un attentat terroriste ?

Il aurait pu tout aussi bien s’agir d’un homme légèrement dérangé, qui aurait pu avoir une engueulade au téléphone avec sa femme, ou alors une dispute carabinée avec son patron israélien, qui lui a peut-être fait péter une durite ?

J’aurais tendance à penser que, pour que l’on puisse déclarer qu’un incident est un attentat terroriste, il faut qu’on ait établi, au préalable, qu’il y avait un scénario ou un mobile terroriste ? Sans avoir établi une telle motivation, nous sommes condamnés à admettre que nous avons affaire, dans le cas d’espèce, à une affaire criminelle, qui doit faire l’objet d’une enquête. Nous devons, tout aussi bien, nous garder de conclure de manière par trop hâtive.

Toutefois, dans le cas qui nous occupe, les Israéliens semblent particulièrement sûrs d’eux. Pour eux, il n’y a pas le moindre doute : le conducteur du bulldozer n’était rien de moins qu’un terroriste assassin.

Pour les Israéliens, un événement devient un acte de terreur dès lors qu’un juif y a été terrorisé (idéalement, par un Gentil, mais ça n’est pas nécessairement le cas).

Mais c’est là qu’intervient un gauchissement absolument effrayant.

Dès lors que tout juif, sur notre Planète, peut potentiellement être terrorisé pratiquement par tout et n’importe quoi et par n’importe qui, nous sommes condamnés à admettre qu’en ce qui concerne les juifs, l’univers et ses habitants peuvent être considérés comme un gigantesque acte de terreur potentiel. De même que le réchauffement climatique global et le cancer peuvent terrifier certains juifs, nous sommes tous, potentiellement, des terroristes, en raison du seul fait que nous existons, et que nous gueulons la vérité.

Prenant connaissance d’Olmert et de ses brigades de démolition de maisons, je suggère que nous prenions certaines mesures et que nous nous préparions à la démolition de nos propres habitations. Avec un peu de chance, cela se terminera « simplement » par la construction, par Haim Ramon, d’un « mur de sécurité » qui nous emprisonnera.

Il faut dire la vérité. Avant l’émancipation des juifs, c’était les juifs qui s’enfermaient – volontairement – derrière des murs. Grâce à l’ascension de la toute-puissance régionale qu’est Israël, ce sont désormais les juifs (les Israéliens) qui enferment les goyim (les Palestiniens) derrière des murs, et ce, contre leur volonté.

D’un point de vue exclusivement nationaliste juif, ce retournement est vécu comme un succès majeur et incontestable.


Nous avons intérêt à ne pas oublier que l’arsenal israélien, lequel est composé de plusieurs centaines de bombes nucléaires, n’a pour finalité ni la décoration, ni l’aide humanitaire. Une arme nucléaire que l’on aura introduite à l’acte I sera activée avant la scène finale. Et, au cas où vous ne le comprendriez pas, ils en ont fabriqué suffisamment pour nous tous. Manifestement, s’ils l’ont fait, c’est qu’ils avaient une raison, pour cela…

Source : Palestine Think Tank

Traduction : Marcel Charbonnier

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