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Palestine -

Victimes de la violence

Par

Publié le 16 mars 05 sur Palestine Report

Toute ses années d’enfance et certaines de ses années d’adolescence S. les a passées avec neuf frères et sœurs : quatre frères et cinq sœurs.
Tous vivaient dans la peur de leur père, dont la violence n’épargnait aucun d’entre eux.
Son père, devenu chômeur à cause des bouclages de Gaza, ne communiquait avec ses enfants qu’à travers la violence physique et verbale.

S. dit que non seulement son père la battait constamment, mais qu’il encourageait ses frères à en faire autant. Elle en est venue à les détester tous, dit-elle.

L’histoire de S. est de celles qui deviennent de plus en plus fréquentes dans la société palestinienne. Les statistiques montrent que les cas de violences domestiques ont triplé au cours des années de l’Intifada et la plupart des experts sont d’accord pour dire que ce n’est que le sommet de l’iceberg.

De plus, il y a corrélation statistique entre augmentation de la violence et augmentation de l’oppression au cours des années de l’Intifada, ce qui conduit chacun à conclure que – si l’occupation n’est pas seule en cause, elle est la cause principale et qu’on ne peut pas faire grand-chose tant que l’occupation n’a pas pris fin.

En grandissant, S. est devenue obnubilée par les manières dont elle pourrait se débarrasser de ses persécuteurs. Elle décrit la maison de son enfance comme un enfer insupportable et, devenue adolescente, elle a cru que le mariage serait le seul moyen d’échapper à la réalité.

Aussi a-t-elle été folle de joie quand le premier prétendant est venu frapper à sa porte. Elle a vu en lui un sauveur et un ticket pour sortir de la maison de son père. Bien qu’elle ne l’aimât pas ni même qu’elle le connût, elle a immédiatement accepté sa proposition.

S. n’avait pas 14 ans quand elle a dit oui au mariage et elle admet qu’elle ne connaissait rien aux choses de la vie. Après son mariage à un garçon qui n’avait pas 17 ans, le seul changement de sa vie n’a été qu’un changement de mains, de la violence de son père à celle de son mari, qui – comme ça s’est avéré – la battait aussi et l’insultait pour le moindre détail.

S. a supporté le joug du silence quand son mari-enfant a continué de lui faire subir des mauvais traitements au lieu de se plaindre à un père encore plus violent. Son mari a tiré sa force de sa faiblesse à elle et avec le temps il est devenu de plus en plus violent.

La violence ne se limitait pas à son mari. La belle-mère de S. l’a aussi continuellement battue et insultée, l’accusant de "ne pas être comme les autres femmes". S. était stérile, incapable pour des raisons physiques ou psychologiques de porter des enfants.

La violence a continué pendant deux ans au cours desquels S. n’a pu qu’espérer que les choses iraient mieux. C’est un destin encore pire qui l’attendait si elle divorçait et retournait chez son père, pensait-elle.

Mais les choses ne se sont pas améliorées et S. a fini par atteindre un point de rupture et a demandé le divorce. Une fois obtenu, elle a cherché refuge dans un programme de soutien et de réinsertion pour les femmes du Programme de la Communauté pour la santé mentale de Gaza (GCMHP). Au moment où elle a pris contact avec eux, elle était suicidaire, souffrait de problèmes respiratoires, de trouble du comportement alimentaire et d’un tremblement chronique des bras et des jambes.

S. a reçu un soutien psychologique et moral grâce aux séances du programme. Elle a été sous anti-dépresseur pendant plus d’un an et demi jusqu’à ce que son état se soit amélioré. Grâce à ce programme, elle s’est inscrite à un cours d’esthéticienne pour pouvoir se tenir sur ses deux pieds dans le futur.

Bien des victimes de violence comme S. finissent par chercher refuge auprès des travailleurs sociaux et des spécialistes et comme elle ne veulent parler qu’anonymement ou par la voix d’autrui, selon la spécialiste en santé mentale Shaher Yaghi de GCMHP. et assistante sociale de S.

« Malheureusement, la violence domestique est devenue un phénomène largement répandu surtout contre les enfants et les femmes. C’est vu comme un moyen de décharger sa colère et sa frustration, résultat de divers paramètres : chômage ou absence de satisfaction de certains besoins » dit Yaghi.

Yaghi dit que la violence générale que subissent les gens, résultat des circonstances difficiles dans lesquelles ils vivent, doit inévitablement s’exprimer sous une forme ou une autre. Beaucoup pense que cette violence est la manière la plus simple d’évacuer les frustrations.
Beaucoup de ces gens recourent à la violence contre les femmes en raison de leur incapacité à nouer une vraie relation avec leurs épouses, c’est à dire, le manque de vocabulaire pour dialoguer avec les autres, aussi s’expriment-ils à travers la violence plutôt que par les mots.

La Violence, explique d’autre part Yaghi, ne se limite pas aux violences corporelles mais elle englobe la violence verbale et psychologique, les négligence et abandon.

"Les procès pour violence domestique ont presque triplé pendant l’Intifada" dit Falak Khayat, directeur de l’association pour la Défense de la Famille. Elle dit que les procès pour violence domestique sont passés de 233 en 1999 à 641 en 2003 selon les statistiques du Centre.

Actuellement, le centre travaille sur la publication de nouvelles statistiques pour 2004. Découragée, Khayat dit que les incidents liés à la violence psychologique ont augmenté de 223 pour cent tandis que les violences physique ont augmenté de 157 pour cent par rapport aux années précédent l’Intifada. Les violences sexuelles ont augmenté de 38%.

L’augmentation du taux de violence domestique dans les familles palestiniennes, dit Khayat, doit être à la base attribuée aux années d’escalade dans les agressions et la violence israéliennes.

La détérioration économique et les conditions politiques dans les territoires palestiniens de même que les actions continuelles d’Israël qui assassine, envahit, démolit ou utilise toutes formes de violence ont contribué au sentiment général chez les pères qu’ils ne peuvent pas tenir leur rôle de protecteurs de la famille.
Ce sentiment d’impuissance génère souvent de la violence en retour, généralement contre les femmes et les enfants.

Khayat, pourtant, soutient que ce n’est pas la seule raison des violences domestiques. Elle dit que les traditions et la culture de la société palestinienne en particulier et des sociétés du Proche Orient en général sont des facteurs qui contribuent aussi à la violence. Dans ces sociétés, les femmes sont considérées comme faibles et dignes de pitié et en même temps elles doivent être gardées sous le contrôle et la protection des hommes.


"La violence dans les territoires palestiniens, que ce soit contre les femmes ou les enfants devient endémique et mérite une étude sérieuse et détaillée pour faire diminuer ou même éliminer complètement ce phénomène de la société" dit Rula Shweiki, assistante sociale pour l’Association palestinienne du Planning et Défense Familiale (PFPPA)

Sweiki dit que la violence quotidienne à cause de l’occupation israélienne sous toutes ses formes a un impact énorme sur l’état de la famille palestinienne .
"La répression et la violence que le peuple subit chaque jour aux checkpoints par exemple, finissent par s’extérioriser par la violence contre les personnes. Souvent ça s’exprime en retour quand une personne exerce des violence contre quelqu’un qu’il a sous son autorité. Un cercle vicieux s’est mis en place".


Shweiki dit aussi que : "Bien des cas arrivent à l’association, ils sont bien moins nombreux que ceux qui ont lieu dans la société.
Le danger, c’est qu’une tendance répandue dans la société, surtout parmi les femmes et les enfants, qui pour échapper à la violence ne parlent pas, de peur qu’on ne le répète.
C’est surtout vrai pour les femmes qui croient que la violence fait partie des secrets du ménage et que si elles en parlent, ça sera une excuse pour leur mari ou leur père ou leur frère pour les maltraiter un peu plus
".


Celles qui osent parler le font habituellement anonymement et par téléphone. Ce qu’elles veulent surtout, c’est parler à quelqu’un de leurs problèmes. Mais ce n’est pas très efficace dans les cas les plus sérieux où la victime va très mal. Ca ne permet pas de mettre fin à la violence.


Le Dr. Nader Saeed, directeur du programme d’Etudes pour le Développement à l’Université de Birzeit, dit qu’une enquête menée de septembre à octobre derniers sur 1500 personnes dans 75 points de Cisjordanie et de Gaza ont donné des résultats consternants.
Les interviewées étaient des étudiantes, des ménagères, et des professeurs.

"On a obtenu des résultats incroyables" dit Saeed. "La violence physiques dans les districts de Cisjordanie atteignaient 42 % et 33 % à Gaza".

Parce que les femmes sont considérées comme le sexe faible en Palestine et dans la société arabe, explique Yaghi, elles sont prêtes à subir des violences sans répondre ni informer leur famille ou la police.

Souvent elles ne protestent même pas de peur des conséquences.
"Ce type de violence a de nombreux effets négatifs sur les femmes, et sur leur amour propre, leur dépréciation d’elle-même, leur dépression et leur découragement quant à leur futur" dit Yaghi.
"Et la violence contre les femmes ne se compare même pas avec la violence contre les enfants, qui sont soumis à toutes les formes de violence que ce soit de la part de leurs parents, de leurs professeurs de leurs camarades plus âgés." ajoute-t-elle.

Il y a environ 50 % de lycéens qui ont été verbalement mal traités dans leurs cours pendant l’année 2003-2004 tandis que 19 % ont été sujets à des insultes verbales avec connotation sexuelles par leurs professeurs ou leurs surveillants.

Il y a environ 8 % de lycéens qui ont été harcelés sexuellement à l’école, soit verbalement ou par des attouchements déplacés, dit Saeed, citant l’enquête du programme.


Saeed dit que beaucoup des violences contre les enfants peuvent aussi être attribuées à l’occupation israélienne.
Il dit que l’occupation est le cadre général de la violence, que ce soit à l’école ou à la maison.
L’enquête a montré que 44% de tous les lycéens doivent traverser les checkpoints israéliens et que 20% d’entre eux sont l’objet des jurons et des insultes des soldats. 18% ont vu leurs camarades tués.

Saed dit que la violence contre les écoliers cause d’innombrables problèmes nerveux, avec troubles de l’apprentissage et de la lecture et bégaiements. La frustration que ça crée peut en retour conduire les enfants à évacuer leur colère sur des écoliers plus faibles.

Un maître d’école qui refuse de donner son nom dit que bien que les professeurs sachent qu’ils seront punis par les responsables du ministère de l’éducation s’ils utilisent des punitions corporelles contre les écoliers quelque fois ils y ont recours "quand il le faut contre certains".
Le professeur dit que des éducateurs sont forcés d’utiliser des punitions physiques contre des écoliers issus de milieu violent.

D’autres professeurs sont d’accord sur le fait que les éducateurs en général ne sont pas agressifs par nature et qu’ils n’aiment pas utiliser les châtiments corporels.
Quand ils y sont forcés pour punir un écolier, c’est justifié parce que c’est un moyen pour renforcer leur autorité dans la classe et comme avertissement destiné aux autres élèves.

Saeed dit que le problème de la violence est de la responsabilité de la société tout entière y compris le gouvernement, les ONG et les institutions de la société civile sans parler des facteurs politiques, qui usent de la violence en interne ou comme s’intégrant à la résistance.
Mais il a souligné que mettre fin à ce phénomène doit commencer dans les écoles


Shweik pense que la seule chose qui sortira la société de cette crise, c’est d’incorporer une culture de la non violence. Elle est d’accord avec Saeed pour dire que ça doit commencer avec les maître d’école.

La difficulté, pourtant, pour chaque prof. c’est qu’avant d’être un éducateur, cette personne est un Palestinien, et à ce titre soumis à la violence de l’occupation tout autant qu’a des traditions démodées.

Source : http://www.palestinereport.org

Traduction : CS pour ISM

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