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Palestine - ISM France

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Bethléem -

Wadi Fukin, un village de Cisjordanie qui n'a nulle part où aller avec les colonies et la Barrière israéliennes

Par

De son toit, Mohammad Ibrahim peut voir d'un bout à l'autre de l'étroite vallée où est logé le village de Wadi Fukin.
Au delà des maisons amassées autour du grand minaret de la mosquée, il y a des champs en terrasse, couverts en grande partie d'oliviers ou plantés de choux, de concombres, de radis, de laitues et de courges, irrigués par des dizaines de petites piscines-réservoirs reliées aux 11 anciennes sources de la vallée.

Wadi Fukin, un village de Cisjordanie qui n'a nulle part où aller avec les colonies et la Barrière israéliennes


Vue sur le village et la vallée de Wadi Fukin

C'est ce paysage de Wadi Fukin, un village de 1.200 Palestiniens à l'intérieur de la Cisjordanie Occupée, qui a longtemps attiré les touristes israéliens : ils venaient faire des randonnées et nager dans les piscines-réservoirs.

Les anciennes pratiques agricoles ont créé un "paysage culturel unique" qui donne au village un statut d'héritage mondial, dit Gidon Bromberg, le directeur israélien des Amis de la Terre du Moyen-Orient.

Mais ce n'est plus tout ce que voit M. Ibrahim. Sur les collines au sud et à l'est du village, il y a une colonie d'Ultra-Orthoxes Juifs qui s'étend rapidement sur des terres saisies aux Palestiniens par le gouvernement israélien et déclarées "Terre d'Etat".

Sur les collines opposées, au nord et à l'ouest, c'est la route proposée pour le dernier bout de la vaste barrière en béton et en acier de Cisjordanie .
La barrière de 700 km est à moitié achevée et le travail continue en dépit de l'avis consultatif de la Cour Internationale de Justice à la Haye en juillet 2004, qui a déclaré qu'elle était une violation du droit international et qu'elle devait être démantelée lorsqu'elle se trouvait sur le territoire de la Cisjordanie .

Israël argue que la barrière est une mesure de sécurité nécessaire qui a réduit le nombre d'attaques-suicide.

Dans quelques mois, le village sera pris en sandwich entre la colonie toujours en expansion de Beitar Illit et la barrière, avec une grande partie de ses terres qui aura disparu. Des ordres de confiscation ont été publiés pour la terre que les villageois cultivaient depuis des générations. M. Ibrahim a été informé de la saisie de 12 hectares appartenant à son père.

"Je pense que le pire est encore à venir" dit Mr Ibrahim, 50 ans, un enseignant de l'école primaire du village. "Nous dépendons totalement de cette terre."
Il pense que l'ensemble de la colonie et de la barrière ont pour but de pousser à partir les villageois. "Je pense que ce qu'ils veulent, c'est qu'après avoir fait cela, viendra le temps où nous appelerons un taxi pour nous emmener vers un endroit meilleur." dit-il.


Inquiétude locale

Le voisin de M. Ibrahim, Abu Mazen, travaille avec lui sur un Comité de Village Contre la Barrière et est également inquiet.

"Au début, je croyais que le Mur ne serait pas installé en raison des nombreux visiteurs. Mais la réalité me dit qu'ils vont construire ce mur." Dit-il. "Ce sont eux qui séparent les deux communautés entre elles."

Le Premier Ministre israélien, Ehud Olmert, a été élu au début pour une politique de retrait de certains petites colonies de Cisjordanie et de l'annexion des plus gros blocs de colonies derrière une nouvelle frontière définitive et dessinée unilatéralement.
Depuis la guerre du Liban, cette politique a été enterrée. Mais la réalité sur le terrain, c'est que l'occupation militaire se poursuit et les colonies et la barrière se développent rapidement.

Depuis que la construction de Beitar Illit a commencé en 1985, sa population est passée à 28.000 habitants et c'est l'une de colonies de Cisjordanie qui a la plus forte croissance.

En mai, le Ministre israélien de la Défense et dirigeant syndical, Amir Peretz, a émis un ordre d'expansion pour Beitar Illit et trois autres colonies de Cisjordanie : le premier ordre de ce type depuis plusieurs années.

En septembre, des offres ont été publiées pour la construction de 342 nouvelles maisons dans la colonie et maintenant des maisons sont en construction et les camions chargés de gravats dévalent les flancs de collines toutes les quelques minutes.
Les canalisations de trop-pleins déversent régulièrement des eaux usées sur les champs du village, ce qui force les villageois à cesser de cultiver des récoltes.


"Beitar Illit est le plus important site de construction en Cisjordanie . Elle s'agrandit énormément chaque année." dit Dror Etkes, qui dirige l'observation de la colonisation pour l'organisation israélienne Peace Now.
Les maisons sont vendues beaucoup moins cher qu'à Jérusalem, à 15 km, et des transports en commun réguliers et bon marché sont mis à la disposition des colons qui se rendent à la "capitale" (ndt : Israël a déclaré Jérusalem comme capitale mais l'ONU et la majorité des pays au monde le conteste)

L'expansion de la colonie est une provocation à la "Feuille de Route" de 2003 proposée par les Etats-Unis, l'Union Européenne, la Russie et l'ONU pour des négociations de paix qui demande un gel de la colonisation.
Pour sa part, l'Autorité Palestinienne a échoué à ses engagements envers la Feuille de Route qui étaient de mettre fin à la violence et de démanteler les groupes militants.

Comme d'autres villages palestiniens menacés par des colonies ou par l'arrivée de la barrière, Wadi Fukin espère défendre sa cause devant le tribunal.

Mais le village a également trouvé un soutien en Israël. Les Amis de la Terre ont lancé une importante campagne pour protéger la vallée, en prévenant que la recharge des sources du village est menacée par l'expansion de la colonie et l'arrivée de la barrière, qui ici fera 50 mètres de large et comprendra une barrière en acier avec des barrières de fils barbelés, un fossé, deux routes de patrouille, deux "chemins de terre détecteurs d'intrusions" et des caméras d'observation.

Les Israéliens de la ville de Tzur Hadassah, qui est située au-dessus de la colline de Wadi Fukin, ont également pris part à la campagne. Certains sont motivés par des soucis écologiques, d'autres par opposition à la politique de colonisation et à la barrière

Dudy Tzfati, 45 ans, un conférencier en Biologie et en Génétique à l'université Hébraique et l'un des militants de Tzur Hadassah, admet que tous les habitants de la ville ne soutiennent pas leur travail. "En majorité, ils aiment le concept de la séparation et l'idée de la barrière, pour ne pas voir les Palestiniens et leur souffrance, pour les mettre derrière un mur et ensuite pour ne pas avoir à négocier pour faire ce que nous voulons." Dit-il.

En partie en raison de la pression imposée du côté israélien, un haut responsable du Ministère de la Défense a visité Wadi Fukin et Tzur Hadassah la semaine dernière pour écouter les requêtes, bien qu'il n'y ait aucune indication d'éventuels changements dans les plans pour la colonie ou la barrière.



Scepticisme

Parmi des villageois, il existait au début un profond scepticisme quant au soutien de leurs voisins israéliens. Certains doutent encore de leur motivation.
"Ils nous aident parce qu'ils veulent que ce soit une réserve, comme un parc national. Ce sont des citoyens israéliens et à la fin, ils ne penseront qu'à leurs propres intérêts",dit Jamal Hamid, 46 ans, un fermier vivant à l'extrémité nord du village.

Cependant, beaucoup semblent avoir accepté le soutien avec reconnaissance. "Ces gens sont très honnêtes." dit Atef Manasra, un professeur d'Arabe à l'école du village.
"La différence entre les gens de Tzur Hadassah et les colons de Beitar Illit, c'est comme la différence entre le ciel et la terre."

Pourtant peu d'entre eux croient que la campagne des uns ou des autres sera suffisante pour changer le futur du Wadi Fukin et les villageois s'inquiètent d'un futur où ils seront isolés des marchés de Jérusalem et de Bethlehem et au sujet de l'accès au reste de la Cisjordanie .

"Ce mur n'a rien à voir avec la sécurité". dit M. Ibrahim.
"Au contraire, il a pour but d'assiéger économiquement les Palestiniens, d'empêcher les ouvriers de travailler à l'intérieur d'Israël et, de manière encore plus importante, de consommer plus de terre" (palestinienne).



A lire également :

Wadi Foquin : La confiscation des terres par Israël sape tout espoir de Paix par Abu Murad Manasra

Source : The Guardian

Traduction : MG pour ISM

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