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Palestine 48 - 16-09-2008

Le "projet de rénovation" de Jaffa vise l'expulsion des Palestiniens
Par Jonathan Cook
 

Le rez-de-chaussée de la maison de Zaki Khimayl est un café où les clients peuvent boire un thé à la menthe ou un jus de fruit en fumant le narguilé. Situé près de la plage de Jaffa, à un jet de pierre de Tel Aviv, ce devrait être un commerce florissant.





















Une rue du quartier Ajami, à Jaffa.


Cependant M. Khimayl, comme des centaines d'autres familles dans les quartiers arabes de Ajami et Jabaliya, est submergé de dettes et piégé dans un monde de réglementations bureaucratiques qui n'ont apparemment qu'un seul objectif : son expulsion de Jaffa.

Assis à la terrasse du café, M. Khimayl, 59 ans, dit qu'il se sent assiégé. Des bulldozers arrachent la terre sur la plage pour le réaménagement et des appartements luxueux poussent comme des champignons tout autour de sa maison délabrée de deux étages.

Il a ouvert un porte-documents, un des cinq qu'il a bourré de demandes et d'amendes d'organes officiels, ainsi que des factures des quatre avocats qui s'occupent de ce flot de paperasse.

"Je dois 1,8 million de shekels (353.000€), rien que pour l'eau et les frais d'avocats", dit-il exaspéré. "Ce qui est fou, c'est que la municipalité a récemment évalué la propriété, et qu'ils m'ont dit qu'elle valait beaucoup moins que la somme que je dois".

Jaffa fait partie de la demi-douzaine de "villes mixtes" d'Israël, ou les citoyens juifs et palestiniens vivent soi-disant ensemble. Le reste de la minorité palestinienne d'Israël, cousins des Palestiniens des territoires occupés, vit dans ses propres communautés séparées et défavorisées.

En dépit de l'image de coexistence cultivée par les autorités israéliennes, Jaffa est loin d'offrir un espace partagé pour les Juifs et les Palestiniens, selon Sami Shehadeh, du Comité populaire pour la défense des maisons de Jaffa. Au contraire, les habitants palestiniens vivent dans leurs propres quartiers séparés, en particulier celui d'Ajami, le plus pauvre de la ville.

En août dernier, dit M. Shehadeh, les comités des habitants juifs ont proposé d'instituer des jours où la piscine municipale ne serait ouverte qu'aux Juifs.

Bien que les 18.000 résidents palestiniens de Jaffa constituent un tiers de la population de la ville, on les a laissé sans pouvoir politique depuis la fusion municipale avec la voisine bien plus grande de Jaffa, Tel Aviv, en 1950. Sur la population totale des deux villes, les Palestiniens ne représentent que trois pour cent.

Après des années de négligence, dit M. Shehadeh, les habitants ont fini par attirer l'attention des autorités – mais l'intérêt est loin d'être bienveillant. Un "plan de rénovation" pour Jaffa, prétendument destiné à améliorer la qualité de vie des habitants, vise en fait la suppression des habitants palestiniens, de la manière la plus dure possible, dit-il.

"La municipalité parle beaucoup de 'développement' et de "réhabilitation' du secteur, mais ce qu'elle veut dire par développement, c'est attirer des Juifs riches qui cherchent à vivre près de Tel Aviv, mais avec vue sur la mer", dit-il.

"Ici les habitants palestiniens sont simplement considérés comme un obstacle au projet, ils vont donc les expulser de leurs maisons sous n'importe quel prétexte qu'ils pourront inventer.

"Certaines familles vivent dans ces maisons depuis bien avant la création d'Israël, et pourtant, il ne va rien leur rester."

La pression actuelle sur les habitants pour qu'ils quittent Ajami a des échos douloureux de la guerre de 1948 qui a suivi la déclaration d'existence d'Israël. Jadis, Jaffa était la ville la plus puissante de Palestine, sa richesse venant des énormes exportations d'oranges.

Toutefois, comme l'ont noté des historiens israéliens, un des principaux buts de la direction juive dans la guerre de 1948 fut l'expulsion de la population palestinienne de Jaffa, en particulier à cause de sa proximité avec Tel Aviv, la nouvelle plus grande ville de l'Etat juif.

Ilan Pappe, historien, écrit que la population de Jaffa a été "littéralement poussée à la mer" pour s'embarquer dans des bateaux de pèche partant pour Gaza, et "les troupes juives tiraient au-dessus de leurs têtes pour hâter leur expulsion."

A la fin de la guerre, ne restaient que 4.000 palestiniens sur les 70.000 de Jaffa. Le gouvernement israélien a nationalisé tous leurs biens et a parqué les habitants dans le quartier Ajami, au sud du port de Jaffa. Pendant deux ans, ils ont été coupés du reste de la ville derrière des barbelés.

Entre temps, les propriétés de Jaffa ont été soit démolies, soit données aux nouveaux émigrants juifs. Le cœur de la Vieille ville, près du port, a été transformé en zone touristique, et les maisons palestiniennes sont devenues des restaurants chics et des galeries d'art tenus par des entrepreneurs juifs.

Le quartier Ajami s'est rapidement passé de zone distinguée de Jaffa en quartier le plus défavorisé, qui est devenu le pôle d'attraction du crime et de la drogue. "La municipalité nous a montré son mépris en déchargeant tous les déchets de la ville, même des produits chimiques dangereux, sur notre plage", dit M. Shehadeh.

Les habitants – même ceux qui continuent à vivre dans leurs maisons familiales d'origine – ont perdu leur statut de propriétaires et sont devenus du jour au lendemain les locataires des propriétés confisquées, obligés de payer un loyer à une compagnie contrôlée par l'Etat, Amidar.

Aujourd'hui, Amidar veut que les familles partent pour faire de la place aux investisseurs juifs riches et aux promoteurs immobiliers.

Au cours des 18 derniers mois, Amidar a envoyé 497 ordres d'expulsion contre les familles d'Ajami, menaçant de faire 3.000 sans-abri.

"Le problème de ces familles, c'est qu'on les a ignorées pendant soixante ans", dit M. Shehadeh, qui se présente aux élections locales du Conseil le mois prochain.

"Quatre cinquième de la population d'Ajami est palestinienne, et la municipalité n'a fait aucun investissement. Amidar refuse de rénover les maisons, et les autorités du plan refusent de délivrer des permis aux familles pour qu'elles construisent de nouvelles propriétés, ou qu'elles modifient celles qui existent."

Confrontés aux vieilles maisons qui tombent en ruines et aux familles qui s'accroissent, les habitants n'ont pas d'autre choix que de réparer et d'agrandir eux-mêmes leurs maisons. Depuis maintenant des années, voire des décennies, Amidar se sert de ces modifications comme prétextes à l'expulsion, arguant que les habitants ont rompu les termes de leurs baux.

Mental Lahavi, vice-président du comité local de construction et de planification, a récemment admis devant les médias locaux : "La municipalité a gelé tous les permis [de construire] dans le secteur pour une longue période et elle ne laisse même pas les habitants remplacer un toit en amiante. Elle a transformé tous les habitants du quartier en délinquants."

M. Khimayl a amassé d'énormes dettes parce qu'il a occupé des parties de sa maison qui, selon Amidar, n'étaient pas couvertes par son bail – même si la maison appartient à sa famille depuis 1902.

Amidar lui a même fait un procès pour des modifications mineures qu'il a faites à sa propriété.

Il y a de nombreuses années, M. Khimayl a reconstruit les marches de pierre extérieures dangereuses qui constituent le seul accès au deuxième étage de la maison. En 2005, les inspecteurs d'Amidar lui ont dit qu'il avait rompu les termes de son contrat et qu'il devait enlever les nouvelles marches.

Dans l'impossibilité d'accéder à sa maison d'une autre façon, il a remplacé les marches de pierre par un escalier en métal. Un autre inspecteur a déclaré que l'escalier était, lui aussi, une violation du bail.

M. Khimayl se sert actuellement un escalier de métal sur roulettes, affirmant que cet escalier mobile n'est pas une modification permanente. Néanmoins, Amidar le poursuit en justice. D'autres familles sont confrontées à des problèmes similaires.

Un rapport récent d'une Association pour les Droits de l'Homme de Nazareth a conclu que le gouvernement mettait en place une forme "tranquille" de nettoyage ethnique par les pressions administrative et juridique pour faire de Jaffa une ville entièrement juive.

Amidar a répondu qu'elle ne faisait qu'appliquer la loi. "Dans les cas où on enfreint la loi, la compagnie agit pour protéger les droits de l'Etat, quelles que soient la valeur de la propriété, la religion ou la nationalité des locataires."

  Source : The National  
  Traduction : MR pour ISM  
     
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