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Cisjordanie - 03-02-2010

Le vol de l'eau palestinienne par Israël
Par Nabil Sahli
 

Régulièrement, des rapports mettent en lumière la grave pénurie d’eau que subissent les villes et villages palestiniens en Cisjordanie et à Bethléem en particulier, et font remarquer qu’un colon israélien consomme en moyenne six fois plus d’eau qu’un Palestinien. Et ceci en dépit des droits de ce dernier aux sources, en tant que propriétaire originel de la terre, mais un propriétaire dont l’accès à son eau est interdit par l’occupation militaire israélienne. Les colons utilisent l’eau pour remplir à ras bords leurs piscines, et pour arroser leurs jardins aux pelouses verdoyantes.






















Piscine publique dans la colonie illégale d'Ariel


Lorsqu’on observe de près le processus de colonisation, on réalise que la confiscation des sources d’eau a toujours été une priorité pour les colonisateurs israéliens. Ce fut dans ce contexte qu’un document, écrit en 1941 par David Ben Gourion, le leader sioniste et premier Premier ministre d’Israël, a dit que les eaux du Jourdain et Litani (au Liban) (*) devaient être intégrées, pour sa survie, dans les frontières du futur Etat juif.

A la suite de l’établissement de l’Etat d’Israël en mai 1948, les autorités ont cherché à prendre le contrôle des ressources d’eau de la Palestine. Des ingénieurs ont immédiatement commencé à mettre sur pied des projets hydrauliques, dont le plus important sur le “transporteur d’eau national d’Israël », pour transférer l’eau du Lac de Tibériade au Désert du Néguev, qui constitue 50% de la superficie de la Palestine historique.

Avant 1948, le discours du mouvement sioniste a particulièrement insisté sur l’importance de l’eau pour la survie d’un futur Etat sioniste. Cela a été clairement indiqué dans les documents rendus public suite au premier Congrès sioniste, présidé en août 1897 par le père du sionisme politique, Théodore Herzl, à Bâle, en Suisse. Depuis 1948, les dirigeants israéliens ont fait de nombreuses déclarations insistant sur la nécessité de l’eau pour le projet sioniste.

Les planificateurs et les décideurs d’Israël ont constamment développé de nouveaux plans et mesures politiques permettant à Israël de garder le contrôle sur les ressources d’eau, tant en Palestine que dans les pays voisins. L’eau a donc été un facteur décisif dans la détermination de la géographie d’Israël et de sa politique expansionniste, de 1948 à la guerre de 1967, jusqu’à aujourd’hui. Cela explique en partie la construction du mur d’apartheid, le « mur de l’eau », comme certains l’ont appelé, qui, par ses tours et détours à travers la Cisjordanie occupée, intègre la plupart des principales ressources d’eau de la région. L’eau de ces sources – sous la terre agricole palestinienne – est détournée pour l’usage domestique des colons et à des fins agricoles et industrielles. Le résultat est que les Palestiniens, avec une croissance de population de plus de 3,5% par an, sont confrontés à de graves pénuries d’eau conduisant à un manque total d’eau potable et des quantités insuffisantes pour l’agriculture, transformant une terre jadis fertile en un désert. Privés ainsi de leurs moyens de subsistance traditionnels, il existe un risque réel que des milliers de Palestiniens soient « indirectement » expulsés de Cisjordanie. Une telle expulsion – « le transfert silencieux » selon la terminologie sioniste – n’est pas autre chose qu’un nettoyage ethnique.

Les ressources en eau des territoires palestiniens occupés en 1967 sont d’une importance vitale pour Israël, et c’est la raison pour laquelle les autorités sionistes ont publié des dizaines d’ordres illégaux permettant de maintenir leur hégémonie sur les ressources en eau de la Cisjordanie. Un ordre militaire israélien de première importance a été pris le 7 juin, pendant la guerre de 1967, octroyant à Israël le contrôle total de toutes les ressources d’eau dans la Cisjordanie bientôt occupée, transférant la propriété à Israël et à ses organes d’Etat.

Le contrôle israélien a été renforcé par le refus systématique de délivrer aux Palestiniens les permis de forage de nouveaux puits ou d’approfondir et de réparer les puits existants asséchés. En conséquence, Israël, l’occupant illégal de la terre, contrôle l’eau, pendant que les propriétaires de la terre, les Palestiniens vivant sous occupation israélienne, sont interdits d’accès à leurs propres ressources naturelles. Déjà, environ 60% des Palestiniens de Cisjordanie vivent dans une pauvreté extrême, un chiffre qui risque d’augmenter au fur et à mesure que l’impact du « mur de l’eau » s’aggravera. En l’absence de tout véritable projet contraire palestinien et arabe, la stratégie d’Israël reste celle de colonies prenant le contrôle de toujours plus de terre et d’eau, en la partageant avec le moins possible de Palestiniens.

Dans le cadre de ce processus, Israël dit que le forage de 300 puits par les Palestiniens au cours des dernières années a eu un effet négatif sur les projets d’irrigation des colonies, augmentant, dit-il, les niveaux de salinité. Les répercussions sur la productivité agricole ont touché l’économie israélienne toute entière. Encore une autre raison de maintenir le contrôle israélien sur l’approvisionnement en eau, au mépris des conséquences pour les Palestiniens.

Après 1967, les secteurs touchés par la crise de l’eau se sont agrandis, Israël contrôlant les ressources en eau du bassin du Jourdain et de la rivière Hasbani en Jordanie, et les sources du Baniyas, sur le Jabal Al-Sheikh (Mont Hermon) en Syrie. Ce qu’il faut ajouter au contrôle israélien sur plus de 81% de l’eau palestinienne entre 1967 et 2009. Des études démontrent que les Palestiniens ont les pleins droits légaux sur près de 750 millions de m3 d’eau, à Gaza et en Cisjordanie. Bien qu’Israël se soit engagé, par traité, à donner 80 millions de m3 d’eau par an aux Palestiniens, il continue à leur nier ce droit. Israël vole l’eau qui appartient de droit aux Palestiniens, puis accepte, par traité, de donner 80 m3 par an aux Palestiniens – qui sont propriétaires de 750 millions de m3, rappelez-vous – mais leur refuse même une fraction de leurs droits légitimes. Ce seul fait ridicule tout processus de paix.

Les Palestiniens de Cisjordanie ont besoin de 150 millions de m3 d’eau chaque année, mais n’ont accès qu’à la moitié de cette quantité, en dépit d’une demande en augmentation due à la croissance de la population. Il est clair que la crise de l’eau sera plus catastrophique dans la Bande de Gaza, étant donné la croissance de la population sur une superficie plus réduite. La population de Gaza a besoin de 120 millions de m3 d’eau par an mais n’en consomme que 45, venant principalement de l’eau de pluie et non pas de la nappe phréatique. La politique de l’eau adoptée par les autorités israéliennes a conduit à la pollution des sources à cause des niveaux de pompage très importants qui ont provoqué le mélange des eaux usées avec l’eau de pluie.

Israël continuera de maintenir son contrôle sur l’eau de la région. Il consomme déjà 90% des ressources hydrauliques renouvelables chaque année, et avec le nombre croissant d’immigrants juifs en Israël et l’augmentation correspondante de la demande en eau, on estime que l’Etat devra faire face à une augmentation de son déficit en eau, qui pourrait atteindre 1 milliard de m3 par an. Ce qui l’obligera à envisager davantage d’options pour contrôler les ressources en eau, légalement mais théoriquement contrôlées par la population arabe, en Palestine et au-delà.

En conséquence de la politique d’Israël, la faim et la soif deviennent donc une réelle possibilité pour les Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Gaza. Ceci arrive à un moment où Israël continue de bafouer le droit et les conventions internationales, en toute impunité. Il faut rappeler qu’à moins que les Palestiniens aient le contrôle total de leurs ressources naturelles, il est inutile de parler d’un Etat palestinien véritablement indépendant et souverain.

Comme il n’y aura jamais de véritable paix tant que les Israéliens poursuivront leurs projets coloniaux. La question de l’eau doit avoir une place prioritaire dans les négociations de paix dans la région. Sans cela, aucun Etat de Palestine digne de ce nom n’existera jamais.

(*) raison des incessantes attaques du sud-Liban par l’entité sioniste (ndt).

  Source : Middle East Monitor  
  Traduction : MR pour ISM  
     
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