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Palestine - ISM France

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Bethléhem -

Bethléhem, comme Sharpeville, est devenu un symbole de l’oppression

Par

Ronnie Kasrils est ministre de l’eau et des forêts en Afrique du Sud ; il écrit à titre personnel. Il était membre du mouvement de résistance de l’ANC durant 30 ans et un commandant supérieur de sa branche militaire, Umkhonto We Sizwe. Récemment, il a fait le discours d’ouverture d’une conférence à Londres au sujet du boycott et sanctions contre Israel.Victoria Brittain qui est membre de recherche de développement au LSE, a présidé la conférence.

Bethléhem représente une icône familiere de paix lors des festivités de Noel, mais cette année l’image innocente s’est évanouie, peut-être à jamais. A ce jour les résidents de Bethlehem sont enterrés dans leur maison 24h sur 24.
Lorsque l’Eglise de la Nativité fut assiégée pendant des semaines par l’armée israélienne en avril, (la Croix Rouge refoulée à l’entrée, la désinformation concernant les prêtres tenus en otages propagée par le gouvernement israélien ; les blessés palestiniens incarcérés par les forces israéliennes ; les autres tués et des douzaines de déportés en Europe ou transportés par autobus à Gaza), Bethléhem est devenu, comme Sharpeville, un nom symbole d’injustice.

Les parallèles entre les 50 années de lutte des palestiniens pour leur propre terre et les décennies de campagnes militaires et civiles du mouvement anti-apartheid pour les droits de la majorité noire sont perçues comme une évidence en Afrique australe, où des guerres de libération mirent fin avec succès au colonialisme et à l’oppression raciale. Cela a pris beaucoup trop de temps ; mais la communauté internationale est encore plus en retard dans ses critiques et ses actes contre Israël qu’elle l’était contre le régime d’apartheid.

Les sanctions ont joué un rôle clé dans le changement des perceptions, à l’intérieur de l’Afrique du Sud et dans le reste du monde, et furent une pièce essentielle pour obtenir un changement de la constitution.

Dès 1946, avant sa propre indépendance, le gouvernement indien avait appelé à la rupture de tous les liens avec l’Afrique du Sud ; en 1955 l’évêque Trevor Huddleston appelait au boycott culturel ; en 1959 le Congrès National Africain (ANC) appelait au boycott général ; en 1961, après le massacre de Sharpeville, l’Afrique du Sud fut forcée de quitter le Commonwealth.

Au début des années 1960, le Conseil de Sécurité de l’ONU demandait un embargo volontaire sur les armes , et en 1977 l’a voté.


Les boycotts sociaux, sportifs, culturels et académiques furent accueillis avec critique lorsque ils venaient de la base en Europe et aux Usa.

Mais au milieu des années 1980, quand il s’est avéré que l’Afrique du Sud pourrait imploser, de très fortes sanctions économiques furent appliquées par d’influents politiciens américains opposés à l’administration Reagan. Un avertissement pour le régime d’apartheid. En 1988, il fut contraint d’entamer d’authentiques négociations. Il se passera la même chose pour Israël.


L’état d’apartheid a cherché une solution militaire, comme le général Ariel Sharon l’a toujours fait. L’armée de plomb blanche a occupé la Namibie et le sud de l’Angola, installé des forces mandatées dans les pays voisins (1), effectué des attaques de sabotages et bombardements en Angola, Mozambique et Zambie, assassiné des leaders clés de l’ANC dans les pays voisins et aussi éloignés que Paris (2).

A l’intérieur du pays, la police a fait régner la terreur dans les townships.
Harcèlement, arrestations, torture et assassinats furent si communs que la Commission Vérité et Réconciliation s'est étalée sur 2 ans depuis 1996 et a entendu seulement une partie des évidences épouvantables.


L’Afrique du Sud blanche a été brutalisée par ce qui s’est fait en son nom. Quelques jeunes blancs se sont enfuis à l’étranger plutôt que d’être enrôlés ; les autres, qui ont servi en Angola, souffrent encore de douleur et culpabilité pour ce qu’ils ont fait subir.

Israël a maintenant ses propres refuzniks et ses problèmes à venir avec ceux souffrant de peur ou les jeunesses arrogantes qui se tiennent aux checkpoints, fouillent et démolissent des maisons, utilisent des civils comme boucliers humains et lancent des chasseurs F16 sur des maisons pleines de gens.


Ian Hook, le fonctionnaire de l’ONU qui a été tué d’une balle dans le dos par un soldat israélien à Jenin le mois dernier, peut être vu comme un symbole d’une brutalité qui doit être stoppée.

En dehors de la Palestine, peu auront entendu les noms des autres qui sont morts durant la même période, sans armes et sans défense ;
Fatima Mohamed Abeid une vieille femme de 95 ans, de retour de courses, qui a reçu une balle mortelle dans un taxi en stationnement à un checkpoint ;
ou Johad Muhammed An-Natour 24 ans de Naplouse, criblé de balles alors qu’il marchait, allant réveiller ses voisins pour qu’ils mangent rapidement avant le lever du jour durant la période du Ramadan ;
ou l’homme sourd 68 ans de Beit Lahour à Gaza qui a été écrasé, "réduit à l’épaisseur d’une barre de chocolat ", selon son fils, Maher Salem, quand l’armée israélienne, ignorant les supplications de la famille pour le réveiller, a aplati leur maison de 6 étages.


Tous ces gens font partie de familles qui sont victimes de la politique israélienne de bouclage qui, depuis le début de la seconde intifada en septembre 2000, a laissé 75% de palestiniens sous le seuil de pauvreté avec 2$ par jour, a coupé les revenus moyens de 30% depuis les accords d’Oslo, et mené 21% d’enfants en dessous de 5 ans à souffrir de malnutrition aiguë.


La vaste majorité de ces enfants sont profondément traumatisés par des expériences telles que la vue du jeune Mohammed Durra 12 ans, mortellement atteint alors qu’il était accroupi à coté de son père à un checkpoint de Gaza pendant les premiers jours de l’intifada.

Durra est devenu le Hector Peterson de Palestine. Peterson était l’écolier de 13 ans tué dans le soulèvement de Soweto en 1976 et dont la photo fut un électrochoc dans le monde entier, éveillant tardivement les consciences.


Le déclenchement de la révolte de Peterson et ses amis fut l’éducation au rabais de seconde zone pour les enfants noirs par l’état d’apartheid.

En Cisjordanie et à Gaza, l’éducation fait face à une pire situation en étant la cible de destruction, d’interruption, et d’harcèlement de la part des militaires israéliens.

Lors de l’année scolaire 2001-02, 216 étudiants ont été tués et 2514 blessés. Des écoles furent endommagés ou occupés, les registres du Ministère de l’Education détruites.

L’université Bir Zeit affronte continuellement des couvre-feux, des barrages routiers et une destruction de la route, qui la rend souvent impossible à atteindre pour les étudiants.


A travers 50 ans d’oppression, les palestiniens ont démontré une détermination , quel que soit le sacrifice, à leur désir d’éducation.

A ce jour, les enfants de primaire marchent des heures pour rejoindre l’école par des routes secondaires et des champs pour éviter les checkpoints, et des lieux d’enseignement improvisés se sont montés dans les maisons lorsque le couvre-feu maintient les écoles fermées durant des semaines ou des mois.


La journaliste israélienne Amira Hass a écrit au sujet des colons et des autres qui dévoilent leur objectif derrière toute cette brutalité quand ils diffusent prospectus et affiches par milliers appelant à l’expulsion des arabes et ce d’une manière plutôt brutale, avec le slogan " eux là-bas, nous ici ".

Hass suggère qu’un peuple avec de tels propos, serait décrit en Europe comme fasciste, raciste ou même néo-nazi, et se demande si les universitaires, historiens israéliens et ceux qui soutiennent les mouvements et partis modérés garderont le silence jusqu’à ce que le nettoyage ethnique ait eu lieu.

Elle aurait pu poser la même question à la communauté internationale qui a tourné le dos aux souffrances de Manger Square (3).


- Notes du traducteur :

(1) l’auteur fait référence en autres, à la Rhodésie (devenu Zimbabwe en 1980) où le régime de Smith fut similaire à celui d’Afrique du Sud.
(2) l’auteur fait référence à Dulcie September représentante de l’ANC en France, qui fut assassinée à Paris le 29 mars 1988.
(3) le Square des mangeoires se trouve à Bethlehem

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