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Palestine - ISM France

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Palestine -

Voler l'Histoire Palestinienne

Par

Kevin Chamberlain est avocat et ancien conseiller juridique-adjoint, aux Affaires Etrangères du Royaume-Uni et au bureau du Commonwealth; conférencier sur la loi des biens culturels à l'University College de Londres; consultant auprès de l'Adam Smith International qui conseille le Ministère palestinien des Antiquités; et auteur de 'Guerre et patrimoineculturel' '(Institute of Art and Law, 2004).

Le journal The Art Newspaper du 9 septembre 2005 a condamné en termes forts la destruction délibérée de parties des villes historiques de Naplouse, de Bethlehem et d'Hébron la décrivant comme équivalent à une "attaque symbolique de la présence palestinienne sur le territoire.”
La destruction du patrimoine culturel d'un peuple équivaut à la destruction de la mémoire d'un peuple, de sa connaissance collective et de son identité.
En d'autres termes, c'est un nettoyage ethnique sous un autre nom.

Tandis que les médias mondiaux se sont concentrés sur les difficultés dont souffrent les Palestiniens en raison de l'occupation israélienne de Gaza et de la Cisjordanie , beaucoup moins de publicité a été faite concernant la destruction systématique du riche patrimoine culturel de la Palestine suite à l'occupation.

Suite au conflit de 1967, quand Israël a occupé la Cisjordanie et la Bande de Gaza, il y a eu une activité archéologique intense. Des objets ont été enlevés de deux façons - officiellement par les autorités israéliennes de l'occupation, ou clandestinement par différents soldats et civils israéliens et, malheureusement dans certains cas, même par des Palestiniens.

Les opérations militaires israéliennes, la construction des colonies et leurs routes de communication, et plus récemment, la construction du Mur, signifient que des sites archéologiques sont constamment découverts. (on estime qu'il y a environ 4.000 sites de ce type.)

Quand un site est découvert, les Israéliens constituent des 'fouilles de récupération', c.-à-d. l'enlèvement et l'enregistrement rapides des artefacts avant que le site soit recouvert.

Dans la plupart des cas, cela a comme conséquence la destruction du site, bien que le site soit recouvert mais pas détruit pour de futures recherches, par exemple dans le cas d'un important plancher en mosaïque.

Néanmoins l'effet de ces 'fouilles de récupération' est que l'importance du site est détruite et la connaissance qu'il détient est perdue pour toujours.
De telles fouilles tombent sous l'autorité de l'officier de l'équipe archéologique, qui est un officier de l'Administration Civile (c.-à-d. les militaires israéliens).

Il y a une évidence anecdotique qu'au cours de ces nombreuses 'fouilles de récupération", seuls les objets d'intérêt juif sont enlevés et que les restes des autres cultures sont ignorés ou détruits.

On prétend également que les fouilles israéliennes dans les Territoires Palestiniens Occupés (TPO) sont motivées politiquement, à savoir, pour découvrir la preuve de l'ancienne colonisation Juive afin de soutenir les politiques actuelles de colonisation par Israël.

A l'inverse, on prétend que les artefacts Juifs découverts par les Palestiniens sont souvent détruits ou vendus afin d'enlever toute excuse aux Israéliens qu'ils pourraient utiliser pour construire de nouvelles colonies dans le secteur où ces objets auraient été découverts.

En plus des fouilles archéologiques israéliennes commanditées officiellement, il y a un commerce illicite florissant de matériel archéologique palestinien lors de la récupération des objets par différents soldats israéliens ou civils agissant pour leur compte, ou lors de de la récupération par des Palestiniens qui vendent les objets à des revendeurs israéliens ou palestiniens ou à des intermédiaires.


Ces objets sont alors exportés vers Israël ou vers un pays tiers où le marché est porteur. Il y a un certain nombre de facteurs qui alimente ce commerce illicite.


Cela inclut des faiblesses inhérentes à la législation des deux cêtés, un sérieux manque de ressources de police dans les secteurs où l'Autorité Palestinienne a la responsabilité des affaires archéologiques, les conditions économiques dans les TPO résultant de l'occupation israélienne, et des droits acquis du cêté israélien empêchant le gouvernement israélien de prendre des mesures plus dures pour empêcher le commerce illicite. (ce n'est peut-être pas une coïncidence si Israël a refusé de signer la Convention de l'UNESCO de 1970 sur les moyens d'interdire et d'empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels, le principal outil international conçu pour combattre le commerce illicite des objets culturels.)


Heureusement, les emplacements de nombreux d'objets d'importance récupérés au cours de l'occupation sont connus.

Des objets culturels extraits par des 'fouilles de récupération' sont susceptibles d'avoir été enregistrés par les Israéliens et l'emplacement au moins de certains des objets importants est vérifiable dans des sources publiées ou dans les inventaires de musée.
D'autres objets ont pu acquérir une certaine notoriété.

Par exemple, Moshe Dayan, l'ancien général et ministre israélien de la défense, avait un appétit vorace pour les trouvailles archéologiques de valeur. Dayan a amassé sa large collection privée grâce à des fouilles non autorisées et non scientifiques, en Israël et dans les Territoires Palestiniens Occupés, à l'aide des soldats et des hélicoptères de l'armée israélienne.

En tant que Ministre de la Défense, il a bloqué l'importante législation anti-pillage.
La collection est demeurée chez Dayan jusqu'à sa mort quand sa veuve l'a vendue au musée d'Israël pour 1 million de dollars.


L'ancien maire de Jérusalem, Teddy Kollek, est également connu pour avoir été un collectionneur avide d'antiquités, dont certaines provenaient assurément de Jérusalem-Est et d'autres des Territoires Palestiniens Occupés.

Cependant la grande majorité d'objets illégalement enlevés est probablement des objets extraits clandestinement par des soldats et des civils israéliens et regrettablement par des Palestiniens aussi.

Ces objets sont le plus susceptibles d'avoir disparus sans laisser de trace, bien que la preuve de leur récupération puisse, dans certains cas, être obtenue à partir de sources telles que le témoignage oral des villageois. Il est également probable qu'ils aient changé de mains plusieurs fois et que leurs propriétaires actuels les ont achetés en toute bonne foi et possèdent des titres légaux.

Bien qu'il soit impossible d'obtenir des statistiques précises, le Ministère du Tourisme et des Antiquités de l'Autorité Palestinienne estime qu'environ 200.000 objets archéologiques ont été transférés annuellement des Territoires Palestiniens Occupés pendant les années entre 1967 et 1992.

Depuis 1992, des estimations actuelles donnent un chiffre d'environ 120.000 objets par an. Tandis qu'un grand nombre d'objets, tels que des lampes à huile, ont une importance mineure, il y a sans doute également quelques articles d'importance dans ce chiffre. En tant que puissance d'occupation, la responsabilité d'une telle perte incombe aux Israéliens.

En plus de la perte d' un patrimoine palestinien mobile, il y a également eu de larges dégâts et la destruction de patrimoines culturels fixes.

Le communiqué de presse du Congrès Archéologique Mondial publié le 7 janvier 2004 a exprimé des inquiétudes concernant la destruction de sites archéologiques et de patrimoines dans les Territoires Palestiniens Occupés par les forces israéliennes, mentionnant Naplouse, Bethlehem et Hebron.

Plus récemment, le journal The Art Newspaper du 9 septembre 2005 a condamné en termes forts la destruction délibérée de parties des villes historiques de Naplouse, de Bethlehem et d'Hébron la décrivant comme équivalent à une "attaque symbolique de la présence palestinienne sur le territoire.”

L'article signalait que dans la Vieille Ville de Naplouse, la mosquée Al-Khadrah a été détruite à 80%; les mosquées Al-Satoun et Al-Kabir, églises Byzantines transformées en mosquées ont été détruites à 20%; 60 maisons historiques ont été démolies (et 200 autres partiellement démolies); l'entrée Est du 18ème siècle du vieux marché a été détruite; sept citernes romaines et au moins 80% des rues pavées ont été ravagées.

Le bureau du Patrimoine mondial de l'UNESCO a condamné ces actes de vandalisme, les décrivant comme “des crimes contre le patrimoine culturel commun de l'humanité.”


En tant qu'occupant belligérant des Territoires Palestiniens Occupés, Israël reste lié par ce qui est connu comme “la Loi humanitaire internationale”;
Dans le contexte de la protection du patrimoine culturel, l'instrument le plus important de la loi humanitaire internationale est la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas du conflit armé, à laquelle Israël est signataire.


Cette convention oblige les parties contractantes à s'abstenir de lancer toute attaque contre le patrimoine culturel à moins que ce soit strictement justifié par une nécessité militaire.

Les parties contractantes doivent également interdire, prévenir et, au besoin, faire cesser tout acte de vol, de pillage ou de détournement de biens culturels, pratiqué sous quelque forme que ce soit, ainsi que tout acte de vandalisme à l'égard desdits biens.

Elle interdit de réquisitionner les biens culturels meubles situés sur le territoire d'une autre Haute Partie contractante.

Une partie contractante occupant totalement ou partiellement le territoire d'une autre Haute Partie contractante doit, dans la mesure du possible, soutenir les efforts des autorités nationales compétentes du territoire occupé à l'effet d'assurer la sauvegarde et la conservation de ses biens culturels.

Ces dispositions interdisent implicitement une puissance d'occupation de 'creuser et de sortir le matériel archéologique du territoire qu'il occupe.'


Israël est également signataire du Protocole pour la Protection des Biens Culturels en cas du conflit armé de La Haye de 1954.
Cet instrument, parmi d'autres choses, oblige une Partie Contractante à empêcher l'exportation de biens culturels d'un territoire qu'elle occupe et à la fin des hostilités, à remettre aux autorités compétentes du territoire précédemment occupé, les biens culturels qui se trouvent chez elle, si ces biens ont été exportés contrairement au principe du paragraphe premier de la Convention. Ils ne pourront jamais être retenus au titre de dommages de guerre


En tant que occupant belligérant, Israël est également lié par d'autres dispositions appropriées de loi humanitaire internationale, en particulier la Quatrième Convention de Genève de 1949, le Protocole Additionnel I de 1977ainsi qu'au Reglement de La Haye de 1907, qui contiennent des dispositions qui demandent toutes, expressément ou implicitement, à une puissance d'occupation de sauvegarder le patrimoine culturel dans le territoire qu'elle occupe.

Il peut y avoir un petit doute que la politique d'Israël concernant le patrimoine culturel dans les Territoires Palestiniens Occupés corresponde à une infraction à la loi humanitaire internationale.
En particulier, au sujet la destruction délibérée des parties historiques de Naplouse, de Bethlehem et de Hebron qui n'était pas justifiée par nécessité militaire.

Ces actions violent non seulement la Convention de La Haye de 1954 mais sont expressément interdites en tant que "crime de guerre" par le Protocole Additionnel I de la Convention de Genève de 1949 ainsi que par le statut de la Cour Criminelle Internationale récemment établie.


Aucun accord de paix ne pourrait être total à moins que les torts causés au patrimoine culturel palestinien par Israël soient dédommagés et négociés d'une façon satisfaisante.

En conclusion, on peut se demander, pourquoi autant de tapage pour d'anciens bâtiments, des reliques et des pierres ?

Ces anciens bâtiments, reliques et pierres font partie du patrimoine culturel de la Palestine.

La destruction du patrimoine culturel d'un peuple équivaut à la destruction de la mémoire d'un peuple, de sa connaissance collective et de son identité.

En d'autres termes, c'est un nettoyage ethnique sous un autre nom.


A lire également l'excellent article d'Ahmad Sub Laban : "Détruire l'Histoire"

Source : www.aljazeerah.info

Traduction : MG pour ISM

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