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La Reddition contre le Droit à Exister
Par
Kathleen Christison
Kathleen Christison est un ancien analyste politique de la CIA et a travaillé sur les questions du Moyen-Orient pendant 30 ans. Elle est l'auteur de Perceptions of Palestine (Perceptions de la Palestine) et The Wound of Dispossession (Blessure de la Dépossession).
Elle peut être jointe à l'adresse suivante : kathy.bill@christison-santafe.com
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Notant qu'il a soulevé avec une profonde conviction que les Juifs ne devraient jamais abandonner une partie de la "terre de nos ancêtres", Ehud Olmert a déclaré dans son discours lors de la session commune du 24 mai devant le Congrès : "J'ai cru, et je crois toujours aujourd'hui au droit éternel et historique de notre peuple à l'ensemble de cette terre."
Il a alors concédé que, seuls, les rêves ne pourront pas apporter la paix et ne préserveront pas Israel en tant qu'"Etat juif démocratique sûr".
Mais ce qui ressort de cette déclaration peu remarquée de l'attachement des Juifs à la terre est son affirmation du droit suprême des Juifs à l'ensemble de la Palestine, peu importe si quelqu'un d'autre y vit.
Dans le contexte d'un espoir pour un accord de paix juste et équitable entre Israel et les Palestiniens, c'est un tueur d'accord par excellence.
À la lumière de cette position officielle israélienne que les Juifs ont "un droit éternel et historique à l'ensemble de cette terre", on est effrayé par l'hypocrisie de la demande -- déclarée universellement par Israel, les États-Unis, l'Union Européenne et la majeure partie du reste de la communauté internationale -- faite aux Palestiniens de reconnaître le "droit à exister" d'Israel avant que quiconque leur parle, avant de pouvoir être admis parmi la société civilisée mondiale.
Est-ce que cette demande faite aux Palestiniens de reconnaître le droit à exister d'Israel signifie qu'ils doivent reconnaître le "droit à l'ensemble de la terre" d'Israel comme l'a défini Olmert ?
Et si c'est le cas, comment les Palestiniens pourraient-ils être vraiment sûrs, même si Israel était assez magnanime pour leur accorder un "Etat" ou un "Bantustan" sur une partie de "cette terre", qu'Israel ne leur reprendrait pas d'ici un certain temps, puisque les Juifs en possèdnt "un droit éternel et historique" ?
Pourquoi devrait-on croire que toute concession de terre des Israéliens serait permanente ?
L'affirmation d'Olmert de ce "droit" absolu des Juifs n'est certainement pas un nouvel élément du dogme israélien et sioniste.
Depuis le début, la notion a été à la base du Sionisme, cachée parfois derrière une apparence de complaisance de Gauche face à la réalité de la présence des Palestiniens sur cette terre juive sacrée, mais n'était jamais très loin sous la surface.
La croyance Sioniste d'une suprématie des Juifs n'a jamais été vraiment cachée. J'en suis arrivée à cette constatation crue il y a quelques années.
Peu de temps après que l'Intifada Palestinien ait commencé en 2000, une connaissance – pas un ami, mais un bigot irritant qui soutient toujours ouvertement la cause d'Israel en se basant sur le fait que les intérêts des Juifs sont supérieurs aux intérêts des Palestiniens -- m'a écrit un email dans lequel il concluait que, "puisqu'il n'y avait pas assez de place en Palestine pour les deux peuples : les Juifs et les Palestiniens", alors les Palestiniens "devraient retourner en Jordanie, d'où ils venaient" et laisser la Palestine aux Juifs, à qui elle appartient et qui ont tellement besoin d'une patrie."
(La notion fausse que les Palestiniens sont venus de Jordanie est un artefact de bonne conscience créé par l'imagination sioniste, destiné à "prouver" que les Palestiniens ne sont pas originaires de Palestine, qu'ils sont seulement des intrus sur une terre juive, et donc qu'ils ne seront pas blessés ou gênés "en retournant" d'où ils viennent.)
Je lui ai dit qu'il se trompait vraiment et qu'il était complètement immoral -- ce qui j'en suis sûre n'a pas pesé sur sa conscience, mais qui a servi, de façon bienheureuse, à mettre fin à notre correspondance.
L'argument particulier mis en avant par cet homme exprime un racisme plus grossier que la plupart des partisans d'Israel admettraient ressentir, mais en fait sa position reflète les opinions officielles du gouvernement israélien et du gouvernement américain qui le soutient.
Finalement, sa position, qui est naturellement identique à celle d'Olmert, reproduit l'essence du Sionisme et définit ce qui a été la base de la politique des États-Unis à l'égard d'Israel et du Sionisme depuis bien avant que l'Etat d'Israel ait été établi il y a 58 ans : c'est-à-dire, que les intérêts d'Israel en tant qu'Etat juif et les "droits" d'Israel priment toujours, peu importe quels sont les intérêts et les droits des Palestiniens, et que les besoins des Palestiniens peuvent être satisfaits seulement quand ils n'interfèrent pas avec ceux d'Israel ou quand les Palestiniens cèdent aux demandes d'Israel.
En fait, c'est une politique basée sur l'hypothèse qu'il n'y a "simplement pas de place en Palestine pour les Juifs et les Palestiniens" et que la seule solution possible à long terme est que les Palestiniens disparaissent d'une certaine façon.
Comme l'ambassadeur de l'OLP aux États-Unis, Afif Safieh, a raison de le dire, Israel veut la géographie mais pas la démographie des Palestiniens -- la terre mais pas la population.
Cette disparition des Palestiniens peut être obtenue de plusieurs façons, selon les calculs des Israéliens.
• D'abord, on pourrait les persuader de quitter la Palestine; Israel a travaillé depuis sa création sur une certaine version de cette option – une expulsion pure et simple, comme cela s'est produit en 1948, ou en provoquant un départ "volontaire" en leur rendant la vie insupportable, comme cela se produit aujourd'hui – comme meilleur moyen de se débarrasser du "problème palestinien".
• Ou, en deuxième option, les Palestiniens pourraient être forcés à la soumission ; cela a été le sort des 20% de la population de l'Israel qui est Palestinienne, et ce fût le sort des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza pendant les 20 premières années de l'occupation lorsqu'ils étaient tranquilles sous le contrôle des Israéliens.
Cependant, cette option n'est plus possible du point de vue d'Israel, puisqu'il y a maintenant ou qu'il y aura bientôt plus de Palestiniens que de Juifs en Palestine, ce qui rend le travail de soumission forcée trop déplacé pour un Etat soi-disant démocratique.
• Ou, en troisième option, les Palestiniens pourraient être endormis par une soumission politique qui les mènerait, désespérés, à accepter toutes les conditions des Israéliens.
C'est ce que Yasir Arafat a fait en signant les Accords d'Oslo et en reconnaissant le "droit à exister" d'Israel, abandonnant ainsi toutes les cartes de négociation des Palestiniens sans garanties en retour d'un accord de faire plus que de procéder à des négociations de la part des Israéliens.
Depuis que cette troisième option s'est effondrée à Camp David en 2000, Israel est revenu à sa première option.
Le processus d'Oslo a échoué essentiellement parce qu'Arafat s'est réveillé au dernier moment, après qu'Israel ait essayé de lui faire avaler un accord définitif totalement insuffisant, et parce qu'il a refusé de tomber dans une capitulation totale.
Depuis le réveil d'Arafat, l'agenda israélien, soutenu de tout coeur par les États-Unis et à un moindre degré par le reste de l'Occident, a poursuivi la première option, en persuadant les Palestiniens, par différents moyens, de quitter la Palestine -- en d'autres termes, en essayant de forcer la reddition abjecte des Palestiniens aux conditions qui admettent une suprématie totale des Juifs.
Les États-Unis et l'Occident travaillent dur pour aider Israel à imposer cette reddition.
Tandis que les Palestiniens meurent de faim suite au gel de l'aide de la communauté internationale, les principaux médias comme le Washington Post mettent l'accent sur le blâme des victimes palestiniennes.
"Les responsables palestiniens", entonnait le Post dans un récent éditorial décrivant la crise de l'aide, "ont une longue tradition d'exploitation de la souffrance de leur propre peuple pour des fins politiques ; le Hamas a été content d'encourager une crise humanitaire dans la bande de Gaza et en Cisjordanie."
Si la logique de cette accusation - que les Palestiniens ont causé leur propre catastrophe parce qu'ils n'ont pas voté comme le voulaient Israel et le Post et parce que le Hamas refusait de céder aux préceptes d'Israel- n'est pas claire immédiatement, elle aide à comprendre l'hypothèse de base d'Israel et de ses partisans aux États-Unis : les demandes et les droits d'Israel priment toujours et les Palestiniens ne sont acceptables que s'ils le reconnaissent.
Peu de temps après l'élection du Hamas en janvier, Robert Satloff, directeur de l'Institut de Washington pour la Politique au Proche Orient – un think-thank affilié à l'organisation du Lobby pro-israélien, l'AIPAC -- a présenté une demande essentielle concernant les Palestiniens.
Dans l'émission Lehrer News Hour, Satloff a déclaré que les Palestiniens devaient payer le prix de leur choix et que faire tomber le gouvernement du Hamas devrait être "un objectif stratégique" de la communauté mondiale.
Il y a vingt ans, Satloff observait avec une arrogance étonnante l'accès de l'OLP à ce qu'il appelait "les conditions minimum d'entrée" en reconnaissant Israel – c'est-à-dire, une entrée au monde d'Israel et au monde du Lobby, où les Juifs ont des droits supérieurs en Palestine et tiennent la main du fouet et où les Palestiniens comptent seulement quand ils se plient à cette suprématie juive.
Cette approche du "Faites comme je dis sinon" caractérise maintenant toutes les attitudes israéliennes et occidentales à l'égard des Palestiniens et renseigne sur la demande de reconnaissance du Droit à Exister d'Israel faite au Hamas.
Dans une conférence de presse avec Olmert le 23 mai, Bush a houspillé les Palestiniens, en déclarant qu'on ne pouvait pas s'attendre à ce qu'un pays (en parlant d'Israel) "fasse la paix avec ceux à qui nient son Droit à exister."
Pourtant on s'attend à ce que les Palestiniens fassent eux-mêmes la paix avec ceux à qui nient leur droit à exister en tant que nation. Bush n'y voit aucune contradiction parce qu'il ne peut pas voir au-delà de la suprématie supposée des droits d'Israel en Palestine.
L'élection du Hamas, et les réactions israélienne et occidentale, ont en fait exposé le problème de base qui se pose dans toutes les négociations de paix concues par Israel et les États-Unis depuis plusieurs décennies : Les Palestiniens ont été autorisés à y participer – ils n'ont eu aucun rôle dans les efforts de réconciliation – que lorsqu'ils ont accepté de se conformer aux demandes d'Israel.
Mais cette demande capitale faite aux Palestiniens est un obstacle fondamental à toute véritable résolution du conflit. L'insistance sur le fait que les Palestiniens "reconnaissent le droit à exister d'Israel" ne signifie pas simplement, en Israel et aux États-Unis, que les Palestiniens s'engagent à ne pas jeter les Juifs à la mer.
S'abstenir de cette initiative draconienne est assez facile même pour la plupart des militants Islamistes.
Mais cela signifie de reconnaître la légitimité morale d'Israel.
Pour un Palestinien cela signifie reconnaître qu'Israel a le droit d'expulser les Palestiniens et de prendre leurs maisons et leur terre -- en effet, embrassant comme impératif moral –.
Cette demande ignore la réalité qu'Israel a été établi en tant qu'entité spécifiquement juive sur une terre peuplée en grande majorité par des Non-Juifs et que le maintien de sa majorité juive a exigé l'expulsion d'une grande partie de cette population Non-Juive.
Pour paraphraser George Bush, aucun peuple ne peut faire la paix, ou reconnaître une légitimité morale, à ceux qui ont tenté et tentent toujours de les détruire.
La demande faite aux Palestiniens de reconnaître une légitimité morale à Israel présuppose une priorité des intérêts israéliens sur les intérêts palestiniens dans des négociations de paix ce qui mine totalement tout processus de négociation ayant pour but d'apporter la justice aux deux camps.
Cette reconnaissance des Palestiniens ne peut pas être la condition préalable à tout processus de paix -- être obligatoirement acceptée avant même que le processus ne commence -- quand Israel refuse de reconnaître un droit moral analogue aux Palestiniens.
L'OLP a reconnu le droit à exister d'Israel en 1988 comme condition pour sa participation aux négociations de paix, mais toute obligation pour les Palestiniens de continuer à adhérer à cette reconnaissance a été écartée par le refus d'Israel à offrir une reconnaissance réciproque de l'existence des Palestiniens.
L'injustice grave infligée aux Palestiniens en 1948 et durant les décennies depuis n'a été jamais réparée, et cela doit être la pièce maîtresse de tout processus de négociation.
Parce qu'aucun Etat palestinien n'est encore établi, la question centrale dans toute négociation devrait être, non pas la reconnaissance de la légitimité d'Israel, mais la reconnaissance du droit des Palestiniens à exister en tant qu'Etat indépendant, viable, souverain.
Israel existe et n'a aucun danger de cesser d'exister ; l'inquiétude permanente concernant son existence et les demandes continues aux Palestiniens de le reconnaître en tant qu'Etat Juif, sans demande réciproque faite à Israel, constituent une affirmation que les droits des Juifs sont supérieurs.
C'est une supposition fondamentalement injuste et immorale dans des relations internationales, comme dans toutes les relations humaines.
Ni Israel ni les Etats-Unis ne trouveront jamais la paix tout pendant qu'il ne sera pas demandé à Israel de reconnaître en tant qu'égaux sur cette terre le peuple qu'il a déplacé en Palestine.
A lire sur le même sujet, l'analyse de Virginia Tilley : "Le Hamas et le "Droit à Exister" d'Israel"
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Source
:
http://www.counterpunch.org/
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Traduction
:
MG pour ISM |
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