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Gaza - 09-04-2007

Gaza : "Les gens ont faim"
Par Silvia Cattori > silviacattori@bluewin.ch
 

Khaled, un père de famille, n’étant lié à aucun parti politique, parle ici de la situation telle qu’elle est perçue par l’homme de la rue, dans cette enclave de Gaza soumise aux cruautés du blocus militaire et des punitions collectives de l’Etat d’Israël.
























Le village bédouin d'Um-an-Nasser envahi par les eaux usées le 27 mars dernier


SC : L’union entre le Fatah et le Hamas à la Mecque a-t-elle contribué à écarter le danger d’affrontements inter palestiniens ?

Khaled : Le peuple palestinien craignait la guerre civile et appelait, en sa majorité, à un gouvernement d’unité nationale.
Cette rencontre à la Mecque a été imposée par les tensions internes à la Palestine. Nous pensons qu’il n’y a plus de risque de guerre civile aujourd’hui.



SC : N’y a-t-il pas eu récemment encore des incidents à Gaza ?

Khaled : Il y a eu des règlements de compte entre familles. Les gens du Fatah, qui ont été à l’origine des accrochages par le passé, ont causé des morts.

Il y a aujourd’hui des familles qui se vengent contre les gens impliqués dans l’assassinat des leurs. On donne à tort une coloration politique à ces vengeances.



SC : Est-ce à dire que la stratégie du président Mazen, d’Israël, de la communauté internationale, visant à mettre le Hamas hors jeu, a échoué ?

Khaled : Abou Mazen et ses amis du Fatah n’ont pas réussi à éliminer le Hamas. Ils ont dû battre en retraite sur leurs projets de référendum et aussi sur les nouvelles élections qui avaient pour objectif de diviser les gens, car le peuple s’y est majoritairement opposé et aucune faction ne s’est ralliée à leurs manœuvres.



SC : Que signifie pour vous le sommet des pays arabes à Riyad qui, le 28 et 29 mars, a adopté une déclaration pour l’établissement d’une paix globale au Proche-Orient et une normalisation entre Israël et les pays arabes, moyennant le retrait de l’armée israélienne de tous les territoires arabes occupés en 1967 ; sommet présenté par les médias occidentaux comme « une dernière chance pour la paix » au Proche-Orient ?

Khaled : Le sommet de Riyad répondait à la nécessité qu’avaient à ce moment-là les Etats-Unis : faire oublier leurs échecs en Irak et se concentrer sur leurs projets de guerre contre l’Iran. Condoleezza Rice se devait de faire croire que les Etats-Unis veulent apporter la paix en Palestine, mais l’objectif réel était celui de conduire les pays arabes à normaliser leurs relations avec Israël et à ne plus parler du droit au retour des réfugiés.

Conscients du fait que, après une année de boycott, le Hamas n’avait rien perdu de sa popularité, les Etats-Unis ont modifié leur stratégie pour éviter l’effondrement du parti d’Abou Mazen, qui est le garant de leurs intérêts.

Les gens ici, savent que les promesses de Condoleezza Rice et d’Israël sont des leurres.

Ils sont néanmoins satisfaits de l’engagement pris par nos dirigeants et les pays arabes à la Mecque et à Riyad : en finir avec les tensions internes et rompre le blocus qui étrangle les familles.



SC : On a du mal à comprendre comment le Hamas peut imaginer pouvoir gouverner avec ceux qui ont ouvertement collaboré avec l’occupant et les Etats-Unis pour le destituer ? Les gens ne sont-ils pas désorientés ?

Khaled : Certainement il y des gens déçus. Mais, parallèlement, tout le monde a pu voir qui étaient ceux qui ont manœuvré pour pousser notre peuple à la guerre civile.
Face au boycott total de la communauté internationale, le Hamas était paralysé.

Quand les gens du Hamas ont été élus, Israël, le Fatah, l’Europe, les ont tout de suite écartés, qualifiés de terroristes. Le seul moyen pour le Hamas de casser le boycott était d’unir toutes les forces.

Abou Mazen fait aujourd’hui partie du gouvernement d’unité nationale. Il ne peut plus continuer, comme il l’a fait, à demander aux Etats arabes et européens de boycotter le gouvernement. Les pays européens, comme la Norvège, ont brisé le blocus et dialogué avec le Hamas.

Nous espérons que l’aide financière, si c’est le Hamas qui en assure le contrôle, n’aille plus, comme par le passé, dans les poches des gens du Fatah.



SC : En votant en faveur du Hamas, les Palestiniens voulaient que ces gens du Fatah, qui ont collaboré hier avec Israël et les Etats-Unis, s’en aillent. Le Hamas n’avait-il pas d’autre choix que de les remettre en selle ?

Khaled : Les dirigeants du Hamas étaient soumis à une situation de blocage qui pénalisait tout notre peuple. Ils ont simplement dû trouver une autre manière de défendre les intérêts des Palestiniens.

La situation était si terrible ! Les gens ont faim. L’intérêt immédiat des gens est d’avoir du pain, des salaires.

Le Hamas ne voulait pas le pouvoir. Le peuple a élu le mouvement Hamas parce qu’il voulait qu’il prenne le contrôle de l’aide financière et mette fin à la corruption des gens du Fatah.
C’étaient, chaque année, des centaines de millions destinés au peuple qui disparaissaient.

Maintenant, avec le Hamas présent dans le Conseil législatif, même si le contexte reste difficile, il peut y avoir un certain contrôle. Nous avons ici la conviction que le Hamas est sorti plus fort de cette cruelle épreuve.

Les dirigeants du Hamas ont fini par apparaître, aux yeux du monde également, comme des gens pragmatiques et sages ; ils ont réussi à sortir du blocage sans toutefois se soumettre au chantage d’Israël, qui exige qu’on reconnaisse ses droits alors qu’il n’a jamais honoré ses engagements ni reconnu nos droits à exister sur notre terre.

Ici, la majorité des Palestiniens ont soutenu la position du Hamas qui a su, dans les pires difficultés, faire face.



SC : Vous paraissez très optimiste. Ne pensez-vous pas qu’Israël et ses alliés n’ont pas renoncé à leur projet d’en finir avec la résistance palestinienne ? S’ils décidaient de fomenter de nouveaux troubles pour diviser les gens, ne peuvent-ils pas réactiver à tout moment les milices financées et entraînées à cet effet ? Que sont devenus des hommes comme M. Mohammed Dahlan ?

Khaled : Ces personnages sont toujours là, mais ils gardent un profil bas. Ils ont maintenant un intérêt politique précis.
Ils sont dans la position de partenaires ; ils doivent partager la responsabilité de la réussite du gouvernement d’unité nationale ou son échec.
S’ils devaient continuer de manœuvrer pour empêcher ce gouvernement d’agir, ils se mettraient totalement à nu aux yeux du peuple.



SC : Chaque jour, en Cisjordanie et à Gaza, Israël humilie, enlève, assassine des civils. Les exécutions « ciblées » ont repris à Gaza. Aucun Etat n’a protesté. Le Hamas ne pourra jamais être en mesure de vous protéger, ni relancer une économie qu’Israël, grâce aux avantages qu’il a pu tirer d’Oslo, a totalement détruite. Depuis les accords d’Oslo, c’est l’Europe qui avait la charge de payer les salaires des employés de l’Autorité palestinienne. C’est le contribuable français, belge, qui paie. Israël a jeté votre peuple dans la misère.
Le Hamas avait refusé cette logique d’Oslo qui a mis les Palestiniens dans une situation de dépendance vis-à-vis de la communauté internationale et qui dédouane Israël de ses responsabilités. Selon les conventions internationales, l’occupant ne doit-il pas assumer les besoins des populations occupées ?


Khaled : C’est l’horrible héritage d’Oslo que les Etats-Unis, l’Europe, mais aussi la gauche et les mouvements de solidarité, nous ont vendu comme étant une chance de paix honorable.

C’est à cause de son refus de collaborer avec Israël et de son rejet d’Oslo, si catastrophique pour notre peuple, que le Hamas a gagné le cœur de la majorité des Palestiniens.

Vous avez raison de dire que c’est Israël qui est responsable, qu’il devrait assurer à notre peuple qu’il emprisonne et empêche de se développer, de quoi vivre dignement sur sa terre. Ce n’est pas normal que ce soit les citoyens européens qui doivent payer nos salaires.



SC : Le 27 mars un réservoir de traitement des eaux usées a submergé tout un village au nord de Gaza. D’autres réservoirs risquent-ils encore d’inonder les eaux claires et les zones habitées ?

Khaled : Oui, les gens sont effrayés. Ils vivent sous la menace que le plus grand réservoir, d’une surface de 60.000 mètres carrés et de 13 mètres de profondeur, n’inonde Betlaya. Il suffit qu’il pleuve un peu et le réservoir qui n’est pas assez stable pourrait exploser.
Ce serait, au nord de Gaza, et pour une dizaine d’années, la fin de l’agriculture et de l’eau, la fin de la vie.

Il n’y a pas de station de pompage et de filtration des eaux usées ; cela coûte cher.
Le réservoir qui était en construction est au point mort depuis que les Etats-Unis ont coupé tout financement. Gaza est surpeuplée. Et il n’y a pas assez d’espace pour implanter une grande station d’assainissement des eaux comme il le faudrait.


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