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Israël -

Procès Corrie c/ État d'Israël : Interrompre le travail du bulldozer ne fut pas une option, malgré les risques encourus par les protestataires

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(Haïfa, Israël – 11 avril 2011) – Deux officiers militaires israéliens qui commandaient les troupes près de Rafah, Gaza, le jour où Rachel Corrie a été tuée, ont pris place derrière un paravent au tribunal d'Haïfa, le mercredi 6 avril, en tant que témoins du gouvernement dans le cadre des poursuites civiles en cours Corrie c/ l’État d'Israël. Leurs témoignages soulignent encore davantage l'incapacité de l'armée israélienne à reconnaître les droits et à protéger les vies et les biens des civils à Rafah, au sud de Gaza, en 2003, ainsi que celles des militants du Mouvement International de Solidarité (ISM).

Le commandant adjoint de bataillon Sh. R., responsable de la supervision de 450 à 500 soldats à Gaza, a dit qu'il se trouvait à environ 1km500 des lieux, à l'Unité de liaison de l'armée avec les forces étrangères (Yaklaz), et que bien que le travail du bulldozer soit sous la supervision directe du Capitaine S.R., il état en mesure d'influencer le travail et était finalement responsable des décisions prises ce jour-là. Ce qui est d'une grande importance parce que lors de l'audience précédente, le capitaine S.R., un officier bédouin qui a témoigné en début de semaine, a dit à la cour qu'il avait réclamé l'interruption du travail à cause de la présence des protestataires et du danger potentiel qu'ils couraient, mais qu'il avait reçu l'ordre de continuer.

Sh.R. a défini la "Route Philadelphi" comme n'étant pas seulement une route militaire étroite, sous contrôle israélien, parallèle à la frontière Gaza/Égypte, mais plutôt comme toute la largeur de terre entre la frontière égyptienne et la première rangée de maisons palestiniennes à l'intérieur du territoire gazaoui.

Il a aussi insisté sur le fait que c'était les habitants palestiniens de ces maisons qui creusaient des tunnels, tiraient sur l'armée ou passaient des armes en contrebande, et que le dégagement et la destruction de ces maisons n'étaient exécutés qu'après connaissance "au-delà de tout doute raisonnable" qu'elles étaient vides. Sa description, quoiqu'emblématique de la position de l'armée israélienne au sujet du secteur en 2003, ignore totalement le fait et la documentation crédible des organisations humanitaires des Nations Unies et des groupes pour les droits de l'homme que la terre était à l'époque pleine de maisons densément peuplées, dont la première rangée a reculé rapidement au fur et à mesure que l'armée israélienne détruisait au bulldozer rangée après rangée de maisons, élargissant la zone-tampon de la frontière et revendiquant la possession du territoire palestinien nouvellement rasé. Des photos comparatives par satellite d'une publication de Human Rights Watch de 2004, intitulée "Razing Rafah: Mass Home Demolitions in the Gaza Strip" (Raser Rafah : démolitions de masse de maisons dans la Bande de Gaza) montrent cette "destruction massive" de maisons palestiniennes le long de la frontière sud de Gaza.

Dans un e-mail à sa mère, Rachel décrivait son expérience de vie avec les Nasrallah, la famille devant la maison de laquelle elle protestait quand elle a été tuée : "Les deux pièces de devant de leur maison sont inutilisables parce que les murs sont criblés de balles, donc la famille toute entière - trois enfants et les deux parents - dorment dans la chambre des parents. Je dors par terre près de la plus jeune fille, Iman, et nous partageons tous les couvertures. (...) Vendredi est jour férié, et lorsque je me suis réveillée, ils regardaient Gummy Bears doublé en arabe. J'ai donc pris le petit déjeuner avec eux et je suis restée assise un moment, jouissant simplement d'être dans cet amas de couvertures avec cette famille, regardant ce qui semblait pour moi être les dessins animés du samedi matin."

Bien que la maison n'ait pas été démolie ce jour là, la famille a été obligée de fuir sept mois plus tard lorsque l'armée israélienne a coupé le tout-à-l’égout et l'électricité et sérieusement endommagé un mur porteur. La maison a été entièrement démolie au printemps 2004. Elle hébergeait cinq jeunes enfants, dont quatre étaient là, derrière le mur du jardin, pendant que le bulldozer avançait et que Rachel a été tuée.

Inclusions au témoignage du commandant adjoint de bataillon :

. Il a déclaré qu'il y avait un plan de travail hebdomadaire ainsi qu'un "dossier de mission" écrit pour l'unité qui stipulait les directives de la mission de l'unité, les forces qui y participaient et des instructions données à la force, dont quelques consignes de sécurité. Cependant, ces éléments n'ont jamais été communiqués aux avocats de la famille Corrie dans le cadre de la découverte du dossier d'investigation de la Police militaire - une omission surprenante qui remet en question le sérieux de l'enquête du gouvernement sur le meurtre de Rachel.

. Sh.R. a déclaré qu'une "scout" enregistrait un fichier tant vidéo qu'audio de l'événement, mais il a prétendu que le fichier audio n'avait été que partiellement enregistré. Sh.R. a confirmé également que les téléphones cellulaires ont été aussi utilisés, mais pas enregistrés, pour la transmission des ordres de va-et-vient entre le capitaine S.R. et le commandant adjoint de bataillon.

. Sh.R. a déclaré qu'il savait que des protestataires non armés se trouvaient dans le secteur mais qu'à son avis, interrompre le travail n'était pas une option. Il a dit que les manifestants n'étaient pas une menace à la force, mais il a ajouté que si tous les étrangers venaient brandir des pancartes, les terroristes viendraient aussi et il perdrait le contrôle de la région. Il a admis qu'éviter un précédent a compté dans la décision de continuer le travail. Il a déclaré qu'à son avis, on aurait dû interdire aux protestataires d'entrer à Gaza.

. Bien qu'il ait décrit dans son témoignage que les règles officielles stipulent que vous ne tirez pas à moins qu'il y ait intention et moyen de vous blesser, un résumé écrit des événements enregistrés lors des opérations du 16 mars 2003, déclarait, "On devrait s'occuper de ces étrangers et leur interdire l'entrée dans la Bande de Gaza. De plus, le travail doit continuer dans la zone en question. Les ordres de tirs indiquent que tout personne adulte doit être tuée." Dans les sept semaines qui ont suivi le meurtre de Rachel, le journaliste James Miller et l'activiste Tom Hurndall, tous deux citoyens britanniques, ont été tués par tirs dans la même zone de Rafah, à la frontière de Gaza.

. Interrogé s'il se souvenait d'avoir été impliqué dans un incident d'"interférence" avec l'enquête de la police militaire, Sh.R a répondu, "oui", et a décrit comment son commandant de division lui a téléphoné et a ordonné que l'enquête soit interrompue à cause d'un différent sur l'autorisation. Sh.R. a attesté avoir approché l'enquêteur en chef, interrompant l'interrogatoire du chauffeur du bulldozer en cours, et que des mots personnels avaient été échangés. Il a reconnu avoir donné à l'enquêteur l'instruction d'arrêter, suite aux ordres du Haut commandement. Interrogé sur l'éthique dans un cas d'interférence d'une enquête de police militaire, Sh.R. a déclaré avec emphase qu'on lui a donné un ordre et qu'il l'a appliqué.

Après le témoignage de Sh.R., le commandant de peloton, A.D., a pris place. Contrairement à Sh.R. qui était loin des lieux, le témoin A.D. était présent et commandant en second dans l'APC ("Armored Personnel Carrier", blindé de transport de troupes). Il a eu du mal à se souvenir des détails spécifiques sur les événements et a dit qu'il ne les avait pas vus avant, pendant ou après qu'ils aient eu lieu. Il a également dit qu'il ne se souvenait d'aucune leçon tirée de l'incident.

Ce que souligne le témoignage du commandant de peloton A.D. :

• Il a confirmé qu'un "dossier de mission" écrit aurait dû être donné à l'unité avant le début des travaux, bien qu'il ne se souvienne de rien sur le dossier spécifique ce jour là.
• L'APC était équipé d'un périscope qui lui permettait de voir à une longue distance depuis le véhicule.
• Le commandant R.S. a parlé fréquemment sur son téléphone cellulaire et, pour ce faire, il devait retirer son casque. Ceci est en contradiction avec des témoignages militaires précédents qui affirmaient que les soldats n'enlevaient jamais leurs casques et donc, qu'ils n'avaient pu entendre les manifestants criant dans le mégaphone.
• Il n'a pas pu se souvenir des instructions de sécurité spécifiques pour le bulldozer D9, mais a dit que l'unité avait poursuivi le travail avec toute l'attention possible. Il pensait que le travail était autorisé si les protestataires étaient à 15m du véhicule, mais pas s'ils étaient à 5m.
• Il savait que les manifestants étaient des civils et des "Américains".
• Il a dit qu'il y avait une trousse de premiers secours dans l'APC, et qu'il croyait qu'il était vraisemblable que la personne aux communications radio dans le véhicule avait aussi une formation de secouriste.
Cependant, il a confirmé que la trousse de premiers secours n'avait pas été lancée aux manifestants après que Rachel ait été renversée. Le témoignage a clarifié qu'il n'y avait eu aucune tentative sérieuse des militaires de fournir une assistance médicale à Rachel sur les lieux avant que les infirmiers palestiniens l'évacuent.

L'audience de mercredi a été suivie par un représentant de l'ambassade américaine et des représentants des organisations juridiques et pour les droits de l'homme suivantes : Adalah, Avocats Sans Frontières, Al Haq, Al Mezan, Amnesty International, l'Association arabe pour les droits de l'homme, l’Équipe d'accompagnement œcuménique et Yesh Din.

La prochaine audience, et vraisemblablement la dernière, aura lieu le dimanche 22 mai, de 9h à 16h, devant le juge Oded Gershon, au 6ème étage du tribunal de district d’Haifa, 12 Palyam St.

Doivent témoigner : le Colonel Pinhas (Pinky) Zuaretz et l'ancien porte-parole de l'armée israélienne, le brigadier général Ruth Yaron.

Pour connaître les mises à jour, les modifications éventuelles de calendrier du tribunal et les informations, visitez la page “Trial Update” du site Rachel Corrie Foundation.

Pour des questions liées à la presse, prenez contact à :
press@rachelcorriefoundation.org /
En Israël, appelez Sarah au + 972-52-952-2143

Source : Rachel Corrie Foundation

Traduction : MR pour ISM

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