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Palestine - ISM France

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Gaza -

À Gaza, nous sommes passés d'une prison à ciel ouvert à une prison fermée

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Après la découverte la semaine dernière, de douze cas infectés par le Coronavirus dans la bande de Gaza, cinq Palestiniens qui rentraient de l'extérieur, et sept policiers qui protégeaient le centre d'isolement où se trouvaient les premiers infectés, et même si leur état est stable, qu'ils n'ont pas quitté le centre de quarantaine situé au passage de Rafah, et qu'ils n'avaient aucun contact avec personne de l'extérieur, les mesures de précaution et de prévention ont été renforcées afin d'empêcher la propagation du virus, et éviter surtout un désastre possible d'une épidémie de Covid-19 dans cette région sous blocus, très peuplée et très pauvre.

À Gaza, nous sommes passés d'une prison à ciel ouvert à une prison fermée

Les autorités de Gaza sont passées à la phase 2, avec de nouvelles instructions préventives.

Les marchés publics, les mosquées, les églises, les cafés, les restaurants, et tous les lieux publics sont fermés. Aucun rassemblement n'est autorisé et les déplacements sont limités. Il est strictement interdit de sortir de chez soi après 22h sauf pour les cas humanitaires et urgents.

Les fêtes de mariage dans les rues et dans les salles sont annulées, et les maisons de deuil ne sont plus autorisées.

De nouvelles habitudes pour les familles nombreuses et solidaires dans cette région isolée, comme l'absence de visites familiales, et l'interdiction des rassemblements populaires et de voisinage qui étaient un élément essentiel pour les habitants en temps normal.

Même les enfants de Gaza, qui sont privés de tout en général -centres de loisirs, stades et clubs détruits par l'aviation militaire israélienne- n'ont pas actuellement le droit de jouer devant leurs maisons et immeubles, le seul endroit possible pour pratiquer leurs loisirs - même avec des masques.

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Un double confinement pour une population enfermée et souffrante depuis plus d'une décennie

Le télétravail est désormais encouragé et les fonctionnaires se rendent sur leurs lieux de travail deux jours par semaine.

L'enseignement en ligne et à distance pour les élèves et les étudiants a été favorisé, même si cette option n'est pas toujours évidente avec les longues coupures d'électricité et la mauvaise connexion à internet dans cette région en souffrance permanente. Toute la famille utilise internet, que ce soit pour le travail, les études ou les informations, saturation totale.

Heureusement, dans la bande de Gaza, personne ne dort dans la rue. Il existe un seul et unique centre pour les personnes âgées, accueillant 25 patients. Malgré une situation économique catastrophique, et grâce à la solidarité entre les gens, le pire a été évité.
Avec ces nouvelles mesures et ces nouvelles contraintes, la population de Gaza est confinée chez elle. Les Gazaouis sont passés d'une prison à ciel ouvert à une prison fermée.

Cette situation d'enfermement pour les deux millions de Palestiniens de Gaza n'est pas nouvelle, ni étrange. Ils vivent déjà sous blocus israélien depuis plus de quatorze ans, ils ont l'interdiction de sortir de leur territoire par ordre militaire israélien.

Cependant, la population de Gaza est confiante, elle vit au jour au jour, elle est habituée à cette situation d'isolement et de confinement.

En 1991, lors de la première guerre du Golfe, un couvre-feu de trois mois avait été imposé à tous les Palestiniens de Gaza par l'armée israélienne, qui contrôlait la bande de Gaza à cette époque.

A l'été 2014, pendant les 51 jours de l'offensive militaire israélienne contre la bande de Gaza, la troisième en cinq ans, les Palestiniens de Gaza avaient été obligés de rester enfermés chez eux, même sous les bombes de l'occupant.

Malgré tous les efforts nationaux et internationaux déployés et malgré toutes les mesures prises contre la propagation du Coronavirus, la population est inquiète dans le contexte particulier qui est le sien, marqué par une crise sanitaire et économique sans précédent.

Les Gazaouis craignent le pire. Ils savent que leur situation est problématique et extrêmement préoccupante en raison de la très forte densité de population- plus de 5452 habitants par km2-, et des habitations qui se côtoient, en particulier dans les camps de réfugiés.

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Il est vrai que l'Autorité Palestinienne de Ramallah a envoyé des médicaments, notamment des antibiotiques, à Gaza, que l'Organisation Mondiale de la Santé -OMS- a fait don de 1.000 kits de dépistage et que le Qatar a versé 150 millions de dollars au gouvernement de Gaza pour aider à faire face à cette pandémie, ainsi qu'à la situation économique dévastatrice dans l'enclave palestinienne.

Mais tout cela est insuffisant dans cette région densément peuplée et qui souffre depuis plus d'une décennie, avec un système de santé défaillant, le manque d'infrastructures médicales, et une vraie crise sanitaire à cause du blocus israélien et de ses conséquences dramatiques dans tous les domaines.

La bande de Gaza possède uniquement 55 lits en soins intensifs, et 50 appareils de réanimation dans tous les hôpitaux de cette région encerclée, car les forces d'occupation israéliennes refusent l'entrée du matériel médical, et les pièces de recharge pour ces appareils, sans oublier le manque de personnels soignants; s'ajoutent à cela, les coupures permanentes d'électricité et l'eau potable contaminée et impropre à la consommation humaine.

2.000 personnes récemment revenues à Gaza depuis l'Égypte sont toujours dans les 23 espaces de quarantaine et d'isolement dans les écoles et les hôtels, faute de centres médicaux équipés et adaptés.

La situation humanitaire est catastrophique, le niveau de vie se détériore, et la situation économique se dégrade, le taux de chômage dépasse 67% de la population civile, plus de deux tiers des ménages souffrent d'insécurité alimentaire, 72% de la population de Gaza vit en dessous du seuil de pauvreté, et 75% des Palestiniens de Gaza dépendent d'aides alimentaires pour survivre.

Jusqu'à présent, et malgré l'ouverture partielle du seul passage commercial qui relie la bande de Gaza à l'extérieur pour l'acheminement des produits alimentaires et sanitaires, des carburants et de fiole, et ce en quantité limitée, les autorités israéliennes maintiennent le blocus imposé depuis plus de quatorze ans. Il n'y a aucune réaction positive de leur part, ni volonté de coopérer, elles laissent entrer ces produits sous la pression des organisations internationales humanitaires et sanitaires, sans prendre en considération le danger de progression de ce virus qui n'a pas de frontières.

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Au contraire, l'armée israélienne a bombardé le nord de la bande de Gaza vendredi dernier en pleine crise sanitaire qui touche le monde entier et non seulement la région. Un bombardement pendant le confinement qui montre une fois de plus que rien n’arrête ces agresseurs, que même pendant la pandémie, les crimes israéliens continuent, et que le monde officiel continue à se taire sur la poursuite de ces attaques israéliennes et sur le blocus de Gaza.

En Cisjordanie , une telle coopération existe entre Palestiniens et Israéliens, car les contacts sont quotidiens entre les deux côtés, notamment du fait que les travailleurs palestiniens qui travaillent dans les champs et les usines. Il en est de même pour les services sanitaires des deux côtés. Mais à Gaza, la population est laissée à son sort par l'occupation et par une communauté internationale officielle complice.

Face à cette situation désastreuse, et malgré les crainte, la population de Gaza demeure confiante. Pas de panique pour le moment, pas de pénurie et de manque de produits nécessaires sur les marchés de Gaza, pas d'afflux de citoyens dans les grandes surfaces et les supermarchés. Habitués à ce type de crise, les habitants ne stockent pas les produits chez eux.

La solidarité se renforce et s'active face à ce double blocage ; beaucoup de commerçants, de magasins et de boulangeries baissent les prix de leurs produits en solidarité avec les plus démunis. Des supermarchés proposent l'acheminement des achats gratuitement chez les habitants confinés chez eux.

La population civile s'organise également, avec des campagnes officielles et citoyennes de sensibilisation à l'épidémie, et des initiatives, de la part des jeunes notamment, pour informer sur les conséquences graves de ce virus. On voit aussi la distribution de masques, de savon et de produits de désinfection, la stérilisation quotidienne des rues, hôpitaux, marchés, et lieux de travail, mais aussi la distribution de colis alimentaires et sanitaires et de repas aux familles pauvres directement chez elles à cause du confinement.

Un aspect un peu particulier chez les habitants de Gaza : ils sont en train de suivre avec beaucoup d'attention l'évolution de cette épidémie mortelle dans le monde entier. Alors qu'ils sont solidaires des peuples endeuillés, ils se disent que pour la première fois, la planète entière, quasiment, est en train de vivre le confinement et l'isolement dont ils souffrent depuis longtemps, et que le monde vit sur un pied d'égalité, même si les conditions sont différentes. Oui, le sentiment d'enfermement est terrible ! Les habitants de Gaza le savent bien !

A cause de cette situation exceptionnelle dans cette prison à ciel ouvert, les Palestiniens de Gaza ont été obligés d'annuler leurs actions et manifestations pacifiques à la frontière, comme la commémoration du 44ème anniversaire de la journée de la terre, le 30 mars 2020, et la célébration du deuxième anniversaire de la Grande marche du retour la même date. Ils ont pris une pause dans leur mobilisation contre l'occupation et contre le blocus imposé. Même les factions de Gaza n'ont pas riposté aux derniers bombardements israéliens contre le nord de la bande de Gaza vendredi dernier.

En général, les Palestiniens de Gaza appliquent à la lettre les consignes données par les autorités sanitaires. Ils suivent les précautions préventives et les instructions demandées. Ils tiennent bon, ils s'adaptent à ce nouveau blocage, mais surtout ils attendent. Ils réclament la levée de ce blocus israélien inhumain, la réconciliation palestinienne, et espèrent un vrai changement à la fin de cette nouvelle épreuve.


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