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Palestine - ISM France

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Palestine occupée -

"Aux portes de la mort", les détenus administratifs en grève de la faim expriment leur volonté

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Nos détenus palestiniens tiennent tête au Service pénitentiaire israélienne (SPI) avec leurs ventres vides, depuis le 24 avril, date à laquelle ils se sont lancés dans la plus longue grève de la faim de masse de l'histoire du mouvement des prisonniers palestiniens. La faim est la seule arme restante qu'ils peuvent utiliser contre le SPI et ses soldats de l'occupation israélienne lourdement armés.

'Aux portes de la mort', les détenus administratifs en grève de la faim expriment leur volonté

Gaza-ville, des Palestiniens entament une grève de la faim de solidarité lors d'une manifestation devant les locaux du Comité international de la Croix-Rouge
(photo Ahmad Abu Hussein)

Ils ont lancé cette grève de la faim pour réclamer la fin de leur détention sans inculpation ni jugement, basée sur des "preuves" secrètes soumises à un tribunal militaire auquel n'ont accès ni les détenus ni leurs avocats - une politique injuste qu'Israël appelle la détention administrative. 120 détenus administratifs ont lancé cette grève de la faim de masse, qui s'est développée jusqu'à impliquer 300 prisonniers, selon le groupe pour les droits de l'homme Addameer.

Nos dignes prisonniers sont en grève pour protester contre la violation par Israël d'un accord conclu avec le SPI après les 28 jours de grève de la faim de masse qui a pris fin le 14 mai 2012. Selon cet accord, le recours à la détention administrative - la question clé derrière la grève de la faim - serait limité et des ordres de détention administrative ne seraient pas renouvelés sans nouvelle preuve présentée devant le juge militaire. Cependant, Israël n'a pas respecté l'accord et a continué sa pratique de la détention administrative arbitraire.

Des grévistes hospitalisés

Le détenu administratif Ayman Tbeisheh, du village de Dura, près d'Hébron-AlKhalil, en Cisjordanie occupée, a dépassé les 100 jours de refus de nourriture pour protester contre les ordres de détention qui ont été continuellement renouvelés depuis sa dernière arrestation en mai 2013, selon le quotidien Al-Quds al-Arabi. Tbeisheh a passé, au total, 11 ans dans les geôles israéliens, dont près de 5 ans en détention administrative.

Selon Addameer, Tbeisheh a commencé à refuser de se nourrir le 22 mai 2013, immédiatement après la confirmation de son ordre de 4 mois de détention administrative par un tribunal militaire. Il a suspendu sa grève après 105 jours, lorsqu'il a cru être parvenu à un accord avec le SPI. Mais son espoir fut bientôt brisé lorsque son ordre a été à nouveau renouvelé, malgré la détérioration de sa santé.

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Ayman Tbeisheh a dit à l'avocat palestinien Ibrahim Al-Araj, qui a réussi à le voir pendant sa précédente grève de la faim, "Je continuerai cette grève de la faim illimitée jusqu'à ce que j'arrive à faire disparaître le spectre de la détention administrative qui ne cesse de me poursuivre."

Peu après avoir repris un peu de force physique, il a relancé sa grève de la faim le 24 février 2014. Il a ensuite été envoyé au Centre médical Assaf Harofe, où il est attaché à un lit d'hôpital qui peut devenir son lit de mort à tout moment.

La situation d'Ayman n'est pas différente de celle du reste des détenus administratifs, que la soif de liberté et de dignité a conduit à lancer cette grève de la faim de masse qui dure depuis 51 jours. 80 grévistes ont été hospitalisés mais ils persévèrent dans cette bataille pour la dignité.

Malgré la faiblesse de leurs corps vidés d'énergie, leurs mains et leurs pieds sont enchaînes aux lits d'hôpitaux. Ils sont menacés quotidiennement d'alimentation forcée, une pratique inhumaine et dangereuse que la Knesset, le parlement d'Israël, veut passer comme loi.

Peine de mort

Mon père, qui a passé 15 ans au total dans les geôles israéliennes, appelle l'alimentation forcée "la peine de mort". Il a participé à une grève de masse qui a duré 33 jours, dans la prison Nafha en 1980. Il a été soumis à l'alimentation forcée et a heureusement survécu. Mais ses camarades Rasem Halawa, du camp de réfugiés de Jabalia, et Ali al-Jaafary, du camp de Dheisheh, ont été victimes de cette pratique criminelle dont le but est de briser la grève de la faim, et ils ont été tués après avoir subi cette pratique.

Le Service pénitentiaire israélien accroit son oppression sur les grévistes de la faim alors que leur santé ne cesse de se détériorer. Ils sont mis dans des cellules d'isolement sans fenêtre, les mains et les jambes attachés pendant des dizaines d'heure, privés des visites de leurs familles et de leurs avocats, et même privés du sel nécessaire à leur survie. Les grévistes se sont engagés à "la faim jusqu'à la victoire ou au martyre", comme Khader Adnan, Hana al-Shalabi, Mahmoud Sarsak, Samer Issawi et d'autres ex-détenus qui se sont libérés après des batailles héroïques de grève de la faim contre le SPI.

La lettre des prisonniers

Ci-dessous ma traduction de la lettre que nos détenus administratifs ont réussi à faire sortir le 8 juin, pour demander à l'humanité et aux gens de conscience de soutenir, au niveau populaire et international, leur bataille pour la justice. L'ex-détenu Allam Kaaby l'a lue pendant une conférence de presse devant la tente érigée en face du Comité international de la Croix-Rouge à Gaza, en solidarité avec la grève de la faim de masse illimitée de nos prisonniers palestiniens :

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"Malgré les chaines, les barreaux et les murs des prisons, voici la volonté adressée par ceux qui sont aux portes de la mort aux gardiens de notre patrie, la Palestine.

Après avoir quitté les cellules d'isolement qui ne peuvent plus supporter nos douleurs, nos maladies et nos corps engourdis, de nos lits d'hôpitaux auxquels nous sommes enchaînés et gardés par des chiens, parmi les geôliers qui scrutent les moniteurs cardiaques qui peuvent annoncer notre mort à tout moment, aux portes de la mort nous envoyons notre appel qui pourrait être le dernier pour certains d'entre nous. Il est peut-être temps d'exprimer notre volonté avant que nous embrassions notre peuple comme des martyrs dignes. Notre appel est notre voix, notre cri, notre volonté. Nous sommes des détenus administratifs et nous allons vers l'immortalité, vers l'étreinte du soleil de la dignité qui peut représenter, en même temps, la fin de la bataille pour la dignité. Nous faisons entendre notre voix, en espérant qu'elle parviendra à nos peuples révolutionnaires.

D'abord, nous vous demandons d'intensifier votre soutien envers les grévistes de la faim qui ne sont pas encore martyrs ; les combattants qui se battent contre notre ennemi fasciste avec leurs corps méritent de votre part une position de loyauté qui empêche que se poursuive notre hécatombe, qui ne cessera qu'avec la satisfaction de nos justes revendications.

Deuxièmement, les douleurs de la faim détériorent certains de nos organes, mais certains d'entre eux doivent rester intacts. Tandis que la mort nous attend, nous déclarons que rien ne se mettra sur le chemin de nos sacrifices, même la mort. Par conséquent, nous donnons nos organes qui fonctionnent aux combattants, aux pauvres et aux opprimés qui en ont besoin. Nous attendons la visite du Comité international de la Croix-Rouge pour qu'il enregistre ces dons.

Troisièmement, nous vous demandons de rester loyaux à notre sang et au sang de tous les martyrs qui ont sacrifié leurs âmes tout au long de notre lutte palestinienne. La fidélité ne s'exprime pas que par les mots, mais par la pratique révolutionnaire qui ne connaît ni hésitation ni faiblesse.

Quatrièmement, accrochez-vous à nos droits historiques et légitimes, et n'abandonnez jamais un pouce de Palestine, de la rivière à la mer. Le droit au retour est le pont vers nos droits historiques. Ces droits ne seront pas rétablis sans résistance, le seul langage que comprend notre ennemi.

Cinquièmement, ne négligez pas les détenus qui resteront en vie après nous, car ceux qui sacrifient leur liberté comme prix pour la liberté de leur peuple méritent la liberté plutôt que la mort.

A notre peuple digne en Palestine et en diaspora, aux peuples libres et aux combattants de la liberté de par le monde, que nos cris soient entendus malgré les ténèbres des geôles israéliennes, qui sont des tombes pour les vivants. Aux gens de conscience du monde entier, notre peuple palestinien continuera la lutte jusqu'à la victoire. Nous vous faisons nos adieux avec le sourire.
"

La lecture de leurs mots qui contiennent la douleur et la déception doit nous faire honte de les regarder mourir lentement. Changer les photos de nos profils pour une image qui exprime notre solidarité avec leur bataille pour la dignité ne va pas beaucoup les aider. Nous devons dépasser la solidarité superficielle pour des actions sérieuses qui leur apporteront un changement significatif.

Agissez avant que nous ne comptions d'autres martyrs parmi les héros palestiniens derrière les barreaux israéliens. Leur mort serait notre honte.


Source : Palestine from my eyes

Traduction : MR pour ISM

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